Bataillons français à quatre compagnies en Colonne par Division
(par Diégo Mané le 15/02/2026)
Je réponds à une question de Nicolas Denis Remÿ faisant suite à une situation rencontrée au cours de la bataille organisée le 07/02/2026 au KRAC par Patrick Fontanel, réponse pouvant intéresser le lectorat attentif de Planète Napoléon car assez peu documentée, d’où la surprise de certains.
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NDR => DM, le 08/02/2026
Je voudrais savoir d'où tu tiens que les bataillons sans compagnies d'élite ou les compagnies d'élite rassemblées manoeuvraient par division alors que le décret impérial du 17 février 1808, article 7 en particulier, est très clair à ce sujet.
« Article 7 : Quand les six compagnies seront présentes au bataillon, on défilera et l'on agira toujours par division. Quand les grenadiers et voltigeurs seront absents du bataillon, on manoeuvrera et défilera toujours par peloton. »
Je sais que les Français manoeuvraient facilement un peu comme ils le voulaient mais face à un décret impérial sans nécessité financière, y-a-t-il une justification à un non-respect ?
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Réponse DM => NDR, le 15/02/2025
En toutes choses de toutes époques, la théorie s’oppose à la pratique.
Nous disposons toujours des règlements de manœuvre, qui sont faciles à trouver.
Mais pour ce qu’il se passait vraiment sur le terrain ce sont d’autres histoires.
Or donc, à chaque fois que c’est possible je privilégie la pratique à la théorie.
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Voir page 14 de l’article suivant (Austerlitz 1805)
https://www.planete-napoleon.com/docs/S ... _ligne.pdf
On peut y constater que les bataillons se sont formés en une sorte de Ligne double.
Quatre compagnies en ligne devant et quatre compagnies en ligne derrière.
Cela ne répond pas (encore) à la question mais je pense à propos de donner cet exemple qui montre une formation de circonstance pas décrite dans le règlement et pourtant utilisée au combat, sous les yeux de l’Empereur … Et ceux du maréchal Bernadotte, le favori de Nicolas.
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Voir haut de page 5 de l’article suivant (en 1808 et donc après en Espagne) :
https://www.planete-napoleon.com/docs/N ... sillon.pdf
Je souligne que l’auteur a dit qu’en 1796 “nous n’avions jusque-là ni instruction théorique ni instruction pratique. Nous savions seulement nous mettre en bataille sur deux ou trois rangs."
Les complications inutiles et dangereuses n’ont pu suivre qu’après Boulogne, pour les régiments qui y ont participé, et donc pas tous, loin s’en faut, avec le résultat indiqué !
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Voir bas de page 5 et haut de page 6 de l’article suivant (Schwardino 1812)
https://www.planete-napoleon.com/docs/1 ... oskowa.pdf
Ici nous avons très clairement une Colonne par Division de quatre compagnies (sans élites présentes car engagées ailleurs) sur deux divisions de profondeur, et ce devant Napoléon.
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Accessoirement (quoique), notre déclinaison ludique de bataillons en Colonne par Division lorsque les voltigeurs sont détachés, soit presque toujours, se traduit par une COD dont le 3e rang de figurines n’est plus formé que par l’unique compagnie de Grenadiers, que nous ne laissons là sur la même plaque que parce-que c’est plus pratique, alors qu’en réalité elle se déployait à droite de la division de Fusiliers du 1er bataillon (à gauche de celle du 2e bataillon si le régiment est en ligne), et le plus souvent en retrait pour en garantir le flanc (voir le tableau de Chiclana par Lejeune).
L’une comme l’autre des deux compagnies d’Élite ne se trouvaient former elles-mêmes une division que lors des marches d’approche en colonne d’attaque précédant un déploiement sur le centre, mais une fois entrées en zone de combat chacune prenait son rôle spécifique, d’écran pour les voltigeurs et de réserve pour les Grenadiers. Encore faut-il préciser que cette configuration était minoritaire puisque la plupart des colonnes d’attaque se formaient gauche en tête ou droite en tête et qu’alors les deux compagnies d’élite relevaient de divisions différentes par construction.
Alors le fameux décret de Napoléon me direz-vous, qui stipulait que si les deux compagnies d’élite étaient détachées il fallait que les quatre compagnies du centre soient toujours en colonne par compagnie ?
Je répondrai déjà que ledit décret ne prévoyait pas le cas du détachement d’une seule des deux compagnies d’élite, et alors quid du positionnement de l’autre se creuseront la tête les gens compliqués. Ensuite que, dans l’esprit de l’Empereur, « détachée » veut dire plus là ce qui n’est pas le cas de la compagnie de Voltigeurs en écran devant les autres et donc bien là.
Donc de facto, dès que la compagnie de Voltigeurs est en écran, la compagnie de Grenadiers n’est plus derrière la Colonne par Divisions mais à sa droite, que ce soit en en prolongeant le front, ou en arrière pour en préserver le flanc. Dans tous les cas cela n’emporte pas novation pour les quatre compagnies du centre qui resteront bien sûr en Colonne par Division.
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Maintenant il convient de disserter sur les Colonnes par Divisions formées par construction à quatre compagnies. Outre l’exemple donné plus haut, il faut mentionner les unités qui sont organiquement constituées à quatre compagnies comme celles de la Garde impériale qu’une stricte application du décret aurait condamnées à combattre en Colonne par Compagnie.
C’est aussi l’endroit de souligner que le décret impérial considérait des compagnies de 140 hommes et que la réalité du terrain tombait souvent aux 2/3 de cet effectif dans la Ligne, et que donc une Division en sous-effectif n’alignait guère plus qu’une compagnie « normale ». Ajoutons qu’une compagnie de la Garde pouvait en aligner autant qu’une division de Ligne.
On trouve aussi des COD à quatre compagnies chez les Danois réglementairement, les Autrichiens occasionnellement, les Russes exceptionnellement, et j’en passe probablement.
Pour les Français je trouve à propos de mentionner que le général Thiébault avait prévu en 1813 d’utiliser les 14 bataillons à six compagnies de sa division en 21 bataillons de quatre compagnies, après avoir précisé qu’il s’inspirait de Masséna qui avait fait de même en 1797.
(Mémoires du général baron Thiébault, T5, pages 109-110).
Nous pouvons donc constater que les « bataillons » à quatre compagnies (demi-bataillons jusqu’à la réforme de 1808) étaient pratiqués par certains généraux et non des moindres.
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Ensuite, car tout à une fin, allons directement à Waterloo, où plusieurs mémorialistes parlent de bataillons de la Garde, donc à quatre compagnies, formés en « colonnes d’attaque », or les colonnes d’attaque règlementaires sont toujours à deux compagnies de front !
Pour ceux qui seraient encore sceptiques, j’enfonce le clou par une pièce maitresse :
« Vers six heures, le 1er régiment de grenadiers se forma en deux colonnes par division, puis plus tard en deux carrés, un par bataillon … ». J’ai porté en gras et souligné l’essentiel.
Et qui nous dit cela ? Le général Petit, qui commandait le 1er grenadiers*. Brave Petit, va !
Trouvé en haut de la page 49 du « Waterloo 1815 Les Carnets de la Campagne – N°7.
La Belle Alliance (1) L’attaque de la Moyenne Garde ».
Je crois que tout est dit, et cette fois-ci absolument AGDM (Avec Garantie de Diégo Mané) !
Diégo Mané
*Accessoirement (quoique) j’ai les noms, prénoms, date et lieu de naissance accompagnés des états de services de chacun des 40 officiers et 1299 soldats de ce superbe régiment, ici :
https://www.planete-napoleon.com/forum/ ... b33#p17428



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