1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

Modérateurs: FONTANEL Patrick, MANÉ John-Alexandre

1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 07 Sep 2012, 14:49

Le 7 septembre 1812 se livrait la bataille de La Moskowa, du nom que lui donna Napoléon qui voulait (comme d'habitude) frapper les esprits.

Ne parla-t-il pas, d'ailleurs, dans sa proclamations aux troupes le matin, de "cette grande bataille qui se livra sous les murs de Moscou"... encore distants de plus de 100 kms.

Quoiqu'il en soit c'est au vainqueur de baptiser sa victoire, d'où cette habitude détestable des Russes (et parfois aussi des Français, d'où "l'association de malfaiteurs") de systématiquement baptiser aussi les batailles perdues afin de "noyer le poisson".

Et donc à la victoire française de La Moskowa correspond la victoire russe de Borodino, dûment proclamée par les Russes, à commencer par le rapport victorieux de leur général en chef.

La preuve de la victoire ? Kutusov fut élevé à la dignité de Feldmarechal et croula sous les honneurs !

Glasnost aidant, 180 ans après les faits, les Russes ont commencé à reconnaître timidement qu'ils avaient perdu cette bataille... mais cette "avancée révisionniste" semble oubliée aujourd'hui où, anniversaire aidant, on n'entend plus parler que de leur victoire de Borodino... et de moins en moins de notre victoire de La Moskowa... Même pas le sens du partage !

C'est que nos médias généralistes mêmes, qui parlent fort peu de ce genre de choses, semblent tout apprendre de ces événements de la part de leurs collègues Russes et si j'ai parfois utilisé la formule :

"La bataille de La Moskowa (que les Russes appellent Borodino)", je suis resté assis de lire dans un article français, en substance : "La bataille de Borodino (parfois aussi dite de La Moskowa)" !

Bref, cela ne va peut-être pas faire de mal (en tous les cas pas à nous, n'est-ce-pas ?) de remettre quelques pendules à l'heure de La Moskowa, et je vais m'y employer de ce pas !

En attendant, respect pour les 84.000 victimes, quelles soient tombées à La Moskowa ou à Borodino.

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 07 Sep 2012, 22:02

Une courte rafale d'articles dédiés en cette date anniversaire du 7 septembre 2012.

1. L'Ordre de Bataille des troupes (vraiment) engagées à Utitza le 7 septembre 1812, ici :

http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.Utitza.OB.pdf


2. L'historique sommaire commenté du combat d'Utitza le 7 septembre 1812, ici :

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... zaHist.pdf


3. La 4e division russe de Borodino à Utitza le 7 septembre 1812, ici :

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... za4eDI.pdf


4. Le 33e de Ligne à La Moskowa le 7 septembre 1812, ici :

http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.LM.33e.pdf


D'autres encore plus intéressants (enfin, selon moi) suivront très bientôt, mais lisez déjà ceux-là !

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 25 Sep 2012, 23:50

Voici les Ordres de Bataille des troupes à La Moskowa, pour vous permettre d'apprécier les effectifs concernés par les textes relatifs passés et à venir :

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... OB.RUS.pdf

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... OB.FRA.pdf

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 26 Sep 2012, 12:33

Je viens de mel "Utitza 1812, Scénario L3C", ici :

http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.UtitzaSC.pdf

Alors certes on y décline des options ludiques, mais avec "Les Trois Couleurs" la frontière jeu-histoire est ténue, comme vous le savez (sinon c'est l'occasion de le vérifier), d'où la démarche de l'indiquer ici aussi car vous trouverez des développements qui auraient pu figurer dans des articles purement historiques, et qui donc peuvent intéresser les amateurs relatifs.

D'ailleurs je renvoie ces derniers (qui en l'occurrence ne seront pas les premiers) sur le post dédié à ce scénario, car il contient plus d'éléments historiques que ludiques, et la plupart assez peu répandus.

viewtopic.php?f=11&t=942&p=5524#p5524

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 01 Oct 2012, 15:29

Mel un article sur "La bataille de La Moskowa".

Vous y trouverez une introduction, un prologue, les ordres, et le "timing commenté" des événements.

http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.LaMoskowa.pdf

Ils sont tous extraits du dossier historique relatif réalisé pour "La Moskowa 1997" mise en oeuvre au Château de Vincennes par votre serviteur.

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 05 Oct 2012, 20:52

J'ai ajouté un article sur le commandement à La Moskowa ou Borodino suivant le camp.

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... sChefs.pdf

On y constatera l'incidence sur le résultat de chacune de ces "grosses épaulettes", même s'il convient de toujours rendre à César ce qui lui revient.

Soit à Napoléon la victoire de La Moskowa sur le plan militaire, et à Kutusov celle de Borodino sur le plan de la communication.

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 12 Oct 2012, 21:00

Encore La Moskowa ? Oui, encore La Moskowa !

Je trouve même un peu injuste le manque d'intérêt suscité par cet événement que tout le monde croit connaître et la plupart connaissent en fait assez mal.

Je m'attache donc ici à la déchiffrer un peu plus, avant, moi aussi, de passer à autre chose car il y a de quoi faire avec cette année 1812 !

Il me restait à faire la clarté sur un mythe.

A en croire bien des auteurs la Garde russe a été détruite à La Moskowa.

Qu'en est-il vraiment ?

Je vous l'explique ici :

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... eRusse.pdf

Ce qui vous fera en même temps comprendre bien d'autres choses.

Quand je vous disais que La Moskowa est mal connue !

Même les Russes, mais pas que, même si surtout les Russes, ne connaissent même pas son nom ! C'est tout dire !!

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 05 Déc 2021, 16:27

Je juge à propos de "remonter" ce post à l'occasion de notre récent remake relatif lors de "La Moskowa 2021 à Lyon", les 27 et 28 novembre, sous-titré "le jour d'après, 8 septembre 1812".

viewtopic.php?f=1&t=2133

C'est en effet un "ouatif", en francais "et si..." qui met en scène (et en jeu) l'hypothèse d'un Kutusov ayant maintenu son intention première au soir du 7 septembre 1812, soit livrer une deuxième bataille qui aurait pu s'appeler Gorki, mais que par convenance et suite dans les idées nous continuerons d'appeler La Moskowa puisque c'est ce qu'aurait décidé son vainqueur incontestable, Napoléon 1er.

Ceci dit pourquoi viens-je dans ce post à prétention historique, déjà étayée par plusieurs articles dont les liens figurent plus haut, vous parler d'une déclinaison ludique ?

Eh bien tout d'abord parce-qu'avec Les Trois Couleurs la frontière entre historique et ludique est très "poreuse" et que les tenants de ces deux "camps" y trouveront chacun leur compte.

Ensuite et surtout parce-que les travaux entrepris afin de déterminer les effectifs des trois armes comme les munitions encore disponibles pour "le jour d'après" apportent un éclairage souvent inédit sur les pertes et les consommations de la veille. Ils sont donc d'essence parfaitement historique et bien à leur place ici où ils seront probablement davantage consultés que dans la partie ludique.

Dont'acte, je commence par mel quelques éléments travaillés avant l'annulation de notre bataille en 2020 pour cause de covid... Et sa réalisation en 2021 comme vous l'avez pu voir depuis.


Travail sur les pertes russes à Borodino 1812
(par Diégo Mané, mai 2020)

Dans le cadre d’une étude plus générale visant à déterminer les effectifs utilisables le 8 septembre 1812 pour livrer une deuxième journée de combats comme Kutusov le voulait.

Simple pour l’infanterie, le travail se complique pour la cavalerie où, si le nombre de chevaux est inférieur à celui des cavaliers cela diminue en rapport les combattants.
De même pour l’artillerie il convient de considérer le critère des chevaux, mais aussi, ceux des pièces encore disponibles et des munitions et caissons relatifs.

Cavalerie : j’ai cherché à identifier les unités où le nombre de chevaux perdus est supérieur à celui des hommes que j’ai déjà mentionné dans mes OBs.

Constatation, il est souvent supérieur, parfois de beaucoup, mais pas toujours, conduisant à corriger en rapport les chiffres de combattants disponibles. Ces différences peuvent s’expliquer par la plus ou moins grande «punition» par l’infanterie et surtout l’artillerie ennemies. Elle tuera ou blessera davantage de chevaux que d’hommes alors que les corps à corps entre cavaliers provoqueront surtout des pertes d’hommes, amenant aussi parfois leurs chevaux à «disparaître», par «désertion» ou capture (avec ou sans cavalier).

Décidé de reprendre mon OB russe au 7 septembre 1812, renseigné du détail par type de pertes, de le globaliser (tués + blessés + disparus), et de préciser en regard chevaux et matériels perdus pour obtenir le disponible.

Édit de décembre 2021 : Ce travail a été fait pour "La Moskowa 2021 à Lyon".
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Travail sur les pertes Françaises à Borodino 1812
(par Diégo Mané, juin 2020)

Grâce au Martinien les pertes d’officiers sont connues exactement. Il est alors possible d’évaluer en rapport les pertes de chaque unité à partir des pertes globales, également connues. Pour la cavalerie l’application des moyennes russes aux unités françaises manifestement restées longtemps immobiles sous le feu des batteries russes, et donc ayant perdu plus de chevaux que d’hommes, a permis d’évaluer ceux restés montés.

Édit de décembre 2021 : Ce travail a été fait pour "La Moskowa 2021 à Lyon".
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Éléments sur les pertes russes le 7 septembre 1812
(relevés au cours de mes travaux de mai 2020)

Chevaux :

Nombre de chevaux de cavalerie tués, blessés ou disparus = HS : 3.509.

Nombre de chevaux d'artillerie tués, blessés ou disparus = HS : 1.478.

Cumul de ces deux postes : 4.987 chevaux, disons 5.000, de moins le 8 septembre.


Matériels d'artillerie :

Aucun n'est reconnu pris, seulement endommagés ou "manquants".

Endommagés : 19 pièces et 37 caissons.

Manquants : 13 pièces, 7 avant-trains et 47 caissons.

Particulièrement maltraitée la batterie C6 qui a ses 12 pièces et 2 caissons endommagés, et 7 avant-trains manquants, ayant 36 chevaux de selle tués et 6 blessés, 38 chevaux de trait tués et 3 blessés. Elle n'a pourtant que 9 soldats tués, 28 blessés et 12 manquants (+ 2 "étrangers" ?).
3 officiers, 3 artilleurs et 1 musicien complètent le tableau.

Les batteries C8, C9 et C10 sont virtuellement anéanties en personnel, et pourtant il n'est pas indiqué de pertes matérielles. Peut-être ne reste-t-il personne pour en rendre compte... Et la chose est passée par pertes et profits ! D'autres batteries sont trop réduites en personnel et/ou chevaux pour servir les pièces restantes. Les réduire en rapport.

Édit de décembre 2021 : Ce travail a été fait pour "La Moskowa 2021 à Lyon".
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"Au Comte Woronzov qui commandait 8000 grenadiers il ne restait que 400 soldats qu’il appelait « ma défunte division »" (De Maistre).

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... aistre.pdf

Catastrophisme post-Borodino ? Je n'ai pas 8000 Grenadiers (certes leur effectif théorique) avant la bataille, mais 4000, et pas 7600 pertes mais "seulement" 2000. 600 autres avaient été inutilement perdus le 5 septembre au soir de Schewardino.

4000 - 2600 = devrait rester 1400 ! S'il n'y en avait vraiment que 400 de présents, cela signifie que 1000 autres, pas morts pour autant, ont trouvé leur présence indispensable ailleurs... et rejoindront plus tard...
Mais en l'hypothèse, ces "absences" dans une unité d'élite, si elles se vérifiaient, donneraient à penser ce qu'il pouvait en être dans le reste de l'armée... Si 70% des effectifs que j'ai reconstitués venaient à s'absenter de la sorte, il devient totalement impossible de seulement envisager une quelconque résistance... Peut-être est-ce ce qui arriva et qui est parfaitement illustré par le texte de Tolstoï dans son magistral "Guerre et paix".
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Total Général : 50.320 Rég. + 2.008 Mil. = 52.328 INF + 10.808 CAV + 4.000 COS = 14.808 CAV, soit 67.136 S&B soutenus par 424 pièces* (1/158 h), servies par 5.720 ART = 72.856 h.
* Ramenées, pour défaut de munitions, à 324 (1/207 h) servies par 4.370 ART = 71.506 h.

Ce total semble déterminer, par différence avec les chiffres de la veille, une perte d'effectifs de de l’ordre de 60.000 hommes et 270 pièces. Elle est en fait à ce stade inférieure car ne figurent plus les survivants des unités trop abîmées pour combattre, ainsi que, pour la cavalerie, 2.000 soldats démontés (les pertes de chevaux ayant dépassé d'autant celle des cavaliers). Pour l'artillerie, au-delà de plusieurs batteries totalement anéanties, de nombreuses autres ont quitté la ligne de feu par manque d'hommes ou de chevaux pour les servir au combat, où encore n'ayant absolument plus de munitions, amenant à retrancher leurs relativement nombreux servants des «disponibles».

Il convient de rappeler que les combats du 7 septembre se sont achevés avec la nuit, que les troupes n'avaient ni mangé ni bu depuis la veille, et que l'obscurité et le chaos ambiant, au milieu de dizaines de milliers de morts et de blessés, s'est opposé à toute réorganisation nocturne.

Le matin du 8 (situation envisagée par notre remake) trouve donc les troupes au même endroit que la veille, affamées, assoiffées, traumatisées... Mais prêtes à se battre !!!
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Diégo Mané

À suivre... Travaux de 2021 visant à déterminer les consommations de munitions d'artillerie le 7 septembre 1812... Et partant celles encore disponibles le matin du 8 septembre 1812.
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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 08 Déc 2021, 16:02

J'ai mel dans le post dédié* le lien avec mon "La Moskowa 2021 à Lyon, avant la bataille...".

* ici : viewtopic.php?f=1&t=2133&p=15486#p15486

Comme déjà dit vous trouverez dans ce post à destination ludique pour Les Trois Couleurs beaucoup d'informations historiques, pour la plupart parfaitement inédites puisque concernant "le jour d'après, 8 septembre 1812" et notamment les OBs complets des troupes alors encore disponibles après les terribles pertes de la veille.

Ces dernières sont d'ailleurs traduites en pourcentages pour les commandements concernés, afin de quantifier la baisse du moral ludique relative ce qui, là aussi, relève d'un travail jamais fait, permis par mes OBs historiques pour le 7 septembre où ces pertes sont indiquées en regard de chaque unité.

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Re: 1812. Bataille de La Moskowa ou de Borodino

Messagepar MANÉ Diégo sur 12 Déc 2021, 10:13

Travail sur les munitions d’artillerie consommées le 7 septembre 1812 à La Moskowa,
et celles disponibles pour «le jour d’après» (le 8 septembre 1812)

(par Diégo Mané, novembre 2021)

Ajout de novembre 2021, lors des travaux préparatifs de «La Moskowa 2021 à Lyon».

Je viens de relire des passages de mes travaux de 1996-97 pour «La Moskowa 97 à Vincennes» et vu que l’artillerie russe avait l’ordre, comme celle de Wellington à Waterloo, de ne tirer que contre les attaques. Mais comme la britannique il y eut chez la russe des «désobéissances», cautionnées par bien des mémorialistes... et la mort de certains généraux comme Montbrun, victimes de ce que j’appellerai des «tirs d’entretien».

Il s’agit de feux dispensés à «cadence lente», moins coûteux en munitions, mais tout de même meurtriers eu égard à l’exceptionnelle densité des cibles, surtout immobiles sous le feu des heures durant comme le 2e corps de cavalerie de l’infortuné Montbrun.

Cela explique au passage pourquoi lesdites cibles n’ont pas été carrément détruites sans combattre, ce qui m’avait interpellé, contrairement à bien des unités russes le même soir, immobiles deux heures durant devant des centaines de pièces tirant elles «à tout casser».
D’où 20.000 Russes de moins, inutilement perdus, pour environ 20.000 boulets français utilement consommés, mais plus disponibles pour le 8 septembre, avec pénurie à la clé.

Les Français n’attaquant plus, l’artillerie russe semble ne pas avoir riposté, ce qui l’aurait conduite à une destruction aussi radicale que les fantassins. Cela a donc permis de l’épargner en rapport. L’autre hypothèse serait de considérer qu’elle avait, elle aussi, épuisé ses munitions puisqu’il y eut dans le secteur une véritable débauche d’attaques françaises avant l’épisode de la (très) grande batterie déployée par Sorbier.
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Éléments épars glanés

Le «Portail des artilleurs» cite Lariboisière et Marco de Saint-Hilaire qui parlent de 60.000 coups tirés par les Français et 50.000 coups tirés par les Russes.

Lachouque dans son «Napoléon, vingt ans de campagnes» dit 120.000 coups, ce qui ferait 60.000 par camp. C’est logique, car si les Français ont beaucoup tiré à la fin, les Russes ont davantage tiré avant cette phase finale.

GFNafziger dit, dans son «Napoleon’s invasion of Russia» que le colonel Toll, envoyé par Kutusov s’informer de l’état de son armée au soir du 7, lui a rapporté que «the artillery had shot of most of its ammunition and that the gun carriages and other equipments were in a terrible state. They discovered that the infantry was in an even worse condition
Par suite de ces informations, reçues vers 22 h 30, Kutusov décida la retraite que l’on sait.

«Le Point» dit 73.000 coups.

«Histoire pour tous» dit 120 à 130.000 coups, comparant avec les 150.000 de Leipzig.

Quennevat dans son «Atlas de la Grande Armée» calcule 12 heures à 140 coups/minute et dit 101.000 coups pour les deux camps... Ce qui monterait à 120.000 coups pour les en fait 14 heures de combats !

Litré dans «Les régiments d’artillerie à pied de la Garde» donne les seuls chiffres détaillés que j'aie trouvés, soit 6.758 coups tirés par l’artillerie de la Garde, indiquant qu’il en reste 7.750 disponibles, dont 5.840 des 4 £ de la Jeune Garde... Et donc 1.910 pour les autres calibres, étant en outre précisé qu’il ne reste plus un seul obus aux batteries de 12 £, tous ayant été consommés (Napoléon avait rassemblé tous ces obusiers de la Garde en une seule batterie ad’hoc).

«... la consommation des munitions avait été excessive, et plusieurs batteries s’étaient vues réduites, aux dernières heures, à ralentir et même à cesser entièrement le feu.»
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Pion des Loches (cdt la 3e Bie ARP6 de la VG), relevant (normalement) de Mortier.

Vers 5 heures 30 la Bie Fradiel (qui sera tué, preuve que les Russes tiraient encore) reçoit l’ordre d’avancer.
À 6 heures Pion le reçoit aussi pour «soutenir les batteries du prince vice-roi écrasées par l’ennemi». Passe un ravin et rencontre Noury qui annonce qu’il va se joindre à nous... (ce n’est donc pas encore fait)... Puis Pion reçoit contre-ordre et ne sera donc pas engagé car
«La position de l’ennemi est trop forte... L’empereur la fera enlever demain à la pointe du jour par l’infanterie de la jeune garde, qui prendra la tête de l’armée.»

Est alors rejoint par Noury qui, de fait, ne semble pas avoir non plus été engagé.

«... Chez nous (l’artillerie de la Garde) il n’y a eu que cinq compagnies d’engagées avec l’ennemi, deux à cheval (celles de Marin) et les trois dernières à pied (celles de Drouot). Les trois premières et les quatre de conscrits* n’ont pas tiré un coup de canon.»

* Il n’y avait alors que trois compagnies de «conscrits» présentes, la quatrième ne rejoindra qu’à Moscou.

Je me demande donc, à la lumière de toutes ces pièces non engagées comment on a pu en réunir 200 ou 300* (selon qui parle) entre la Grande Redoute et les Flèches ?

«La batterie de 80 bouches à feu» selon Litré :

Noury avance ses 14 pces et est rejoint par Marin avec 12 = 26 pces près du ravin de S.

Il est auparavant parlé de Drouot et ses 18 pièces, que Sorbier renforce de sa propre initiative en avançant les «obusiers réunis», donc les 6 de la réserve de Drouot, qui épuiseront totalement leurs munitions, et, mais là cela devient flou, à supposer aussi les autres «obusiers de la Garde», qui seraient donc 6 de plus si l’on ne considère que l’ARP, voire 2 supplémentaires si l’on ajoute les 2 de la 13e Cie/8e RAP de Fradiel, voire encore 8 autres si l’on ajoute ceux de l’ARC ! Donc in fine de 6 à 22 obusiers selon l’hypothèse.

La grande batterie de trois cents bouches à feu (Litré p 127)

«... vers les quatre heures...» la Garde s’avance...» Mais, sur les conseils de Bessières,
Napoléon se ravise et opte pour le renforcement de l’artillerie...

«Le général de Lauriston... porte l’artillerie de Noury en première ligne, au-delà du ravin de Séménowskoïé...» Mais nous savons que la 3e de VG ( Pion) sera rappelée, tandis que Fradiel ira se faire tuer... «Bientôt de nombreuses batteries, appartenant aux divers corps de l’armée française» (quelle précision !), «viennent prendre position à gauche et à droite des pièces de la Jeune-Garde» (il n’y en avait donc pas, fors les 6 de Fradiel de la Ligne), «et les relient à celles du général Sorbier» (soit celles de Drouot + les obusiers de Sorbier), «placées près de la grande redoute. Il se forme sur tout notre front une ligne continue d’artillerie... jusqu’à représenter plus de trois cents bouches à feu.»

Donc de la Garde furent engagés Drouot (18), Sorbier (6 à 22 !), Fradiel (4 à 6), Marin 8 à 12), soit 36 à 52, disons 50. Il en faut 250 de la Ligne en plus pour arriver aux 300 !

On y arrive en additionnant TOUTE l’artillerie des corps engagés, moins la régimentaire et celle au Nord de la Kolocha, ainsi que celle trop au Sud (Westphaliens et Polonais).

«Deux heures durant, nos boulets ne cessent de démolir les carrés russes et l’on épuise contre eux tout ce qui reste d’obus et de mitraille dans les coffres
Ce qui suppose qu’il n’y a plus de mitraille ni d’obus disponibles pour ces batteries, conduisant déjà au retrait pur et simple de tous les obusiers engagés, soit 1/4 des pièces d’ARP et 1/3 des pièces d’ARC.

«Une dernière charge de la division Friant, exécutée vers huit heures du soir décide enfin l’ennemi à la retraite.»

J’ai lu que c’est la nuit, en même temps que la pénurie relative de munitions qui a mis fin au feu. Ceci dit, l’information «vers huit heures», sachant que le feu «à tout casser» est donné pour avoir duré deux heures, semble indiquer qu’il a réellement commencé ainsi vers six heures et non pas quatre heures où prennent place les hésitations impériales.

Ajoutons que le «raid» de Platov sur les arrières des Français y a semé un désordre indescriptible. Il est fort probable qu’à l’occasion du pillage généralisé des bagages, tout le personnel relevant des parcs d’artillerie se soit trouvé dispersé, empêchant toute distribution de munitions avant la reprise hypothétique des combats le 8 au lever du jour.
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-----------

FABRY p 347 Situation du matérie de l’artillerie de la Garde au 31/07/1812.
LITRE p 129 Consommations le 7 septembre et existant après la bataille.
LITRE p 138 Situation du matériel d’artillerie de la Garde au 22/09/1812.

Tubes , Coups , Tirés 7/9, Reste, le 22/09

1° JG 8 de 4, 2224, 0, 5840, 1812
2° JG 8 de 4, 2094, 0, «, 1992
3° JG 8 de 4, 1944, 0, «, 1936
13°Cie/8°RA 4 de 6 + 2 Ob., engagée après 5 h 30, Cne Fradiel † 322

1° VG 6 de 6, 1478, 0, 1458
2° VG 6 de 6, 3264, 0, 1473
3° VG 6 de 6, «, 0, 1464
4° VG 6 de 6, «, 3198, 1050 157
Obusiers 8 dito, «, 1212, 400

5° VG 6 de 12, 2436, 1980, 460, 470
6° VG 6 de 12, «, «, «, «,
Obusiers 4 dito, 368, 0,

2° ARCG 6 de 6, 2176, avec ?
4° ARCG 6 de 6, «, avec ?
1° ARCG 6 de 6, 2176, 0,
3° ARCG 6 de 6, «, 0,
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Conclusions sur les matériels et munitions d’artillerie disponibles pour «le jour d’après».

Totalement disponibles :

FRA : les 3 x 8 ARP4 de la JG, 3 x 6 ARP6 VG, 2 x 4 ARCVG = 50 pièces.

RUS : les Résart I et Résart II, soit 120 pièces.


Totalement indisponibles pour FRA comme pour RUS :

Tous les obusiers des autres batteries encore conservées dans les OBs ludiques.
Par ailleurs il ne reste plus aucun coup à mitraille aux canons conservés.
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Cela diminue donc de leurs obusiers les batteries encore conservées de :

FRA : 1/4 des Bies d’ARP et 1/3 des Bies d’ARC.

RUS : 1/3 de toutes les Bies, ARP comme ARC.

Dont’acte qui a conduit aux dotations conservées pour «le jour d’après» !
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Petit calcul intéressant

Sachant que l’artillerie française, forte de 592 pièces dont 101 régimentaires = 491 pièces de campagne, a tiré 60.000 coups.

Que les 48 pièces de la Garde engagées ont tiré 6.758 coups, soit en moyenne 140/pièce.

On constate qu’environ 53.000 coups ont été tirés par la ligne. Défalquant arbitrairement 3.000 coups pour les pièces régimentaires, il resterait 50.000 coups tirés par les quelques 400 pièces de ligne soit 125 coups par pièce, finalement pas éloigné des 140 de la Garde.

On peut donc peu ou prou considérer que les éléments chiffrés de la Garde s’appliquent à la ligne... Et aux Russes dont le feu est donné par tous aussi vif que celui des Français.

On parle de 50 à 60.000 coups russes selon qui parle, mais comme ils ont «oublié» 120 pièces le 7 nous sommes dans le même niveau de consommation pour celles engagées.
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Diégo Mané
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