Artillerie prussienne

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 22 Avr 2021, 06:33

Bonjour,

J'ai presque fini une présentation assez complète de la structure, des matériels et de la tactique de l'artillerie en général prussienne.
Celui-ci viendra compléter en l'incluant l'article sur l'artillerie à cheval car il comprendra aussi la période frédéricienne et ira jusqu'en 1816.
Si vous avez des envies n'hésitez à me les demander maintenant que je puis éventuellement les intégrer

Amicalement
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Artillerie prussienne

Messagepar MELCHIOR Thierry sur 22 Avr 2021, 07:59

Bonjour Nicolas-Denis :)

As-tu trouvé la longueur des tubes et/ou la charge de poudre des gargousses des 6 livres à pied et à cheval à l'époque Révolution-Empire ?

Merci,
Amitiés,
Thierry
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 01 Juin 2021, 20:13

Thierry, j'ai trouvé tout cela et je le présenterai dans des dessins qui accompagneront l'article complet.

L’artillerie prussienne
de 1750 à 1815

partie 1

Introduction
Suite à des questions quant à l’article réalisé sur l’artillerie à cheval prussienne, je vous propose une étude plus approfondie sur l’artillerie de l’armée prussienne en général de l’armée prussienne durant cette période très agitée.
Concernant l’uniforme, je me bornerai à signifier les évolutions pour des raisons pratiques mais j’indiquerai en bibliographie des repères pour trouver des sources précises à ce sujet. Je négligerai d’apporter toutes les précisions sur les chefs de réserve de brigade d’artillerie ou de chefs d’artillerie lors de bataille, contrairement aux chefs de batteries. Ce choix vient du fait que les premiers sont cités dans les ordres de batailles alors que les seconds beaucoup moins et qu’avant 1813 les batteries ou compagnies sont nommées par rapport à leur chef et que cela change régulièrement.
Concernant le matériel, j’accompagnerai mon propos de dessins faits surtout par Christian ROGGE, qu’il soit remercié ici de son travail, que j’ai en partie traduit. J’ai aussi ajouté des dessins personnels.
Même si les périodes révolutionnaire et napoléonienne sont mon intérêt principal, les racines de la tactique viennent de l’époque frédéricienne très idéalisée par les Prussiens. Les batailles de Frédéric II ont donc forgé les comportements et les esprits même malgré des bouleversements militaires et politiques majeurs, notamment suite à la « Katastrophe » de 1806.
Je vais donc vous présenter l’évolution de l’organisation et de la tactique militaire de l’artillerie prussienne selon quatre périodes : la Préliminaire, la Frédéricienne, la Post-frédéricienne (1786-1807) et enfin des guerres de Libération. Je conclurai en présentant rapidement la réforme de 1815-1817 dite de 1816.

La période préliminaire jusqu’en 1740
Avant l’arrivée de Frédéric-Guillaume Ier, le Roi-Soldat ou Roi-Sergent (1713-1740), suivant l’estime que l’on a vis-à-vis de ce souverain assez brutal et célèbre par ses gardes de grande taille, il n’y a pas d’artillerie organisée en tant que telle. Il y a des canons, les premiers remontent au XVe siècle, une administration des poudres depuis 1682, mais pas de train et pas d’uniformes particuliers pour les artilleurs. La raison en est très simple : le tout jeune royaume de Prusse n’a pas les moyens financiers de maintenir une armée permanente importante et se repose sur le Saint-Empire pour ses coalitions. À l’époque, une armée est composée de mercenaires, ce qui coûte très cher à un État. Elle dispose de canons mais qui sont gardés dans un entrepôt en temps de paix. Il est nécessaire de se rappeler qu’un militaire est sous-considéré socialement car il est vu comme un pillard, un soudard et un homme peu utile à la société. Enfin, il est à noter que l’état brandebourgeois est soumis à deux menaces permanentes : la Pologne et la Suède.
La victoire de Fehrbellin , le 28 juin 1675, acquise principalement par l’artillerie et exploitée par la cavalerie vont donner aux Brandebourgeois (pas encore Prussiens) une assise tactique pour l’artillerie : les canons lourds détruisent une position ennemie reconnue mais ne bougent pas (ils sont traînés par des civils qui ne veulent pas risquer leurs chevaux), les autres armes, en particulier la cavalerie, exploitent, en particulier la cavalerie. Seuls des petits canons suédois de prise, de 3£ ou 4£, sont avec les unités d’infanterie pour augmenter leur capacité de feu (canons de bataillon).
On a cependant, surtout pour des raisons économiques, une limitation du nombre de calibres (3, 12 et 24£ pour les canons et 7, 10 et 24£ pour les obusiers), mais il y a encore nombre d’autres calibres comme le 6£.

Ce n’est donc qu’avec Frédéric Guillaume Ier, roi de Prusse et électeur de Brandebourg , que l’artillerie se constitue comme une arme en tant que telle. Cela commence en 1713 : un uniforme est donné aux spécialistes (le bleu avec couleur distinctive noire) et une mitre pour les bombardiers, une couleur aux pièces (bleu ciel pour les éléments en bois, noir pour ce qui est en métal), un inspecteur (Gabriel von Kühlen (mort en 1715), puis Christian Nicolaus von Linger) et une administration qui en 1717 divise l’artillerie en deux :
-Artillerie de Campagne.
-Artillerie de Garnison.
Par contre, tactiquement il n’y a aucune évolution ni d’ailleurs de création de manuel d’utilisation des canons. Le train d’artillerie reste commissionné à des civils lors des conflits. Cela a pour conséquences de rendre les pièces quasiment immobiles lors d’une bataille car une fois les pièces dételées les personnels civils sont repliés loin en arrière. Le seul élément particulier à retenir est que nombre d’officiers sont envoyés dans d’autres armées pour apprendre et ramener un certain savoir-faire en la matière.
Sous ce roi apparaît pourtant la première standardisation des canons et affûts prussiens avec les modèles de 1717, grâce à des fonderies royales. L’affût restera le modèle de référence jusqu’à la Révolution, y compris le système d’élévation du canon.

Le nombre de pièces devient alors digne de ce nom, 2501, mais ce sont surtout des pièces de forteresse.

Quand le Roi meurt, outre une organisation développée et structurée (5 compagnies de campagne et 4 compagnies de forteresse, l’artillerie en propre compte 805 officiers et personnes spécialisées mais seulement 144 dans l’artillerie de campagne (6 officiers supérieurs, 23 officiers subalternes 5 bombardiers, 5 lieutenants, 5 caporaux, 5 tambours, 100 artilleurs). L’ensemble dispose de 2741 canons.
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 08 Juin 2021, 22:55

partie II
Il s'agit de l'époque de Frédéric II. Elle est vue comme une grande époque alors que l'état prussien ne doit sa survie qu'à la mort de la Tsarine Anne.

L’artillerie et la tactique de l’artillerie sous Frédéric II
L’époque frédéricienne (1740-1786) est à la fois une période de conflits importants quasi-permanents en raison des très mauvaises relations entre Frédéric II et ses voisins, avec comme seul intermède le règne de Pierre III de Russie. C’est donc une période clé pour l’artillerie prussienne qui va affronter des artilleries qui sont l’objet d’attentions importantes des gouvernants avec en particulier une formation technique des cadres et une analyse rigoureuse du potentiel du matériel. Cela va donner lieu à une compétition technologique qui va quasiment ruiner l’état prussien car ses forces en artillerie furent presque systématiquement en état d’infériorité technique dès lors qu’il y eût une confrontation avec les canons ennemis et cela malgré de nombreuses prises. Enfin, l’agrandissement considérable de l’état prussien va aussi obliger à multiplier les garnisons de forteresse-avec l’entretien de celles-ci- ce qui va avoir aussi des conséquences militaires à plus long terme.

Cette compétition se fait d’abord en termes d’effectifs humains et matériels.
En 1740, il y a en tout et pour tout 20 canons de 3£, 8 canons de 12£ et 14 mortiers de tous types, ayant 203 artilleurs spécialisés.
En 1745, l’armée compte 226 canons de tous types dont 60 de 3£.
En 1756 (début de la guerre de Sept Ans), il y a en tout dans l’armée de campagne 400 pièces. Elles se répartissent en 50 pièces de 12£, 62 de 3£, 62 de 6£ M1754 et le reste en de très vieux modèles de 12£ et de 6£ M1717.
À l’hiver 1759, l’armée compte 606 canons de campagne, dont 328 canons lourds (12£ « Brummer » ou autrichiens de prise).

À la fin de cette guerre de Sept Ans, l’artillerie de campagne compte 30 compagnies regroupant 732 canons dont 200 lourds de 12£ (de type autrichiens ou « Brummer ») et 102 canons de 3£ régimentaires servis par 6299 hommes (156 officiers (plus 74 pour l’artillerie de forteresse), 1110 sous-officiers, bombardiers ou artificiers, 4950 artilleurs et 93 musiciens).

L’artillerie de forteresse subit aussi une forte croissance mais comme les besoins sont ailleurs, ce sont les plus mauvaises troupes qui sont positionnées en garnison. De 5 compagnies, on passe à 14 et à une organisation provinciale (Silésie et Prusse-Poméranie). Au traité de Hubertsbourg, qui met fin à la guerre de Sept Ans entre l’Autriche et le Saint Empire et la Prusse, il y a 74 officiers, 311 sous-officiers, bombardiers ou artificiers et 1381 artilleurs pour l’artillerie de forteresse.
Cette croissance provoque un énorme besoin en chevaux, qui certes sont à la charge de civils commissionnés mais à un coût élevé sil une guerre a lieu. De plus, lors des conflits, les prix, comme ceux de la poudre et de la fonte, vont exploser (au mieux multiplier par 5 les chevaux, au pire par 60 la poudre). Il faut trois chevaux pour le 3£, 5 pour le 6£ et 7 pour le 12£. En outre, les véhicules de soutien nécessitent un à deux chevaux chacun. Les illustrations de l’époque sont plutôt sur un. Quant aux munitions, des quantités considérables sont nécessaires, d’où l’importance des forteresses et des lignes de communication.

Pour gérer ces croissances, l’inspecteur-général, le général von Dieskau, est chargé de faire croître cette machine. En 1740, son administration (y compris les servants) est très faible : 1000 hommes. Très vite des nominations vont se faire à tous les niveaux pour atteindre 11000 hommes à la fin de la guerre de Sept Ans.
Organisation
L’artillerie dispose de pièces de 3, de 6, de 12 et 24 £ et d’obusiers de 7£, de 10£ et de 24£, qui, sauf le 3£, se déclinent en deux catégories (lourd et léger). Cette différence se manifeste par une longueur de tube différente et un évasement de la bouche plus grand.

Théoriquement, l’arme tire plus loin mais les progrès technologiques vont complètement réduire à néant cette différence. Cependant les pièces restent très lourdes avec des affûts très « rustiques ». La mutation commence à la fin du règne du Roi-Soldat, pour améliorer la mobilité des pièces (en légèreté) même si l’affût reste le même, mais avec des coûts de fabrication réduits. Mais si des progrès sur la distance d’impact sont réalisés, les canons deviennent plus fragiles et ont tendance à exploser. La raison principale est le fait d’une invention prussienne pour augmenter la force de poussée de la poudre à l’explosion de celle-ci : la chambre d’explosion est conique et non plus ronde. Par contre, cela augmente la puissance d’impact de l’onde de choc subie par le tube, d’autant que l’épaisseur de bronze diminue, d’où des explosions répétées des bouches à feu.

Le train est à la base civil et commissionné en temps de guerre (en 1756, l’armée aura besoin de 5034 chevaux pour l’infanterie et l’artillerie et 431 fourgons pour l’infanterie et les canons de bataillons). À partir de 1753, pour réduire cette dépendance, le système cantonal est mis en place par le général von Dieskau afin d’accélérer la mobilisation et de « militariser » ces hommes qui sont encore considérés comme des serviteurs. Mais même s’il y a un début de militarisation, le train reste mené par des civils sauf pour les canons de bataillons qui sont maintenant entièrement militarisés (deux chevaux avec un conducteur mais à pied). Après Leuthen, l’armée prussienne captura la totalité du train autrichien (4000 fourgons et 16000 chevaux) qui s’avéra être en grande partie originaire de Silésie ! Cela arrangera considérablement le fardeau prussien en la matière.

En 1746, le General-Major von Beauvry met au point un canon de 3£ très performant car sans surcharge et tirant plus loin car il est allongé (18 boulets ). Il dispose d’une vis de hausse plus solide et plus facilement réglable. Il restera en vigueur jusqu’en 1814.

Les munitions sont transportées dans des caissons en bois peints et renforcés d’armatures en fer.

Pour tous les canons, elles sont de quatre types :
-Le boulet métallique rond, qui n’éclate pas, contrairement à ce que l’on peut voir dans certains films, mais ricoche puis roule. Il est dangereux dans tous les cas.
-la boîte à mitraille. C’est une boîte de cartouches de fusils ou de cailloux qui est directement vidée dans le tube. Lorsque le feu est mis à la mèche, les éléments sont propulsés dans tout l’angle ouvert par la bouche d’où l’importance de cette dernière.
-la boîte à mitraille « Schrottbuechsen » qui dispose de plus grosses sous-munitions.
-La Klemmkartätsch , la boîte en bois avec 6 boulets de 3£ versée comme un boulet dans le tube et qui va être propulsée à courte distance pour éclater avec un souffle et des petits boulets. C’est une munition à sous-munitions si l’on peut dire. C’est avec l’obus la seule munition à exploser. Cette munition est réservée aux 12 et 24£
Pour les obusiers et mortiers, on utilise des obus à mèche. Cela signifie que le spécialiste (avec l’appellation de « bombardier ») règle une longueur de mèche en fonction du temps d’explosion. Ce temps est lié à la distance à laquelle on veut que l’obus explose. C’est de là que viennent les obus à schrapnell britanniques, mais qui ont déjà une longue existence plus ou moins accidentelle dans toute l’Europe et en Chine.
Pour les mortiers, on utilise des munitions incendiaires, qui sont des boulets chauffés au rouge ou des obus au souffre. Attention, le boulet « rouge », qui est un boulet chauffé au rouge, très dangereux à manipuler, est utilisé dans des cas rares car il faut que l’endroit visé soit réceptif à ce genre de munitions .

Concernant les pièces, on a un changement de couleur avec le monarque : le bleu ciel pour le bois, le noir pour les éléments en fer de l’affut et le bronze pour les tubes.
Il y a deux sortes bien définies d’artilleries même si l’ensemble est commandé par le General-Lieutnant von Linger : une artillerie de campagne et une artillerie de garnison (ou de forteresse) :
L’artillerie de garnison (Garnison Artillerie) s’organise en bataillons provinciaux (Silésie, Poméranie-Prusse, Brandebourg). Chaque forteresse dispose d’une compagnie de même force quelle que soit la taille de la place à défendre. Elle dispose des canons les plus lourds, des plus gros calibres et surtout de mortiers et d’obusiers. Son matériel est le plus ancien et ses hommes sont souvent ceux qui ont le moins de capacités de déplacement et qui sont les moins sûrs. Chaque compagnie compte un effectif d’au plus une dizaine d’officiers et de 453 hommes dont un quart est « Bombardier ».

L’artillerie de Campagne dispose d’un bataillon mais dès la fin de la 1ere guerre de Silésie (1741), il se divise en deux unités.
1er. Bataillon----------------------------------------- 2e. Bataillon
1741 Samuel von Schmettau------------------------------1741 Ernst Friedrich von Holtzmann († 1759)
1751 Christian Nicolaus von Linger
1755 Valentin Bodo von der Osten († 1757)
1758-59 Obrist puis General Major
und General inspekteur Karl Wilhelm von Dieskau
1762 Karl Friedrich von Moller------------------------------1763 : Oberst-Lieutnant von Kiltscher
Chaque bataillon dispose en théorie de 39 officiers, 150 sous-officiers, 20 tambours et 7 administrateurs, mais en pratique, dès leur constitution, les bataillons disposent de plus d’hommes : 569 officiers et soldats pour le 1er bataillon et 350 pour le second.

Chaque bataillon se compose en 1740 de 5 compagnies de 10 bouches à feu, en général chacune de même type et même calibre, chacun. Jusqu’en 1745, une batterie disposera de canons de 24£, mais trop difficile à traîner, ils seront remplacés par des obusiers de 10£. Plus le temps passera, plus le nombre de compagnies augmentera pour atteindre 10 à la mort du souverain. Le train n’est pas compris avec mais il y a des véhicules de munitions qui suivent directement chaque canon et qui par un système d’aller et retour se ravitaillent dans une forteresse amie proche.
Indépendamment de cela, il y a deux canons par bataillon d’infanterie, souvent du 3£, mais parfois du 6£, voire un canon et un obusier (systématiquement lorsqu’il y a une unité de grenadiers).
Voir image 9

Voici ce dont disposait l’armée prussienne lorsque Frédéric II déclenche à l’été 1756 la 3e guerre de Silésie qui va devenir la guerre de Sept Ans :
Type de canons /Nombre total de canon /Modèle / Réserve de munitions et chariots
Canons de Bataillons
3£ 160 Canon à chambre lisse---------------- M1717 108 boulets, 22 cartouches –train à 3 chevaux
avec 1 conducteur
18 Canon Beauvry --------------------------M1746 108 boulets, 22 cartouches – train à 3
chevaux avec 1 conducteur
6£ 62 Canon Dieskau -------------------------- M1754 70 boulets, 22 cartouches – train à 4 chevaux
avec 2 conducteurs
Canons de positions
12£ 30 Canon à chambre lisse--------------- M1717 70 boulets, 30 cartouches – train à 4 chevaux
avec 2 conducteurs (chaque canon a 2
chariots de munitions avec 3 chevaux avec 1
conducteur)
30 Canon Dieskau -------------------------M1754 70 boulets, 50 cartouches – train à 4 chevaux
avec 2 conducteurs (chaque canon a 2
chariots de munitions avec 2 chevaux avec 1
conducteur)
24£ 26 Canon Holtzmann---------------------M1740 70 boulets, 30 cartouches – train à 6 chevaux
avec 3 conducteurs (chaque paire a 3
chariots de munitions avec 6 chevaux avec 3
conducteurs).
10£ 20 Obusier ------------------------------- M1744 20 grenades, 30 cartouches - 6 chevaux avec 3
serviteurs, pour chaque pièce un fourgon à 6
chevaux avec 3 serviteurs (Souvent, les
munitions pour 2 obusiers pouvaient être
transportées par trois fourgons de munitions
de 4 chevaux)
25£ 10 Mortier Dieskau-----------------------M1755 55 obus, 10 bombes incendiaires - 4 chevaux
avec 2 conducteurs, pour chaque paire 5
chariots à 4 chevaux chacun avec 2
conducteurs, les bombes incendiaires sont
dans un chariot à 4 chevaux à part
50£ 4 Holtzmann-Linger------------------------------52 obus, 20 bombes incendiaires - 6 chevaux
de trait avec 3 serviteurs, chacun avec 4
fourgons d'obus à 4 chevaux avec 3
serviteurs transportant chacun 13 obus, les
bombes incendiaires sont un chariot à 4
chevaux à 2 serviteurs à part

En 1763, le roi de Prusse organise son corps d’artillerie en trois régiments disposant d’un Chef (en français dans le texte, qui est le commandant en titre) et d’un Kommandeur (le commandant effectif). Le troisième régiment est celui qui regroupe l’artillerie de forteresse. L’artillerie à cheval est encore intégrée à un régiment, le 2e, même si elle dispose d’un Kommandeur en titre propre.
Dans l’artillerie, contrairement aux autres armes, il n’y a pas de traces d’achat de commission par les officiers. Le « Chef » commande rarement en temps de guerre une unité effective, cela revient surtout au « Kommandeur », mais tous sont des spécialistes de l’artillerie, même sans être ingénieurs, car ils ont fait carrière principalement dans cette arme, soit en Prusse soit dans un autre pays. Cela reflète aussi le changement de vision du Roi par rapport à l’artillerie : de mépris à respect même si sa préférence restera toujours à l’infanterie.

Il est aussi intéressant de noter que contrairement aux autres nations disposant d’une artillerie conséquente, la Prusse a rejeté à cette époque le développement des fusées ou des roquettes, notamment pour les sièges. Ces munitions sont anciennes et liées aux premiers « canons » chinois mais n’étaient pas très appréciées en Europe. Elles prirent une grande place chez les puissances maritimes d’abord au XVIIIe siècle, puis pour le siège de places chez un grand nombre d’armées au XIXe siècle.
À la mort de Frédéric II l’artillerie prussienne dispose de 5041 bouches à feu dans ses quatre régiments, dont 938 pour les trois régiments de l’artillerie de campagne.

Tactique :
Il faut ici séparer l’analyse en fonction du type d’artillerie dont on parle. L’artillerie régimentaire, l’artillerie lourde de campagne, l’artillerie à cheval et l’artillerie de garnison. Chacune a un rôle bien précis en fonction de sa capacité à se mouvoir et de sa dépendance face à une autre arme. En effet, il y a un début d’évolution dans la vision de l’artillerie entre le début et la fin du règne de Frédéric II : on passe d’une artillerie dévouée au soutien à une artillerie qui commence à être vue comme une arme de rupture. J’insiste sur le « commence », car même si le roi de Prusse reconnaît le rôle prépondérant de l’artillerie dans la prise de places, il ne militarise que peu le train des batteries (uniquement celui à cheval) rendant les canons lents (ils sont déjà lourds) et surtout peu mobiles sur un champ de bataille.

La raison de ce changement est le fait que lors de la première bataille que mène de Frédéric II comme souverain, Mollwitz (1740), c’est l’artillerie qui sauve l’armée prussienne d’une défaite que même les généraux avaient prévue. De plus ces derniers avaient fait partir le Roi du champ de bataille. Il leur en voudra longtemps. Il n’y avait que 32 canons de 3£ et 12 canons de 12£ ! L’artillerie prendra aussi les forteresses de la Haute-Silésie très affaiblies à cause d’un mauvais entretien, alors que l’infanterie s’en montrait incapable. Mais on reste là encore dans les bases « classiques » de l’époque. Le Roi, à cause de cette bataille, sera un moment tenté de n’avoir que des canons de 3£ dans son armée mais l’inspecteur de l’arme, le général von Dieskau lui démontrera que ce n’était pas sensé.

En 1754, le premier manuel d’instruction sur l’artillerie est publié. Il est réservé aux officiers. Il insiste notamment sur le tir à ricochets, jusqu’alors complètement négligé voire refusé, par les officiers pour des raisons d’efficacité. Le manuel indique aussi comment et avec combien d’hommes on doit manipuler les armes :
-Les deux canons de bataillons, obusiers légers ou mortiers légers sont maintenant manipulés par treize hommes, dont un sous-officier,
- Deux canons lourds eux sont gérés par dix-sept hommes, dont un sous-officier,
- Deux mortiers lourds ou obusiers lourds le sont par dix-huit hommes. Cependant au fil de la guerre les effectifs attribués auront tendance à diminuer.

Les canons lourds seront surtout destinés à l’attaque, comme le montreront en 1757 les bataille de Leuthen et de Rossbach. Ils sont concentrés et en masse, même si le terme est relatif. À Rossbach furent engagés 25 canons lourds (certains disent seulement 18 sur les 25 dont disposaient les Prussiens). À Leuthen, les 78 canons lourds de 12£ sont mis en action, mais une fois l’attaque de l’infanterie lancée, ils ne serviront plus. Cela souligne le fait qu’ils étaient peu ou pas mobiles en raison du train civil. Cette tendance a surtout pour origine le fait qu’ils soient peu ou pas mobiles en raison du train civil. Ils auront pourtant un rôle décisif dans les deux batailles, mais le défaut constitué par le manque de mobilité sera terriblement illustré à Kunersdorf (1759).
La vraie première bataille d’artillerie est justement Kunersdorf (1759). Elle oppose deux masses d’artillerie (prussienne d’un côté, austro-russe de l’autre). Elle est une catastrophe pour l’armée prussienne : 162 canons sont perdus (sur les 606 que comptait toute l’armée prussienne) dont la quasi-totalité sont des canons lourds car l’échec de l’attaque prussienne permet aux Austro-Russes d’enfoncer les lignes prussiennes.

En temps normal, en cas de défaite, les trains et chevaux sont en grande partie conservés grâce au fait qu’ils sont commissionnés. Cela va en grande partie sauver l’armée prussienne et maintenir l’idée des trains commissionnés. À Leuthen, le fait que le train autrichien soit capturé est une exception, par contre même un vainqueur pouvait voir sa victoire réduite à néant justement à cause d’une capture de son train. Ce fut le cas des Prussiens à Soor (1745) dont le camp et le train fut pillé par les hussards hongrois alors que la bataille battait son plein.
Les obusiers sont destinés à détruire les obstacles construits attaqués ou à tirer sur une unité située plus haut. On peut expliquer l’importance que les chefs prussiens de cette époque donnaient à ce type de bouche à feu par le fait qu’ils vont combattre surtout en Silésie, qui est une région assez vallonnée. Leur utilisation généralisée dans les unités de grenadiers a tendance à se répandre dans les unités d’artillerie proprement dites, notamment dans l’artillerie à cheval. Les chefs prussiens sont très attachés à ce type d’arme pourtant très difficile à manipuler.

La création de l’artillerie à cheval est destinée à l’origine à contrer la très mobile artillerie à cheval (le terme exact est « artillerie de cavalerie » mais tous les artilleurs sont montés) russe qui existe sous la forme moderne depuis 1709. Elle servira à donner à la cavalerie un soutien offensif ou défensif quel que soit l’endroit, d’où un équipement et des hommes sélectionnés. Elle doit disposer tant des canons que des obusiers. Créée en avril 1759 avec 6 canons de 6£ avec trois sous-officiers et 42 canonniers, elle est deux fois anéantie (une fois à Kunersdorf, l’autre fois par la capitulation de Maxen) et recréée car sa valeur a été prouvée. En 1761 elle disposait de 8 canons de 6£ et 2 obusiers de 7£. Elle est donc rendue mobile par la militarisation du train et le fait que tous les artilleurs sont des cavaliers. En 1762, elle compte 21 bouches à feu, en deux batteries de 8 canons et 2 obusiers (la 1ère batterie dispose d’un obusier lourd de 10£ en surnuméraire). C’est avec l’après-guerre de Sept Ans, que l’on commence à organiser l’arme qui a acquis une très grande réputation. En 1786, cette arme dispose de 72 canons.
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 12 Juin 2021, 08:10

Bonjour,
Maintenant nous entrons dans le vif du sujet : l'artillerie prussienne dans la période révolutionnaire jusqu'à la mort de Frédéric-Guillaume II (1797)

L’artillerie et la tactique de l’artillerie post-frédéricienne
Le 26 octobre 1786, le neveu de Frédéric II, Frédéric-Guillaume II accède au trône. Ce n’est ni le même caractère qui la même ambition politique. Le premier souverain méprise réellement le second et le tient à l’écart de la gestion du royaume pendant toute la fin de sa gouvernance. Cependant, le successeur est un politicien qui essaie de sortir le pays du carcan frédéricien tant militaire qu’en matière économique car la Prusse a eu beaucoup de mal à se relever de la Guerre de Sept Ans, même si le Trésor est reconstitué. Il est le premier à organiser un service militaire avec conscription, pour éviter le recours à des mercenaires coûteux et peu sûrs, à établir un Haut-Commandement général et à vouloir former ses officiers. Cependant les mentalités ne changent que lentement. Pour réaliser cela tout en évitant des coûts excessifs, le nouveau roi va user voire abuser du système cantonal, dit Krümpernsystem. Les artilleurs, souvent plus compétents que les simples soldats pour des tâches artisanales , vont subir ce système de manière importante. Cela va provoquer une forte perte en qualité technique mais surtout en qualité de matériel à cause d’une baisse de l’entretien de celui-ci. Les cantons qui payent leurs réservistes les mobiliseront sur des tâches qui leur semblent importantes et non dans l’optique de la guerre.
Organisation
L’artillerie de campagne, dès 1787, est complètement réorganisée en quatre régiments, avec en tout 66 batteries dont 6 batteries lourdes de siège (6 12£ lourds et 2 obusiers de 10£ chacune). Chaque régiment dispose théoriquement de 53 officiers, 40 sergents, 100 caporaux, 220 bombardiers, 1600 artilleurs, 10 chirurgiens, 18 musiciens (19 dans les 3e et 4e régiments). Le 2e régiment à la particularité d’avoir un bataillon d’artillerie à cheval officiellement intégré mais qui est en fait une entité indépendante. Cette dernière comprend 3 compagnies avec 16 officiers, 12 sergents, 30 caporaux, 66 bombardiers, 480 artilleurs et 3 chirurgiens. A cela est ajouté le corps des Pontonniers qui compte 3 officiers et 54 hommes et sous-officiers par régiment.

À cela on ajoute un retour des couleurs initiales : bleu ciel pour le bois et noir pour tous les éléments en fer, y compris le tube. Les images montrant des canons de couleur bronze sont erronées.

Note : cette réorganisation n’empêche pas les problèmes structurels de l’artillerie de perdurer, comme la capacité à disposer de trains et de chevaux en quantité suffisante comme aussi et surtout d’hommes instruits à la manœuvre et au tir. La campagne aux Pays-Bas la même année le montrera, car il faudra racler les fonds de tiroirs sans abîmer les structures pour faire manœuvrer quelques batteries.

Dès 1787, le nombre d’hommes est modifié par la réduction des batteries de 10 à 8 pièces, avec la suppression de plusieurs éléments :
• Les obusiers de bataillon sont retirés, en particulier des unités des grenadiers. L’infanterie ne dispose plus que deux canons par bataillon d’infanterie, mais un seul chez les fusiliers , souvent prévu pour rester au dépôt d’ailleurs. Cela représente 188 canons de 6£ légers et 132 canons de 3£ affectés aux régiments d’infanteries de ligne et 20 canons de 3£ aux bataillons de fusiliers. On leur affectera trois véhicules par régiment pour leurs munitions.
• Les batteries d’obusiers sont supprimées.
• Il y a 28 batteries lourdes (6 batteries de 12 £ lourds, 22 batteries de 12£ moyens toutes avec 2 obusiers de 10£), 32 batteries à pied avec des 6£ lourds ou légers et 6 batteries à cheval (entièrement équipées de canons. On leur rajoutera un obusier en 1790, en préparation des campagnes contre la France).
• Les canons de réserves (46) forment une capacité d’instruction et de renforts.
• Le nombre de chevaux, par contre, reste le même : 20713
Finalement, cela fait un total global en 1788 de 6409 canons dont 920 pour l’artillerie de campagne immédiatement disponible, auquel il faut rajouter en 1790 20 mortiers de siège (en deux batteries). 11195 hommes dont 288 officiers (dont 74 officiers pour l’artillerie de garnison) servent maintenant l’artillerie.
Autre élément important, l’administration des poudres, sous la direction de l’Obrist Moller, est chargée de l’amélioration de celle-ci. Il est finalement épaulé par une commission. Elle travaillera outre à ce but mais surtout de sa conservation et de son transport. Ils s’inspireront surtout des travaux du général français Gribeauval, qui est passé dans les forces prussiennes et qui avait rédigé un rapport très négatif sur les forces et l’utilisation de l’artillerie prussienne. Par ailleurs, les officiers anglais qui viennent mettre en place les forces navales se montraient satisfaits de la qualité des poudres et de la conservation de la poudre mise à leur disposition.
En 1791, le nombre de batteries est réduit à 60, notamment par la réduction des batteries lourdes. Autre changement, les unités sont maintenant numérotées en fonction de leur type alors qu’auparavant, elles étaient nommées par rapport à leur commandant. Il y a maintenant 13 batteries (appelées compagnies) de garnison chargées de la défense des forteresses toujours regroupées dans un régiment. Le régiment, par contre, dispose d’une structure provinciale (trois bataillons).

Lorsque la Prusse s’engage contre la France révolutionnaire l’armée compte 836 pièces de campagne, dont 482 sont attribuées aux régiments d’infanterie. Il est notable que lors de la mobilisation contre la France révolutionnaire, seuls 200 canons seront mobilisés en 14 batteries (1 batterie de 12£, 8 batteries de 6£, 3 batteries à cheval, et 2 batteries de mortiers lourds de 10£). Les 78 canons de 6£ et les 7 canons de 3£ restants sont des canons de bataillons. L’artillerie est sous le commandement de l’Oberst von Tempelhof.
La cause de cette faible mobilisation, alors que les tirades politiques sont très anti-françaises dans la presse prussienne, a pour origine à la fois le partage de la Pologne, la faible envie des Prussiens de se battre contre les Français et la méfiance très forte vis-à-vis de l’Autriche. Ce dernier point fait que la majorité des unités prussiennes restent en Prusse et en particulier en Silésie. À cela se rajoute d’énormes difficultés financières de l’état prussien d’autant que la location des chevaux coûte cher même si le système cantonal réduit ce coût. Ils sont démobilisés aussitôt la paix de Bâle signée.

La même année une batterie navale de douze bateaux est créée sous le commandement du colonel anglais Smith. Constituée avec un canon de 12£ lourd par navire, elle a pour but de protéger les côtes d’incursions navales venant de Suède. Elle n’aura pas à tirer mais sera une unité d’entraînement pour des actions sur des fleuves et rivières. Elles seront les uniques forces navales prussiennes avant la reconstruction d’une marine militaire. Les derniers navires ayant été vendus à la compagnie navale prussienne d’exploitation de l’Afrique (ses 700 navires de commerce seront saisis par les Britanniques après la paix de Tilsitt).

Une académie militaire spécialement dédiée à l’artillerie est mise en place à Postdam sous la direction de l’Obrist (colonel) von Tempelhof, mais la guerre avec la France suspend ses travaux. Cette académie est remise en fonction en 1796 mais fonctionne plus comme une école d’apprentissage des manœuvres que comme une école d’artillerie au sens des Français et des Autrichiens (avec des cours de mathématique et d’ingénierie par exemple). Cela d’autant, que le Roi ordonne la mise en service de deux canons de 3£ par bataillon dans les 3e bataillons de chaque régiment. Les unités d’artillerie devront ainsi détacher un artilleur, qui aura rang de caporal dans chacune de ces unités. Comme il y a 52 régiments d’infanterie, cela représente une dispersion non négligeable.
D’autre part, le roi Frédéric-Guillaume II décide en 1796 de détacher le 2e bataillon du 4e régiment d’artillerie avec une demi-compagnie d’artillerie à cheval du Käpitain (Hauptmann est à l’époque réservé à l’infanterie car impliquant la notion de commission, équivalent au grade de capitaine) von Scheder et de le nommer « 9e bataillon » avec pour dépôt Varsovie. Il valide ainsi l’occupation de la part prussienne du troisième partage de la Pologne. La force de nouveau bataillon est de 3 officiers d’état-major, 4 officiers supérieurs, 35 officiers subalternes, 98 sous-officiers et artificiers, 154 bombardiers, 1120 canonniers, 51 tambours. Le 2e bataillon du régiment est reconstitué à la même force.
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REMY Nicolas-Denis
 
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 12 Juin 2021, 08:18

Suite de l'artillerie prussienne avant 1808

À la mort de Frédéric-Guillaume II, le Trésor est vide à cause de dépenses excessives (guerre de Hollande, guerre contre la France, achat de la principauté d’Anspach-Bayreuth, partages de la Pologne…), mais il y a 4,5 régiments d’artillerie à pied comprenant 45 compagnies et un régiment d’artillerie à cheval à 5 compagnies. Cela représente 270 officiers, 700 sous-officiers et artificiers, 1100 bombardiers, 8000 artilleurs et 127 musiciens. À cela, il faut rajouter 56 artificiers et 112 sous-officiers détachés dans l’infanterie. Concernant les 14 compagnies d’artillerie de forteresse (dont l’artillerie d’Anspach-Bayreuth), l’effectif total se monte à 63 officiers, 142 sous-officiers, 218 Bombardiers, 1680 artilleurs et un tambour. Sur les 7600 bouches à feu recensées, seules 200 sont vraiment mobiles.

En 1804, à l’instar de l’Oberst Scharnhorst-arrivé le 14 juin 1800 avec directement ce grade, ce qui lui vaut certains ennemis, des officiers d’artillerie russes viennent aider l’artillerie prussienne autant pour renforcer les liens entre les deux armées que participer à la rédaction du nouveau manuel qui sort la même année. Leur influence sera minime. Ce règlement valide la réduction à 8 pièces par compagnie (ou batterie) et le nombre de chevaux par canon.
Cependant, les problèmes financiers majeurs que connaît le gouvernement prussien font qu’il faut attendre la violation par les Français des possessions prussiennes en Allemagne du Sud pour voir une réaction prussienne (violente de la part de la population, beaucoup plus mesurée de la part du gouvernement). Le gouvernement lance alors son plan de mobilisation, qui date de 1799, mais le réveil est très difficile ! Les chevaux manquent ou sont très chers et pas toujours de bonne qualité, le matériel est en mauvais état, surtout le train (il faudra près d’un an pour que les batteries disposent d’un jeu de roues et de bandages correct). L’exception est l’artillerie à cheval.

En 1806, un chef de l’artillerie est nommé, c’est le Prinz August von Preussen avec le rang de General-Major. C’est la première fois qu’un membre de la famille royale se trouve a ce poste. Cela est dû à l’intérêt particulier du prince pour l’arme technique, qui est socialement mal vue à l’époque.
L’inspecteur est le General-Lieutenant (General-Inspekteur)(soit général de division) von Merkatz qui commande toute l’artillerie de campagne et est chef du régiment d’artillerie de garnison. L’artillerie est organisée en deux branches : l’artillerie de campagne et l’artillerie de garnison et de forteresse.

Pour l’artillerie de campagne, il y a quatre régiments d’artillerie à pied (le 1er et le 3e sont à Berlin, le 2nd à Breslau et le 4e à Königsberg,) et un bataillon indépendant (le 9e) à Varsovie (mais dans les faits, il est rattaché au 4e régiment) totalisant 50 compagnies à pied (certains écrits donnent seulement 10 compagnies par régiment). En sus, il y a le régiment d’artillerie à cheval qui dispose de 10 compagnies (6 à Berlin, 1 à Breslau, 2 à Königsberg et 1 à Varsovie) qui ont tout leur personnel monté, mais à la mobilisation on en comptera que 14, dont une issue d’une transformation d’une batterie à pied suite à des prises au Hanovre, et les autres issues d’un complément de mobilisation en Prusse-Orientale et en Pologne.

L’organisation administrative des régiments est la suivante :
1er Régiment : Chef : General-Lieutenant von Merkatz (depuis 1792). Kommandeur : Obrist von Pontanus.
2e Régiment : Chef : General-Major von Schönermarck (depuis 1803) : Kommandeur : Obrist von Strampf.
3e Régiment : Chef : General-Lieutenant von Tempelhof (depuis1801), Kommandeur : Obrist von Boumann (ndlr : ce dernier est jugé responsable de la capitulation de la très importante forteresse de Küstrin et condamné à 20 années de forteresse en 1809).
4e Régiment : Chef : General-Major von Hartmann (mort en 1807 à Königsberg), Kommandeur : Major August Wilhelm von Hertig. C’est lui qui organisera la reconstitution de l’artillerie à partir de novembre 1806. Il finira épuisé et pensionné en 1809 avec le grade de General-Major
Chaque régiment compte théoriquement 53 officiers, 40 artificiers, 220 bombardiers, 100 sous-officiers, 1600 canonniers et 19 musiciens.
Je n’ai pas le chef et le commandeur du 9e bataillon mais il semble que cette unité soit intégrée au 4e régiment en raison du commandement interarmes donné au General-Lieutenant von Lestocq.

Artillerie à Cheval (Reitende Artillerie) : Chef : Oberst Christian von Hüser (adjoint direct du duc de Brunswick), Kommandeur : Brigadier der Reitenden Artillerie Major von Holtzendorf.
Ce régiment compte 16 officiers, 12 artificiers, 30 sous-officiers, 66 bombardiers et 480 canonniers et 12 musiciens.

L’ensemble faisant 365 officiers, 66 chefs artificiers, 168 artificiers, 606 sous-officiers, 1270 artilleurs-bombardiers, 9788 artilleurs, 4 tambours majors (1 par régiment d’artillerie à pied), 80 tambours, et 20 trompettes d’artillerie à cheval. Il y a en dépôt 86 sous-officiers et 860 canonniers pour l’artillerie à pied, 14 sous-officiers et 140 canonniers pour l’artillerie à cheval.
Il est à noter que les batteries à pied retrouvent, un numéro général et non plus par type (voir annexe 2). La batterie à pied n°12 sera transformée en artillerie à cheval en 1806 après l’occupation du Hanovre et le Haut-Commandement lancera un projet de monter à 20 le nombre de ses batteries à cheval. Ce chiffre ne sera atteint que par la récupération de matériel de réserve (pièces de 3£). Cependant, dans la pratique, les batteries sont nommées par le nom de leur chef, comme sous Frédéric II et non par leur numéro. Il y a deux batteries d’école (une pour le régiment à cheval et une pour les régiments à pied).

L’artillerie de garnison qui forme un régiment d’artillerie s’organise en deux bataillons provinciaux et une unité supplémentaire (Brandebourg). Il dispose maintenant de 19 compagnies avec 108 officiers, 17 instructeurs, 169 sous-officiers, 170 bombardiers et 2086 canonniers soit en activité soit en réserve. Elle comprend aussi l’artillerie navale et côtière. Le nombre de bouches à feu est assez variable en fonction de la forteresse (taille et état d’entretien).
Voici les chefs des bataillons
Chef du bataillon des Forteresses de Silésie : Oberst Wernitz
Chef du bataillon des Forteresses de Prusse et Poméranie : Oberst Schramm
Chef groupement des Forteresses de Brandebourg : Major von Hüser.

Concernant les chevaux, les 8 dépôts volants de l’armée disposent de 800 chevaux et 32 voitures, alors que les 4 dépôts statutaires disposent de 800 chevaux et de 16 voitures, ce qui est très inférieur aux besoins des batteries. Comme il faut au moins 120 chevaux par batteries et 204 pour l’ensemble des « batteries » de bataillon, sans oublier que chaque officier, par ordre royal, doit disposer d’un chariot pour ses effets personnels avec deux chevaux de trait et deux chevaux de monte. On peut ainsi constater le manque à combler par rapport aux chevaux dans les dépôts. Ce comblement prendra plus d’un an à se faire.
Cela représente :
- pour chaque batterie de 12£ (à 6 canons et 2 obusiers de 10£), il y a 12 véhicules de munitions (8 de boulets et 4 d’obus) et chaque canon dispose de 80 boulets et 55 boîtes à mitraille, et pour les obusiers de 72 obus, 18 boites à mitraille, 4 obus incendiaires et 4 boulets éclairants.
-pour chaque batterie à cheval (6 canons de 6£ et 2 obusiers de 7£), il y a 5 véhicules (3 pour les canons et 2 pour les obusiers) donnant 120 boulets et 35 boites à mitraille, dont 60 boulets et 20 boîtes à mitraille sont avec les canons ; chaque obusier dispose de 63 obus, 22 boites à mitraille, 3 boulets incendiaires et 2 obus éclairants, dont 14 obus et 6 boites sont avec les obusiers.
- pour les 2 batteries de mortiers de 10£ avec 8 pièces et 8 véhicules de munitions chacune.
- pour les 14 batteries de 6£ à pied restantes. Chaque batterie dispose de 4 véhicules pour les canons et 2 pour les obusiers. Elles ont les mêmes réserves que les véhicules de l’artillerie à cheval.

Cela représente théoriquement en marche 626 canons de 12£, 52 obusiers de 10£, 120 canons de 6£ montés, 84 canons de 6£ en batteries, 28 obusiers de 7£, 290 canons de 6£ de bataillons et 24 canons de 3£ de bataillons de fusiliers.
Il y a en réserve 7 batteries de 6£ avec 12 canons (disposant de 4 parcs de munitions), 4 batteries d’obusiers légers de 7£ à 8 pièces et 8 véhicules chacune. Elles peuvent tirer 60 obus, 20 boîtes à mitraille, 3 boulets incendiaires et 8 boulets éclairants. A cela s’ajoute une batterie de mortiers légers de 7£ avec 8 pièces disposant de 560 bombes et 16 obus incendiaires.

Concernant le moral des unités, hors celles à cheval, les chefs des troupes d’artillerie (toute artilleries confondues) se plaignent, mais sans effet, de sa faiblesse. Il est même considéré comme franchement mauvais dans les unités de garnison. En effet, ces dernières sont beaucoup moins favorisées à tout points de vue par rapport aux autres unités d’artillerie : lieux de vie, rythme de vie… De plus, elles côtoient des unités d’infanterie qui se disent les moins favorisées de l’armée et qui sont les moins motivées pour leur tâche. J’insiste sur ce fait car ces dernières furent les premières à recevoir les nouveaux uniformes qui seront les modèles et bénéficiaient en fait de beaucoup d’avantages. La raison essentielle de ce sentiment de déclassement est la longue tradition dans les hautes sphères politiques et militaires (en Prusse, les deux sont mélangées) de sous-considérer ces troupes, d’où souvent des officiers peu motivés car en fin de carrière (la plupart des chefs de garnisons ont au moins 50 années de service). Cela a des répercussions très négatives sur les artilleurs des forteresses. Pour beaucoup d’historiens, cet état de fait est la principale cause des capitulations nombreuses et rapides des forteresses prussiennes en 1806.

Les chiffres prussiens indiquent que l’armée en campagne dispose de 204 canons de 12£, 68 obusiers de 10£, 120 canons montés de 6£, 40 obusiers montés de 7£, 290 canons de bataillons de 6£, 16 obusiers de 10£, 24 canons de 3£ des bataillons de Fusiliers, soit 762 canons de première ligne ou prêts. Cela signifie qu’il y aurait 34 batteries de 12 et 20 batteries à cheval, ce qui n’est pas compatible avec le nombre de batteries réelles. Il faut donc supposer que l’armée avait prévu des canons en dépôt : 72 canons de 6£, 116 canons de 3£ pour les troisièmes bataillons des mousquetaires (bataillons d’instructions régimentaires), 32 obusiers de 7£ et 8 mortiers légers de 7£ soit un total de 228 bouches à feu.

Comme toujours les objectifs de mobilisation fixés par le cabinet royal au 5 juillet 1806 sont assez différents : 162 3£, 320 6£ légers, 120 6£ lourds, 84 12£ moyens, 24 12£ lourds, 34 obusiers de 7£, 76 obusiers de 10£ et 16 mortiers de 10£ soit 836 pièces. Cet ensemble devait faire 18 batteries de 12£ (8 en réserve), 34 batteries de 6£ (8 en réserve) et 10 batteries à cheval (4 en réserve) et 2 batteries de mortiers. L’annexe 1 donne un aperçu des batteries ayant eu un engagement dans la campagne.
Pour ravitailler ces pièces, il y 26 colonnes de parcs disposant de 40 véhicules en moyenne, 2 colonnes de munitions incendiaires avec 12 véhicules chacune, 8 colonnes de laboratoire (chimie) soit 8 véhicules, 8 colonnes d’artisans, disposant de 8 véhicules. En sus, il y a 4 colonnes de pont de bateaux avec chacune 8 véhicules disposant de 4 ponts. Chaque colonne se voit attacher une compagnie de pontonniers avec deux chariots.
Lors de la campagne, l’artillerie de campagne disposera pourtant d’un total de 270 officiers, 700 sous-officiers et artificiers, 1100 bombardiers, 145 musiciens, et 8220 artilleurs. Il y aura donc un sureffectif dû à une mobilisation et à un élan patriotiques. À cela s’ajoutent 17 officiers du train, 1313 soldats et 8913 commissionnés.

Au total en septembre 1806, 990 bouches à feu sont disponibles pour l’armée de campagne y compris avec le corps en mobilisation en Prusse Orientale commandé par Le général von Lestocq. Du point de vue artillerie, ce dernier dispose de 4 batteries de 12£, 1 de 6£, 1 de 7£ (obusiers) et 4 à cheval sous le commandement du chef du 4e régiment d’artillerie à pied, le general-major von Hartmann (mort en juin 1817) puis l’Obrist von Hertig. Toutes sont en constitution.
Ces données sont compatibles avec les prises françaises lors de la campagne, ou plus exactement avec les chiffres des canons perdus par les Prussiens. On peut comparer ce total aux 744 pièces françaises lors du début de la campagne en septembre 1806.

Les tubes des canons sont en bronze renforcé de fonte ou d’acier, sauf certains 12£ qui sont en fer. Quant aux munitions, seuls les obusiers et les mortiers disposent d’obus incendiaires. Je voudrais ici insister sur le fait que l’artillerie, sauf les mortiers et les obusiers lourds (de siège), tire à vue. Cela signifie que l’on ne vise pas quelque chose que l’on ne voit pas ou que l’on n’estime pas occupé (une crête par exemple). Cela est dû à deux facteurs principaux :
• Les munitions tirées sont soit des cartouches de mitraille, soit des boulets, soit des obus. Les Prussiens ont mesuré qu’un boulet de 6£ tiré à angle 0 sur un sol plat et sec allait droit sur son objectif jusqu’à 400 pas (300 m environ), puis ricochait jusqu’à 1000 pas (750 m environ) puis roulait jusqu’à 2200 pas (1650 m environ). Les boulets en tirs lointains sur une cible cachée avaient un résultat très aléatoire.
• Les munitions d’artillerie sont en quantité limitée et de plus le ravitaillement est souvent long et périlleux, du moins sur un champ de bataille, mais toujours mal conçu. L’expérience prussienne s’attache au tir à courte distance, jugé le seul effectif, et laisse le tir lointain soit aux pièces lourdes, soit aux obusiers.
• Les roquettes existent à titre expérimental mais leur utilisation n’est pas comprise par la hiérarchie prussienne. Les conséquences de la désastreuse campagne de 1806 déboucheront sur un abandon pur et simple de ces armes. Il faudra attendre le XXe siècle pour qu’elles soient à nouveau étudiées.

De plus, comme la campagne de 1806 le montrera, l’artillerie avait de profondes lacunes même en matière de manœuvres. Cela résultait de deux pratiques principales : la commission de la compagnie (le chef de compagnie est responsable de la formation, du recrutement et du matériel) et du fait que le train n’est pas militaire, mais mobilisé avec des contrats, sauf pour la batterie d’exercice et l’artillerie à cheval. Comme les prix des commissions sont très élevés afin de décourager les personnes de basses extractions d’y prétendre, les progressions sont lentes et les chefs âgés et souvent très peu motivés pour des exercices d’autant que les moyens de trait en temps de paix sont rares. La faible mobilisation psychologique des soldats, qui sont dans le système cantonal, sauf dans l’artillerie à cheval, est en elle-même un défaut majeur qui aura des conséquences terrifiantes dans la retraite qui suivit la défaite de Jéna-Auerstaedt. Un des exemples de cela est que toute l’artillerie est placée sous l’unique commandement du chef du 4e régiment dès le 12 novembre 1806. À cette date, tous les autres officiers généraux et un grand nombre d’officiers supérieurs, dont le prince August, sont faits prisonniers. Cela permettra à beaucoup de connaître Paris, où ils seront fort bien traités (voir les relations du Prince August avec Mme Récamier par exemple), mais tous sans exception en seront traumatisés par le fait d’avoir dû se rendre et être prisonniers en France.
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 18 Juin 2021, 14:08

L'artillerie Prussienne de 1750 à 1817 partie III :
Après 1808


L’artillerie et la tactique de l’artillerie pendant la période des « guerres de Libération »

Entre le traité de Tilsitt et la victoire de la Belle-Alliance (le nom de Waterloo pour les Prussiens), rien ne change fondamentalement dans l’artillerie prussienne même si une commission de révision (Prüfung-Commission) est en place avec un nombre important de personnes compétentes en matière d’artillerie : le prince August von Preussen (il a beaucoup appris en France), von Merkatz (il se retire rapidement suite à des problèmes de santé), Scharnhorst, von Neander. Sous ces personnes, il y a von Holtzendorff, Braun, Schmidt et Oppen. Pour le côté administratif et le conseil, il y a Pontanus, Schöler et Steinwehr . Cette commission va élaborer le règlement de 1812 mais qui n’est que le rassemblement de décisions mises en place dès 1808. Pour comprendre l’esprit de celui-ci il faut insister sur le fait que l’état prussien se trouvait en quasi faillite. Il avait perdu 50% de sa surface, un quart de sa population et était sous occupation (ce qui entraînait des frais).


Organisation
Avant même l’application du traité de paix, les Prussiens réorganisent leur artillerie : les régiments sont remplacés par des brigades régionales pour l’artillerie de campagne. Celle-ci qui manque de chevaux s’appuie sur les unités de forteresse. Cette dernière a absorbé l’artillerie de siège du point de vue administratif. De même l’artillerie navale est dissoute. Faute de moyens, on mélange les types (lourde, à pied, à cheval) dans l’artillerie de campagne. L’artillerie de garnison se voit confier les pièces lourdes (24£, 36£, obusiers et mortiers).
La raison de ces restrictions vient du bilan de la campagne de 1806-1807 : il est très lourd pour l’artillerie :
• Ses officiers-commandants (le prince August et le général Karl von Holtzendorff) subirent les capitulations de l’armée (l’un à Prenzlow, l’autre à Dantzig)
• La perte d’une grande partie du parc d’artillerie :
-57 pièces à cheval sur les 112 initiales sont aux mains des Français.
-Toute l’artillerie de forteresse, sauf celle des forteresses de Basse-Silésie, de Graudenz et de Kolberg , est perdue. Cela représente la perte de 15 forteresses sur les 19 tenues par les Prussiens avant la guerre. 10 seront rendues par les Français au traité de paix.
-L’artillerie à pied de campagne est à part 24 pièces prise en totalité.
-L’artillerie de bataillon est en totalité perdue.

Quant à la construction des pièces, on reste dans les mêmes modèles car réformer la fonderie des pièces n’est pas une priorité, faute de moyens financiers, même si les leaders de la Réforme de l’armée sont soit issus d’écoles d’artillerie ou fils d’artilleurs. Ils sont conscients, comme l’inspecteur général de l’artillerie, le prince August von Preussen, de l’infériorité de cette arme par rapport à toutes celles des puissances voisines mais ils estiment nécessaire la reformation du parc comme prioritaire. D’abord les Prussiens sont tentés de copier le système Gribeauval dans son intégralité (avec les pièces de 8£) mais le coût financier de la transformation dépasse de très loin les possibilités prussiennes. Ils se limiteront à transposer en le modifiant les systèmes de visée et d’attache. Ils vont donc insister sur la manœuvre et vont dans une grande mesure réussir ce pari. La prise d’un grand nombre de pièces pendant les campagnes de 1813-1815 ne fera que confirmer ce décalage.

La structuration de l’artillerie se fait en deux catégories : artillerie de campagne (Feldartillerie) et artillerie de forteresse (Festungsartillerie).

L’artillerie de campagne
Elle se structure en trois brigades provisoires (Prusse, Brandebourg, Silésie) avec en théorie 3 batteries à cheval, 11 batteries à pied et 1 batterie d’artisans disposant chacune de huit pièces (6 canons et 2 obusiers). En temps de guerre, les batteries montrent des différences même dans le règlement et ce n’est qu’après 1815 que le chiffre théorique du règlement sera appliqué :
• 147 hommes pour les batteries à cheval alors qu’en 1813 on comptait un effectif théorique de 172 hommes (1 capitaine, 1 lieutenant, 3 sous-lieutenants, 1 chirurgien, 13 sous-officiers, 2 trompettes, 20 bombardiers, 112 artilleurs, 4 artisans et 15 soldats du train). La batterie dispose de 109 chevaux de monte, 92 chevaux de trait plus 5 chevaux pour les chirurgiens et artisans et 2 chevaux de charge). La réduction se fera essentiellement sur les artilleurs et les bombardiers. La batterie est suivie par 4 véhicules de munitions pour les canons et 2 pour les obusiers (si la batterie n’a pas d’obusiers, ce sont 2 véhicules pour les canons à la place).En première réserve, chaque canon dispose de 52 boulets, 20 boîtes à mitraille, alors que chaque obusier peut tirer 25 obus, 8 boîtes à mitraille, 2 obus incendiaires et 1 obus éclairant ; Chaque véhicule de canon dispose de 105 boulets, 30 boîtes à mitraille et pour chacun des 2 véhicules d’obusiers 56 obus, 12 boîtes à mitraille, 2 obus incendiaires et 2 obus éclairants). Chaque véhicule est tracté par 4 chevaux.

• 139 hommes pour les batteries à pied de 6£ et les batteries d’obusiers légers de 7£. En temps de paix, elles disposent chacune de 5 officiers, 14 sous-officiers, 20 bombardiers, 2 tambours, 2 chirurgiens et 96 canonniers. Ce qui restera Elles sont aidées par 11 artisans. Les effectifs de temps de guerre 224 hommes ne seront jamais atteints. Le nombre de chevaux est de 101 (88 pour le trait, 1 pour les chirurgiens et 2 pour les artisans et 10 chevaux pour les officiers). Chaque batterie doit disposer en première ligne de 45 boulets, 70 boîtes à mitraille, 25 obus et 5 obus éclairants ou incendiaires. Le ravitaillement est assuré par 6 véhicules de munitions pour les canons et 4 pour les obusiers (si la batterie n’a pas d’obusiers ce sont 4 véhicules de munitions pour canons qui les remplacent). Ils disposent du même nombre de munitions que l’artillerie à cheval. Un véhicule de réparation suit chaque batterie. Chaque véhicule est tracté par 4 chevaux.

• 197 hommes pour les batteries à pied de 12£ et les batteries d’obusiers lourds de 10£. A disposition directe, chaque canon dispose de 56 boulets et 20 cartouches. En premier renfort, chaque obusier dispose de 25 obus et 5 obus éclairants ou incendiaires. Des 4 véhicules de soutien pour chaque bouche à feu, chacun dispose soit de 52 boulets et de 20 boites de mitrailles, soit de 32 obus, 6 boites à mitrailles, 2 obus incendiaires et 2 obus éclairants. Il semble qu’avec les nombreuses prises de véhicules français, notamment à Dantzig (77 fourgons d’artillerie sont pris), l’artillerie lourde dispose de plus de véhicules de munitions pour passer à 6 par canons. En plus, Chaque batterie possède aussi d’un véhicule de réparation. Alors que les bouches à feu sont tractées par 6 chevaux, les autres véhicules ne sont tractés que par 4.

Cependant, ce projet est irréalisable avant 1813 pour deux raisons principales :
- le manque de chevaux (il faut en moyenne 112 chevaux par batterie, alors que chaque brigade ne dispose que de 60 chevaux de trait) et surtout le manque de spécialistes. Accessoirement, la limitation par le traité de Tilsitt à 6000 hommes de l’artillerie reste théorique car en 1809 la Prusse n’a pas les moyens d’atteindre ce niveau. Elle n’aura en mars 1813, que 9 batteries à cheval, 9 batteries à pied légères (6£ et 3£) et 3 batteries lourdes de 12£, sans disposer de batteries d’obusiers, et n’aura à peine que de quoi former les colonnes de parcs et de munitions adéquates. --La Prusse, sans moyens financiers, avait mis au point entre 1809 et 1813 une méthode pour entraîner le maximum de personnes en utilisant au mieux ses nombreuses unités de réserve, les Stammcompanien, qui servaient à l’entraînement des Krümpern. Chaque soldat est entraîné pendant une année, puis est mis en réserve cantonale, où il doit maintenir ses capacités en travaillant régulièrement ou tout le temps comme artisan. Il est alors remplacé par une recrue.
Ces compagnies sont placées dans des forteresses. Même les batteries de la Garde, qui seront constituées à partir des personnels instruits et récompensés pour leur comportement et pour leurs actions pendant la campagne de 1806-1807 suivent ce processus.
Dans la pratique, avant 1812, seules les batteries à cheval auront un entraînement satisfaisant avec des exercices avec chevaux. La levée des limitations en 1812 va permettre à la Prusse de préparer un véritable ré-entraînement général plus ou moins officiel. L’ambassadeur de France à Berlin fera remarquer à de nombreuses reprises les anomalies par rapport aux traités mais ses retours resteront sans effet.

L’artillerie de forteresse
Elle a fortement souffert des capitulations rapides de nombreuses places prussiennes durant la campagne de 1806 et 1807, alors que certaines n’avaient pas eu une seule perte à enregistrer. Cela va rester très longtemps un cauchemar pour les chefs de l’artillerie prussienne dont les deux principaux, qui se croyaient à l’abri dans les forteresses. Pendant cette période, cette artillerie ne sera qu’un moyen de formation pour l’artillerie de campagne ou les unités de trains et des équipages de réparation.

Enfin, pour comprendre aussi l’analyse tactique qui va suivre, il faut saisir qu’entre 1810 et 1815, on passe de 21 batteries de campagne (alors que les objectifs en prévoyaient 45) et 6 batteries de forteresse et de siège , avec 4154 officiers et soldats [ Rappel : le Traité de paix avec la France limitait à 6000 artilleurs la force prussienne], à 76 batteries et leurs services et 45 batteries fixes avec 24809 hommes, soit 968 bouches à feu, dont seulement au maximum un dixième sont des vétérans d’autres armées incorporés plus ou moins volontairement (les plus motivés étaient les Westphaliens, les moins étaient les Bergeois et Saxons). L’expansion est donc considérable ! Elle se fait grâce au système des « Krumpern » (en mars 1813, l’artillerie dispose de 4320 hommes instruits en réserve pour l’artillerie et organisés au sein de « batteries provisoires ») mais surtout à la formation sur le tas d’un grand nombre de volontaires et d’étrangers « récupérés », en particulier des Westphaliens.

On a donc une artillerie armée de matériels hétéroclites (en mars 1813, une compagnie utilise des 12£ de prises, 5 batteries, dont une à cheval, utilisent des 6£ d’origine britannique), et d’uniformes qui ne le sont pas moins. Ils vont de l’uniforme réglementaire au gris des réservistes en passant par les uniformes bleus britanniques « prussianisés ». Toute la gamme des uniformes des belligérants, sauf celui des Autrichiens, est représentée. Ce n’est qu’en 1815-1816 que cela prendra fin. Par contre, malgré tout, la fonderie et la poudre seront toujours de qualité correcte et surtout d’une qualité constante sur toute la période.
Le gros handicap de l’artillerie prussienne reste surtout ses équipages : les officiers sont de bons manœuvriers mais ne ils ne sont pas des ingénieurs. A la différence des autres écoles d’artillerie , l’académie prussienne n’instruit que peu sur les mathématiques. D’autre part, les chevaux ne se sont pas facile à trouver et très chers, on réduit donc les traits à 2 pour les 3£, 4 pour les 6£ et les obusiers et 6 pour les 12£. Pour les véhicules de ravitaillement, on passe à 4 par fourgon, malgré le fait qu’ils soient beaucoup plus gros car copiés du système Gribeauval.

L’annexe 2 montre un tableau des batteries prussiennes constituées entre 1812 et 1815 avec leur matériel de base. En 1813, il y a des exceptions dans l’organisation, mais plus après novembre 1813, sauf pour les batteries du corps franc von Lützow.

Je voudrais ici rappeler un fait : sous la pression française, le roi de Prusse émet, après de grandes résistances, un édit d’émancipation des Juifs de Prusse en 1812. Dès la fin de la domination française, c’est-à-dire dès mars 1813, cette politique est remise en cause. Cela a pour conséquence d’empêcher nombre de volontaires de religion juive, malgré une forte motivation nationaliste, de s’engager comme volontaires ou bien d’être recrutés. Par exemple, en Prusse-Orientale, plus de 600 prussiens se présentent entre mars et août 1813. Ils ne sont autorisés à ne rejoindre que l’artillerie. En plus, ils ne verront jamais le front en raison de leur religion en dépit du fait que leurs connaissances en mathématiques sont au-dessus de tout ce que possède l’armée l’artillerie prussienne. Beaucoup resteront mais d’autres partiront dès que des possibilités s’ouvriront en particulier vers les USA.

Le 24 février 1812, le très important accord franco-prussien met un corps auxiliaire au service de la France en vue de la campagne en Russie. Cette alliance de circonstance est très négociée, pour les Prussiens, pour alléger les poids des charges d’occupations et accessoirement tester les nouveaux règlements militaires. Le corps auxiliaire aura 7,5 batteries. Le major von Fiebig I commande l’artillerie et l’artillerie à pied, le major von Fiebig II l’artillerie à cheval :
-4 batteries de 6£ à pied (1ere, 2e et 3e de Prusse, 4e de Brandebourg)
-3 batteries de 6£ à cheval (1ere, 2e et 3e de Prusse)
-Une demi-batterie de 12£ (1ere de Silésie)
- 4 colonnes de parcs toutes issues de la brigade de Prusse. 3,5 sont en préparation
Les chevaux doivent être aussi mis à disposition, alors que les Français avaient procédé entre 1810 et 1812 au prélèvement d’environ 71000 chevaux en Prusse asséchant complètement le potentiel militaire du gouvernement.
Une annexe à l’accord permet à la Prusse de constituer des réserves officielles pour compenser d’éventuelles pertes en hommes et en matériel. La préoccupation chevaline n’existe pas, mais dans les faits sera une des premières actions prussiennes.

Avec le désastre de Russie et le retournement d’alliance, la Prusse mobilise tout ce qu’elle a et reçoit de nombreuses aides extérieures surtout de la part des Britanniques (matériel, uniformes, argent).
En mars , la Prusse met en ligne 21 batteries mobiles malgré un manque criant de matériel et de chevaux. Voici en mars 1813, l’artillerie à disposition de l’armée prussienne :
a)Ier Corps (Blücher) (26000 hommes environ) : chef de l’artillerie Major Braun (Adjoints : Majors Lehmann et Liebe) commandant 11 batteries et 4 colonnes de parc (7 à 10)
- Batterie à cheval de la Garde (Reitende Batterie (Garde)) Nr 4 : Kapitain Willmann
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 7 : Kapitain Richter
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 8 : Kapitain Kühnemann
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 9 : Kapitain von Tuchsen
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 10 : Lieutenant Schäffer
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie (Garde)) Nr 4 : Kapitain Lehmann
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 7 : Kapitain Holtzheimer
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 8 : Kapitain Schöne
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 9 : Kapitain von Grevenitz
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 11 : Kapitain von Mandelshöhe
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 13 : Kapitain von Held
- ½ batterie de 12£ à pied (12£ Fuss-Batterie) Nr 3 : Lieutenant von Schlemmer

b) IIe corps (York) : Chef de l’artillerie Major von Schmidt (adjoints : Majors von Fiebig I et II et von Rentzell) commandant 9 batteries et 5 colonnes de parc (1 à 5) :
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 1 : Kapitain von Zinken
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 2 : Lieutenant Hensel, puis Borowsky
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 3 : Lieutenant Fischer
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 1 : Kapitain Huèt
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 2 : Lieutenant Lange
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 3 : Kapitain Ziegler
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 6 : Kapitain Ludwig (attachée au corps de Bülow en mars)
- Batterie à pied de 3£ (3£ Fuss-Batterie) : Lieutenant von Hertig
- ½ batterie de 12£ à pied (12£ Fuss-Batterie) Nr 3 : Kapitain von Rozynski
- ½ Batterie d’obusiers de 10£ (10£ Haubitze-Batterie) : Kapitain Baumgarten

c) Corps de Réserve (von Bülow) : chef de l’artillerie : Major von Holtzendorff (adjoint : Major von Roehl) commandant 4 batteries et une colonne de munitions (Nr 6)
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 6 : Kapitain von Steinwehr
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 5 : Kapitain von Glasenapp
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 16 : Kapitain von Bredow
- Batterie à pied de 12£ (12£ Fuss-Batterie) Nr 1 : Lieutenant Witte
Dépendant du corps mais agissant de façon autonome : la brigade de Poméranie (von Borstell) disposant de 2 batteries :
½ Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 5 : Lieutenant Schüler (l’autre moitié sous le commandement du Lieutenant von Neindorff est placée sous les ordres du général von Dörnberg)
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 10 : Lieutenant Hensel II, puis Magenhöser

d) Corps Comte Tauentzien (en formation en Brandebourg et Poméranie)
(chef de l’artillerie : Major von Neander)
- Batterie à cheval (Reitende Batterie) Nr 11 : Lieutenant Borchard
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 17 : Lieutenant Gleim
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 18 : Lieutenant Sannow

e) Groupement en rassemblement en Silésie : General Schuler von Senden (chef de l’artillerie Brigadier Major von Blumenstein, Kapitain Lehmann II) (colonne de parc Nr 10)
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 12 : Lieutenant Bülly
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 14 : Kapitain von Bychelberg
- Batterie à pied de 6£ (6£ Fuss-Batterie) Nr 15 : Lieutenant von Anders
- Batterie à pied de 7£ (7£ Haubitze-Batterie) Nr 1 : Lieutenant Boitus

En juin 1813, la force de l’artillerie passe à 34,5 batteries disposant de 276 pièces et en août la Prusse aligne en campagne 45 batteries toutes à 8 pièces (12 à cheval, 6 de 12£, 26 de 6£ et 1 d’obusiers de 7£) soit 360 pièces. Il est à noter que l’organisation n’est pas celle théoriquement souhaitée, 6 canons et 2 obusiers par batterie, car ces derniers manquent, mais toutes les batteries ont huit pièces.
Autre élément, les batteries dites de Landwehr sont des unités qui n’ont pas au départ les moyens matériel (chevaux surtout) de suivre une campagne. On les destine alors aux blocus de nombreuses places et au fur et à mesure des prises, le matériel s’améliorera en tous points (chevaux, canons…). Le cas des batteries 25 et 26 de 6£ à pied en est un très bon exemple. D’abord constituées pour assiéger une place, Stettin et Küstrin respectivement avec des canons de la place de Kolberg (ou Colberg) et un uniforme bricolé (vestes grises, shakos en paille, peu ou pas de chaussures…), elles finiront la campagne avec du matériel français de prise et des uniformes anglais de très bonne facture.

À Leipzig, les Prussiens mettent en place 240 pièces qui tireront 14193 coups contre les 175000 tirs des Français (dixit Chambray). Cette consommation va épuiser les réserves prussiennes. Le chef de l’artillerie du 3e corps indiquera qu’il ne lui reste que 42 coups pour toute munition. Les autres corps dont le 1er indique des réserves épuisées. Dans cette bataille l’artillerie subira 14 officiers, 233 hommes et 485 chevaux de pertes, mais capturera 200 canons auxquels viendront s’ajouter les 54 qui seront déclarées prises à Kösel. Cela sans compter les vestes et shakos français récupérés et « prussianisés ». Au 1er janvier 1814, l’armée dispose de 55 batteries mobiles dont 1 équipée de 3£ et surtout de 14 colonnes de parcs et de munitions et 4 colonnes de laboratoires.

Cette mobilisation n’a pu se faire que grâce aux fameux Krümpern qui ont formé 17 compagnies provisoires (4 en Brandebourg, 6 en Prusse et 7 en Silésie), aidés par des troupes de forteresses rendues mobiles grâce à la récupération ou l’achat de chevaux.


Au début de la campagne de 1814, la répartition est la suivante :
1er corps (York) : 11 batteries dont 4 à cheval
2e corps (Kleist) : 14 batteries dont 4 à cheval
3e corps (Bülow) : 10 batteries dont 3 à cheval
4e corps (Tauentzien : 13 batteries dont 1 à cheval (la batterie n°13 qui est une transformation d’une batterie à pied).
En réserve avec la Garde : les deux batteries de Garde (1 à cheval et 1 de 6£ à pied).
Au corps de blocus de Glogau : 2 batteries de 6£ à pied.
Corps von Lützow : 1 batterie à cheval (tous les artilleurs sont maintenant montés) et une batterie à pied. Les deux batteries ont désormais du matériel britannique de 6£ et des obusiers prussiens.
Corps de réserve de Westphalie : 2 batteries à pied
Chaque corps d’armée et de réserve dispose maintenant de 4 colonnes de parc et d’une de laboratoires et d’un commandant d’artillerie, dont le grade est très variable.

Le 1er avril 1815 l’armée présente 72 batteries (voir annexe 2), plus 4 de la Garde. Il est projeté (mais pas toujours réussi) que chaque corps d’armée dispose d’une force d’artillerie de 12 batteries, dont 3 à cheval, 5 de 6£ à pied, 3 de 12£ et une d’obusiers légers. Seuls les 1er, 5e et 6e corps auront cette distribution. Le 7e (Garde) est une exception. Le plus faible, le 3e corps n’aura que 6 batteries et le 4e corps n’aura que 11 batteries (il lui manque celle d’obusiers).
D’autre part, chaque batterie dispose de 101 chevaux, dont 88 chevaux de trait. Chaque corps (sauf la Garde) dispose de ces 6 colonnes de parc, chacune avec 33 véhicules, de sa colonne de laboratoires avec 6 véhicules et de sa colonne d’artisans avec 7 véhicules. La Garde dispose d’une seule colonne de parc à 33 véhicules.
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 18 Juin 2021, 14:16

L'artillerie prussienne partie IV : après 1808 Tactique.

Tactique

Les trois leçons de la « Katastrophe » de 1806 -1807 cherchent à être assimilées :
• -La première est le fait que l’artillerie n’est efficace que concentrée.
• -La seconde est l’acceptation de l’idée que l’artillerie est une arme de destruction et non plus seulement une arme de soutien.
• -La troisième est l’importance de la rapidité de mouvement et de mise en place de l’artillerie, d’où l’insistance de la formation sur ces sujets.

Pour les appliquer, trois choix vont être faits :
• L’abandon des canons de bataillon (la seule exception est le canon de 3£ du Ost-preussischen Jägern Bataillon conservé jusqu’en juin 1813 plus par fierté car il ne quitte pas le dépôt). Ils sont jugés comme un frein à la manœuvre de l’infanterie et sans efficacité réelle, car ils sont toujours déployés sur les ailes des unités. Autre tare, ce sont des capteurs de main-d’œuvre qualifiée. Enfin, les rapports prussiens montrent surtout que des tirailleurs réduisent à néant leur efficacité.
• Les canons sont regroupés au sein de brigade de corps d’armée Ils peuvent être ensuite détachés par batteries aux brigades d’infanterie ou de cavalerie. Elles peuvent être rassemblées en grande batteries toujours sous le commandement du chef de brigade d’artillerie du corps d’armée. Cela vaut surtout pour les obusiers et les canons lourds. Le chef de brigade a toute autorité pour les concentrer et les diriger.
• L’importance de la mobilité est prise en compte. Les trains sont complètement militarisés et la théorie insiste sur la mise en place et le mouvement. Cela sera un fait acquis dès 1812 et sauvera plusieurs fois les batteries prussiennes mises en difficultés. Les canons vont être allégés en remplaçant autant que possible le bois par de l’acier (notamment les axes).

Le changement est moins radical dans la réalité que cela aurait été souhaité surtout jusqu’en 1812. Même si les bases et certaines pratiques changent, le manque d’officiers suffisamment instruits sur le tir et d’artilleurs en nombre suffisant limiteront d’autant que les officiers généraux les plus influents ne sont pas tous si enthousiastes relativement auxdits changements. Les généraux Krausenek, von Bülow et von Tauentzien en sont des exemples.
Comme les batteries de 6£ sont souvent distribuées comme unités d’appui et de soutien. Cela les oblige à être capable de bien manœuvrer. Cela est particulièrement le cas pour l’artillerie à cheval encore utilisée en demi voire en quart de batterie à cause du terrain, comme en 1812. Les obusiers, eux, conservent leurs rôles de préparer une attaque et surtout de détruire les constructions.
Les batteries de 12£ sont surtout des batteries de réserve destinée à préparer une attaque, ou à soutenir une défense de loin, comme à Ligny.
La pratique de réaliser des grandes batteries n’est pas systématique car beaucoup des chefs de corps restent sceptiques sur l’impact des batteries. L’exemple de Bülow à Dennewitz en est une illustration marquante. Il faudra que son chef d’artillerie, le General-Major von Holtzendorff outrepasse son avis pour rassembler 44 à 46 canons selon les sources. À Ligny, l’alignement est prévu comme à Belle-Alliance (Waterloo pour les Prussiens), car le Quartier-Maître Général de l’armée Neidhardt von Gneisenau (fils d’artilleur et ayant reçu une formation relative au Hanovre) l’encourage. En raison des insuffisances du matériel et des artilleurs, l’effet ne sera pas tant à Ligny, que dans une certaine mesure à Belle-Alliance celui escompté. La raison est toujours cette infériorité technique au tir face aux Français et à leurs alliés. Cependant, elles réussiront à rendre les choses plus compliquées que prévues à l’ennemi honni.
Par contre, à des échelons plus réduits, deux voire trois batteries ensemble, l’artillerie sera souvent à la hauteur des attentes car à ces niveaux l’objectif est surtout d’aider et de soutenir plus que d’anéantir.

Concernant les pertes de l’artillerie en hommes (tués ou blessés rendus invalides) :
Campagne de/pertes Officiers Sous-officiers Hommes Chevaux

1812 ____________________ _2________6___________30_______46
1813-1814 en campagne __14_______98__________370______1515
1815 campagne____________57______594___________119_____1234

1813-1815 en siège ________4________7____________95________12
Total ______________________77________705_________1688_____2807
On peut voir l’importance des pertes en chevaux et le coût de la très courte campagne de Belgique.

Pour le nombre de pièces perdues, cela est difficile à compter, car les Prussiens ont récupéré ou eu nombre de livraisons si bien que les pertes matérielles ont été largement compensées, cela d’autant que face à des grandes batteries françaises, les Prussiens avaient plutôt tendance à se retirer, sauf supériorité numérique marquée, car ils se savaient inférieurs aux Français ou de leurs alliés. L’exemple type est Gross-Beeren où après la mise hors service de deux pièces (par endommagement des supports), les batteries prussiennes se sont retirées.
Il est à noter que la campagne d’Automne 1813, entre août et novembre 1813, fut très pluvieuse et gêna considérablement les artilleurs de toutes les armées.

Concernant les récompenses pour l’ensemble des campagnes, elles se montent à 727 décorations :
• 3 « Pour le Mérite » avec Feuilles de chênes (la plus haute distinction militaire prussienne créée le 10 mars 1813) (Prince August von Preussen, von Holtzendorff (il passe de Obrist-lieutenant à General der Artillerie en deux ans même si ce titre est temporaire)
• 2 « Pour le Mérite »
• 3 « Ordre de l’Aigle Rouge » de 3e classe (récompense politique extrêmement importante en Prusse) (Prince August von Preussen, le Generalmajor von Holtzendorff (General der Artillerie en 1815), Generalmajor Braun.
• 43 Croix de Fer 1ere classe
• 676 Croix de Fer 2e classe
A cela s’ajoute une quantité considérable de « Militärehrenzeichen », Médaille récompensant un fait d’arme. Cela fait que l’artillerie sera l’arme la plus récompensée en rapport du nombre d’hommes engagés pendant ce que les Prussiens appelleront les « guerres de Libération ».
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 18 Juin 2021, 14:18

L'artillerie prussienne de 1750 à 1817 : L'après 1815

L’après-guerre et la réforme de 1816

Après le deuxième traité de Paris, les Prussiens et particulièrement les spécialistes de l’artillerie s’accordent sur le fait que c’est maintenant le moment d’appliquer en totalité les réformes prévues en 1809 mais repoussées faute de moyens. Ils vont négliger la dette de l’Etat qui a quadruplé (elle est passée de 55 millions en 1806 à 206 millions en 1815). La Prusse s’est énormément étendue, surtout dans la partie occidentale de l’Allemagne avec des régions dynamiques et riches en ressources minérales. L’augmentation du nombre de pièces de toutes origines, notamment français et britannique, a permis de les comparer. Malgré cela et des artilleurs courageux et honorés, les batteries prussiennes ont toujours montré une infériorité marquée par rapport à l’artillerie française ou alliée des Français.

Grâce à la paix, et de l’occupation concertée de la France, les Prussiens peuvent aussi comparer leurs méthodes aux autres artilleries. Cependant, c’est aussi une période de réaction politique des classes dirigeantes prussiennes. L’artillerie redevient une simple arme de soutien. Pour ce faire, elle est divisée en brigades d’artillerie mixtes (avec tous les types d’artillerie sauf ceux de forteresses) attachées à chaque corps d’armée par forcément commandée par un spécialiste. L’armée compte neuf corps d’armée et 109 batteries avec 23000 hommes et 12900 en formation.
Toute la structuration des officiers et sous-officiers d’artillerie des siècles suivants sont inspirées de ces réformes et vont rapidement dépasser leurs modèles.

Le fond de la réforme de 1815-1817, dite de 1816, consiste à donner une plus grande puissance aux corps d’armée prussiens grâce à un soutien de qualité et en quantité suffisante. Pour cela, le matériel va être standardisé (un affût de type Gribeauval remplacé en 1817 par un affût de type « Block Trail » britannique avec des tubes de type Gribeauval ou an XI) et simplifié (on n’a plus que deux types de canons et un type d’obusier pour l’artillerie de campagne. L’artillerie de forteresse élimine progressivement les vieux matériels pour ne garder que les pièces très lourdes (canon de 36£, obusiers de 10£ et mortiers. En 1817, ils évolueront sur l’affût, car la vitesse de manœuvre est pour eux un élément toujours vital. Le fait qu’ils n’aient pas choisi d’adopter le système anglais de 9£ vient du fait qu’ils jugent les armes britanniques trop faibles. Les avant-trains vont tous être semblables, artillerie à cheval ou à pied, c’est-à-dire avec un caisson à siège, pour permettre à tous les artilleurs d’être soit à cheval soit « montés ».

Le prince August von Preussen et son état-major vont réussir à mettre en place des écoles d’artillerie inspirées des écoles françaises et autrichiennes d’où sortiront des techniciens, malgré l’esprit des classes dirigeantes. Les officiers tout fraîchement sortis seront souvent en conflit avec les « vétérans », cela d’autant que les nouvelles techniques d’entraînement des cadres se mettent en place (notamment le Kriegspiel).

Cette réforme restera valable jusqu’en 1851, date à laquelle les brigades changent de nom pour devenir des régiments avec à la clé un changement de matériel progressif car l’armée va les équiper de canons à chargement par la culasse. Il faudra entre 15 et 17 ans pour que le changement soit complet et fiable.
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Re: Artillerie prussienne

Messagepar MANÉ Diégo sur 13 Sep 2021, 20:44

Mel, "en dur" sur le site, de l'article de Nicolas-Denis Remÿ dispensé plus haut dans ce post, sur

L'artillerie prussienne de 1750 à 1815, partie I

http://www.planete-napoleon.com/docs/Ar ... art1v2.pdf

avec cette fois force illustrations qui viennent compléter le texte et ravir les yeux.

On comprend mieux l'expression (que je viens d'inventer) "beau comme un canon" !

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Re: Artillerie prussienne

Messagepar BRULOIS Jacques sur 15 Sep 2021, 05:52

Salut Diégo.
Merci beaucoup pour ce lien très intéressant qui complète les messages de Nicolas-Denis RÉMY.
J'ai hâte de lire la Partie II dans un mel "en dur". 8)
Bonne journée et à plus tard.
Jacques.
À mon très grand ami Patrice († 58).
À ma petite belle-fille Gaëlle († 31).



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Décor "simpliste" sur lequel nous avions rejoué, à 9 joueurs, la Bataille d'Eylau en 1807.
BRULOIS Jacques
 
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