Les (vrais) duellistes : Fournier et Dupont

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Les (vrais) duellistes : Fournier et Dupont

Messagepar MANÉ Diégo sur 08 Mar 2023, 08:53

LES (VRAIS) DUELLISTES : FOURNIER ET DUPONT
(textes présentés par Diégo Mané, Saint-Laurent-de-Mure, Février 2023).

Voir sur Fournier, d'après mes « Notes de lectures (terrestres) du confinement », le post repris ci-après :

viewtopic.php?f=1&t=2278&p=16388#p16388

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À l’occasion d’un « remembrement partiel » de mes documents archivés je retrouve un texte paru dans « LA SABRETACHE » Spécial 1977, et traitant du film « Duellistes », inspiré par le personnage de Fournier avant qu’il ne devienne « Sarlovèze », mais déjà grand « duelliste ».

On y apprend, sous la plume de Louis Merllié, que les scènes annoncées comme « Tourangelles » en 1814 ont été tournées dans la région de Sarlat, au château de Caudon pour les extérieurs, et au château de Lacoste, non loin de Domme (ce site « imprenable » qui pourtant fut pris -et la population massacrée- pendant les guerres de Religion).

« La scène où les deux protagonistes se retrouvent dans une auberge été filmée dans l’une des plus anciennes rues de Sarlat, la rue des Consuls… que par souci d’exactitude, la rue étant actuellement goudronnée, le metteur en scène y fit répandre de la paille et du crottin de cheval…

… le dernier duel, le duel au pistolet, se passe dans les ruines du château de Commarque, et le duel à cheval… sur les bords d’un ruisseau coulant de Sarlat à la Dordogne. Quant à la scène finale évoquant Napoléon à Sainte-Hélène, elle a été prise non loin du château de Beynac, sur les bords de la falaise qui longe la Dordogne, alors en crue.

… la nouvelle dont a été tirée le film a été inspirée par la vie du général Fournier-Sarlovèze qui était convenu avec un officier des chasseurs à cheval de la garde qu’ils se battraient chaque fois qu’ils seraient à moins de cent kilomètres l’un de l’autre.

L’histoire est racontée par Marcel Dupont dans son « Fournier-Sarlovèze, le plus mauvais sujet de l’armée » chez Hachette en 1936. Elle a été reprise dans l’ouvrage de Jean Delpech- la Borie : « Le général Fournier-Sarlovèze, le démon de l’Empire » … en 1941. Comme de ces deux ouvrages c’est le second que j’ai sous la main, j’en extrais le passage concernant notre film…

« Les duels de Fournier au 16e Chasseurs ne font qu’inaugurer une série de combats singuliers qui lui vaudront une renommée légendaire, presque aussi étonnantes que ses prouesses militaires. Le plus fameux de tous l’opposa à un officier nommé Dupont. Cette querelle épique prit naissance à Strasbourg et dura… dix-neuf ans !

Dans cette ville, pour un motif des plus futiles, Fournier avait provoqué et tué un tout jeune homme, si inhabile aux armes, si incapable de se défendre, que l’opinion publique se montra indignée et cria à l’assassinat. Loin d’admettre ses torts, l’orgueilleux Réséda aggrava ses allures de bravoure, parada dans les rues et dans les tavernes, défiant du regard et du geste ceux dont l’attitude à son égard semblait chargée de blâme. Bref, un éclat paraît si inévitable, qu’un soir de réception à la mairie, de crainte que la présence de Fournier n’y déclenche un scandale, Dupont est chargé par ses supérieurs de se tenir devant la porte et d’en interdire l’entrée au trop bouillant chasseur.

Celui-ci, qui cherche un incident afin d’assouvir la rage où le met cette hostilité sourde de toute la ville, se présente un moment après. Dupont lui barre le passage et les répliques fusent, déjà violentes et sèches comme des coups de lames.
- Où vas-tu ?
- Tu le vois bien.
- Tu devrais avoir honte de ta conduite.
Mais pour entrer, je te préviens, il faudra me passer sur le ventre.
- Et de quel droit fais-tu cela ?
- Ordre du général.
- C’est bon, le général est mon supérieur, je ne peux pas me battre avec lui.
Mais toi, tu me rendras raison de cet affront.
- Quand tu voudras, Fournier.
- Tout de suite.
- Allons-y.

Et les voilà partis. Le premier choc est rude, mais les deux hommes sont de force à peu près égale au sabre.
Coup fourré. Fournier écume.
- Nous nous retrouverons !
- À ta disposition, réplique Dupont, ironique.

Ils se retrouveront pendant presque vingt ans. Peu à peu, leur sang mutuellement répandu a scellé entre eux un pacte d’amitié dangereuse, comme seule cette époque de folle bravoure a pu en susciter.
Ils conviennent de se rencontrer aussi souvent que la chose sera possible et rédigent, à cet effet, l’accord suivant :

À suivre… (c’est le cas de le dire).
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Re: Les (vrais) duellistes : Fournier et Dupont

Messagepar MANÉ Diégo sur 14 Mar 2023, 10:26

« 1° Chaque fois que Messieurs Dupont et Fournier se trouveront à trente lieues de distance l’un de l’autre, ils franchiront chacun la moitié du chemin pour se rencontrer l’épée à la main.
2° Si l’un des deux contractants se trouve empêché par son service, celui qui sera libre devra franchir la distance entière, afin de concilier les devoirs du service et les exigences du présent traité.
3° Aucune excuse, autre que celle résultant des obligations militaires, ne sera admise.
4° Le présent traité étant fait de bonne foi, il pourra être dérogé aux conditions arrêtées du consentement des parties. »

Ce contrat effarant, nos deux bretteurs l’observent scrupuleusement. De la plume de l’un ou de l’autre, au hasard des campagnes, on trouve les billets suivants :

« Je suis invité à déjeuner par le corps d’officiers du régiment de chasseurs, à Lunéville. Je compte faire le voyage pour me rendre à cette aimable invitation ; puisque tu es en congé dans cette ville, nous profiterons, si tu le veux bien, de mon court séjour pour nous donner un coup d’épée. »

Ou :
« Cher ami, je passerai à Strasbourg le 5 novembre prochain vers midi. Vous m’attendrez à l’hôtel des Postes. Nous nous donnerons un coup d’épée. »

Parfois, en respect de l’article trois du traité, l’avancement de l’un des deux enragés spadassins interrompait la série des rencontres. Mais que l’autre soit promu à son tour, vite il dépêchait un mot à son adversaire comme s’il avait hâte de rattraper le temps perdu et de se faire à nouveau couper la gorge.

« Mon cher Dupont,
J’apprends que l’Empereur, rendant justice à ton mérite, vient de t’accorder le grade de général de brigade. Reçois mes sincères félicitations au sujet d’un avancement que ton savoir et ton courage rendent naturel. Il y a pour moi un double motif de joie dans ta nomination. D’abord la satisfaction d’une circonstance heureuse pour ton avenir, ensuite la faculté qui nous est rendue de nous donner un coup d’épée à la première occasion. »

Un jour les deux compères conviennent de se rencontrer dans une auberge de campagne et d’y faire un agréable déjeuner, avant de se donner l’inévitable coup d’épée.
À l’heure dite chacun est exact au rendez-vous.
Le repas est plantureux, les vins ardents. Ils se congratulent, se racontent leurs exploits – guerriers ou amoureux – depuis la dernière entrevue. Enfin, les alcools avalés, ils se regardent.
- On y va ?
- Allons-y !
La table, les chaises, sont rangées dans un coin, la place est nette. On ôte les dolmans, on retrousse les manches. Les sabres de cavalerie, à lame courbe, ces sabres qui ont tranché en pleine chair humaine dans dix batailles victorieuses, luisent redoutablement.
- En garde !
La plaisanterie est finie. Il n’y a plus que deux hommes terribles qui s’affrontent, que ce combat enivre, comme les enivrent tous les combats dont est faite leur existence.

Il y a longtemps que toute haine entre eux a disparu. Ils s’entr’égorgent amicalement. Par habitude et parce-que le danger et la mort sont la monnaie courante de leur vie. Si chacun y apporte tant de fougue et tant de passion, c’est par vanité pure, pour vaincre, pour s’affirmer aux yeux de l’autre, le meilleur.

Jeux puérils à côté des charges effroyables sur les champs de bataille, blessures insignifiantes que celles qu’ils se font, en comparaison des coups reçus dans la ruée infernale des chevaux lancés ventre à terre. Soudain, après avoir acculé Fournier contre la cloison, Dupont, en se fendant, a transpercé le cou de son adversaire, sans léser nul organe vital et le tient littéralement cloué au mur, comme un papillon sur une planche. Le sang coule, Fournier écume de rage. Dupont n’a pas le triomphe modeste :
- Allons, avoue-toi vaincu.
- Vaincu, ricane Fournier, tu vas voir un peu lorsque tu vas retirer ton sabre, ce coup de pointe que je vais te porter dans la poitrine.
- Retirer mon sabre, ironise Dupont, mais il n’en est pas question. Je vais te garder là jusqu’à ce que tu sois saigné comme un poulet.
- Dégage, hurle Fournier, ou je t’éventre !
Dupont, comprenant que l’autre est parvenu au paroxysme de la colère, recule et reçoit, là où le lui a prédit Fournier, un si terrible coup de sabre, que tout autre que lui, moins habile à parer, en passait de vie à trépas. Cette coriacité de Dupont faisait souvent dire à Fournier :
- Il est vraiment étonnant que moi, qui tue toujours mon homme, je ne puisse parvenir à occire ce diable de Dupont.
Il y fut peut-être parvenu à la longue, si le dénouement de l’aventure ne s’était enfin produit d’une manière inattendue et en tous points digne de cette pittoresque querelle.

Près de vingt ans s’étaient écoulés depuis la soirée de Strasbourg. Si Fournier entendait demeurer un célibataire endurci, Dupont songeait à se marier. Mais comment fonder un foyer, avec, suspendue au-dessus de sa tête, la menace permanente de ce maudit pacte, que cet hurluberlu de Fournier ne manquerait pas d’évoquer à la première occasion, ne serait-ce que pour venir troubler la paix conjugale de son vieil adversaire, Dupont résolut d’en finir. Il écrivit un billet à Fournier :

... À suivre ...
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Re: Les (vrais) duellistes : Fournier et Dupont

Messagepar MANÉ Diégo sur 21 Mar 2023, 15:42

« Mon cher ami,
Voici vingt ans que nous nous battons au sabre, sans résultat, aucun de nous n’ayant voulu s’avouer vaincu et reconnaître la moindre supériorité à l’autre.
Cela devient un peu fatigant. Je te propose d’en terminer, une fois pour toutes, par une dernière rencontre, au pistolet. Comme tu es un tireur redoutable, j’y mets une condition : nous ne nous battrons pas à découvert, mais dans un clos planté d’arbres où nous pénétrerons chacun par un côté. Deux balles à volonté, et le résultat, quel qu’il soit, annulera notre ancien pacte. Acceptes-tu ? »

Fournier accepte. Au pistolet. Pauvre Dupont ! Bien sûr, il n’est plus question de le tuer, mais de lui faire une bonne blessure longue à guérir, qui, l’obligera enfin à s’avouer vaincu.

Conformément aux dispositions du combat, les deux hommes ont abordé un petit bois par les deux lisières opposées et s’avancent maintenant à la rencontre l’un de l’autre sans encore s’apercevoir.

Dupont regrette presque sa témérité. Deux balles, aux mains de Fournier, ce fut toujours, jusqu’à présent, une de trop.

Soudain, à vingt pas, une clairière les démasque. D’un même mouvement, ils se sont collés contre un gros arbre. Fournier se sent calme, sûr de lui. Dupont est bien perplexe. Que faire ? Le moindre mouvement lui sera sûrement fatal. Il tente cependant de risquer un œil, mais à peine sa coiffure a-t-elle dépassé l’écorce protectrice, qu’elle s’envole sous le premier tir de Fournier. « Quelques millimètres de plus et j’avais son plomb dans la tête », pense Dupont, de nouveau à l’abri. « Ce bougre tire juste, mais il tire trop vite. Pendant que je suis là, derrière mon arbre, il est sûrement à demi hors du sien, guettant mes gestes., le doigt sur la gâchette, impatient de me trouer la peau. Cette impatience pourrait bien le perdre. Elle m’a coûté ma coiffure, mais elle lui a coûté une balle. Je n’ai donc rien à regretter. Fournier, mon ami, tu es trop sûr de toi, je vais jouer de ta virtuosité. » Tout en pensant ainsi, à l’abri de son chêne, Dupont a ôté sa pelisse. Il la place sur le canon d’un de ses pistolets comme sur un porte-manteau et la risque sur le champ de tir. Fournier, qui ne veut pas tuer Dupont, juge l’occasion excellente pour lui briser l’épaule. Il tire, et ne troue que le vêtement…

Dupont s’avance alors triomphalement vers lui et lui tient ce discours :
- Mon cher Fournier, je pourrai t’abattre en vertu de notre convention. Je ne le ferai pas, je t’estime trop pour cela. Mais je vais me marier et je veux désormais avoir la paix. Alors, écoute bien ce que je vais te dire. S’il te prend, un jour, la fantaisie de me chercher affaire, sous quelque prétexte que ce soit, souviens-toi que j’ai deux balles à tirer sur toi. Foi de Dupont, si tu l’oublies, je t’exécute comme un lapin.

Ainsi prit fin cette mémorable querelle qui fit la joie et l’étonnement d’une époque point facile pourtant à étonner dans ce domaine."

... / ...

On le voit, contrairement à ce qui se passe dans le film entre Féraud et son adversaire, il n’y avait dans la vie entre Fournier et Dupont aucune animosité, simplement le plaisir de se battre.

Le film fait en outre de Féraud un combattant des Cent-Jours, alors que Fournier est resté chez lui. Il n’aimait pas l’Empereur, et celui-ci qui avait été à son égard d’une maladresse insigne le lui rendait bien. Pourquoi dès Marengo l’avoir frustré de ses lauriers pour en couvrir le perruquier à qui il confia la cavalerie de sa garde ? À Fuentes de Oñoro Fournier devait voir sa victoire anéantie par le refus du même Bessières de fournir à Montbrun la demi-batterie de la Garde promise et le secours de 800 grenadiers à cheval en réserve.

Je ne sais pas si Dupont était à Waterloo ou si comme celui qui tient sa place dans le film il s’abstint, mais je pense que si le meilleur cavalier de l’Empire avec Lasalle, mort à l’époque, Fournier avait été à la place de Ney à la tête des escadrons français, la journée et la face du monde eussent peut-être été changées.

On peut toujours rêver, et c’est sur ce rêve que je passe avec plaisir la plume au colonel Mac Carthy que son passé d’officier de cavalerie et la prestigieuse science de l’uniforme qu’il a mise au service du musée de l’Armée qualifient mieux que moi pour revenir sur les uniformes du film, leur vérité historique et celle du cadre ou évoluent nos « duellistes ».

Louis MERLLIE
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À suivre ...
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Re: Les (vrais) duellistes : Fournier et Dupont

Messagepar MANÉ Diégo sur 28 Mar 2023, 08:26

Les uniformes du film « Duellistes », selon le colonel Mac CARTHY
(in La Sabretache Spécial 1977, extraits proposés par Diégo Mané).

« … Je me contenterai de signaler quelques erreurs et anomalies, mais en insistant sur le fait qu’il s’agit de détails et que ce film ne peut que satisfaire les amateurs d’uniformes et de scènes militaires.

Il est bon de rappeler également que ce film est anglais et que son réalisateur s’est, en fin de compte, assez bien tiré du problème singulièrement difficile que pose la reconstitution d’une ambiance militaire étrangère. Dans le cas particulier, s’agissant de la cavalerie légère du Consulat et de l’Empire, ainsi que des problèmes posés à l’armée française au début de la Restauration, les difficultés étaient nombreuses.

Voici les quelques erreurs que j’ai notées :
En 1800, puis en 1801, les hussards sont représentés coiffés du shako élevé à visière plongeante, à plaque losangée timbrée de l’aigle et avec jugulaires, coiffure qui n’apparaîtra qu’après 1806. Sous le Consulat, les officiers avaient le dolman et la pelisse surchargées de soutaches en arabesques, notamment sur les épaules et dans le dos ; les vêtements très sobrement galonnés que l’on voit dans le film n’apparaîtront que dans les dernières années de l’Empire. Les « fers de pique » des culottes des lieutenants devraient avoir le double galon et non un seul, insigne des sous-lieutenants. Il est inconcevable que le Lieutenant d’Hubert se rende « en service » en ville sans plumet au shako. Il est également impensable que des officiers de hussards n’aient jamais porté la giberne.

Les harnachements sont ceux de la cavalerie actuelle de la garde britannique, avec boucles ovales et sans croisière de bride sur le chanfrein. Pour le duel à cheval, d’ailleurs superbement traité, le capitaine du 3e hussards à une schabraque bleu foncé et non gris argentin comme elle devrait être.

En 1800 et 1801, le Général porte déjà l’habit et l’écharpe du règlement de 1803 et son collet trop bas a une échancrure très Louis-philipparde.

Le 3e hussards n’a pas été en Russie, étant en Espagne en 1812. Mais cela n’a pas d’importance, car une des scènes du film les mieux réussies est celle de la retraite de Russie, où l’empoignade des deux antagonistes est brusquement interrompue par l’arrivée inopinée d’une patrouille de cosaque, dont un kalmouk hirsute et hilare qui récolte les balles que les officiers s’apprêtaient à échanger.

En 1816, on aperçoit deux gendarmes d’élite coiffés de l’ourson à visière ; celui-ci a disparu en 1814 et a été remplacé par un casque à chenille, les gendarmes prenant l’appellation « des chasses, voyages et résidences du roi ».

Une scène excellente est celle de la démarche entreprise par d’Hubert, devenu général de l’Armée royale, auprès de Fouché, ministre de la police de Louis XVIII, pour faire rayer son vieil adversaire de la liste des suspects. Mais pourquoi avoir choisi un acteur athlétique, brun et barbu pour jouer le rôle du duc d’Otrante, bien connu pour sa petite taille, sa silhouette fluette, ses cheveux roux et sa mine chaffouine ? Pourquoi aussi l’avoir vêtu d’un habit à, collet rabattu et grands revers de style Directoire ?

En passant, mauvaise note au traducteur qui a réalisé les sous-titres français et qui a traduit « the officers and their ladies » par « les officiers et leurs dames ». On était tout de même un peu plus distingué dans l’armée royale de 1816 !

En terminant, je donne un grand coup de chapeau au réalisateur de ce film notamment pour une des dernières scènes, celle du mariage du Général d’Hubert. Il n’a jamais été un partisan convaincu de Napoléon, mais il a fait partie pendant 15 ans de l’armée du Ier Consul, puis de l’Empereur. Et lorsque croyant lui plaire, on attaque devant lui la mémoire de « Bonaparte » il sait remettre en place, courtoisement mais fermement, celui qui ose ainsi manquer à « L’Empereur ». Il y a là un très bel exemple, en demi-teinte, de la fidélité et du respect de la tradition militaire, indépendamment de toute opinion politique. »

M. D. Mac CARTHY

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À suivre... Les commentaires de Diégo Mané
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Re: Les (vrais) duellistes : Fournier et Dupont

Messagepar MANÉ Diégo sur 03 Avr 2023, 09:58

Commentaires de Diégo Mané (mars 2023)

Sur l’identité du général Dupont

Fournier est bien connu, mais quid du général Dupont qui fut son adversaire ?

Les duels entre Fournier et Dupont se sont déroulés sur 19 ans, le dernier en 1813, ce qui situe la première rencontre en 1794, alors que Fournier est Chef d'Escadron au 16e de Chasseurs.

Si l'on souscrit au principe logique, et souligné dans le film, les duels ne pourraient prendre place qu'entre militaires de même grade.

Mais dans l’ouvrage, à l’évoqué des duels de Fournier au 16e de Chasseurs, il est mentionné « un capitaine Dupont » qui sera son adversaire, or Fournier était alors Chef d’Escadron sans avoir jamais été Capitaine… Entorse au « règlement » non écrit, erreur de date ou de grade ?

L’un des courriers de Fournier, celui où il félicite Dupont de sa nomination au grade de général de brigade, nous donne un indice. La nomination de Fournier au même grade date de juin 1807, et donc celle de Dupont est peu ou prou postérieure.

Cela disqualifie les deux Dupont mentionnés dans le Six, à commencer par le célèbre Dupont de l’Étang, souvent mis en avant, à grand tort puisqu’il était Général de Division depuis 1797, et se trouvait de toutes façons en prison après sa défaite et « capitulation » de Baylen en 1808. L’autre Dupont du Six est son frère, lui-même Général de Division depuis 1795.

Le Général Buttner a émis dans la Sabretache l’hypothèse qu’il s’agisse du général Louis, François, Bertrand du Pont d’Aubevoye, Comte de Lauberdière… Mais cela ne colle pas davantage car il fut fait prisonnier en Irlande en 1793, échangé en 1800, et nommé Général de Brigade en février 1807, donc avant Fournier !

Mais la susdite hypothèse souligne la possibilité d’un nom « à rallonge » de « la haute »* comportant « du Pont », que peut-être, par commodité ou précaution, on aura réduit à Dupont, histoire de « noyer » la particule nobiliaire, peu « populaire » sous la Révolution.

* À laquelle appartient manifestement le personnage d’Hubert, dans le film.

J’ai aussi lu je ne sais plus où que Dupont était dans les Dragons, certes comme aussi Fournier à certains moments de son parcours, ce qui ne fait pas très hussard, mais bon, l’arme d’appartenance ne fait pas le duelliste !

Toujours est-il que cela ne facilite pas la recherche car il y a trop de noms dans le Six pour les relire un par un afin d’en trouver comportant « du Pont » ou « dit Dupont » avant ou après le nom considéré par l’auteur ! Mais si quelqu’un a un tuyau qu’il n’hésite pas à le partager.

Diégo Mané
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