1814 - Napoléon, Brienne et La Rothière

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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1814 - Napoléon, Brienne et La Rothière

Messagepar MANÉ Diégo sur 30 Sep 2026, 08:17

Cet article fait suite à celui déposé voici douze ans (à peine, Patrick !) et intitulé : "Ils ont (aussi) traversé le Rhin", qui traite de l'entrée des Alliés en France en 1814, et que vous pouvez retrouver ici :

viewtopic.php?f=1&t=1204&p=18088&sid=f4d445fbb60cc3bcde03b2ce227eda4a#p18088

LA MANOEUVRE DE BRIENNE

Napoléon prend le commandement

Le 26 janvier 1814, l'armée française n'aligne guère, derniers renforts compris, que 65 000 hommes découragés et dispersés, lorsque l’Empereur arrive à Châlons. Mais comme toujours l'effet de sa seule présence change aussitôt les choses du tout au tout. Le moral de la troupe, qui se sent enfin commandée, remonte en flèche, et bientôt une offensive vigoureuse ramènera l'espoir perdu sous les maréchaux.

Pour ce miracle en gestation Napoléon réorganise son armée. Macdonald (10 000 h des Ve et XIe corps d’armée, 2e et 3e corps de cavalerie) forme la gauche à Mézières. Mortier (15 000 h de la vieille garde impériale et de la brigade de ligne Bourmont) commande à la droite près de Troyes. Au centre Napoléon en personne tient dans sa main 40 000 h sous les maréchaux Victor (IIe corps d’armée, 5e corps de cavalerie), Marmont (VIe corps d’armée, 1er corps de cavalerie), Ney (deux divisions de jeune garde) et Oudinot (une division de jeune garde et la cavalerie de la garde amenée par Lefebvre-Desnoëttes.

Avec tout ce qu'il pourra réunir de ces braves demain il compte se jeter à l'improviste sur le premier corps ennemi qu'il rencontrera. Un succès initial est essentiel pour le moral de l'armée comme pour rappeler les Coalisés à davantage de circonspection qu'ils n'en ont manifestée jusque là, eu égard à l'absence totale de résistance déployée par les maréchaux.

Hélas la surprise sera éventée. Les Cosaques interceptent un message de Napoléon à Mortier, que le maréchal ne recevra pas, privant l'Empereur de sa garde pour les journées de Brienne et de La Rothière, mais informant Blücher du péril mortel qui le menace. Le Prussien rappelle incontinent le corps de Sacken qui allait se trouver coupé et perdu, et se prépare à le recueillir à Brienne qui, relevant de l'Armée de Bohême et non de celle de Silésie, n'aurait jamais dû le voir. Mais "le maréchal Vörwarts" ("en avant") n'en a cure qui "aggrave son cas" en attirant à lui la cavalerie de Pahlen, dont il prive le corps de Wittgenstein qui s'en trouve paralysé. Quoi qu'il en soit la rencontre entre la petite armée française, qui ne sait pas sur quoi elle va donner, et les troupes de Blücher, qui lui sait ce qui lui arrive dessus, à donc lieu le 29 janvier 1814 à Brienne.

La bataille de Brienne, le 29 janvier 1814

Grouchy, qui arrive le premier vers midi, donne sur les cavaleries de Pahlen et Wassilchikov qui, supérieures en nombre, lui en imposent d'autant qu'il n’a pas d'infanterie avec lui. Dès que celle de Victor est en vue, vers 3 heures de l'après-midi, la cavalerie française attaque celle de l'ennemi qui se dérobe, démasque l'infanterie d'Olsuview, déployée à hauteur de Brienne, et se positionne à sa droite. Mais entre-temps Sacken a pu se rapprocher, et c'est l'essentiel pour Blücher. L'infanterie de Victor attaque à son tour, mais est repoussée. Ney arrive avec ses deux divisions de jeune garde, mais se trouve fixé dans la plaine par la cavalerie ennemie tandis que la française ne sert à rien sur l'autre aile. La nuit tombe sur ces entrefaites, et le corps de Sacken et son artillerie sont sauvés.

Blücher est tranquillement entrain de dîner au château de Brienne lorsque, passant par son parc, la division Huguet-Chataux du corps de Victor, s'en empare de nuit. Le Prussien n'a que le temps de s'enfuir par une fenêtre, laissant sur place son repas encore fumant. Plusieurs retours offensifs de l'infanterie russe échouent à reprendre le château, mais contribuent à disputer la possession du village même. Comme toujours dans ce genre de combats au corps à corps dans les rues, les pertes sont sévères de part et d'autre. Le carnage cesse à minuit. 3.000 hommes sont tués ou blessés dans chaque camp. Les généraux Decouz et Baste sont tombés, Lefebvre-Desnoëttes, arrivé la veille, est blessé et cède sa cavalerie à Guyot. L'ennemi quitte le champ de bataille à la faveur de l'obscurité.

La manoeuvre de Brienne a échoué, grâce surtout au hasard malheureux qui a prévenu Blücher des intentions de l'Empereur, circonstance sans laquelle Napoléon aurait détruits l'un après l'autre les corps d'Olsuview et de Sacken. Au lieu de cela ces deux corps se trouvent le 30 sur l'Aube, réunis de fait à l'Armée de Bohême. "Si j'avais eu de vieilles troupes, il aurait été possible de mieux faire et d'enlever tous les parcs que j'ai vu défiler devant nous... si Brienne avait pu être occupé plus tôt, tout serait en notre pouvoir..." dit l'Empereur, avant de conclure "...mais, dans les circonstances actuelles et avec l'espèce de troupes qu'il faut manier, il faut se tenir heureux de ce qui est arrivé." Et surtout de l'effet moral immense que procure cette victoire, après la litanie de revers antérieurs.

Quant ' à Blücher, il est satisfait d'être parvenu à faire "bouger" Schwarzenberg. Ce dernier, la blessure d'amour propre vite refermée, se félicite de sa lenteur à lui... où de la "précocité" de l'attaque française qui, prononcée quatre jours plus tard eût totalement coupé ses communications avec le Rhin... Mais pour le savoir Napoléon eût de son côté dû être bien mieux renseigné qu'il ne le fût par ses maréchaux qui, non contents de reculer sans résister, le firent aussi sans se préoccuper de connaître les dispositions des ennemis qui pourtant les suivaient assez mollement. Quoi qu'il en soit le feldmarechal autrichien donne l'ordre de reprendre la marche sur Troyes, toujours occupée par Mortier. Mais sur son chemin se trouve la petite armée de Napoléon, au contact des corps de Blücher.

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À suivre ... La bataille de La Rothière ...
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Re: 1814 - Napoléon, Brienne et La Rothière

Messagepar MANÉ Diégo sur 07 Oct 2026, 08:40

La bataille de La Rothière, le 1er février 1814

Surpris de ne pas avoir été attaqué par le Prussien le 30, l'Empereur l'a fait suivre, mais sans intention de l'attaquer lui-même car il le sait désormais soutenu par l'Armée de Bohême. Il a résolu et préparé la retraite sur Troyes pour le 1er février car il attend le 31 le corps de Marmont qui sans cela serait compromis. De son côté le maréchal accumule les fautes. Parti trop vite de Soulaines il a ouvert le passage au IVe corps ennemi, qui autrement n'aurait jamais pu intervenir à La Rothière le 1er février. Distançant trop son arrière-garde, elle se fait surprendre par les Cosaques et mettre en déroute sur Lesmont, perdant le général van Merlen dans l'affaire. S'imaginant cerné par plusieurs corps ennemis, le maréchal engage ses troupes dans une marche de nuit en lisière des bois dans des conditions très difficiles, surtout pour l'artillerie qui ne progresse qu'à grand peine par des chemins de traverse défoncés.

A l'inverse, les chefs allemands des IVe et Ve corps, nos anciens alliés wurtembergeois et bavarois, vont faire montre d'une sagacité et d'un esprit d'initiative remarquables, qui vont permettre l'engagement décisif de ces troupes le 1er février alors qu'il n'est initialement en rien prévu par les ordres de Schwarzenberg qui les envoyaient là où ils n'auraient servi à rien. De Wrède a deviné que Napoléon est à Brienne et suggéré de l'y attaquer toutes forces réunies, déroutant son corps sans attendre la réponse du feldmarechal, qui acceptera le fait accompli en le reprenant à son compte une fois vérifié son bien fondé... mais s'opposera à ordonner le même mouvement à Wittgenstein, envoyé sur Vitry comme York qui, lui aussi, voulait accourir à Brienne. De fait, sans de Wrède, la bataille de La Rothière n'aurait pu finir en succès allié, et sans Schwarzenberg c' eût probablement été un véritable désastre français.

Ayant appris les péripéties de Marmont, Napoléon s'attend à être attaqué tôt le 1er février, mais ne voyant rien venir et le maréchal ayant rejoint, il commence sa retraite sur Troyes par le corps de Ney... qu'il rappelle bientôt. En effet, vers midi des renseignements concordants indiquent l'attaque imminente de l'ennemi, et l'Empereur décide d'y résister jusqu'à la nuit avant de retraiter comme prévu. Gérard tiendra la droite à Dienville avec les divisions Dufour et Ricard, que la cavalerie de Piquet reliera à La Rothière où se tiendra le gros de la division Duhesme, qui aura en outre des détachements à Petit Mesnil et Chaumesnil. La division Châtaux tient La Giberie. Sous Nansouty, les divisions de cavalerie de la garde Colbert et Guyot sont déployées derrière leur artillerie entre La Rothière et Petit Mesnil. Grouchy, avec le 5e corps de cavalerie de Milhaud, les prolonge entre Petit Mesnil et Chaumesnil. Marmont est à Morvilliers et La Chaise avec la division Lagrange que la cavalerie de Doumerc relie avec la division Châtaux à La Giberie.

Côté allié c'est le Prussien Blücher qui vers une heure de l'après-midi commande l'attaque ordonnée par Schwarzenberg. Le IIIe corps (autrichien) de Gyulay doit attaquer Dienville par les deux rives de l'Aube. Sacken (russes) doit s'emparer de La Rothière. Le IVe corps (wurtembergeois) se portera sur La Giberie et Chaumesnil. Le Ve corps (austro-bavarois) de Wrède débouchera sur sa droite. Quatre divisions des réserves (grenadiers et cuirassiers russes) se tiendront en réserve devant Trannes. Ce sont donc plus de 80 000 hommes qui vont en attaquer moins de 40 000 par un temps abominable. La neige qui tombe dru a recouvert le terrain boueux et défoncé des jours précédents et qui a ensuite gelé pendant la nuit ... Puis derechef dégelé, rendant aléatoires les mouvements d'artillerie hors des routes.

Gérard tient fermement à Dienville durant toute la bataille. Plus inattendu, la cavalerie de Nansouty, certes d’abord stoppée avec pertes par l’artillerie de Nikitin, est ensuite battue par les dragons de Wassilchikov, et perd toute son artillerie que le terrain boueux empêchera de retirer à temps. Sacken a le champ libre contre La Rothière, mais Duhesme s'y accroche et vers quatre heures le village est partagé, tandis que le prince héritier de Wurtemberg n'a pu encore enlever La Giberie. C'est le moment d'apprécier à sa juste valeur l'initiative de Wrède. En effet, n'aurait-il pas été là que Marmont, arrivant dans le flanc de Wurtemberg, aurait contraint les Alliés à la retraite.

Mais de Wrède est là, et bien là. En moins d'une heure il a repoussé Marmont et enlevé Chaumesnil, obligeant Napoléon à engager la division de jeune garde Meunier et celle de cavalerie de Guyot pour secourir son maréchal. Nonobstant celui-ci est définitivement mis hors de cause vers sept heures du soir, perdant la majeure partie de son artillerie dans le processus. Au même moment le prince héritier de Wurtemberg, bien aidé par les mouvements du Ve corps, s'est enfin emparé de La Giberie.

Le Petit Mesnil, débordé par de Wrède, tombe dans la foulée... Mais Duhesme tient toujours dans La Rothière, et il ne reste plus à Blücher qu'une division de grenadiers sous la main car "on" a disposé sans l'en informer des trois autres divisions de réserve en faveur du prince de Wurtemberg dont la situation avait donné des inquiétudes. Lorsque ces renforts lui parviendront ils lui seront inutiles car les succès de Wrède auront contraint ses adversaires à se replier, mais dans l’intervalle leur absence à empêché Blücher de «conclure».

Vers sept heures, les débris de la division Duhesme, épuisés par plusieurs heures de combat corps à corps à un contre trois, évacuent le village. Comme il est encore trop tôt pour ses projets de retraite, Napoléon y engage la division de jeune Garde Rottembourg qui le reprend en partie, mais doit l'évacuer au bout d'une heure de durs combats. L'artillerie de Drouot y met alors le feu, masquant le repli de toutes les troupes françaises fors celles de Gérard qui tiennent toujours Dienville, que le général recevra l'ordre d'évacuer à minuit. La bataille de La Rothière est terminée. Les Français ont perdu 4 000 tués ou blessés et 2 000 prisonniers, 60 pièces, dont 24 à cheval de la garde, et presque toutes celles de Marmont. Les Alliés sont également diminués de 6 000 hommes, dont 4 000 tombés à La Rothière et alentours.

Du château de Brienne à 9 heures du soir Napoléon organise la retraite parfaite de son armée. D'abord les blessés, les malades, les voitures, les impedimentas, qui ont la priorité jusqu'à deux heures du matin ou commencera le repli des combattants. On note la précaution toute particulière apportée par l'Empereur, sans doute en souvenir de Leipzig, à la destruction du pont de Lesmont dont il charge le général Léry, chef du génie de l'armée, mais qui ne devra l'exécuter que sur ordre impérial. Toutes ces sages mesures ne peuvent toutefois empêcher, l'Empereur en personne ayant été battu, le moral de la troupe en général, et celui des trop jeunes soldats en particulier, de sombrer derechef, et l'on enregistre de très nombreuses désertions. Que l'ennemi attaque maintenant et sans doute la petite armée française, assaillie à quatre contre un durant son mouvement de retraite, n'y survivrait pas...

Mais l'ennemi n'y songe pas, qui se prépare à renouveler le 2 février les durs combats du 1er pour enlever une position qu'il pense toujours tenue par les Français, comme le prouve l'ordre envoyé par Schwarzenberg durant la nuit au Ier corps (autrichien) de Colloredo, d'avoir à quitter Vendeuvre à six heures du matin pour aller renforcer Gyulay devant Dienville qu'il n'a pu enlever seul. Ils sont donc fort surpris de constater le départ des Français, ce qui signifie que le Prussien Blücher, mis par les circonstances à la tête d'une armée sans Prussiens mais forte de Russes, Autrichiens, Bavarois et Wurtembergeois, a, certes grâce à l’initiative et l’intervention de de Wrède, vaincu le grand Napoléon. Nul doute que cela encourage le vieil houzard à reprendre l'offensive sur Paris dont Schwarzenberg ne veut pas pour l'instant.

Napoléon qui l'a deviné va tout faire pour provoquer cette situation qui seule lui offre des perspectives. Sa retraite sur Troyes entraînera d'abord derrière lui l'Armée de Bohême. Il la distancera grâce à la destruction du pont de Lesmont, mais surtout elle se trouvera ensuite "attirée" par l'axe naturel offert par la vallée de la Seine. De son côté Blücher dispose déjà du corps de York sur la Marne, et c'est par cet axe que lui parviendront ses renforts ultérieurs. Il est donc probable que c'est par là qu'il dirigera son Armée de Silésie dès qu'il aura repris son "indépendance", ce qui sera chose faite dès le 2 février que les Alliés auront perdu à décider quoi faire au lieu de poursuivre les Français. Le conseil de guerre tenu à Brienne, et réunissant le Tsar, le roi de Prusse, Schwarzenberg, Blücher et Barclay de Tolly, entérine le choix de Blücher... en même temps que celui de Napoléon, comme prévu par lui dès la veille.

Diégo Mané

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À suivre ...

Vécu d'un conscrit français à La Rothière !
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Re: 1814 - Napoléon, Brienne et La Rothière

Messagepar MANÉ Diégo sur 15 Oct 2026, 11:42

Vécu d'un conscrit français à La Rothière !

Extrait d'un article plus large de 2008-2011 sur le 4e de Ligne que vous pouvez trouver ici :
http://www.planete-napoleon.com/docs/1814.4eLigne.pdf

Olive THAVARD, “Conscrit de 1813” et “Marie-Louise” de 1814

Né en 1793 en pleine tourmente révolutionnaire, encore enfant à l’avènement de l’Empire, pas encore vraiment adulte à sa chute, mais assez toutefois pour être soldat et mourir pour l’Empereur, Olive Thavard est alors un “Conscrit de 1813”, même si probablement il n’aura combattu qu’en 1814, relevant donc d’un autre vocable célèbre, celui des “Marie-Louise”, surnom donné aux jeunes soldats inexpérimentés de 1814.

En effet, il figure sur les registres du 4e de Ligne pour la période comprise entre son arrivée au dépôt “le 04 9bre 1813” et sa “libération” le 23/04/1814. Le temps d’être formé un minimum, et il n’aura pu rejoindre les bataillons de guerre avant janvier 1814. Le régiment combattra essentiellement à La Rothière le 1er février et à Montereau le 18, connaissant alternativement l’amertume de la défaite et l’ivresse de la victoire, même si la première fut particulièrement violente et la deuxième plutôt le fait d’autres unités.

Le 1er février 1814 à La Rothière, Olive Thavard recevra donc son baptème du feu, et quel baptème ! À quoi pense-t-il ? Sans doute a-t-il peur, comme tout le monde. Mais l’ennemi, c’est l’ennemi, et même si la Marseillaise n’a plus cours officiellement, son esprit demeure. Et donc l’ennemi, c’est dans le fossé les tripes à l’air ! Et que son sang impur abreuve nos sillons ! Olive s’y emploiera autant sinon plus qu’à se défendre lui-même, avec la rage froide des gens qui n’ont pas le choix. La manoeuvre en plaine il ne maîtrise pas encore, mais pour le combat de rues qui lui sera imposé, il saura quoi faire, même et surtout si ce n’est pas dans le manuel, avec l’esprit d’initiative qui caractérise et distingue si particulièrement le soldat français de tous les autres, Allemands ou Russes !

Mais au matin Olive Thavard ne sait pas encore ce qui va lui tomber dessus, à part la neige qui balaie les visages en rafales glacées tandis que l’on piétine dans la boue qui, par comble d’infortune, a remplacé le gel de la veille, rendant les chemins impraticables. Par chance il se trouve dans l’une des divisions les mieux commandées de l’armée, et çà il doit le savoir car les anciens ont dû lui parler du général Duhesme, un “dur à cuire” sur qui on peut compter. Napoléon le sait aussi et lui a confié la défense de La Rothière qui est la clé de voûte de son champ de bataille. Qu’elle tombe et la journée est perdue.

La Rothière tombera, mais après une défense héroïque de la division Duhesme qui y sera presque entièrement détruite. L’Empereur tentera de la reprendre avec les Jeunes Gardes de la division Rottembourg menés par le maréchal Oudinot, mais ils ne déboucheront du village que pour y être rejetés par les Grenadiers russes, et ne pourront s’y maintenir. La violence de cette contre-attaque menée dans l’obscurité en impose toutefois aux Russes de Sacken, d’autant que Rottembourg, arrêté à 400 pas du village fait mine de revenir et que l’artillerie de Drouot couvre d’obus tout le secteur, incendiant La Rothière que les Alliés doivent évacuer à leur tour. La retraite, qui passe inaperçue de l’ennemi, pourra dès lors s’exécuter en ordre.

Olive Thavard à survécu à l’holocauste. Il a pu tout au long de ces interminables heures passées à repousser assaut sur assaut des innombrables fantassins russes de Sacken, dans le fracas de la mousqueterie et des canons, voir son général-héros donner l’exemple du courage à ses jeunes troupes, voir aussi d’autres images d’Épinal célèbres s’agiter dans le kaléïdoscope dantesque formé par les incendies ; Oudinot, qui ne compte plus ses blessures, Rottembourg, droit sur son cheval comme à la parade, mais surtout le Dieu de la Guerre personnifié, le grand Empereur Napoléon lui-même, comme peu d’hommes l’ont vu de si près un jour de bataille, presque à le toucher, là, devant lui, imperturbable au milieu du chaos qui l’entoure et qu’il semble maîtriser. Rassurant quoi ! Tout cela est donc normal devait sûrement se dire Olive Thavard !

“Un soldat ne voit guère au-delà de sa compagnie” à dit l’Empereur un jour, et donc voir Napoléon depuis sa compagnie, voire “dans” sa compagnie, doit former un de ces souvenirs qu’on n’oublie pas, qu’on raconte encore et encore autour des feux de bivouac, et plus tard, bien plus tard, au soir à la veillée devant l’âtre familial, à ses enfants et petits-enfants qui à leur tour seront fiers de dire que Papy Olive à livré bataille avec Napoléon le Grand...

Des siècles plus tard on en parlera toujours, car si “l’immortalité réside dans une existence marquant les mémoires”, force nous est de constater que celle du Grand Empereur nous a conduits en outre à parler d’un héros anonyme, presqu’un enfant, transcendé par la gloire impériale de cette lutte à mort, et à Montereau, le 18 février 1814, un jeune conscrit français vit des Allemands courir plus vite que lui. Il s’appelait Olive Thavard.

Diégo Mané

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À suivre ...

Tenants et aboutissants de la bataille de La Rothière, le 1er février 1814
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