Où se trouvaient les différents généraux du 1er corps lors de son attaque ?
Eh bien nous pouvons avancer plusieurs certitudes, autant de probabilités, et quelques doutes.
D’abord le maréchal Ney, certes pas «du 1er corps» mais «commandant de l’attaque» en vertu des ordres supérieurs de l’Empereur.
Contrairement à ce que l’on peut voir dans de jolies images, le maréchal n’était pas en tête du 1er corps dont, dit-on, il aurait personnellement dirigé les deux divisions de gauche (la 1ère et la 3e), mais avec le GB d’artillerie Dessales, au centre de la Grande batterie.
C’est Ney qui dit au brigadier «vous êtes chargé» (par la cavalerie britannique). Après on ne sait ce qu’il devient pendant le désastre, mais de toutes façons il ne pouvait rien faire à part se sauver de là !
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Ensuite, descendant la hiérarchie, nous aurions le Comte d’Erlon, commandant du 1er corps d’armée qui, dit-on, aurait dirigé personnellement les deux divisions de droite (2e et 4e), ce dont je doute car on n’avait nul «besoin» de lui dans ce rôle en cette occurrence, où il y avait déjà trop de généraux qui ne savaient où se poser par rapport aux troupes eu égard à la formation totalement inhabituelle qu’on venait de leur imposer impromptu, les désorientant pour le compte (de l'ennemi ? Oui, aussi, mais là pas exprès !).
Ajoutons la difficulté à se trouver avec deux divisions à la fois, séparées de 200 pas d’intervalle et 400 pas de distance, bientôt remplis de cavaliers britanniques en furie.
S’il était là il a dû en partir très vite, plus vite que les chevaux anglais que l'on sait très "vite", sauf à mal finir.
En outre, sous les ordres supérieurs de Ney, la position de «commandant d’un corps d’armée» se trouvait vidée de toute sa substance, comme on a pu le constater aussi, par exemples non exhaustifs, avec la relative «inexistence» du général Reille aux Quatre-Bras comme à Waterloo, ce dernier étant pourtant bien plus «compétent» que d’Erlon.
Je penche donc plutôt pour la «présence passive» du Comte d’Erlon, flanqué du GB Delcambre, chef de son état-major, auprès du maréchal Ney, attendant ses «ordres».
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Ensuite les quatre divisions d’infanterie.
La 1ère Division (ci-devant Alix) était par intérim sous les ordres du GB Quiot qui dirigea sa 1ère brigade (Colonel Charlet) dans l’attaque de la Haie-Sainte avec l’insuccès que l’on sait.
La 2e brigade de cette 1ère Division forma le 1er échelon sous le GB Bourgeois.
Le GB Bourgeois sera blessé en tentant de déployer le 28e de Ligne qui sera surpris de flancs (oui, au pluriel car les deux à la fois) par la cavalerie britannique.
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Le 2e échelon formé par la 3e Division du GD Marcognet, Brigades Noguès et Grenier.
Le GB Noguès, blessé par balle, a pu l’être par le feu du 7e de ligne belge, ou au soir.
Le 3e échelon, formé par la 2e Division du GD Donzelot, Brigades Schmitz et Aulard.
Le GB Aulard a été tué au soir lors des assauts précédant la prise de La Haie-Sainte.
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La 4e Division du GD Durutte forma le 4e échelon avec la Brigade Pégot, tandis que la Brigade Brue semble s’être en partie dirigée vers la Papelotte sous son général avec le 95e de ligne, pendant que le 85e de ligne restait en arrière à flanquer de sa propre initiative la Grande batterie, sauvant 12 pièces du désastre. Le général Brue est venu, sur ordre de Durutte, rejoindre le 85e pour lui faire suivre la colonne, mais ou s’est rendu aux raisons du colonel Masson, ou, le désastre s’étant consommé dans l’intervalle, a jugé à propos de demeurer dans son carré tandis que tout le reste de la division se faisait abîmer et repousser par la cavalerie britannique de Vandeleur.
Le général Durutte devait se trouver entre ses deux brigades, sa place logique, et semble avoir voulu mettre en batterie son artillerie divisionnaire qui suivait Pégot lorsqu’elle fut submergée encore attelée par le 12th Light Dragoons du Lt-Cel Ponsonby (le frère du général).
Bien qu’il ne s’appesantisse pas sur l’épisode dans son mémoire relatif il est évident que le général Durutte se sera «retiré» pour ne pas être sabré comme il le sera en fin de bataille par la cavalerie prussienne, perdant une main et un oeil dans l’affaire.
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Au particulier des quatre échelons, la place des généraux les commandant chacun ne peut, eu égard à la formation prise, que se trouver fixée derrière lesdits échelons, car devant, s’ils ne s’étaient pas fait tuer par l’ennemi ils risquaient fort de l’être par un très regrettable «tir ami» dans le dos, comme ce fut le cas du brave Desaix à Marengo.
De là, une fois lancée la troupe, généraux en tête comme sur les belles images, «mais c’était avant le drame, bien entendu», les empanachés se retirent pour passer derrière, n’assurant dès lors plus aucun «command and control» (je «titille» Thierry, mais suis d’accord avec lui). Par suite plus rien ne peut ralentir ou dévier la course fors le terrain, plus rien ne peut arrêter l’avance fors l’ennemi.
Il semble bien que tout ce que l’On (notez la Majuscule) attendait de « la formation » c’était qu’elle étouffe l’adversaire sous le nombre de ses morts à elle, par construction bien plus nombreux que ceux des défenseurs. Cela n’avait aucune espèce de chance de réussir contre des Britanniques, et si l’on (notez la minuscule) se perd encore en conjectures sur comment On (re-notez la Majuscule) à pu le croire un seul instant, cela ne change rien de rien au fait lui-même. L’Empereur ordonne, les exécutants exécutent... et en l'occurrence se font "exécuter".
Il y avait beau temps qu’On (toujours Lui) ne leur demandait pas de comprendre, ce qui tombait bien en l’occurrence puisqu’ils ne le pouvaient même pas, n’ayant jamais vu «çà» avant, ni eux ni personne. Il faut un début à tout, même si parfois c’est en même temps une fin à tout !
Pour reprendre au bond une expression de Thierry, disant que Napoléon voulut donner un coup de poing, ajoutant que ce poing fut brisé, j’abonde par une citation de l’Empereur :
«Une bataille est un combat à coups de poings, plus on en donne et mieux cela vaut». Certes, à condition de ne pas taper sur un mur, sans quoi on se fait plus de mal qu’à lui !
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Pour la Division (de cavalerie) Jacquinot, le GD semble être avec la brigade de lanciers Gobrecht, qu’il lancera dans le flanc des Scots Greys, trop tard pour sauver l’infanterie comme l’artillerie. Le GB Bruno engagera de sa propre initiative et avec grand succès le 3e chasseurs contre la Brigade Vandeleur. Le 7e hussards de Marbot était détaché en flanc-garde.
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Voilà, je pense avoir fait le tour de la généralité du 1er corps à Waterloo, plus en "bonus track" le maréchal Ney.
Diégo Mané
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par FRANÇOIS T. sur 10 Déc 2020 10:51 am
Merci beaucoup, toujours autant de précisions et d'érudition !
Il est clair qu'entre les représentations picturales et la réalité du terrain il y a un grand écart
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par MELCHIOR Thierry sur 10 Déc 2020 08:39 pm
J'aime bien quand tu me « titilles », Diégo !
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À suivre ...


