Cosaqueries

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Cosaqueries

Messagepar MANÉ Diégo sur 10 Juin 2011, 17:34

J'ouvre ce post pour y consigner les anecdotes relatives aux Cosaques, Bashkirs et autres Kalmucks.

En voici deux qui m'ont plu, tirées des "Mémoires du colonel Combe".

1) Bastien, le domestique de Combe, allé aux provisions pour son maître, est pris par les Cosaques au milieu d’un parti de fourrageurs du 8e Chasseurs. Le voyant en civil les “barbares” (finalement pas tant que cela) sont au moment de le laisser s’en aller lorsqu’il lui prend la sottise de leur parler en polonais (ce qu'il n'était pas). Dès lors les coups de bois de lance pleuvent sur lui et il y aurait succombé sans l’arrivée providentielle d’un officier russe.

“Nous ne faisons aucun quartier aux Polonais, qui ne nous en font pas, et si tu avais porté un uniforme, tu serais mort” dit le Russe. Ce ne fut toutefois probablement qu’une question de temps car si le pauvre “civil” fut emmené, on ne le revit plus jamais alors qu’il avait toutes les raisons de rejoindre après la guerre un maître aussi généreux que Combe (bonne famille jouissant de protections).

Alors je vous ai donné ce texte parce-que j’avais dans l’idée (probablement reçue) que l’uniforme protégeait, relativement, lors d’une capture en temps de guerre et que, justement, ce sont plutôt ceux pris en civil qui le plus souvent se voyaient abattus sur place comme “partisans”. Comme quoi !

2) Encore une autre “cosaquerie”, lors de La Bérézina cette fois. Un autre civil, Mr Anglès, inspecteur général des postes, “fut entièrement dépouillé et laissé sur la neige sans autre vêtement qu’une paire de besicles en or, que ces sauvages prirent probablement pour ses propres yeux, puisqu’ils les lui laissèrent. Il faut avouer qu’elles lui offraient peu de ressources contre les rigueurs de la température... il parvint à gagner le quartier général... moitié gelé, dans ce simple appareil...”.

En voilà un qui a eu bien de la chance... car sans ses bésicles il n'aurait jamais retrouvé son chemin !

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Or si "le but c'est le chemin", "moi, vous savez, sans mes lunettes..."
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Messagepar HYVRON Jean-Pierre sur 10 Juin 2011, 17:52

j'ai lu l'Osprey (Del Prado je crois) en Français sur les Cosaques. Il en ressort, pour moi, que les Cosaques sont sous-évalués en terme de compétences guerrières: bon nombre sont des réguliers et ont été vus charger de la ligne en rase-campagne, ce qui est loin de la vision des pillards attaquant des convois et des traînards, même s'ils l'ont fait très bien aussi :mrgreen:
Bref, il conviendrait de réhabiliter les Cosaques sur nos tables de jeu :idea: :!: et c'est un polophile qui vous le dit :!:
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Re: Cosaqueries

Messagepar MANÉ Diégo sur 11 Juin 2011, 12:01

C'est quoi, un "polophile" ? Un amateur de tee-shirts ?

Plaisanterie mise à part, la remarque de Jean-Pierre a du fonds, et j'ai lu beaucoup de relations qui montrent des Cosaques bien plus "courageux" que ce que l'on a dans l'idée préconçue.

Il convient déjà de séparer les Cosaques irréguliers, qui sont très exactement ce que l'on pense d'eux, des Cosaques Réguliers qui peuvent avoir un comportement "tactique" "normal" dès lors qu'ils sont en nombre supérieur l'encourageant, sauf à se trouver confrontés à des Polonais, cas ou toute logique disparaît. Mais dans ce dernier cas c'est réciproque, alors...

Quoi qu'il en soit, a suivre donc...

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Re: Cosaqueries

Messagepar MANÉ Diégo sur 26 Sep 2011, 14:57

Je viens de lire dans le Vaudoncourt sur la campagne de Russie de 1812 un passage concernant un héros cosaque, Czernichew, qui m'avait déjà bien fait rire lors de mes travaux sur Hanau 1813.

Il s'agit là d'un article vantant les mérites dudit Czernichew, qui devait avoir des amis dans les médias, mais aussi des "jaloux" dans l'armée puisqu'un officier malicieux ajouta à la relation officielle les passages en italique ci-dessous, ramenant ainsi "l'exploit" à sa toute petite réalité.

"Cet excellent officier mérite les plus grands éloges, pour avoir su se tirer des dangers d'une mission périlleuse, à laquelle personne ne s'opposait ; avoir traversé une grande étendue de pays, sans rencontrer d'ennemis ; et passé plusieurs rivières qui n'étaient pas défendues. Il couronna son expédition en délivrant, par une victoire, le général Winzingerode et son aide de camp, escortés par deux gendarmes."

Alors certes, ces exagérations ne sont pas le fait des seuls Cosaques, il s'en faut, mais je n'ai pas encore ouvert de post relatif aux "gasconnades" alors je le mets ici comme concernant un Cosaque de haut rang... et prétentieux en rapport !

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Re: Cosaqueries

Messagepar MANÉ Diégo sur 18 Déc 2012, 16:55

Beaucoup de références aux Cosaques dans l'article que je viens de mel :

http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... laisan.pdf

Rien d'étonnant, le sujet se passe en Russie en 1812 où lesdits Cosaques étaient "incontournables" !

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Re: Cosaqueries

Messagepar HYVRON Jean-Pierre sur 17 Jan 2014, 10:14

Je viens de relire le bouquin dont j'ai parlé sur un autre post, et je suis tombé sur des passages concernant les combats de Saint-Dizier, les derniers de la campagne de 1814
Il y a des extraits du Weil, et des mémoires du lieutenant de Sallmard: finalement les Cosaques ont quand même livré des combats plus dignes que la réputation qu'on veut bien leur tailler :mrgreen: J'y retourne :!:
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Re: Cosaqueries

Messagepar FIAT Franck sur 19 Jan 2014, 18:45

Salut à tous,

Un truc trouvé dans Weil :
Mi-février 1814, le corps volant de Geismar se lance dans une cavalcade qui dure du 14 février au 4 mars dans le nord de la France.
Geismar est un officier au service de la Russie qui est à ce moment aide-de-camp du duc de Saxe-Weimar, commandant le IIIème corps allemand. Il rassemble un groupe de 800 cavaliers dont 540 Cosaques et 260 uhlans et hussards saxons dont l'objectif est d'inquiéter les communications de l'armée de Maison.
Le 17 février, il manque un coup de main sur Cassel mais s'empare de Saint-Pol le 19. A cette occasion, ses Cosaques pillent une boutique de jouets et sortent triomphalement de la ville les visages couverts de masques de carnaval. Une belle image.

Bon, c'est pas vraiment une cosaquerie puisqu'il parait que les soldats français qui se battent dans les rues de Méry le 21 ou 22 février font de même et chassent les Coalisés affublés des mêmes masques de Mardi Gras. :grin:
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Re: Cosaqueries

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 21 Mar 2016, 16:36

Bonjour,
Je voudrais faire part de mes lectures sur ces troupes. Je viens de lire "Tactics of the Russian Army in the Napoleonic War" Volume 2. J'avais lu le précédent
Des paragraphes sont spécifiques à ces troupes dont l'actuel président Poutine tend à faire référence en ouvrant de nombreuses écoles militaires cosaques.

Ce sont des cavaliers légers, voire même très légers, dont le but est de former un écran en avant de l'armée afin de paralyser les communications, de diminuer l'impact des renforts et de prélever des ressources sur le terrain ennemi.
Leur force était de n'être d'abord de ne pas être formé au standard des autres cavaleries- leur formation d'attaque est la lava, qui correspondrait à une ligne étendue, et d'avoir la capacité de se retirer très vite devant une menace.

Ils ont aussi pour but d'attaquer des groupes ennemis et de profiter de toutes faiblesses. Comme ils sont propriétaires de leurs chevaux, souvent en fait un seul, ils évitent de le mettre en danger. Cependant, ce ne sont pas des couards et ils représentent une vraie terreurs pour les éléments isolés, sachant mal manoeuvrés (la bataille de Mir) ou les tirailleurs (c'est pour cela que les chasseurs à cheval ont été développés par Napoléon).

Considérés ces troupes comme inutiles est une erreur car elles paralysent les communications et les actions de troupes en ordre lâche non protégées. Par contre, leur pire ennemi est l'artillerie, car ils savent qu'ils mettent en danger leurs chevaux.
Image
A plusieurs, le jeu c'est mieux ;)
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Re: Cosaqueries

Messagepar BÉLANGER Louis sur 29 Mar 2016, 13:20

Dans le registre amusant, j’aime bien cette anecdote, rapportée par Nostitz (dans Weil) :

« A propos du court séjour fait à Fère-Champenoise par Blücher, (…)épisode assez curieux. Le chasseur de Blücher qui chevauchait toujours immédiatement derrière lui et qui avait pour mission spéciale de lui donner son manteau et de lui bourrer ses pipes, s'était assis sur un banc devant le quartier général. Tenant dans ses mains les rênes de son cheval, il s'était profondément endormi. Réveillé en sursaut au moment du départ, il constata avec stupéfaction qu'il ne lui restait plus que les extrémités des rênes. Le cheval avait disparu avec le manteau et les pipes du feld-maréchal. Blücher, très contrarié de la perte d'objets auxquels il tenait tant, obligea son chasseur à faire l'étape à pied. On retrouva longtemps après le cheval chez les cosaques qui l'avaient volé, mais les pipes et le manteau avaient naturellement disparu. »

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Re: Cosaqueries

Messagepar MANÉ Diégo sur 31 Mai 2021, 11:21

Je suis tombé par hasard, en feuilletant le TRADITION 188 (de 2003 !) sur un passage relatif aux Cosaques, tiré des mémoires d'Alexander Fredro, Aide de camp de Berthier en 1812-1814.

Comme il souligne à l'envi mes "positions" concernant ces cavaliers je ne résiste pas à le reproduire.

Nous sommes entre Gotha et Eisenach, lors de la retraite d'Allemagne de 1813, talonnée par "les Cousaques", selon la prononciation des soldats français.

Pour un Français, le plus insupportable, c'est le Cosaque. Le Français dit au Cosaque : "laisse-moi préparer ma soupe car je ne puis me passer d'elle, et ensuite je me battrai avec toi tant que tu voudras". Cependant le Cosaque répond : "Je n'aime pas bien me battre et je n'y compte guère, mais je ne te laisserai ni manger ni dormir en paix, tant que tu ne seras mort de fatigue, alors je pourrai te prendre sans risque".

Le Français est naïf. Le Cosaque est malin. Le Français ne se soucie guère de sa vie, si ce souci se paie par un effort et un jeûne constant. Le Cosaque peut ne pas manger pendant trois jours. Si seulement il peut avoir un bout de pain, il n'ira pas réclamer la soupe chaude, et supportera tout pour éviter le danger. Le Français quitte aisément sa colonne, ne sait pas où il va, ni par où il va revenir. Le Cosaque possède un sens d'orientation inouï ; jamais il n'ira s'aventurer là d'où il ne peut revenir.

Un Cosaque qui se replie est difficile à rattraper, car il avait calculé au préalable à quelle distance il pouvait s'approcher. Tu ne lui couperas pas la route, tu ne le pousseras pas dans les marais, car même s'il se trouve dans un pays pour la toute première fois, par un instinct presque canin il devine les chemins et les passages où il faut se tenir. Un Cosaque dormant ne s'est jamais fait surprendre. Il ne dort jamais que d'une oreille. Il n'a pas de noblesse dans le courage, mais également point de honte dans la couardise.

Il n'ira pas attaquer l'ennemi à moins d'être à trois contre un. Pour rien au monde il n'ira attaquer un canon. À la première salve il disparaît comme par magie. Les Cosaques dont infatigables ; grâce surtout à leurs chevaux, légers, résistants, qui n'ont besoin que de peu de fourrage et de repos.

.../... Les troupes françaises, si courageuses au combat, craignaient les assauts des Cosaques...
Le cri : "L'ennemi !" voulait dire en fait : "Aux armes ! En avant !"
Le cri : "Les Cousaques !" voulait dire par contre : "Sauve qui peut !".

.../... Sur un monticule à droite se trouvait en effet une unité de tout au plus vingt Cosaques, qui regardaient vers nous comme un chat regarde les moineaux du haut d'une chaumière, en attendant la possibilité de se jeter sur eux. Cependant notre colonne comptait quelques fusils et le fusil est décidément une chose que le Cosaque n'aime guère ; nous étions en plus trop nombreux et le jeu incertain. Ils se sont donc contentés d'observer, nous suivant du regard le long du chemin, mais toujours au-delà de la portée d'un fusil. Et comme aucun de nous ne pouvait deviner si derrière la colline ils ne se trouvaient pas en plus grand nombre, notre déplacement avait perdu de sa quiétude
.

Bref, le stress, même sans combattre !
"Veritas Vincit"
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