par MANÉ Diégo sur 01 Jan 2026, 15:44
Considérations sur l’attaque du 1er corps d’Erlon à Waterloo
(par Diégo Mané, Saint-Laurent-de-Mure, août 2020)
Je cherche à mon tour à comprendre ce qui n’a pu l’être auparavant au sujet de la formation et de l’attaque du 1er corps d’Erlon à Waterloo le 18 juin 1815.
En effet, le mauvais positionnement initial des troupes sur tous les plans de tous les auteurs depuis 2,05 siècles les a conduits à expliquer les événements de manière erronée par construction. Il convient donc de les analyser à nouveau en prenant cette fois en compte le fait, passé inaperçu depuis 1815, que les quatre divisions du 1er corps s’alignaient de gauche à droite dans l’ordre 1 - 3 - 2 - 4 (et non 1 - 2 - 3 - 4).
Cette «découverte» est à porter au crédit de Stephen Beckett qui a publié le Journal du 1er corps dans son ouvrage magistral «Operations of the Armée du Nord; 1815».
A gauche du 1er corps, la brigade Quiot de la 1ère division s’est portée contre La Haie-Sainte et n’a pas participé à la première attaque de la position britannique derrière le Chemin d’Ohain. À la droite la 4e division Durutte avait la brigade Brue occupée à masquer Papelotte avec le 95e, et flanquer l’artillerie avec le 85e. Lui restait la brigade Pégot qui se dirigea bien vers le Chemin d’Ohain mais, formant le dernier des échelons refusés de l’attaque, n’eut pas l’occasion de parvenir audit chemin avant l’intervention de la cavalerie britannique. Elle fut d’ailleurs repoussée à son tour par le 12th LD de la brigade Vandeleur.
L’attaque fut donc en pratique prononcée par les trois échelons de gauche, dans l’ordre,
Brigade Bourgeois (de la 1ère DI), 1881 h en 4 bataillons des 105e et 28e de ligne.
3e Division Marcognet, 3902 h en 8 bataillons des 45e et 25e, 46e et 21e de ligne.
2e Division Donzelot, 4507 h en 8 bons des 17e de ligne et 13e léger, 51e et 19e de ligne. Et non 9 bons comme lu partout car un bataillon du 13e léger était détaché en flanc-garde avec le 7e Hussards et une demi-batterie à cheval sous le colonel de Marbot.
Et pour mémoire, la Brigade Pégot (4e DI), 2129 h en 4 bataillons des 29e et 8e de ligne.
La numérotation inversée s’explique par le fait que le 1er corps, attaquant gauche en tête, se forma de même depuis les colonnes par division ayant traversé l’artillerie, elles-mêmes l’ayant fait depuis les lignes des brigades accolées de chaque division au bivouac du 17...
Ont donc mené l’attaque à son terme fatal 12419 h en 24 bataillons, desquels il convient de soustraire 1/6e, soit 2069 h, pour les voltigeurs, tous déployés en avant de leurs échelons respectifs, laissant donc 10350 h en ordre serré. Déduisons encore 20 h par régiment au titre de l‘État-Major, des serre-files et musiciens hors-rangs, pour déterminer un effectif de 10110 h dans les trois rangs des bataillons. Moyenne par bataillon, environ 420 h dont 140 h dans son premier rang, soit, selon l’estimation du général Thiébault (50 cm par homme), environ 70 mètres de front, que j’arrondirai à 100 pas (66,66 m) pour les raisonnements ultérieurs, sans oublier que beaucoup de ces hommes n’atteignirent jamais ni les haies ni leur proximité étant abattus bien avant à gauche, ou étant trop loin à droite !
Du point de vue de la «profondeur», nous avons 1 pas par homme, 1 pied entre chaque rang du bataillon, soit 4 pas «hors-tout» pour les trois rangs du bataillon x 8 bataillons, plus 7 «distances» de 4 pas entre eux, total 60 pas ou 40 mètres pour les échelons du centre, 20 pour ceux des «ailes».
Le front de la position attaquée par les quatre échelons dirigés contre le «chemin creux» s’établit donc à environ 600 mètres/900 pas entre le carrefour de la route de Bruxelles et du Chemin d’Ohain à gauche, et à droite la patte d’oie qui marque la séparation en deux dudit chemin en même temps que la fin de sa partie creuse et bordée d’une double-haie d’épineux, soit précisément la plus forte de toute la position.
Plus à droite se trouvait le point d’attaque initialement prévu et bien plus « facile » d’accès.
Le changement d’attitude relatif de l’Empereur fut donc regrettable pour les Français.
Il peut avoir trouvé ses raisons si Napoléon avait déjà appris la probable intervention des Prussiens sur son flanc droit... Ou plus simplement à cause du retard involontaire de la Division Durutte, qui aurait alors dû prendre la tête de l’attaque avec la brigade Pégot, comme le fit côté opposé la brigade Bourgeois... voire peut-être encore la combinaison des deux, l’urgence à obtenir l’avantage, tout en s’éloignant de la menace prussienne.
Bourgeois, d’abord arrêté par la sablière (sablonnière en belge) est, après un moment de confusion où des bataillons ont fait file à gauche tandis que d’autres faisaient file à droite, passé par la droite (la proximité de la Haie-Sainte interdisant l'autre option, pourtant tentée)... avant de se reporter, au moins pour une partie des troupes, à gauche en direction de la route tout en présentant le flanc à la crête. C’est là que le cueillit en désordre un peloton des Life Guards qui provenait de ladite route et n’avait donc pas franchi les haies (tout ceci d’après Duthilt). Pour les calculs suivants je considère donc, toutes choses restant égales par ailleurs que le 1er échelon avait bien repris son intervalle initial. Mais perdu bien du temps, permettant au 2e échelon de réduire en rapport la distance. Tout ceci vous sera prochainement illustré à l'aide de figurines.
Soustrayant les 266 m/400 pas tenus par les quatre fronts de colonne, il reste 334 mètres/500 pas environ, 166 pour chacun des intervalles entre colonnes, C’est assez pour déployer un bataillon dans chacun, ce qui était peut-être envisagé et fut en tous cas tenté, mais aussi, ce qui ne semble pas du tout avoir été anticipé, pour laisser passer un escadron ennemi...
D’autant que, les échelons progressant à 400 pas de distance, chaque échelon est de fait totalement «en l’air» sur ses deux flancs... et relativement sans défense si on l’y attaque. Amen !
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À suivre... La "prise de terrain" des Anglo-Alliés...
Diégo Mané
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"Veritas Vincit"