Philippe-René Girault, nous comprenons pourquoi les musiciens, sauf à Valmy pour lui, furent surnommés le « loin des balles »
Régiment de Perche à Valmy 1792
j’eus bientôt rejoint mon régiment, qui prenait part au combat. Au moment où le feu était le plus animé, le fils du duc d’Orléans, surnommé général EGALITÉ (Louis-Philippe), vint au milieu de notre musique et nous dit : « Musiciens, il y a assez longtemps que l’on joue Ça ira, jouez-nous donc Ça va. » À l’instant nous nous mimes à jouer et toutes les musiques en firent autant. Mais cela ne dura pas longtemps ; car le morceau était à peine commencé que deux de nos musiciens étaient blessés et un tué, ce qui fit bien vite cesser la musique. Pour moi je n’étais pas trop rassuré, car c’était la première fois que je voyais le feu. Heureusement j’en fus quitte pour avoir mon habit tout emplâtré de la cervelle d’un officier qui fut tué à quelques pas devant moi. La même décharge d’artillerie qui nous avait épouvantés, avait emporté vingt-et-un hommes du premier rang de notre cinquième compagnie. Nous étions obligés de nous coucher par terre à chaque instant pour éviter les éclats d’obus
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6e Bataillon de la Haute Saône, Pirmasens
notre première rencontre avec l’ennemi ne fut pas à notre avantage. Un Représentant du peuple qui était attaché à l’armée nous fit faire deux lieues au pas de charge pour joindre l’ennemi, puis il fit mettre le bataillon en colonne serrée et ordonna à la musique de jouer « Ça ira ». A peine avions-nous commencé qu’un obus tombe au milieu de notre cercle et fait cesser la musique, sans cependant nous faire de mal. Le Représentant fait alors battre la charge et, malgré les observations du général qui voyait l’impossibilité d’engager le combat, il ordonne de marcher en avant.
Nous autres musiciens nous nous retirons dans une ferme qui était près de là, pour soigner les blessés qu’on y transportait et aussi pour nous mettre à l’abri. Nous n’y restâmes pas longtemps : les boulets vinrent nous en chasser. Je mets le nez dehors, je vois alors notre armée dans une déroute complète et l’ennemi sur nos talons. J’appelle mes camarades et nous voilà à courir à toutes jambes.
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102e Demi-Brigade 1794
La fusillade s’engagea et notre division eut à peine le temps de se mettre en bataille pour faire face à l’ennemi. Mes camarades et moi nous nous réfugiâmes derrière un village, dans les vergers, où nous trouvâmes quantité de musiciens qui venaient comme nous se mettre à l’abri. Un caporal qui, pour s’échapper du feu, était venu parmi nous fut puni de sa lâcheté. Un obus égaré, ayant éclaté au milieu de nous, lui cassa la jambe sans faire de mal à aucun autre.
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5e Régiment de Hussards 1800
Nous étions d’avant-garde et comme depuis deux jours nous ne rencontrions plus d’ennemis, la musique marchait en tête du régiment. En sortant d’un grand village, le 9 au matin, nous fûmes accueillis par une vive fusillade. Ce n’était pas l’affaire des musiciens, aussi nous voilà bien vite à prendre notre poste derrière le régiment. Quelque temps après, le combat devenant général, nous nous retirions sur une hauteur d’où nous pouvions tout voir sans danger. (…) Notre régiment fut envoyé pour soutenir l’attaque d’un de nos régiments d’infanterie qui était aux prises avec deux bataillons hongrois. Ceux-ci lâchèrent pied, laissant entre nos mains une cinquantaine de prisonniers. Ces prisonniers furent les bienvenus, car ils nous tirèrent pour un moment du champ de bataille où nous autres musiciens n’avions que faire. On nous ordonna de les conduire au quartier-général. Notre mission remplie, nous nous mîmes en quête d’une auberge pour déjeuner et nous chauffer, en attendant le résultat de la bataille.
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93e de ligne
siège de Colberg 1807
Nous autres, musiciens, nous nous étions mis à l’abri derrière quelques mamelons de sable
Wagram île Lobau 1809
Le lendemain, 6 juillet, au lever du soleil, nous entendîmes gronder le canon. C’était la bataille de Wagram qui commençait. Sur les neuf heures, nous allions nous mettre en route pour rejoindre notre régiment, lorsque nous vîmes déboucher des ponts une masse de fuyards criant : « En retraite, en retraite. » Ce fut alors une panique générale dans toute l’île Lobau. Les cantiniers, les musiciens, les infirmiers, toute la foule des non-combattants, le parc des bœufs, les vivres, l’ambulance, tout cela se mit à courir en désordre du côté des ponts de la rive droite
"Loin des balles" !!!!!
J'aime beaucoup cette expression.
