Haro sur le colonel Grouard...

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 15 Sep 2026, 15:58

Merci pour ces renseignements. A quelle date ce journal du 1er corps a-t-il été rédigé ? D'Erlon en est-il l'auteur ? Ou est-ce un de ces aides-de-camp ?
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar MANÉ Diégo sur 15 Sep 2026, 17:31

Le journal, comme son nom l'indique, suppose une rédaction au jour le jour.

Il est précédé par un registre de correspondance tenu à Lille du 1er avril au 12 juin 1815, qui donne 582 correspondances, peut-être de la main de Drouet d'Erlon car les termes "je" ou "j'ai" sont courants.
Ce n'est pas le cas ensuite ou l'on trouve souvent mentionné "le Cte d'Erlon" fit ceci ou fit cela ... Il s'agit dès lors d'une "petite main", aide-de-camp ou plutôt secrétaire ou assimilé.

À partir du 12 juin il s'agit de "feuilles volantes" numérotées, et l'écriture en est moins "appliquée" car on est alors en campagne. Je présume que ces feuilles étaient destinées à être recopiées sur le beau registre susdit, mais ce ne fut pas le cas, et on comprend pourquoi car cela devint "difficile" une fois les rédacteurs "remerciés" par le Roi ou en fuite poursuivis par la police de Fouché.

À partir du 17 juin l'écriture devient moins "régulière" en même temps qu'apparaissent de nombreuses ratures. On constate aussi des changements de plume et d'encre, parfois d'une ligne à l'autre, ce qui semble indiquer des interruptions dans la rédaction, et sa reprise un peu plus tard, peut-être ailleurs.

Le 18 juin l'écriture s'est encore dégradée ; ce n'est manifestement pas un travail postérieur fait au calme, mais bien plutôt une rédaction effectuée dans l'urgence et le stress de la bataille. On note l'utilisation de deux tailles-types de papier pour des pages dont les numéros se suivent. On distingue à travers le papier qu'il est écrit sur l'autre face, le rédacteur traçant des lignes partant vers le haut. La toute fin de la journée, chaotique par destruction, ne peut avoir été rédigée au plus tôt que le lendemain car elle indique le sort de généraux pris, blessés ou tués qui ne pouvait être connu qu'après la débâcle où je vois mal écrire quoi que ce soit entouré de hussards prussiens hargneux et vindicatifs.

Le 19 juin, changement de plume, d'encre et de papier, et manifestement plus "au calme". Puis, à partir du 20 nouvelle dégradation de la "qualité graphique". Il semble aussi avoir été utilisé un autre "outil", peut-être un crayon (plus d'encre ?). Dès lors les renseignements donnés diminuent sensiblement (une ligne par jour, nommant seulement les étapes franchies), en même temps que le pauvre intérêt désabusé de raconter le dernier trajet du corps jusqu'à son licenciement à Bourges.

Ce "Journal du 1er corps" a été conservé par d'Erlon. Il se trouvait dans les documents le concernant à Vincennes, mais, intentionnellement ou non, mal classés dans la période Révolution qu'aucun "grand auteur" sur Waterloo ne visita. Sa "découverte", ou en tous les cas publication, par Stephen Beckett, la communication qu'il m'en fit, et ma retranscription en (j'espère) bon français, ont permis les avancées considérables dans l'appréciation de la bataille que j'ai pu faire, et partager sur Planète Napoléon.

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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 15 Sep 2026, 19:24

Incroyable ! Il a fallu un américain pour dénicher cette pièce extraordinaire ? Je n'en avais jamais entendu parler. Avez-vous échangé à ce sujet avec Bernard Coppens ? En tout cas, félicitations pour avoir exploité ce document d'une grande valeur.

Ps : on ne peut guère en vouloir à Grouard qui n'a pas fait mieux que Thiers, Houssaye, Madelin, Tulard et... Lentz (Lachouque aussi est passé à côté et tant d'autres) ? On constate qu'il n'était pas anti-napoléon par principe.
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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar MANÉ Diégo sur 16 Sep 2026, 09:44

Si "impossible n'est pas français" (n'était pas, corrigé-je !), incroyable est parfois américain. En tous cas, en l'occurrence qui nous occupe, c'est en effet à un Américain, Stephen Beckett, qui manifestement m'a lu et par suite fait confiance, que je dois d'avoir pu disposer gratuitement de ses imposants ouvrages et des copies des originaux qui les ont nourris et ont permis mes propres avancées.

Merci pour les félicitations, elles font toujours plaisir.

Je n'ai pas eu la chance d'échanger avec Bernard Coppens dont j'ai pu juger du sérieux en lisant ses écrits. Notamment quelques études détaillées sur le net qui ont malheureusement disparu. Je n'étais pas encore assez avisé pour les copier à l'époque, ne pensant pas alors que cela pouvait disparaître de la sorte. Il avait disserté -entre autres- sur l'attaque du corps d'Erlon et j'en ai gardé un bon souvenir.

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DM => BRH sur Planète Napoléon le 16/09/2026, post « Haro sur le colonel Grouard ».

La foire aux coupables (notez les minuscules) … et à l’Innocent (notez la Majuscule) !

THIERS :
« Ney et d’Erlon avaient adopté … une disposition singulière, dont les inconvénients se firent bientôt sentir … ».

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HOUSSAYE :
« Qui avait prescrit une telle formation, … ? Ney ou plutôt d’Erlon … .
En tous cas ce n’était pas l’empereur … Napoléon laissait, avec raison, toute initiative à ses lieutenants pour les détails d’exécution. »

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LACHOUQUE :
« Ney a disposé le corps d’Erlon pour l’attaque. …
Qui a ordonné ces formations macédoniennes ? …
Napoléon approuve-t-il cette attaque … » ?

« Le secret de Waterloo », ce cadeau de Pierre FOURÉ* en 1966, est devenu ma « bible » durant bien des années.

*Le « Père des hexagones » et du « Kriegspiel » français, mon « Maître » en cette matière.

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Je pense avoir donné mes Madelin car je ne les trouve plus.

Quant’aux « Modernes » (par rapport aux précédents), je ne les ai jamais lus et pense qu’ils me le rendent bien, ce qui est dommage car ils auraient pu apprendre beaucoup de choses.

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Enfin, retour à Grouard, puisqu’il tient le « rôle-titre » de ce post, avait-il lu Houssaye, à moins que cela ne soit l’inverse ? Quoi qu’il en soit leurs opinions convergent :
Les « coupables » sont Ney et/ou d’Erlon, mais en tous cas pas Napoléon.

Ni l’un ni l’autre, pas davantage que ceux qui les ont précédés, ni plus que la foule des « suiveurs », n’ont « creusé » assez profond pour trouver la vérité, ce qui, effectivement, prend du temps, préférant bâtir des hypothèses incriminant les faciles bouc-émissaires ci-dessus pour l’échec de l’attaque du corps d’Erlon, sans oublier d’ajouter Grouchy pour faire bonne mesure en « fin finale » !

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Re: Haro sur le colonel Grouard...

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 03 Oct 2026, 17:51

Retour sur le colonel Grouard (je fais ce petit résumé pour ceux qui n'auraient pas eu le temps de lire ses écrits). il reproche à Napoléon d'avoir voulu attaquer partout sans être le plus fort nulle part. Ceci mérite d'être nuancé, bien évidemment. L'empereur a en vue de détruire l'armée principale de la coalition, savoir l'armée de Bohême. 250 000 hommes, une paille ! Encore faut-il la localiser et la laisser venir. Elle n'a que 3 solutions : marcher sur Leipzig et réaliser le plan futur des coalisés dès l'ouverture de la campagne (Jomini en dissuadera le Czar), marcher sur Dresde dès qu'elle sera informée de l'absence de Napoléon ou faire irruption à hauteur de Gorlitz pour couper Napoléon de l'armée du Bober commandée par Ney. C'est d'ailleurs ce que Napoléon ferait quand il se met dans la tête de ses adversaires. Et c'est ce qu'il entend mettre en échec. C'est une forme de défensive. Sur ce point, Grouard ne critique pas...

Dans le même temps, Napoléon décide de lancer Oudinot contre Berlin, la prise de la capitale lui paraissant primordiale et de nature à saisir un gage précieux. Il s'agit bien d'une offensive et dans une direction stratégique de haute importance. Malheureusement, l'empereur n'y met pas les moyens voulus et monte une combinaison périlleuse par les lignes extérieures, visant à concentrer 110 000 hommes, après la prise de Berlin. En ne confiant que 65 000 hommes à Oudinot, il court la chance que celui-ci soit battu par Bernadotte qui aura sous la main de 80 000 à 90 000 hommes. Napoléon le juge médiocre et sait qu'il n'a jamais commandé plus qu'un corps d'armée. Il se fait une fausse idée des levées prussiennes et des ramassis recrutés dans toute l'Allemagne du Nord. Grouard considère que tout à son idée de manoeuvre contre l'armée de Bohême, l'empereur aurait dû rester sur la défensive avec Oudinot, en attendant de pouvoir le renforcer et de marcher lui-même sur la capitale prussienne ! Sans même considérer les évènements, on ne peut que lui donner raison.

On sait ce qu'il en advint. Ne voyant pas les Bohémiens déboucher des frontières, il se lance au secours de Ney qui recule devant Blücher. Sur ce point, Grouard ne trouve rien à redire. Informés de ce mouvement, les coalisés décident de se saisir de Dresde. En un sens, ils vont au devant des désirs de l'Empereur. Si ce dernier est dissuadé de réaliser une des plus belles de ses manoeuvres, il improvise avec brio la marche sur Dresde et le succès tactique qui voit la gauche de l'armée de Bohême entièrement détruite. Quand la poursuite des Bohémiens s'exécute et qu'il a l'opportunité de transformer leur défaite en désastre, les nouvelles des défaites de Gros-Beeren et de la Katzbach viennent perturber son attention, ce dont Vandamme fait les frais à Külm. Que l'on scrute les évènements de près ou de loin, on retombe toujours sur cette volonté prématurée de prendre l'ascendant sur le front nord où Napoléon ne contrôle rien...

En effet, il est peu probable que Bernadotte soit passé à l'offensive. Son plan était d'attaquer Wittenberg et de passer l'Elbe à Rosslau. Avec un peu de sagacité, Oudinot était en mesure de faire échouer ce plan. Prolongeant sa victoire retentissante à Dresde, l'Empereur n'aurait pas manqué de se porter de sa personne à hauteur de Pirna, comme il le fit et de faire filer la Garde en soutien de Vandamme, comme ce dernier était fondé à le croire. Il n'est pas douteux que la manoeuvre aurait été un grand succès, ne serait-ce que par la destruction complète du corps de Kleist. Dès lors, l'empereur était libre de marcher pour soutenir Oudinot et de s'emparer de Berlin ou de voler à la rescousse de Mac-Donald si vilainement amoché après le désastre de la Katzbach.
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