Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

Modérateur: MANÉ John-Alexandre

Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar JOUBERT Marc sur 21 Sep 2026, 19:18

Bonjour à tous. Mon nom est Marc Joubert, nouvellement inscrit sur ce site. Je suis à la recherche d'informations très précises au sujet de certaines batailles napoléoniennes, notamment celle d'Ocaña (19 novembre 1809). Au cours des charges décisives de la cavalerie, une partie de l'artillerie espagnole a été prise et ses servants ont été sabrés par une ou plusieurs unités de dragons. Il devait y avoir 16 pièces, d'après plusieurs sources. Le 16eme dragons fait figure de "candidat" possible. Je souhaiterais savoir quels régiments de dragons ont pris cette artillerie et combien de canons tel ou tel régiment a pris. Merci d'avance.
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Re: Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar MANÉ Diégo sur 21 Sep 2026, 22:19

Bienvenue, Marc !

Le lectorat attentif de Planète Napoléon a pu y lire mon article relatif à la bataille d'Ocaña.

Les liens directs ayant actuellement des soucis je vous indique le moyen de vous en passer,
et qui plus est sans même se connecter.

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Rubrique L'Histoire Militaire (cliquer sur le livre ouvert dans le premier hexagone), puis sur Articles,
puis, en date du 02/10/2017, sur 1809, Espagne. Bataille d'Ocaña, par Diégo Mané, mel 02/10/2017).

Également d’intérêt relatif vous avez, en date du 12/12/2017, dans la Rubrique Le KRAC, sous-rubrique Evénements, mes deux articles « avant la bataille » et « après la bataille » que nous avons rejouée à Lyon.

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Ceci dit j'apporte déjà quelques commentaires et renseignements répondant aux questions de Marc.

MJ dixit : Au cours des charges décisives de la cavalerie, une partie de l'artillerie espagnole a été prise et ses servants ont été sabrés par une ou plusieurs unités de dragons. Il devait y avoir 16 pièces, d'après plusieurs sources. Le 16eme dragons fait figure de "candidat" possible. Je souhaiterais savoir quels régiments de dragons ont pris cette artillerie et combien de canons tel ou tel régiment a pris.

Ce qui a été décisif dans le principe c'est l'artillerie d'abord, puis l'infanterie, puis la cavalerie. Celle des Espagnols, sévèrement battue la veille, n'a pas résisté longtemps et, dans sa fuite à percuté plusieurs unités de sa propre infanterie qui tenaient encore ou tentaient de se rallier.

Comme déjà vu dans les batailles précédentes (et même suivantes) l'artillerie espagnole est alors abandonnée des deux autres armes et par conséquent condamnée.

Ce ne sont pas 16 pièces, mais 40*, qui sont perdues sur les 59 dont disposait l'armée espagnole à Ocaña. D'où sort le chiffre de 16 ?

* J'en ai le détail batterie par batterie, donné par les Espagnols et indiqué dans mon Ordre de Bataille, précisant les circonstances et l'endroit des pertes, mais une seule de ces circonstances mentionne des dragons, soixante pour être exact.

Mais vu l'heure et l'endroit il est peu probable que ces dragons relèvent de la Division Milhaud, alors passablement épuisée (il y avait beaucoup de "travail"). Je pense donc personnellement qu'il s'agit plus que probablement de cavaliers relevant de la Division de La Tour Maubourg arrivée idéalement juste après l'effondrement de l'aile droite espagnole et qui l'a poursuivie sur 23 km jusqu'à la nuit tombée.

Quoi qu'il en soit, les Français, dont les chiffres de pièces prises donnés par Sénarmont coïncident, toujours 40 et non 16, n'indiquent pas qui les a prises (sauf pour 4 revendiquées par la Garde Royale), ou "trouvées" car, en effet, quelques unes ont été démontées, beaucoup ont été abandonnées sans combat après avoir basculé dans un fossé en fuyant où ayant perdu leur attelage de boeufs, enfuis ou abattus, s'étant enlisées, etc ...-

La réponse à la question "qui les a prises" doit pouvoir se trouver dans les rapports particuliers des unités et/ou dans les historiques régimentaires, dont quelques-uns "trouvables" sur le net.

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Re: Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar JOUBERT Marc sur 22 Sep 2026, 04:45

Bonjour. Merci pour votre retour mais plusieurs sources mentionnent que l'armée espagnole avait massé 16 pièces (sans doute 4 de Lacy et 12 de Freire) sur son aile droite. En outre, l'historique du 16eme dragons (écrit par Jacques Adolphe Maris Pons François de Paule, vicomte de Casteras-villemartin) indique : "A peine l'attaque entamée, Don Juan de Areizaga, devinant l'intention du général français, amenait toute son artillerie sur notre droite et couvrait de mitraille les Polinais et la cavalerie. Un boulet enlève le colonel Vial. Sans ordre, le peloton du lieutenant d'Ussel, son chef en tête, s'élance sur la batterie ; le régiment suit, les canonniers sont sabrés et la batterie ramenée dans nos lignes" (page 133)
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Re: Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar MANÉ Diégo sur 23 Sep 2026, 12:52

Les canons perdus d’Ocaña (22/09/2026)

Il s’agit bien sûr de canons des vaincus espagnols puisque les vainqueurs français n’en ont pas perdu un seul.

Les chiffres sérieux, dans les deux sens du terme puisque l’on parle tout-de-même de 40 pièces sur 59, sont donnés par les généraux commandant les deux artilleries, de Sénarmont côté français, et de La Cruz côté espagnol.

Le premier énumère avec précision les matériels ennemis capturés, le second énumère de même, batterie par batterie, les pièces perdues par chacune et les circonstances ayant été la cause de leur perte.

Ce sont deux militaires responsables ayant participé à la bataille et rendant compte à leurs supérieurs avec toute la rigueur de leur fonction. Pas de fioritures ni de décorum. La vérité brute. Rien à voir avec ce que l’on peut parfois trouver dans certains historiques, surtout écrits longtemps « après la bataille » par de jeunes officiers qui n’y étaient pas, où pire par des « civils » ne sachant même pas de quoi ils parlent et prompts à tout glorifier à l’excès.

Un exemple ? Et même un exemple relatif à la bataille d’Ocaña et aux Dragons de Milhaud, celui du 12e Dragons, page 19 du magnifique « Dragons et Guides » du Cdt Bucquoy :

« … à Ocaña (quatrième inscription à l’étendard) il prend trente-deux drapeaux et quarante-six canons. »

Avec les seize prétendument pris par le 16e Dragons, cela monterait à 62 canons pris à la seule aile droite espagnole, alors que l’armée tout entière n’en avait amené « que » 59 !

Ajouterai-je que la Division Milhaud comptait trois autres régiments. N’ont-ils rien pris ?
Et le reste des troupes françaises non plus ? Ah ! Si !! La Garde royale en revendique 4 !!!

Tout ceci pour vous démontrer qu’il faut se défier des « rapports véridiques » qui parfois ne le sont pas tant que çà, véridiques, et croiser les sources car testis unus testis nullus !

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Sur le message de Marc Joubert repris ci-dessous

"Bonjour. Merci pour votre retour mais plusieurs sources mentionnent que l'armée espagnole avait massé 16 pièces (sans doute 4 de Lacy et 12 de Freire) sur son aile droite. En outre, l'historique du 16eme dragons (écrit par Jacques Adolphe Maris Pons François de Paule, vicomte de Casteras-villemartin) indique : "A peine l'attaque entamée, Don Juan de Areizaga, devinant l'intention du général français, amenait toute son artillerie sur notre droite et couvrait de mitraille les Polinais et la cavalerie. Un boulet enlève le colonel Vial. Sans ordre, le peloton du lieutenant d'Ussel, son chef en tête, s'élance sur la batterie ; le régiment suit, les canonniers sont sabrés et la batterie ramenée dans nos lignes" (page 133)"

Je constate que « la source », que je suis allé consulter, n’indique pas le nombre de pièces de la « batterie » donnée comme sabrée et prise.
Ensuite son auteur, effectivement un officier du régiment sous la IIIe République, qui n’a rien vu de la bataille puisqu’il n’était pas encore né, invente une réaction du général espagnol, qui n’en eut aucune de la journée qu’il passa dans le clocher de l’église d’Ocaña, à plus de 3 km de ce qu'il aurait "deviné".

Ce dernier (c’est le cas de le dire et répéter) ne vit rien et ne comprit rien. Il « amena toute son artillerie sur notre droite » dit l’auteur, à qui je rétorquerai qu’il s’agissait de « notre gauche », et que « toute son artillerie » montait à 59 pièces qu’il n’était pas en son pouvoir d’amener « à peine l’attaque entamée » !

Enfin, « ramenée dans nos lignes », avec quels attelages ? Et pour quoi faire puisque l’ennemi fuyait et que « nos lignes » avaient remplacé les siennes !

Bref, ce texte est hautement fantaisiste.

Ceci dit cela n’ôte rien aux circonstances réelles, qui peuvent parfaitement avoir vu le 16e Dragons s’emparer de pièces espagnoles. Mais seize, j’en doute un peu (je veux bien voir les autres sources mentionnant ce chiffre), comptons-les !

Lacy en avait quatre, deux à sa gauche (hors de portée de la cavalerie) et deux à sa droite, qui toutes quatre battront en retraite et ne seront capturées qu’ultérieurement et plus loin, dans l’oliveraie.

Freire en avait théoriquement douze (d’où peut-être le chiffre avancé de seize en tout sur l’aile droite avec les quatre de Lacy), mais six étaient probablement à l’aile gauche avec la cavalerie de Rivas, n’en laissant que six avec Freire dont seulement deux furent « perdues » (on ne dit pas « prises ») dans le principe, une s’étant retournée dans une coupure de terrain lors du repli.

Quoi qu’il en soit, le détail des autres pièces prises détermine par différence dix pièces de la cavalerie sauvées qui, avec les cinq de Vigodet et quatre (sur les six) de la Réserve, permet d’atteindre les dix-neuf sauvées en tout.

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Composition et pertes de l'artillerie espagnole à Ocaña le 19 novembre 1809
(extrait de son OB d'Ocaña, par Diégo Mané, Saint-Laurent-de-Mure, 2017 et 2026)

Artilleria de la vanguardia (Zayas), Capitan Don Bartolomé Gutierrez (nombre de pièces non indiqué, probablement 5*) Toutes perdues dans l'oliveraie par manque de soutien des autres armes. (* Vela dit 4).

Artilleria de la 1ra Division (Lacy), TC Don Joaquin Velarde, 4 pièces.
Toutes perdues dans l'oliveraie par manque de soutien des autres armes.

Artilleria de la 2da Division (Vigodet), Cel Don Juan de Molina, 6 pièces (à gauche d'Ocaña). Un obusier démonté par l'artillerie ennemie. Le reste, dont une pièce de 4, sauvé.

Artilleria de la 3ra Division (Giron), Cel Don Alejandro Garvia (à droite d'Ocaña), 6 pièces, dont une de 4 £ trainée à bras sur des km faute des boeufs tués. Toutes prises par 60 dragons lors de la retraite au-delà du champ de bataille.

Artilleria de la 4ta Division (Castejon), TC Don Felix Castilla (à droite d'Ocaña), 4 pièces.
Une démontée, une retournée dans un fossé, les deux autres prises lors de la retraite.

Artilleria de la 5ta Division (Zerain), Capitan Don Gabriel de Torres (à droite), 4 pièces.
Une pièce prise sur la position, deux retournées dans un fossé, la dernière prise en retraite.

Artilleria de la 6ta Division (Jacome), Cel Don Vicente Chamizo (à la gauche de la première ?), 6 pièces. Les trois de gauche abandonnées par l'infanterie et prises, une autre en entrant dans l'oliveraie, les deux dernières sur le Camino Real de La Guardia, au-delà du champ de bataille.

Artilleria de la 7ma Division (Copons), Cel Don Manuel del Rio (à droite d'Ocaña), 6 pièces.
Trois pièces perdues sur la première position, une essieu brisé, le bétail des deux autres tué. Une retournée avant d'atteindre l'oliveraie, et les deux dernières prises dans l'oliveraie même.

Artilleria de la caballeria (Freire), Cel Don Tomas Jiménez (nombre de pièces non indiqué, probablement 12, mais peut-être pas toutes engagées). Abandonne deux pièces dont une s'étant retournée dans un fossé.

Artilleria de reserva, TC Don Javier de Haro (à Dos Barrios), nombre de pièces non indiqué, probablement 6). Perd ses deux pièces d'arrière-garde par absence de soutien.

1° Parque, TC Francisco de Quesada
Plusieurs voitures enlisées dans les mauvais chemins.

2° Parque, TC Don Pelayo Correa
Six voitures enlisées qu'on n'a pu dégager par suite du mauvais état du bétail.

Donc ci-dessus est relatée la perte de toutes de la VG (probablement 5 pour atteindre le total de 40 donné par Sénarmont)+ 4 + 1 + 6 + 4 + 4 + 6 + 6 + 2 + 2 (probablement les deux de 12 £) = 35 + donc 5 = 40 pièces et 676 h (ARP : 19 tués + 47 blessés + 470 pris/disparus + ARC : 140 h).

Se sont donc sauvées celles de la cavalerie – 2 prises (soit probablement 10 pièces), 5 pièces de la 2da Division (dont au moins 1 de 4 £), celles de la Réserva - les 2 prises (soit probablement 4).

Si nous avions 59 pièces au départ il devrait donc en rester 19, ce qui colle exactement. Les 5 sauvées par la 2da division ôtées, restent 14 relevant de la Réserva -2, et de la Caballeria -2, ce qui résolument indique bien deux compagnies à cette dernière, probablement une à gauche avec Rivas et l'autre à droite avec Freire, et pourtant le rapport du général d'artillerie ne nomme qu'un chef et situe son action à gauche... Il est en revanche totalement impossible qu'une seule batterie ayant sauvé toutes ses pièces sauf deux ait accumulé 140 h et 97 cvx de pertes...

Hypothèse : La copie du document (Ontalba pp150-151) indiquant les pertes de l'artillerie à la bataille cite celles des "Compañias a Caballo" (le pluriel signifie au moins deux) de "la division de artilleria destinada a la caballeria" mais les chiffre à 440 h et 99 cvx, ce qui paraît énorme... La vérification faite de l'écriture manuelle, heureusement donnée, me permet de conclure à une erreur de lecture. Il faut lire 140 h et 97 cvx, ce qui reste beaucoup mais est bien plus logique. À supposer que ces braves se seront fait hacher menu pour permettre le repli de leurs pièces. « Artilleur un jour, artilleur toujours », et ce jusqu’au dernier jour !

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Re: Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar JOUBERT Marc sur 23 Sep 2026, 13:50

Merci pour votre retour. Mais que faut-il en conclure ? Que les dragons de Milhaud n'ont pris d'assaut aucune batterie ou que cet exploit revient à d'autres régiments que le 16eme (par ex le 5eme, le 12eme ou le 21eme dragons) ? Aucun historique de régiment disponible sur le Web ne répond à cette question précise.
Cdt
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Re: Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar JOUBERT Marc sur 23 Sep 2026, 14:35

. Le chiffre de 16 pièces que j'ai avancé ne concernait bien sûr pas la totalité de l'artillerie perdue par les Espagnols (ce nombre est beaucoup plus élevé) mais uniquement l'artillerie ayant été placée à l'aile droite face à la division Leval et la cavalerie de Sebastiani. Donc l'artillerie ayant été prise en premier, dès le déjut des charges de cavalerie et non pas celle capturée ultérieurement lors de la poursuite. Ma question pouvait peut-être prêter à confusion du fait de sa formulation.
Cdt
Marc Joubert.
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Re: Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar MANÉ Diégo sur 24 Sep 2026, 11:42

Parfois, la guerre c’est là guère, et une bonne plume prend plus de canons que les sabres ou les baïonnettes. Il est vrai que l’exploit d’enlever de haute lutte par une charge héroïque un canon abandonné sur le dos dans un fossé ne fait guère rêver. Mais seul le résultat compte !

Remettons l’église au milieu du village.

La première victoire est celle de l’artilleur Sénarmont qui a écharpé l’infanterie espagnole et démonté plusieurs pièces d’artillerie, qui formeront autant de trophées au deuxième vainqueur qui est l’infanterie, allemande et polonaise d’abord, qui saura faire souffrir autant qu’elle a souffert sans pour autant faire d’histoires, car l’Histoire retiendra que c’est la française de Girard qui a mis en repli les Espagnols et pris trois pièces d’artillerie ennemie.

Le moral de la cavalerie espagnole, fort bas depuis la défaite de la veille, chancelle alors, et sombre dans les abysses quand la cavalerie légère de Beaurgard la charge et la culbute sans trop de peine. Comme elle va plus vite que ses fantassins qu’elle abandonne après les avoir percutés, les cavaliers français se rabattent sur les flancs et revers de ces derniers.

Dernier n’est jamais une situation d’avenir pour les soldats d’une armée vaincue. Ceux qui, n’ayant pas eu la malchance additionnelle d’être sur le trajet des lanciers polonais de la Vistule, peuvent encore se rendre, le font alors.

Ensuite, « le général Sébastiani fait avancer par les intervalles de l’infanterie une brigade de dragons, qui se jette sur les fuyards. Les Espagnols perdent de ce côté en peu d’instants 24 pièces et environ 7000 prisonniers. » (Kaussler). C’est moi qui ai souligné le pertinent. Les « 24 pièces environ » sont possibles si l’on ajoute celles prises dans l’oliveraie car alors nous montons à 25 !

Résumant le rapport du Brigadier de La Cruz concernant l’artillerie espagnole de la droite nous obtenons 3 pièces démontées par l’artillerie française et donc mises HS avant l’assaut, 7 prises sur la première position, 5 retournées dans les fossés en tentant de se replier et donc prises sans combat, 12 prises dans l’oliveraie où elles s’étaient réfugiées, 13 prises au-delà du champ de bataille, probablement par la division de dragons de La Tour Maubourg.
Soit 40 pièces perdues par l’armée espagnole qui en sauve 19 sur les 59 présentes.

10 pièces espagnoles sont donc « restées » sur la première position. Si 3 ont été démontées par l’artillerie et 3 prises par l’infanterie, il en resterait 4 que l’on peut créditer à la cavalerie, dont celle perdue par Freyre, logiquement face à la charge de la cavalerie légère Beaurgard.

Et donc 3 potentiellement victimes de la « brigade de dragons » de Milhaud engagée par Sébastiani à travers les intervalles de l’infanterie. Je trouve des officiers blessés aux seuls 5e, 12e et 16e Dragons, et aucun aux 20e et 21e, peut-être pas engagés dans cette action.

Pour essayer de cadrer avec l’historique du 16e on peut envisager qu’il a eu affaire aux trois pièces de gauche de la 6e DI Jacome, qui se retiraient à la prolonge après la défaite de leur infanterie qui les abandonna. Leur sacrifice sauva les trois autres … très temporairement !

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Re: Prise d'artillerie à la Bataille d'Ocaña

Messagepar MANÉ Diégo sur 25 Sep 2026, 12:02

Je relaie un message de Marc Joubert, en délicatesse avec le système informatique. Dont’acte !

« J'ai essayé de vous répondre sur le forum, mais sans succès.

Si je vous suis, tous les textes (récits de bataille, historiques de régiments etc.) attribuant la prise d'une partie conséquente de l'artillerie espagnole à la division Milhaud seraient au pire fantaisistes, au mieux exagérés. Pourtant, une telle prise cadre bien avec votre propre récit (sur pdf) où vous écriviez que les batteries espagnoles, restées sans défense après la fuite de la cavalerie, étaient dès lors des proies faciles pour la cavalerie.

J'avoue que vos récentes réponses me laissent perplexe.
»

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DM => MJ, le 25/09/2026

Alors « tous les textes », non, certains, et à vrai dire beaucoup, oui.
C’est affaire de contexte et de qui écrit quoi, pour qui et quand.

Contexte : les écrits contemporains des faits ont plus de chance d’être, par construction, plus proches de la réalité et « vérifiables » que ceux rédigés plus tard.

Qui écrit : si c’est un officier rendant compte à sa hiérarchie, pareil. Il ne peut pas raconter n’importe quoi à qui était présent ou dispose d’éléments et de compétence pour en juger.

Quoi : un rapport militaire n’est pas un « Bulletin de la Grande Armée » ou le « Mémorial de Sainte-Hélène », qui ne sont que des outils de propagande parfaitement assumés, ce qui n’empêche pas des siècles d’inconditionnels d’y croire dur comme fer et s’y référer !

Pour qui : là encore, si l’on s’adresse à des supérieurs ou des subalternes ce n’est pas la même chose. Si l’on s’adresse à des militaires ou des civils, de même. C’est affaire de « public cible ».

Quand : c’est primordial pour juger d’un écrit car le contexte a considérablement changé. On ne pense plus pareil et surtout on le fait à partir de ce que l’on a appris à l’époque qui est la sienne. Je ne m’étends pas davantage sur l’inculture généralisée que l’on constate aujourd’hui.

Bref, revenant au texte ayant nourri notre échange, il a certes été écrit par un officier, mais bien loin des événements, et « nourri » par les histoires racontées par les anciens d’une génération aux jeunes de la suivante, bien plus que par l’Histoire des faits réels.

C’était probablement dans le cadre d’une « obligation » faite aux officiers de la période revancharde (1872-1913) d’écrire un ouvrage d’histoire militaire avant toute promotion.

Il y a eu dans cette période foule d’excellents ouvrages, écrits par des militaires et pour des militaires. Certains historiques sont également fort bons … Mais donc pas tous, et beaucoup se sont contentés de glorifier leur unité sans vérifier le moins du monde la réalité de ce qu’ils livraient au « public », là davantage civil que dans le cas des études sérieuses … Parfois rébarbatives, il faut bien l’admettre aussi, pour quiconque n’a pas « l’esprit militaire ».

Ceci dit je ne renie nullement ce que j’ai écrit dans mon pdf et qui reste en l’occurrence parfaitement fondé, soit : « Dans ce contexte les unités d’artillerie, laissées sans soutien d’infanterie comme de cavalerie, deviennent des proies faciles pour les cavaliers français qui s’empareront de la plupart des pièces. »

Précisons aussi que, d’une manière générale, lorsque deux écrits de ma plume se contredisent ou semblent le faire, c’est la version la plus récente qu’il convient de considérer.

En effet, si j’ai appris entretemps quelque chose que j’ignorais lors de la première rédaction, j’en tiens bien sûr compte dans les ultérieures.

Dans le cas d’Ocaña, ce sont les questions de Marc Joubert qui ont permis ces avancées au fil des recherches pour y apporter mes réponses.

Dans un premier temps il m’a paru totalement impossible qu’il ait été pris 16 pièces à l’aile droite espagnole par les dragons de Milhaud, essentiellement parce-que ladite droite n’en alignait dans le principe que 8 au plus (6 de Freyre et 2 de Lacy), dont 4 (de Freyre) se sauvèrent définitivement et 3 (2 de Lacy et 1 de Freyre) temporairement. 1 seule prise donc.

Encore avais-je compris, et cru concernée par l’attaque initiale de Milhaud, que la cavalerie espagnole et ses 6 pièces plus les 2 pièces de droite de Lacy.

C’est donc en lisant et relisant les rapports, notamment celui de Mortier (donné plus bas) et celui de de La Cruz que j’ai compris avoir été « enduit avec de l’erreur » (© Coluche) par TOUS les plans existants sur la bataille (comme ce fut aussi le cas pour Waterloo ... qui ne fut pas Mont-Saint-Jean).

Tous montrent systématiquement la Division Milhaud en tête de la cavalerie française qui chargea l'espagnole, au lieu de la montrer en deuxième ligne de l’infanterie du IVe corps car c’est en passant dans l’intervalle entre ses deux divisions que les dragons se lanceront à la poursuite des Espagnols déjà vaincus et en retraite. Et là, au centre, ce n’est pas une pièce retournée et une prise que l’on trouve, mais bien plus, comme détaillé plus haut, et montant, en effet, à 25 pièces.

Donc, je rive le clou, que le 12e Dragons à lui seul ait pris 46 pièces et le 16e à lui seul 16 pièces, est en effet fantaisiste ou exagéré.

Mais que la Division Milhaud entière ait dépassé abandonnées ou prises dans la poursuite des fuyards environ 25 pièces est un fait mathématiquement établi qui, encore une fois, n’est pas déshonorant puisque c’est son rôle contrairement à d’autres circonstances montées en épingle.

Je vous en donne trois parmi cent autres moins célèbres :

Somosierra 1808 : 16 canons pris (tiens, encore 16) mais 4 cavaliers encore debout, bien qu’à pied à la fin, sur tout un magnifique escadron aussi beau que neuf.

Waterloo 1815 : onze charges magnifiques, zéro canon pris en finale, et plus du tout de cavalerie disponible, ce qui, après la destruction de l’infanterie et de l’artillerie, s’avérera fatal au soir.

Balaklava 1854 : xx canons, d’ailleurs pas pris (et même 7 perdus), plus d’1/3 des 673 cavaliers engagés dans la charge au tapis ; « you lost the Light Brigade » se renvoyèrent leur vie durant les officiers concernés.

------------------

Mais revenons à Ocaña avec un extrait du rapport du maréchal Mortier sur la bataille :

" … l’artillerie ennemie, serrée de près, compromise, prête à être enlevée, et forcée de se retirer en arrière de sa ligne, est réduite au silence ; trois pièces sont abandonnées sur le point où agit la 88ème. (…)
Alors s’ébranle la cavalerie que dirige le général Sébastiani : elle s’élance avec rapidité, et a bientôt atteint l’ennemi, qui dans sa fuite à travers les bois d’oliviers cherche à gagner la route de Dos-Barrios et de la Guardia. (…)
La division de cavalerie légère … Beaurgard … fait mettre bas les armes à 5000 hommes … Au même instant, une brigade de dragons se mettant en mouvement d’après mes ordres, dans l’intervalle laissé entre la 1ère et la 2e division du IVe corps … prend plusieurs pièces de canon. On les poursuit jusque La Guardia.
"

Cet extrait nous apprend ou confirme trois choses importantes pour notre démarche :

1. Les trois pièces créditées au 88e n’ont pas été « prises » d'assaut mais trouvées « abandonnées ».

2. Il confirme que la cavalerie de Sébastiani s’engage après la prise de la position espagnole par la Division Girard.

3. Et que c’est la poursuite des fuyards qui permettra de « dépasser » les pièces retournées dans les fossés et d’en capturer beaucoup d’autres dans le bois d’oliviers.

Tout cela n’a donc rien d’héroïque en soi, mais ce fut parfaitement efficace et c’est tout ce qui compte.

L’artillerie a fait son travail en « préparant » l’attaque, l’infanterie a fait le sien en repoussant celle de l’ennemi, la cavalerie enfin l’a achevé et poursuivi à outrance, ce qui est son rôle, car si ce n’est pas à la cavalerie d’obtenir la victoire c’est bien à elle de l’exploiter.

Ocaña présente un panel parfait de l’utilisation optimale des trois armes, chacune dans son registre approprié. Il faut aussi souligner que les ordres supérieurs, officiellement attribués à SM José Priméro, furent en fait ceux du maréchal Soult, bien meilleur Major-Général que Jourdan, opportunément rappelé en France (se rappeler de ses « prestations » de Talavera et surtout Vittoria, permet d’établir une comparaison).

Ajoutons enfin qu’entre le bon chef et les bonnes troupes il y eut de bons lieutenants avec l’excellent Sénarmont, l’efficace Mortier, et l’inspiré (ce jour-là) Sébastiani.

En face il y avait « le pire général de toute la guerre d’Espagne », Areizaga, passé fort vite, trop vite, de colonel à général en chef, secondé comme ils le purent malgré ses ordres ineptes, par des généraux pour la plupart novices à leur niveau du jour, et commandant des troupes d’infanterie aussi inexpérimentées qu’eux, et une cavalerie exécrable. Seule l’artillerie sortait du lot par une sorte d’excellence traditionnelle, mais abandonnée par les autres armes, et fort mal attelée, elle ne put que former le plus visible de tous les trophées, ses superbes canons.

Sic transit gloria mundi !

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