par MANÉ Diégo sur 15 Sep 2026, 17:31
Le journal, comme son nom l'indique, suppose une rédaction au jour le jour.
Il est précédé par un registre de correspondance tenu à Lille du 1er avril au 12 juin 1815, qui donne 582 correspondances, peut-être de la main de Drouet d'Erlon car les termes "je" ou "j'ai" sont courants.
Ce n'est pas le cas ensuite ou l'on trouve souvent mentionné "le Cte d'Erlon" fit ceci ou fit cela ... Il s'agit dès lors d'une "petite main", aide-de-camp ou plutôt secrétaire ou assimilé.
À partir du 12 juin il s'agit de "feuilles volantes" numérotées, et l'écriture en est moins "appliquée" car on est alors en campagne. Je présume que ces feuilles étaient destinées à être recopiées sur le beau registre susdit, mais ce ne fut pas le cas, et on comprend pourquoi car cela devint "difficile" une fois les rédacteurs "remerciés" par le Roi ou en fuite poursuivis par la police de Fouché.
À partir du 17 juin l'écriture devient moins "régulière" en même temps qu'apparaissent de nombreuses ratures. On constate aussi des changements de plume et d'encre, parfois d'une ligne à l'autre, ce qui semble indiquer des interruptions dans la rédaction, et sa reprise un peu plus tard, peut-être ailleurs.
Le 18 juin l'écriture s'est encore dégradée ; ce n'est manifestement pas un travail postérieur fait au calme, mais bien plutôt une rédaction effectuée dans l'urgence et le stress de la bataille. On note l'utilisation de deux tailles-types de papier pour des pages dont les numéros se suivent. On distingue à travers le papier qu'il est écrit sur l'autre face, le rédacteur traçant des lignes partant vers le haut. La toute fin de la journée, chaotique par destruction, ne peut avoir été rédigée au plus tôt que le lendemain car elle indique le sort de généraux pris, blessés ou tués qui ne pouvait être connu qu'après la débâcle où je vois mal écrire quoi que ce soit entouré de hussards prussiens hargneux et vindicatifs.
Le 19 juin, changement de plume, d'encre et de papier, et manifestement plus "au calme". Puis, à partir du 20 nouvelle dégradation de la "qualité graphique". Il semble aussi avoir été utilisé un autre "outil", peut-être un crayon (plus d'encre ?). Dès lors les renseignements donnés diminuent sensiblement (une ligne par jour, nommant seulement les étapes franchies), en même temps que le pauvre intérêt désabusé de raconter le dernier trajet du corps jusqu'à son licenciement à Bourges.
Ce "Journal du 1er corps" a été conservé par d'Erlon. Il se trouvait dans les documents le concernant à Vincennes, mais, intentionnellement ou non, mal classés dans la période Révolution qu'aucun "grand auteur" ne visita. Sa "découverte", ou en tous les cas publication, par Stephen Beckett, la communication qu'il m'en fit, et ma retranscription en (j'espère) bon français, ont permis les avancées considérables dans l'appréciation de la bataille que j'ai pu faire, et partager sur Planète Napoléon.
Diégo Mané
"Veritas Vincit"