Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

Modérateurs: FONTANEL Patrick, MANÉ John-Alexandre

Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 28 Avr 2020, 16:09

Je suis pressenti par un internaute réalisant un travail touchant au "6e Chevau-légers lanciers en 1812", et partant me suis penché sur le parcours de cette belle unité. Je vous fais profiter, façon feuilleton (car il y a de la matière) des fruits de mes recherches et regrouperai ensuite le tout sous la forme d'un article illustré du même acabit que ceux concernant déjà les 1er et 3e de l'arme.

Mais auparavant je vous fais profiter de mes réponses (RDM) aux questions généralistes précédant le travail particulier au 6e Chevau-légers lanciers en 1812.

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1 - Questions d’ordre général :

Q. A quelle vitesse/fréquence se déplace-t-on en campagne ?

RDM : Voir les pages 18 à 23 au lien ci-dessous.

http://www.planete-napoleon.com/docs/ORGDIV2.pdf

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Q. Comment est gérée la correspondance (entre soldat et famille) durant une campagne ?

RDM. Eh bien le plus normalement possible. Les soldats remettent leur courrier à leur vaguemestre. Il est regroupé au niveau du bataillon/escadron puis du régiment, etc... et est acheminé par la Poste aux armées (chaque armée ayant un directeur des postes) jusqu'à pouvoir être remis à la poste civile qui l'amènera à bon port. A l'inverse les familles écrivent aux leurs aux armées en indiquant leur unité et la dernière localisation connue d'eux. L'armée se charge de faire suivre jusqu'aux destinataires... Si c'est possible, ce qui parfois ne fut pas le cas... 125 courriers furent tués par la guérilla pendant la guerre d'Espagne... et beaucoup devinrent gibiers de Cosaques entre 1812 et 1814...

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Q. Les officiers ne s’entretiennent-ils qu’entre eux ou discutent-ils aussi avec les sous-officiers/hommes du rang ?

RDM. Cela a traversé les siècles. La hiérarchie, sociale ou militaire, fait que l'on ne se mélange pas. Et les grades étant des "barrières" visibles et définies, les transgresser n'est pas chose aisée, surtout du bas vers le haut. Donc non, les officiers ne "s'entretiennent" pas avec leurs subalternes sous-officiers, qui eux-mêmes ne le font pas avec la troupe, sauf à perdre toute autorité. La "communication" militaire transite par les ordres qui descendent la voie hiérarchique. Cela n'empêche pas de rares contacts "bienveillants" du haut vers le bas, à condition que le subalterne ne confonde pas familiarité et décontraction, ce que le supérieur ne manquera pas de lui rappeler le cas échéant.

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Q. Comment a été géré le ravitaillement durant la campagne de Russie ?

RDM. Réponse sous la forme de lien avec mon article (inédit, désolé) sur le Ravitaillement...

Et celui sur l’attrition au lien ci-dessous :

http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.Attrition.pdf

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2 - Questions concernant les Lanciers :

RDM. Voir les articles suivants sur Planète Napoléon :

Sur les lanciers 1812-1815 : viewtopic.php?f=1&t=919

Sur le 1er lanciers : http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.1erCLL.2.pdf

Sur le 1er lanciers : http://www.planete-napoleon.com/docs/Dumanoir.pdf

Sur le 3e lanciers : http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.CLL.pdf (mais la page 6 traite du 6e lanciers)

Sur le 1er Dragons futur 1er lanciers : http://www.planete-napoleon.com/docs/DragonsEspagne.pdf

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Q. Comment les chevaux sont-ils entretenus ? Y a-t-il des difficultés particulières ?

RDM. C'est normalement à chaque soldat de prendre soin de sa monture et de son équipement, armement, etc..., et s'il est compétent cela ne pose pas en soi de difficultés particulières.
Malheureusement cette "compétence" n'est pas innée, elle s'apprend, d'autant plus facilement que le soldat aura grandi dans un environnement favorable lui ayant permis de pratiquer le noble animal (paysans)... Et d'autant plus difficilement s'il n'en a jamais vu que de loin sans jamais monter (lot des citadins pauvres).

Après l'incompétence de son cavalier, et même avant, vient en tête des "difficultés particulières" pour les chevaux l'absence de nourriture convenable, voire de nourriture tout court, ce qui provoquera la mort de plus de 30.000 chevaux, tant de cavalerie que d'artillerie ou des équipages, dès les premières semaines de la campagne de Russie.

Dans le cas du 6e chevau-légers (lanciers), son encadrement, officiers et sous-officiers, est en principe composé de vétérans du ci-devant 29e Dragons de l'Armée d'Italie. En revanche sa troupe est composée de conscrits de 1811 qui auront eu peu de temps pour acquérir les compétences requises et de toutes façons n'auront pas la maturité suffisante pour sublimer les fatigues exceptionnelles de la campagne de Russie. Ces dernières ont eu raison des vétérans les plus endurcis, alors que dire des malheureux conscrits ?

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Q. Quelle est la position d’un officier (capitaine) durant une charge ?

RDM. Devant le centre de sa compagnie si elle est isolée.

Devant le centre de l'escadron (deux compagnies déployées) pour le plus ancien de ses deux capitaines.

Derrière le centre de l'escadron (deux compagnies déployées) pour le moins ancien de ses deux capitaines.

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Q. Quel a été le parcours/l’évolution/l’emploi du 6ème Lancier lors de la campagne de Russie ?

La réponse fait l’objet du travail intitulé «Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812».

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3 - Les batailles :

Q. Auriez-vous le détail des batailles de Smolensk, La Moskowa, Krasnoïe, Berezina, et éventuellement le rôle des lanciers au cours de celles-ci ?

RDM. Pour Smolensk vous avez désormais mon article éponyme (publié dans la Revue de l’Académie Napoléon).

Je vous redonne le lien avec son dossier illustration.

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... lustre.pdf

Et celui avec un article complémentaire sur Valoutina-Gora.

http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.Valoutina.pdf

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RDM. Pour la Moskowa il y a sept ou huit articles sur Planète Napoléon, voici le plus "générique" qui résume la bataille.

http://www.planete-napoleon.com/docs/1812.LaMoskowa.pdf

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RDM. Pour la Bérézina vous avez l'article sur la fin de la Division Partouneaux qui vous donnera déjà le "climax", et le cas échéant je vous développerai les circonstances générales des deux autres secteurs de cette "bataille".

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... uneaux.pdf

J'ajoute un article qui comporte bien des choses intéressantes pour votre démarche (notamment sur la Bérézina).

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... laisan.pdf

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RDM. Pour le 2d Krasnoë, je ne l'ai jamais traitée personnellement mais peux le faire. Je vous redis cependant que, fors la Moskowa, le 6e chevau-légers lanciers n'a participé à aucune des batailles que vous citez et donc vous les développer n'est peut-être pas utile pour votre travail. Vous me direz. En revanche le régiment a bien chargé au 1er Krasnoë le 14 août, et peut-être (le doute persiste) donné ses derniers coups de sabre en tant qu'unité constituée à Taroutino le 18 octobre 1812. Après, le combat cessera faute de soldats montés, et ce sera chacun pour soi.

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Q. Disposeriez vous de cartes concernant la campagne de Russie ?

Vous en avez plusieurs visibles dans les différents articles de Thierry Louchet.

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... mpagne.pdf

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... eVilna.pdf

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... Moscou.pdf

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... .II.TL.pdf

Le dernier traite en détail des deux combats de Winkowo, 4 et 18 octobre.
Le 6e lanciers, bien qu'il n'y soit pas mentionné, y aurait participé si l’on prête foi à Martinien, mais j’en doute un peu et m’en explique dans mon article.

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Q. La description des batailles et de la vie en campagne est un exercice qui s’avère assez compliqué sans connaissances détaillées...

RDM. Je ne saurai donc trop vous conseiller de lire quelques mémorialistes tels que Marbot ou Combe. Pour ce dernier je viens de vérifier et vous pouvez le trouver sur Gallica en composant "Mémoires du colonel Combe".

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k ... texteImage

Combe était sous-lieutenant au 8e chasseurs en 1812 et participa activement à la Moskowa et au second Winkovo (Taroutino) le 18 octobre. Il survit à la retraite et "passe" la Bérézina dans des circonstances probablement voisines de celles vécues par les officiers survivants du 6e chevau-légers lanciers.

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À suivre...

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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 01 Mai 2020, 16:05

Prologue

Le 18 juin 1811 Napoléon décrète la création de six régiments de Chevau-légers équipés de lances. Ils doivent être constitués par le biais de la conversion-disparition de six régiments de Dragons, dont cinq de l’Armée d’Espagne et un de l’Armée d’Italie. C’est ce dernier qui devait devenir le 6e Chevau-légers lanciers. Initialement c’était le dernier de l’arme des Dragons, le 30e, que l’Empereur avait désigné... Mais le Prince Eugène, Vice-roi d’italie, fit observer à son père adoptif que le 30e était monté en chevaux du type «cuirassiers», et c’est donc le 29e qui fut finalement désigné.

Notons que le type de chevaux n’a en principe aucune raison d’être différent d’un régiment de Dragons à l’autre. Mais peut-être le Prince préférait-il «perdre» les 219 hommes du 29e que les 734 du 30e ? A moins que, comme ce fut le cas pour les cinq régiments tirés d’Espagne, les hommes du rang n’aient été répartis entre les régiments conservés, tandis que seuls les officiers et sous-officiers ne soient destinés à former les cadres du futur régiment de Chevau-légers lanciers. Quoi qu’il en soit, même si tel ne fut pas le cas du 6e, et je n’ai pu en trouver la preuve, 1/3 de vétérans ne suffit pas à compenser 2/3 de conscrits (il faut l’inverse pour ce faire), et c’est donc comme tel qu’il faut le considérer.

Quoi qu’il en soit (bis) c’est donc le 29e Dragons, basé à Modène, qui disparaîtra.
Il avait depuis 1805 participé aux actions suivantes (pertes d’officiers d’après Martinien).

29 et 30 octobre 1805, bataille de Caldiero, perdant 7 officiers †ués ou ßlessés.

9 août 1807, 1 officier disparu dans les environs de Naples.

8 mai 1809, 4 officiers †ß à la bataille de la Piave.

6 juillet 1809, 1 †ué et 1 ßlessé à la bataille de Wagram.

Le dépôt du nouveau 6e Chevau-légers lanciers est situé à Joigny (en Bourgogne), mais dès fin 1811 on trouve le régiment au camp de Boulogne sous le maréchal Ney, brigadé avec le 11e de Hussards (ci-devant hollandais) au sein de la 9e Brigade de Cavalerie légère du GB Mourier. Elle fera la campagne de 1812 au IIIe corps d’armée du maréchal Ney, Division de cavalerie Wollwarth, qui comprend des Wurtembergeois (dont le GD).

À suivre...
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 06 Mai 2020, 13:50

Campagne de Russie 1812, l'aller...

Le 24 juin 1812, le IIIe corps d’armée du maréchal Ney est en avant de Marioupol.
Il se compose de trois divisions d’infanterie (10e Ledru, 11e Razout, et 25e Prince Royal de Wurtemberg) et deux brigades de cavalerie légère, la 9e Mourier et 14e Beurmann.

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Au 1er juillet 1812

9e Brigade de Cavalerie Légère, GB Mourier, 1.677 h
I à IV/11e de Hussards (hollandais), Colonel Collaërt, 4 escadrons, 636 h
I à III/6e Chevau-légers lanciers, Colonel Marboeuf, 3 escadrons, 556 h*
I à IV/Jägers n° 4 de Wurtemberg, von Salm, 4 escadrons, 485 h

* Détail : 26 officiers, 530 sous-officiers et hommes du rang.
60 chevaux d’officiers, 531 chevaux de troupe et 4 chevaux de trait.

14e Brigade de Cavalerie Légère, GB Beurmann, GM Brunning, 1.991 h
I à IV/4e Chasseurs à Cheval, Colonel Boulnois, 4 escadrons, 740 h
II/Dét/28e de Chasseurs à Cheval, Colonel Laroche, 1 escadron, 201 h
I à IV/1er Chevau-légers wurtembergeois, von Brockfeld, 4 escadrons, 532 h
I à IV/2e Chevau-légers wurtembergeois, von Normann, 4 escadrons, 518 h

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Au 4 août 1812

9e Brigade de Cavalerie Légère, GB Mourier, 1.315 h
I à IV/11e de Hussards (hollandais), Cel Collaërt, 4 escadrons, 439 h
I à III/6e Chevau-légers lanciers, Colonel Marboeuf, 3 escadrons, 459 h
Le Jägers wurtembergeois n° 4, probablement détaché, n’est pas donné.

On peut constater que le 11e de Hussards (hollandais) a perdu sans combattre deux fois plus de monde que le 6e Chevau-légers (français), dans le droit fil du constaté ailleurs ; les étrangers souffrent environ deux fois plus de l’attrition que les Français qui y sont davantage «habitués».

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Le 11/08/1812

Selon l’Ordre de Mouvement donné le 10 au soir par l’Empereur à Murat, «la brigade du général Beurmann, du IIIe corps, couchera à Elisevo, et celle du général Mourier à Chalovo».

Nous constatons que ces brigades de cavalerie, appartenant au IIIe corps, sont alors, semblerait-il, aux ordres supérieurs de Murat, puisque c’est à lui que l’Empereur s’adresse pour elles... Mais nous verrons plus loin que ce n'était pas évident pour tout le monde et que cela posera problème.

Extrait d’une correspondance de Ney à Grouchy : «Le général Mourier me fait aussi le rapport que des postes de Cosaques rôdent sur la gauche de la Bérézouïnïa, au-dessus d’Elisévo, et qu’ils descendent cette rivière sans jamais la passer

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Au 15 août 1812

9e Brigade de Cavalerie Légère, GB Mourier, 1.696 h, (détachée à Katan sur la gauche)
I à IV/11e de Hussards (hollandais), Cel Collaërt, 4 escadrons, 720 h
I à III/6e Chevau-légers lanciers, Cel Marboeuf (ß à † 14/08), 3 escadrons, 494 h
I à IV/Jägers n° 4 de Wurtemberg, von Salm, 4 escadrons, 482 h, (03)

Ici, manifestement, des détachements de renforts sont parvenus aux trois régiments, d’autant que le 6e Chevau-légers lanciers, engagé la veille 14 août à Krasnoïé* y a perdu 89 hommes (1 officier et 34 cavaliers tués, 5 officiers et 49 cavaliers blessés. Il est par ailleurs illusoire de penser que le régiment wurtembergeois se soit seul maintenu alors qu’il a du perdre plus que les Français. Il a donc lui aussi reçu des renforts.

* Le 14/08/1812 à Krasnoïé : 5 officiers dont le colonel de Marboeuf, blessé à mort († le
25/11), Lt Hayaux ß, s-Lt Pelletier ß († le 7/09), s-Lt Gérard ß, s-Lt Lavallée ß. (Martinien).
Au lieu de couper la retraite aux Russes, Murat charge inlassablement leur carré de division, masquant, dit-on, l’infanterie et l’artillerie de Ney qui auraient permis sa destruction. Nous verrons plus loin que les choses ne furent pas aussi "tranchées".

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Au 23 août 1812

9e Brigade de Cavalerie Légère, GB Mourier, 1.455 h
I à IV/11e de Hussards (hollandais), Cel Collaërt, 4 escadrons, 483 h
I à III/6e Chevau-légers lanciers, 3 escadrons, 505 h *
I à IV/Jägers n° 4 de Wurtemberg, von Salm, 4 escadrons, 467 h

* Détail : 23 officiers, 482 sous-officiers et hommes du rang.
53 chevaux d’officiers, 424 chevaux de troupe (donc 58 h sont déjà à pied).
Le séjour à Smolensk a permis au régiment de se maintenir, d’autant que de
nombreux traînards auront pu le rejoindre.

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À suivre...
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 11 Mai 2020, 13:57

Campagne de Russie 1812, la Moskowa et Moscou

Au 7 septembre 1812 à la Moskowa

9e Brigade Légère : GB Baron Mourier ß, 763 h
11e de Hussards (hollandais), Colonel Collaërt ß, 4 escadrons, 253 h, (9 off. †ß)
6e Chevau-légers lanciers, 3 escadrons, 265 h, (2 officiers † et 9 ß)
Jägers n° 4 (Wurt.) "König", Oberst Palm †, 4 escadrons, 245 h, (8 officiers †ß)

Employé sous Murat en personne au centre de la bataille le 6e y a subi 11 pertes d’officiers*. Le différentiel d’effectifs présents sous les armes à Moscou accuse 147 hommes de moins, soit environ 12 hommes du rang pour 1 officier, ce qui est «logique» pour la circonstance et son chef !

* 07/09 à la Moskowa : 11; Cne Mathonnet ß, Lt Sthème †, Lt De Chastenet ß († le 24/09),
Lt Roger ß, Lt Prax ß, Lt Hayaux ß, s-Lt Delabarre ß, s-Lt Bernet ß, s-Lt Farcot ß, s-Lt Gérard ß, s-Lt Capdeville ß.

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Au 15 septembre 1812 à Moscou

9e Brigade Légère : GB Baron Mourier, 461 h
11e de Hussards (hollandais), Colonel Collaërt, 4 escadrons, 124 h
6e Chevau-légers lanciers, Colonel Jacob, 3 escadrons, 178 h (dont 19 officiers)*
Jägers n° 4 (Wurt.) "König", 4 escadrons, 159 h

Avant l’arrivée d’Allemagne de 7 officiers et 264 cavaliers de renforts, et la nomination de 2 officiers à Moscou (Hourtoulle), qui probablement ne seront pas du 2d Winkowo.

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Au 1er octobre 1812, un état de Berthier donne 921 hommes à la cavalerie du IIIe corps, qui est alors rattachée au 2e CC. «Mais c’était avant le drame, bien entendu», car le 18 octobre elle subira un revers conséquent au 2d Winkowo (Taroutino) juste avant la retraite.

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Au 4 octobre 1812 après le 1er Winkowo

«Mais les effectifs fondaient à vue d’oeil : tous les corps à cheval de l’armée étaient réduits à une centaine d’hommes montés...» (dixit le GD Defrance).

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Au 18 octobre 1812 au 2d Winkowo, appelé par les Russes Taroutino

La cavalerie du IIIe CA est depuis le 20 septembre attachée au 2e CC, alors réuni sous Sébastiani, le «général surprise», qui fût là encore surpris, perdant 25 pièces d’artillerie.

Cette «affectation fantôme» a échappé à tous les auteurs ayant disserté sur le thème, si bien qu’on ne trouve aucune mention de ces braves à ce combat désespéré où, selon Martinien *, ils auraient eu 2 officiers blessés, s’en sortant bien par rapport à d’autres.

* 18/10 à Winkowo (Taroutino) : 2 ; Lt Hayaux ß, s-Lt Tauret ß (voir réserves ci-après).

J’ai cependant parfois trouvé cet auteur dans l’erreur, sinon sur les pertes d’officiers, du moins quant à leur localisation. Il est donc possible que ces deux-là, bel et bien blessés le 18 octobre, l’aient été dans le secteur, mais ailleurs qu’à Winkowo même («on ne prête qu’aux riches»).

S'ajoutent les cavaliers démontés, dont le nombre de 1.444 pour 2e Corps de Cavalerie, seul pour lequel j'ai pu le déterminer précisément, donne une idée pour l'armée entière.

Les pertes en chevaux, déjà très considérables à l’aller, vont d'ailleurs s'aggraver et s'accélérer à Moscou, à telle enseigne qu'avant même le départ de la ville sera constituée sous les ordres du GB Charrière une "Brigade Spéciale" composée de cavaliers démontés, et dont l'effectif s'élèvera à 4.000 hommes (certains parlent de 7.000 hommes) équipés de mousquets d'infanterie. Ces fantassins improvisés marcheront, «par construction», beaucoup moins bien que les «vrais», souffriront davantage des difficultés de la marche, des privations et du froid, disparaissant les premiers pendant la retraite.

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A suivre...
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 21 Mai 2020, 10:44

Campagne de Russie 1812, le retour...

25/10/1812 : au début de la retraite, commencée le 19 octobre au IIIe corps (Fézensac) :
«Les généraux Girardin et Beurmann flanquaient notre marche avec la cavalerie légère.»
Il semble donc que sa cavalerie fut enfin rendue au IIIe corps. Ensuite le 6e régiment a, comme tous les autres, faute de chevaux en état, très rapidement cessé d’exister en tant qu’unité combattante. On ne trouve plus que de rares mentions de «cavaliers à cheval».

03/11 à Wiazma : 1 ; s-Lt Cagliano ß.

14/11/1812 : Arrivé à Smolensk le IIIe corps, parti de Moscou fort de 11.000 hommes n’en aligne plus que 3.000. «La division wurtembergeoise ainsi que la cavalerie n’existaient plus.» (Fézensac). Il y reçoit le «renfort» inutile des survivants Illyriens et Portugais, et celui appréciable de la Division Ricard (ci-devant Friant puis Dufour) du Ier corps (Davout).

18/11/1812 : 2d Krasnoïé, Pelet*, cité par Hourtoulle.

«Mon régiment forme tête de colonne... Quelques lanciers marchaient très peu en avant de nous.» Un rôle d’éclaireurs, donc, le seul encore à la portée de ces «quelques» braves.

* Colonel Pelet du 48e de Ligne, Division Ricard du Ier corps, détachée au IIIe corps.

Cette «Division» est envoyée seule à la boucherie par Ney le 18 novembre, contre le corps de Miloradowich, dix fois plus fort. C’est la deuxième division du Ier corps, après celle de Gudin à Valoutina, que Ney aura fait détruire inutilement en 1812, exactement de la même façon, soit l’attaque frontale, pour ne pas dire "suicide", d’une excellente position garnie d’artillerie à souhait.

Les officiers du 6e portés en pertes de décembre ont dû l’être de manière «individuelle» ou presque au sein de la masse des traînards.

04/12 près d’Osmiana : 2 ; Lt Jacquin ß, s-Lt Vitry ß († le 9/12).
07/12 route de Wilna : 1 ; s-Lt Macary ß et disparu.
11/12 faubourgs de Wilna : 1 ; Lt Vérasis de Castiglione ß.

«L’Escadron sacré»

Une possibilité plus «intéressante» consiste à imaginer les rares officiers encore montés comme ayant rejoint en «simples soldats» l’«Escadron sacré» (les généraux y tenaient rang de capitaines), créé à 600 hommes le 23 novembre 1812 à Bobr avec tout ce qui, hors la cavalerie de la Garde, possédait encore un cheval apte au service. Cette très éphémère «Garde d’honneur de Sa Majesté» fut dissoute par Murat le 8 décembre à Wilna, après le départ de l’Empereur. Elle était encore «forte» de 300 hommes, entre-temps presque tous à pied, qui furent «rendus» à leurs défuntes unités d’origine... Au-delà du dramatique de la geste ajoutons que cette «unité» ne servit à rien et se délita très vite.

Aucun renseignement relatif précis ne semble exister pour le 6e Chevau-légers lanciers.
En revanche nous en disposons pour le 1er et je vous les donne à titre de comparaison.
A Moscou le 1er Chevau-légers lanciers aligne encore 75 h. 60 seront engagés au 2d Winkowo (Taroutino) le 18 octobre, tandis qu’un détachement de renforts était arrivé à Moscou sous le colonel Dermoncourt. Ce dernier servira comme Maréchal-des-Logis à l’Escadron sacré, avec ses trois CdE (Le Termelier, Dumanoir et Larchantel), trois de ses capitaines, 6 lieutenants et 4 sous-lieutenants, en tout 16 officiers du 1er Chevau-légers lanciers, soit probablement tout ce qui lui restait alors encore d’officiers montés.

Le bilan des pertes

Hourtoulle donne des chiffres contradictoires concernant les officiers du 6e Chevau-légers lanciers, les voici tout-de-même : «Au départ il y a 26 officiers et 547 cavaliers. A la Moskowa 3 officiers sont tués, 5 blessés... Au total en Russie, 8 officiers morts, 6 disparus, et 3 pris qui rentreront. 25 officiers rentreront directement dont 2 nommés à Moscou et 7 venus d’Allemagne en renfort.»

Ce même auteur dit pour le 11e de Hussards après le re-passage du Niemen : «Le régiment ne compte plus que 79 hommes (probablement à pied), 160 hommes ont été évacués au cours de la campagne. Tous les autres sont restés «là-bas».

Peut-être est-ce l’endroit de rappeler que le maréchal Ney, qui faisait l’arrière-garde depuis Viasma et avait repris le rôle après la Bérézina tira, en fantassin avec le général Gérard, les derniers coups de fusil de la campagne à Kowno le 13 décembre, avant de s’acheminer à pied vers Gumbinnen qu’il atteignit, méconnaissable, s’y faisant reconnaître par cette phrase restée célèbre : «Je suis Michel Ney, l’arrière-garde de la Grande Armée», illustration finale et pathétique de la plus célèbre retraite de l’Histoire.

Au 15/01/1813 : premier état fiable listant les survivants de la campagne de Russie.

9e Brigade Légère : 256 h, dont 150 montés (et donc 106 «à pied»)
11e de Hussards (hollandais), 65 h dont 17 officiers, avec 41 cvx d’off. et 47 de troupe.
6e Chevau-légers lanciers, 86 h dont 22 off., avec 60 cvx d’off. et 23 de troupe.
Jägers n° 4 (Wurt.) "König", 105 h dont 30 officiers, avec 65 cvx d’off. et 11 de troupe.

On y constate que le 6e, qui a commencé la campagne avec environ 700 hommes (dont environ 150 l’ont rattrapé à Smolensk), soit près du complet de 3 escadrons, et malgré un renfort de 264 h (probablement son 4e escadron) l’ayant rejoint à Moscou, ces près de 1.000 hommes et 1000 chevaux entrés en Russie ne sont pas 100 hommes et 100 chevaux à se compter après la retraite. Donc en la circonstance plus de 90% de pertes dont environ 1/4 imputables aux combats, et le reste à l’attrition.

21/01/1813 : j’ai parlé plus haut du 1er Chevau-légers lanciers, voici son état après la retraite.
1er Chevau-légers lanciers, 124 h dont 30 officiers, avec 43 cvx d’off. et 25 de troupe.

Contrairement au 6e régiment, et comme les cinq premiers de l’arme, le 1er n’était pas «complet» à l’entrée en campagne, et par conséquent avait en route des détachements de renforts le rejoignant régulièrement, dont les derniers le rejoignirent trop tard. C’est paradoxalement grâce à cette cause qu’il doit d’être, de peu il est vrai, en meilleur état que le 6e. Plus d’hommes, certes, mais encore moins de chevaux !
Sic transit Gloria Mundi !

A suivre...
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 28 Mai 2020, 15:42

Principales sources consultées

Combe, colonel, «Mémoires du colonel Combe», Paris, 1853.

Correspondance de Napoléon, T7, Paris, 1895.

Fabry, G., «Campagne de Russie 1812», T1 à T4, Paris, 1903.

Fézensac, général duc de, «Souvenirs militaires de 1804 à 1814», Paris, 1870.

Hourtoulle, F.-G., «Ney, le brave des braves», Paris, 1981.

Hourtoulle, F.-G., «La Moskowa Borodino, La Bataille des Redoutes», Paris, 2000.

Louchet, Thierry, «Napoléon à Moscou» (2), article web sur Planète Napoléon

Mané, Diégo, nombreux articles web sur www.planete-napoleon.com *

Mané, Diégo, Ordres de bataille 1812 de la collection «Les trois couleurs», Lyon, 2011.

Martinien, A., «... Officiers tués et blessés pendant... l’Empire 1805-1815», Paris, 1934.

Reboul, Frédéric, «Campagne de 1813, les préliminaires» T2, Paris, 1912.


* Dont particulièrement sur les lanciers français :

Sur les traces du 3e Chevau-légers lanciers en 1812, mel 06/03/12.

Sur les traces du 1er Chevau-légers lanciers en 1812, mel 18/03/13, mod 24/08/15.

Sur les traces du CdE Dumanoir, 1er Chevau-légers lanciers (1812-1815), mel 30/06/13.

---------------------

Note particulière pour «suivre» le 6e Chevau-légers lanciers durant la campagne de Russie.

Avant le passage du Niemen : tout ce qui concerne le IIIe corps du maréchal Ney.

Du Niemen à Moscou : suivre en plus le relatif à l’Avant-garde du roi de Naples (Murat).

Pour la retraite de Russie : re-suivre le seul concernant le IIIe corps du maréchal Ney.

Au moins pour le 3 ci-dessus je ne saurais trop conseiller de lire les très nombreux mémorialistes qui ont su dépeindre les difficultés inouïes qu’ils ont vécues et qu’il est impossible d’imaginer tant la réalité crue et froide dépassa la plus blanche* des fictions.
* Oui, "blanche", car "noire", dans la neige cela ne le faisait pas !

Les «Mémoires du colonel Combe», du 8e Chasseurs à Cheval, présentent beaucoup d’analogies avec le parcours du 6e «lanciers». En effet, il était basé en Italie, comme le 29e Dragons (futur 6e «lanciers»), et participa aux mêmes trois combats (1er Krasnoë, la Moskowa et 2d Winkowo), sans préjudice des malheurs de la retraite, communs à tous.

A suivre...

Je vais revenir avec plus de détail sur les actions menées par le 6e lanciers, et même développer les combats d'Inkowo (connexe pour lui) et du 1er Krasnoïé (où il chargea en vain, perdant son colonel).
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 01 Juin 2020, 13:48

Exploitation du Fabry relativement au 6e lanciers (par DM le 12/04/2020)

Fabry, Campagne de Russie 1812, T1. du 24 juin au 19 juillet 1812

24/06/1812 : au soir le IIIe corps est devant le pont de Kowno, prêt à le franchir.

25/06/1812 : le IIIe corps arrive à Kormelov.

26/06/1812 : le IIIe corps arrive à Skorouli.

27/06/1812 : le IIIe corps reçoit l’ordre de continuer son mouvement sur Tschebichki.

28/06/1812 : le IIIe corps se repose à Evé.

29/06/1812 : le IIIe corps traverse la Vilia sur un pont de chevalets.

30/06/1812 : resté sans ordre le maréchal Ney échelonne le corps devant le pont et envoie sa cavalerie en reconnaissances sur Keroïv et Micheghola sans rencontrer l’ennemi. La pluie qui tombe par torrents rend l’avance presque impossible.

01/07/1812 : Ney à Berthier, 4 heures du soir. Ghédroitsouï.
«Je viens d’arriver à Ghédroïtsouï avec les deux brigades de cavalerie légère. La 14e marche pour s’établir à Ghédroïtsouï... La 9e brigade va s’établir à Intourki... Elle laissera ici le 6e régiment de chevau-légers pour le service du camp.»

02/07/1812 : le IIIe corps atteint Maliatouï.

03/07/1812 : Ney à Berthier, Maliatouï, 5 heures du matin.
«...J’attends des nouvelles de la 9e brigade qui s’est dirigée hier soir sur Labonarouï...».

04/07/1812 : le IIIe corps est resté en place. Il y a reçu un rapport du général Mourier.

05/07/1812 : le IIIe corps est resté sur ordre en place dans l’attente de recevoir son artillerie qui était restée en arrière par suite de l’état des chemins... et des chevaux !

06/07/1812 : par suite du manque de vivres le maréchal Ney étend ses cantonnements.
La 9e brigade continue à occuper Labonarouï, communiquant avec la 14e et Murat.

07/07/1812 : le IIIe corps restait immobile à Zulandsée.

09/07/1812 : la 9e brigade de cavalerie légère prenait position à Stralina...

10/07/1812 : la cavalerie légère est en première ligne ; la 14e brigade en avant de Kosatschina, soutenue par un bataillon du 24e de ligne, la 9e brigade en seconde ligne à Loukasteni.

11/07/1812 : Ney à Murat, Rimchanouï, 10 heures du matin.
«... La 9e brigade de cavalerie légère prendra position à Smolvouï, occupant Vésélono et Ezoros par de forts postes, avec ordre de pousser des reconnaissances sur Dinabourg...
La 1ère brigade de la 10e division ira également camper à Smolvouï.»

12/07/1812 : Ney à Murat, Rimchanouï.
«... Le général Mourier avait dirigé d’après mes ordres une reconnaissance sur la Dwina... Mais cette reconnaissance a rencontré au-delà d’Ezoros le général de division Legrand (du IIe corps d’Oudinot) qui l’a arrêtée et qui n’a pas voulu permettre qu’elle remplit sa mission».

13/07/1812 : La 9e brigade de cavalerie légère occupe Ghartenzé, poussant des reconnaissances vers Doubinouï. Elle est soutenue par la 1ère brigade de la 10e DI.

Le maréchal projette d’établir le lendemain la 9e brigade à Jakoubovo.

15/07/1812 : Berthier à Ney 9 heures du soir, Vilna.
«Vous avez dû recevoir, Monsieur le Duc, les ordres du roi de Naples pour vous porter sur Braslav.»

16/07/1812 : le IIIe corps est à Braslav.

17/07/1812 : le IIIe corps est toujours à Braslav.

19/07/1812 : Murat à Napoléon, Belmonte, 9 heure 1/2 du matin.
«Le duc d’Elchingen sera ce soir à Sparuni... et il peut être demain bien près de Disna... La cavalerie légère du duc d’Elchingen remontera par la route de Drouïa à Pérébrodé... il laissera 50 chevaux sur Drouïa, afin que l’ennemi ne s’aperçoive de rien.»

... la cavalerie légère surveillait à droite avec la 9e brigade les routes de Navloki et de Poghost...

... A suivre... Les opérations du 20 juillet 1812 au 31 juillet 1812

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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 04 Juin 2020, 21:02

Exploitation du Fabry relativement au 6e lanciers (par DM le 12/04/2020)

Fabry, Campagne de Russie 1812, T2. du 20 au 31 juillet 1812

20/07/1812 : le IIIe corps atteint Bonachon.

22/07/1812 : le IIIe corps est réuni derrière Disna où doit s’établir un pont de chevalets.
Ney a l’ordre de faire passer à gué sa cavalerie sur la rive droite de la Dvina, et si le pont tarde à s’achever (ce qui sera le cas) d’avancer vers Polotsk avec le reste de son corps par la rive gauche.

23/07/1812 : le IIIe corps arrive à Bononïa.

24/07/1812 : le IIIe corps arrive à Tourovlïa.

25/07/1812 : le IIIe corps dépasse la Oula avec la 10e DI. Il n’aligne plus qu’environ 21.000 sabres et baïonnettes, ayant perdu en un mois sans combattre le tiers de son effectif initial. Il lui reste environ, selon Ney, 18.000 baïonnettes. La 9e brigade de cavalerie légère compte encore 1.400 sabres, et la 14e brigade de cavalerie légère 1.300 sabres. Elles sont sur la rive droite de la Dvina à hauteur de l’infanterie arrivée à Oula.

J’ajoute un passage intéressant l’attrition des troupes étrangères que j’ai traitée ailleurs.
Ici, sous la plume du maréchal Ney, nous avons la confirmation que si «les troupes françaises du corps d’armée ont très bien marché... mais il n’en est pas de même des deux régiments portugais et de l’infanterie Wurtembergeoise : ces troupes ne savent ni marcher, ni se faire vivre» (en clair trouver de la nourriture). De fait, forte de 7.452 hommes le 15 juillet, la division wurtembergeoise n’en aura plus que 3.810 le 11 août.

26/07/1812 : le IIIe corps atteint Dubischa. Il a l’ordre de se diriger sur Vitebsk.

27/07/1812 : le IIIe corps s’arrête à Ostrovno. Il a l’ordre d’être le 28 à Vitebsk.

28/07/1812 : le IIIe corps s’arrête à Falkovitschi. Ney à Berthier, 10 heures du soir :
«Les 9e et 14e brigades de cavalerie légère arrivent à l’instant ; ... elles seront mises demain à la disposition du général Sébastiani

29/07/1812 : le général Sébastiani dispose de cinq brigades de cavalerie, les 7e (Burthe), 8e (Saint-Genies) et 16e (Subervie) brigades, de sa 2e Division de Cavalerie du 2e Corps de Cavalerie (Montbrun) et les 9e et 14e brigades de cavalerie du IIIe corps d’infanterie.
La 9e brigade (Mourier), se trouve à moitié chemin de Lïozna à Falkovitschi, poussant des partis sur la route de Babinovitschi au village de Kouïnki et sur celle de Ianovitschi...

30/07/1812 : le IIIe corps, qui atteint Lïozna, suit et soutient la division Sébastiani.

31/07/1812 : le IIIe corps vient de Falkovitschi à Krasinski. Il a une brigade d’infanterie en soutien de Sébastiani à Roudnïa. La brigade Mourier a été dirigée sur Lïouvavitschi.
Au soir Sébastiani y tiendra réunies ses cinq brigades de cavalerie et celle d’infanterie.

... à suivre ... Fabry, Campagne de Russie 1812, T3. du 1er au 10 août 1812

Où il sera, entre autres événements, parlé de la "surprise d'Inkowo".

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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 10 Juin 2020, 13:45

Exploitation du Fabry relativement au 6e lanciers (par DM le 12/04/2020)

Fabry, Campagne de Russie 1812, T3. du 1er au 10 août 1812

01/08/1812 : «En avant, la division Sébastiani poussait sur Inkowo ; à Lïouvavitschi, se trouvait la brigade Mourier».

02/08/1812 : Réponse de Mourier à Montbrun (commandant le 2e Corps de Cavalerie) qui voulait positivement savoir ce qui se passait sur sa droite ou évoluait le 3e Corps de Cavalerie (Grouchy) : En substance Mourier ne connaissait pas la destination du 3e corps et ignorait même celle du 1er corps. «En voyant de pareils résultats, on se demande vraiment à quoi avait servi l’envoi de cette brigade» nous dit Fabry qui ajoute que Mourier n’avait pas davantage de renseignements sur les Russes dont on ne savait rien de rien !

03/08/1812 : le 2e corps de cavalerie reste immobile.

04/08/1812 : le 2e corps de cavalerie reste immobile.

05/08/1812 : Le placement des divisions de cavalerie du 2e corps pour couvrir l’armée semble avoir été des plus défectueux (Fabry)... A Lïouvavitschi Mourier n’éclairait pas la Bérézouïnïa et ne savait où se trouvait Grouchy... Sur le front du 2e corps Montbrun craignait qu’une attaque sérieuse ne forçât Sébastiani à évacuer Inkowo... et demandait au roi l’autorisation de donner des ordres à la brigade Mourier... qui en cas d’attaque se maintiendrait à Elisévo avec un bataillon d’infanterie... Bref, toute la chaîne de commandement, de Mourier à Murat en passant par Montbrun s’inquiète pour Sébastiani...

06/08/1812 : Sébastiani, malade, écrit à Montbrun (qui n’en peut mais car il a déjà transmis la demande de son subordonné) : «Il y a près d’un mois que je suis tourmenté de la dysenterie et d’un gonflement de jambes qui me fait souffrir... si le service en souffre, ce ne sera pas ma faute, mais la vôtre qui me refusez une permission pour me rétablir...». C’était on ne peut plus à propos !

07/08/1812 : «à 9 heures du soir, la situation changeait brusquement ; une dépêche de Montbrun (également malade) venait d’apprendre à Belliard (le chef d’état-major de Murat) que le maréchal Ney avait rappelé à lui la brigade Mourier, départ qui découvrait toute la droite; en même temps Sébastiani rendait compte qu’il avait 5.000 chevaux en face. Sa division passe la nuit à cheval, mais à l’aube point d’ennemis... Qui ne viendront qu’une fois qu’il aura permis à sa troupe de desseller... Ils étaient doués pour cela, les Cosaques ! D’où un Sébastiani encore surpris quand même au matin après s’être méfié toute la nuit !

Mourier à Montbrun, Lïouvavitschi, extrait pertinent : «... je donne ordre... au 11e régiment de hussards qui est à Elisévo de rentrer définitivement à Lïouvavitschi... pour que ce régiment... puisse se trouver demain matin avec les autres régiments de ma brigade à Adrina... comme le prescrit l’ordre... de monsieur le maréchal (Ney, qui souhaite la passer en revue). Les deux bataillons d’infanterie légère appartenant au Ier corps... qui étaient ici, partent en conséquence de l’ordre qu’ils ont reçu».

En résumé, les troupes formant la première ligne de l’armée relèvent, parfois en même temps, de plusieurs chefs différents, ce qui nuit à leur cohésion. On est en outre dans la plus totale méconnaissance des mouvements de l’ennemi... Qui vient justement de passer à l’offensive au moment où les Français viennent d’aggraver leur situation en brisant leur ligne. En outre Murat est parti voir Napoléon à Vitebsk. Tout est réuni pour subir un échec.

Sébastiani à Montbrun, Lesno, 9 heures du soir : «... l’ennemi est devant nous ; ses vedettes touchent les nôtres... je ne puis savoir... leur projet... où s’ils veulent simplement nous inquiéter et nous fatiguer ; ils réussissent parfaitement à nous affamer ; plus de possibilité d’avoir rien devant nous, derrière et sur nos flancs, tout a été dévoré par les troupes qui sont à Roudnïa. Venez à notre secours avec un peu de pain et de farine».

08/08/1812 : N’ayant pas qualité pour donner des ordres à Ney, Belliard ne peut que «le prier» de laisser en place les brigades Beurmann et Mourier. Il semble bien que le maréchal ait refusé tout net et que c’est malgré lui, qui n’est pas venu voir sur place, que les deux brigadiers feront demi-tour permettant à Sébastiani de s’en tirer abîmé au lieu d’être carrément détruit. Ses 2.000 cavaliers initiaux, soutenus par un bataillon du 24e léger, et progressivement renforcés à 3.600 ont résisté six heures durant à 5.000 Cosaques de Platov et 2.000 hussards soutenus par 18 pièces, reculant de cinq kilomètres sans être entamés. Ce fut le combat d’Inkowo.

09/08/1812 : Ney persiste à rappeler à lui les 9e et 14e brigades de cavalerie légère, brisant toute relation entre les 2e et 3e corps de cavalerie. Murat de son côté demande que des brigades de cavalerie légère des corps d’infanterie lui soient données pour remplacer la division Sébastiani épuisée... Et finalement Beurmann est mis à sa disposition par Ney qui vient d’être tancé par l’Empereur... Et se défendra en disant que c’est lui qui à envoyé Beurmann au secours de Sébastiani, alors que c'est de sa propre initiative et contre ses ordres que le brigadier a marché au canon et littéralement sauvé la Division Sébastiani.

La brigade Mourier, elle, a reçu de Ney l’ordre, après avoir quitté Lïouvavitschi, y laissant 50 hommes, de venir s’établir à Moghilnïa ; 50 hommes étaient également restés à Elisévo.

10/08/1812 : l’ordre ci-dessus à été exécuté par la brigade Mourier, réunie à Moghilnïa.

... À suivre ... Fabry, Campagne de Russie 1812, T4. du 11 au 19 août 1812...

Où il sera notamment question du 1er Krasnoïé, où le 6e Lanciers chargera, perdant son colonel.

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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 17 Juin 2020, 13:14

Exploitation du Fabry relativement au 6e lanciers (par DM le 12/04/2020)

Fabry, Campagne de Russie 1812, T4. du 11 au 19 août 1812 (1)

11/08/1812 : la brigade de cavalerie légère Mourier s’est portée à Chalovo.

12/08/1812 : la brigade de cavalerie légère Mourier est toujours à Chalovo.

13/08/1812 : idem

14/08/1812 : Le 14 au matin, toute ma cavalerie (dixit Murat) du 1er et 2e corps, celle du IIIe corps d’infanterie et tout ce corps ont passé le Dnieper pour se porter sur Liadouï et Krasnoïé.

Vers 3 heures, l’on arrivait devant le village de Krasnoïé où l’on rencontrait la division Neverowski, ce qui donnait lieu à un vif combat d’avant-garde.

La division russe n’étant composée que de recrues, on lui avait donné pour la renforcer les deux régiments de la division Paskiewitsch, Ladoga et Pultava (Poltava) dit Fabry. Ce qui ne laisse pas d’étonner. N’anticipe-t-il pas la situation à Smolensk le 17 août ?

Le général russe avait occupé Krasnoïé avec un bataillon du 49e chasseurs et deux canons ; le reste de ses troupes était derrière la ville couvert par un profond ravin.
A l’approche de la cavalerie française, Neverowski disposait ses régiments en ordre de bataille ; dix canons (plus probablement huit) couverts par le régiment de dragons Kharkov, furent placés à l’aile droite ; le 50e régiment de chasseurs fut envoyé 15 verstes* en arrière comme poste de repli (probablement avec deux canons).

* 16 km ! Qu’il fallut arriver à faire en combattant pour le gros, mais belle anticipation qui sauva la division au soir.

Le 24e d’infanterie légère, conduit par le maréchal Ney en personne et soutenu par toute la 10e division (dont on ne parle plus ensuite), enlevait la ville de Krasnoïé et s’emparait des deux canons ; pendant ce temps, la cavalerie tournait la ville à droite et à gauche*.

* Murat avec Grouchy par la gauche et montbrun suivi de Nansouty par la droite.

.../...

Relation de Soltyk (officier polonais)

«... il (le roi de Naples) avait détaché le 9e régiment de lanciers polonais, ... pour tourner la position des Moscovites par notre gauche, tandis que notre infanterie les attaquait dans Krasnoïé même. Le régiment polonais ayant passé la position qui couvrait la position ennemie... sous le feu de huit pièces d’artillerie moscovites : cette batterie était protégée sur ses flancs par deux carrés d’infanterie, et derrière elle était rangé le régiment de dragons de Charkof (Kharkov) ; mais l’infanterie était cachée par des broussailles qui empêchaient de l’apercevoir. ... nos cavaliers... s’avancèrent sur les pièces, mais au moment où ils allaient les atteindre, les deux carrés les reçurent par une fusillade à bout portant. Le régiment polonais fit alors un demi-tour, mais se retira en bon ordre ; il fut alors suivi par les dragons ennemis (faute !), qui... ne le suivirent que de loin (n’osant charger).
A peine le 9e se vit-il éloigné de quelques centaines de pas qu’il fit volte-face et chargea ces dragons avec une telle vigueur qu’il les rompit et, dans un moment, leur mit plus de deux cents hommes hors de combat. Les lanciers polonais arrivèrent alors pêle-mêle avec la cavalerie ennemie sur les pièces que les canonniers, craignant de tirer sur leurs propres troupes, laissèrent enlever ; mais comme ils s’enfuirent avec les avant-trains, le 9e ne put emmener les canons...».

De fait, comme ces canons «pris» ne furent pas emmenés, il est plus que probable que les attelages revinrent les chercher puisqu’ils demeuraient entre les deux carrés qui firent alors leur jonction avec le reste de la division. En revanche il semble bien que les dragons, bien abîmés, ne parurent plus de la journée.

... à suivre ...
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 23 Juin 2020, 13:12

Exploitation du Fabry relativement au 6e lanciers (par DM le 12/04/2020)

Fabry, Campagne de Russie 1812, T4. du 11 au 19 août 1812 (2)

Suite du combat de Krasnoïé le 14 août 1812

... / ...

«La division Neverowski quitta alors sa position et se replia sur Smolensk, ployée en masses par brigades ayant ses (huit) pièces aux angles des colonnes. Le général ennemi sut habilement profiter des accidents du terrain, cherchant à s’abriter, tantôt par les broussailles, qui sur plusieurs points couvraient le pays, et tantôt par les allées d’arbres et les fossés qui bordaient la grande route...

... Nous avions sur le terrain quatorze régiments de cavalerie, dirigés par le roi lui-même, qui chargèrent continuellement les masses ennemies..


Toutes les attaques furent repoussées à coups de baïonnettes ; cependant vers la fin du combat, une batterie à cheval wurtembergeoise* étant arrivée, elle tirait à mitraille sur ce grand carré : le 9e de lanciers (polonais) réussissait alors à enfoncer l’arrière-garde et à enlever encore cinq pièces... A 8 heures du soir la poursuite prenait fin près de Korouïtnïa.

* En fait une demi-batterie portée de trois pièces, qui ne put délivrer qu'une unique décharge.

Cette retraite faisait le plus grand honneur aux troupes et au général ; grâce à l’héroïsme et au dévouement de tous, la division russe Neverowski parvenait à se replier au prix d’une perte de 1.500 hommes (et donc 7 pièces).

Soltyk indique toutefois que 2.000 de plus, de ceux qui s’étaient si bien battus le 14, se laissèrent ramasser sans résistance le lendemain sur la route, probablement épuisés

Rapport de Murat (extraits) :
«Le reste de la cavalerie légère du général Grouchy et du IIIe corps d’infanterie passèrent successivement le pont et vinrent appuyer la brigade Bordessoulle ; c’est alors que commencèrent les charges contre cet immense carré d’infanterie... Plus de trente charges furent exécutées... trois fois notre cavalerie est entrée dans le carré» ... (avant d’en ressortir !).

* A noter que la cavalerie «française» qui entra dans le carré était wurtembergeoise (1er et 2e Chevau-Légers) ou polonaise (9e Uhlans), la «française de France» n’y parvint pas.

"... car cet immense carré constamment débordé, chargé sur ses flancs et en queue était obligé de se frayer un passage à la baïonnette contre notre cavalerie qui lui coupait constamment la retraite. Enfin, Sire, l’ennemi ne dut son salut sans doute qu’à un dernier ravin qui était défendu par de l’artillerie et deux bataillons de réserve* qui protégeaient son passage.»

* Le 50e de chasseurs opportunément envoyé là en recueil par Neverowski dès le principe. Murat indique aussi «de l’artillerie», qui serait donc «forte» de deux pièces puisque sur douze deux furent prises à Krasnoïé même et probablement cinq ou six ensuite, les rapports en donnant sept ou huit prises en tout sur les dix engagées.

Rapport de Ney (extrait) :
«Plusieurs escadrons ont pénétré dans le carré et ont coupé des bataillons, mais l’ennemi a été sauvé d’une perte totale par la force d’inertie que sa masse opposait beaucoup plus que par l’effet de son feu, qui faisait plus de bruit que de mal.»

Je suis fort aise de ce passage qui conforte ma position ludique sur le feu russe, ainsi adoubée par le Brave des braves en personne.

Il est par ailleurs remarquable de noter que, s’il s’en est plaint verbalement devant ses subordonnés*, Ney ne fait dans son rapport à l’Empereur, aucune allusion au comportement de Murat qui, en masquant avec sa cavalerie l’infanterie et l’artillerie du maréchal, permit à Neverowski de s’en tirer à si bon compte au lieu d’être détruit.

* «Le maréchal Ney qui avait fait son éducation dans la cavalerie... rassembla dans la soirée les deux généraux, les six colonels et tous les chefs d’escadron de ses deux brigades. Pour animer de nouveau ces officiers profondément abattus, il leur parla sans ménagement des fautes du roi**...» (Bismarck).

** Il fera cependant bien pire lui-même à Waterloo en y attaquant les carrés anglais.

... à suivre ...
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 02 Juil 2020, 16:15

Exploitation du Fabry relativement au 6e lanciers (par DM le 12/04/2020)

Fabry, Campagne de Russie 1812, T4. du 11 au 19 août 1812 (3)

Suite du combat de Krasnoïé le 14 août 1812

... / ...

Mais il convient aussi de considérer le rapport de la seule batterie parvenue sur le terrain, la 1ère d’artillerie à cheval wurtembergeoise, relevant du IIIe corps d’infanterie, mais accompagnant sa cavalerie qui était confiée à Murat dans son avant-garde.

«Nous suivîmes avec la batterie aussi rapidement que possible ; mais dans la ville il y avait un défilé qui nous arrêta et plusieurs chevaux tombèrent d’épuisement. De l’autre côté de la ville il y a une montagne à pic. Nous atteignîmes enfin avec la plus grande peine le sommet avec trois pièces. Le feu de mousqueterie était de plus en plus violent, les officiers d’ordonnance du roi de Naples et du maréchal arrivaient l’un après l’autre et nous criaient : en avant l’artillerie».

Nous tendîmes à l’extrême les dernières forces de nos chevaux et arrivâmes enfin sur l’infanterie russe qui avait formé comme une boule (Klumpen). Nous mîmes en batterie à cent pas et fîmes feu à mitraille. Cette décharge produisit un effet terrible sur cette masse serrée. A ce moment nos deux régiments de chevau-légers, notre régiment de chasseurs, le 4e chasseurs et le 6e lanciers chargèrent l’un après l’autre et furent tous repoussés avec plus ou moins de pertes.»

«Les Russes firent un feu si vif que la colonne était semblable à un cratère vomissant sans cesse un feu terrible. Avec une vivacité incompréhensible, le roi poussait de nouveau les régiments lorsqu’ils avaient été rejetés, avant qu’ils eussent pu se rassembler de nouveau. Par suite, ils tourbillonnaient pêle-mêle autour de nous et nous empêchèrent de faire un libre et utile emploi de notre artillerie.

Les cris et le désordre continuaient ; avec un sang froid inébranlable, l’infanterie russe repoussa les chocs répétés de notre cavalerie ; et à la honte de nos chefs et à la plus grande gloire de l’ennemi, la colonne russe, forte encore d’environ 3.000 hommes, s’échappa ; si les attaques avaient été conduites avec prudence et sang froid, pas un seul n’aurait dû échapper».

«Une fois de plus, la cavalerie avait montré ... sa complète impuissance contre une véritable infanterie» nous dit Fabry (qui était fantassin !).

Certes, certes, et Murat est bien coupable du chaos qu’il a lui-même créé en entassant inutilement tant de cavaliers... Qui masquèrent les trois malheureuses pièces parvenues sur le terrain, lesquelles auraient pu faire bien plus de dégâts si on les avait laissé tirer.
Mais il semble bien qu’il n’y en eut de toutes façons pas d’autres à pouvoir le faire (soulignons l’état des chevaux d’attelage, que devaient partager les autres batteries).

Et quid encore de l’infanterie du IIIe corps, dont l’engagement eut aussi été fatal aux Russes ? On ne parle que du 24e léger qui enleva Krasnoïé... Dont il ne sortit pas, semble-t-il, peut-être occupé à piller le village, la moindre ressource s’avérant alors vitale ?

... À suivre ...
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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 14 Juil 2020, 16:08

Exploitation du Fabry relativement au 6e lanciers (par DM le 12/04/2020)

Fabry, Campagne de Russie 1812, T4. du 11 au 19 août 1812 (4/4)

Suite du combat de Krasnoïé le 14 août 1812

... / ...

p 395. L’examen des prisonniers faits à Krasnoïé indique présents 6 RI, dont

2 Jägers à pied de la 21e DI Demidov (donc la Brigade Knieper, 2e et 44e Jägers)
1 Mousquetaire de la 21e DI (qui comprenait Narva, Petrovsk, Lithuanie, Podolie)

Le 41e chasseurs de la brigade Palitzin, 12e DI Kolubakin

1 des mousquetaires de la 26e DI (deux sont donnés plus bas)

Cela fait 5 RI sur 6 qui n’appartiendraient pas à la 27e DI !

Or les deux ci-dessous, dûment cités dans le texte, en font bien partie !

49e Jägers
50e Jägers

Sont nommément cités plus haut les 49e et 50e Jägers (donc la Brigade du colonel Vojeikov de la 27e DI Neverovski) et les RI Ladoga et Poltava (donc la Brigade Liebardt de la 26e DI Paskiewitsch

Il n’y aurait donc eu de la 27e DI guère que son général et peut-être un RI ! Ce qui est bien étonnant car cette division, la plus faible de l’armée car composée de nouvelles recrues, était justement pour cette raison utilisée en flanc-garde, là où l’on pensait qu’elle ne serait pas attaquée... Ce qui rend suspect le fait de l’avoir «renforcée» d’unités d’autres divisions.

Si l’on souscrit à tous ces éléments nous aurions potentiellement :

de la 12e DI : le 41e Jägers.
de la 21e DI : 1 Mousquetaires non identifié... et pour cause.*
de la 26e DI : les Mousquetaires de Ladoga et Poltava.
de la 27e DI : les 49e et 50e Jägers, ce dernier envoyé en recueil dès le principe.

Soit 6 RI dont 3 de Jägers, 1 régiment de dragons, 2 de Cosaques, et 12 pièces.

* La 21e DI faisait partie de l’Armée de Finlande. On aura probablement mal reporté 12e en 21e.

Je pense donc que ces prisonniers, bel et bien faits, ne faisaient pas partie de la 27e DI mais l'accompagnaient dans sa marche vers l'armée qu'ils devaient rejoindre.

Rayevsky dans une lettre à Jomini dira plus tard que pour la défense de Smolensk il avait «à peine 13.000 hommes à opposer à l’ennemi en y comptant les douze bataillons de Neverowski qui sortaient d’un échec».

--------------

15/08/1812 : «A 9 heures du soir la tête de colonne arrivait à Loubna.
Le IIIe corps s’établissait alors : les 9e et 14e brigades de cavalerie légère et la 25e division (wurtembergeoise) sur les hauteurs en arrière de Loubna ; les 10e et 11e, à une lieue en arrière, leur droite à la route de Smolensk.»

16/08/1812 : «Dès le 16, la brigade Mourier aurait été détachée vers Katan afin de couvrir le flanc gauche de la position» (vis-à-vis Smolensk).

17/08/1812 : Berthier à Ney devant Smolensk, 5 heures du matin (A G) :
«L’Empereur ordonne, monsieur le duc, que vous chargiez une de vos brigades de cavalerie légère, celle du général Mouriez avec trois bataillons et six pièces de canon, de couvrir notre gauche jusque vis-à-vis Katan, de manière à ce qu’on soit assuré qu’aucun parti de Cosaques ne puisse passer la rivière pour se jeter en arrière de notre gauche ; vous donnerez une instruction en conséquence au général Mouriez ; vous devez le rendre responsable». L’orthographe fautive de Mouriez (au lieu de Mourier) est celle du document.

Autre passage intéressant le 6e : Lelorgne d’Ideville au duc de Bassano (Maret), parlant du combat du 14 à Krasnoïé : «M. Marbeuf (le colonel du 6e) a eu la jambe cassée. Je l’ai vu à Krasnoïé, il allait assez bien ; il ne perdra pas la jambe», mais nous le savons, la vie !

18/08/1812 : Bataille de Smolensk. Pas d’éléments concernant la flanc-garde de Katan.

19/08/1812 : Après un premier engagement de hasard du IIIe corps avec des égarés russes le chef d’état-major de Ney rend compte que «L’ennemi est dans une déroute complète, mais M. le maréchal ne peut le poursuivre, attendu qu’il n’a qu’une de ses brigades de cavalerie légère.»
Soit celle de Beurmann, car celle de Mourier est toujours détachée sur la gauche.

--------------

Avec les éléments du 19 août s’arrête le travail de Fabry, qui dit qu’ensuite les documents manquent.

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... À suivre... je vais revenir plus en détail sur le combat d'Inkowo, le 8 août 1812.

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Re: Sur les traces du 6e Chevau-légers lanciers en 1812

Messagepar MANÉ Diégo sur 16 Aoû 2020, 18:09

La surprise d'Inkowo, le 8 août 1812

J'ai d'abord déposé ici la première partie de ce texte, avant de m'aviser que le combat d'Inkowo méritait son post dédié à lui, d'autant qu'en cette occurrence le 6e Chevau-léger lanciers, rappelé par maréchal Ney qui voulait le passer en revue, avait quitté la première ligne... laissant le flanc de Sébastiani "en l'air", ce dont profitèrent les Russes... Vous pouvez retrouver le texte correspondant, et sa suite, ici :

viewtopic.php?f=1&t=2035

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