La campagne anglaise de 1812 et ses suites

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Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 08 Fév 2019, 17:53

    f) 1812, le point de balance au moral et en effectifs

    Cette campagne est un tournant important de la Guerre d’Espagne, car pour la dernière fois, les armées françaises ont été capables de repousser les Anglo-alliés sur leurs bases de départ.

    1809 L’armée Anglaise est capable de mettre en déroute un corps français (le 6e de Soult à Oporto), et de battre une armée française avec la coopération de l’armée espagnole (Talavera), mais incapable de résister à la convergence de 2 armées françaises.

    1810 a vu l’émergence de l’armée Portugaise renaissante en tant qu’auxiliaire efficace de l’armée anglaise ; l’expansion maximale de l’influence française avec la conquête de l’Andalousie et des provinces Portugaises entre la frontière et Lisbonne, mais aussi l’erreur à mon avis fatale du côté français pour l’établissement de la dynastie Bonaparte sur le trône des Espagnes de cette même conquête d’Andalousie.
    En effet, ce mouvement avorté (car n’ayant pas entrainé la capture de Cadix et la libération des restes de l’armée de Dupont) va priver le pouvoir central des 3 corps d’armée (1er, 4e et 5e) qui, en coordination avec le 8e, auraient permis de maintenir la communication entre l’armée du Portugal et Madrid, donc le ravitaillement, donc l’avancée du train de siège qui sera capturé dans Ciudad Rodrigo en 1812 et aurait balayé les fortifications de campagne des lignes de Torres Vedras, forçant les anglais à réembarquer et amené la régence Portugaise à traiter avec l’envahisseur.
    Le fait que ces corps d’armée aient été mis sous la direction de Soult, le plus nombriliste des maréchaux de Napoléon, n’est que la cerise sur le gâteau de cette erreur crasse. Cette année a vu le coup d’arrêt donné à l’avancée française et la disparition de la possibilité de la conquête Lusitanienne.

    1811 a bien commencé pour les Français, avec la conquête de l’Estramadure Espagnole par Soult et de Valence par Suchet, mais avait vu l’armée Anglo-Portugaise capable de résister victorieusement sans être rassemblée aux assauts de l’armée d’Andalousie et de l’armée du Portugal séparées. Ces deux armées réunies s’était néanmoins montrées trop fortes pour leur adversaire lors du 1e siège de Badajoz.

    1812, du fait du renforcement continu de l’armée de Wellington et des ponctions majeures opérées par Napoléon pour sa campagne de Russie ont a vu pour la première fois l’équilibre s’établir entre les belligérants, et la position centrale plus l’initiative donnera le début de campagne que l’on sait, mais à la fin de celle-ci, on peut se rendre compte que la réunion des 3 armées Françaises les plus importantes (et les seules réellement mobiles) ne donne qu’une supériorité de 9 contre 7, et que dans ces conditions, le général Anglais accepte le combat sur son terrain.

    1813 les nouveaux renforts et les nouvelles ponctions impériales rendent les armées françaises incapables d’obtenir la parité numérique où que ce soit, incapable de faire face aux manœuvres Anglo-Alliées, elles sont logiquement chassées de la majorité de la péninsule ; ne gardant leur position à Valence qu’à cause de l’incompétence totale et caractérisée de Murray devant Tarragone, où il pouvait aisément battre séparément l’armée d’Aragon puis l’armée de Valence à 2 voire 3 contre 1.
    La présence insurgée sur la ligne de retraite se serait chargée de faire subir à Suchet et à Maurice Mathieu le sort de l’armée de Regnier après Maida, la meilleure des options pour Suchet restant de rejoindre Valence et d’en négocier la reddition dans les meilleurs termes.

    1814 n’est qu’une lente agonie de l’armée d’Espagne, qui aurait eu lieu fin 1813 si Wellington avait été réellement persuadé que les coalisés en Allemagne n’allaient pas conclure une paix séparée garantissant la pérennité de Napoléon dans un Empire français ramené à ses frontières « naturelles ». Dans cette campagne, les conditions climatiques, les lubies des Royalistes français et la propension des Espagnols à se venger de 6 ans d’occupation gêneront le général Anglais plus que les troupes adverses.
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Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 08 Fév 2019, 19:07

    g) Wellington généralissime, ou pas,,,,
    Dans l’enthousiasme de la victoire de Salamanca et de la libération de Madrid, les Cortès de Cadix ont bien voulu passer sur la nationalité du général Anglais et lui ont octroyé le grade de « Generalissimo » des Armées Espagnoles. Les plus fervents « Liberales » de l’assemblée étant muselés par la tentative risible de Ballesteros, les oppositions ont été mineures et limitées à des récriminations sur l’asservissement à un étranger, plus pour la forme qu’autre chose.

    A la réception de cette nouvelle, loin de sauter sur l’occasion, Wellington pose,,,, des conditions ! Elles sont toutes militairement saines et rationnelles, mais vues par une assemblée minée par les querelles de partis, le provincialisme et le nombrilisme, elles semblent préparer une dictature militaire, et les (rares) soutiens « Josefinos »dans les Cortès ont beau jeu de prédire un coup d’état anglais chassant le « débonnaire » roi Bonaparte pour mettre à sa place un général anglais autoritaire et avide,
    ses conditions sont :
    - pouvoir dégrader et remplacer tout général ayant fait preuve d’incompétence ou d’insubordination manifeste. Aussi, un droit de veto sur toute promotion d’officier général.
    -que les 9/10e de l’argent anglais soit dévolu à l’armée « active », tant pour son action que sa logistique et son ravitaillement (seule condition qui ne pose pas vraiment de problème à quiconque)
    -que les autorités civiles des zones de guerre soient soumises à l’autorité du généralissime

    le premier point sera amendé et finalement Welley aura un droit de regard sur toute promotion au grade de général. Le point qu’il a oublié, et qui lui fera du tord, est le droit de garder en place les généraux qu’il apprécie ! Ainsi, tous les généraux trouvés par les Cortès trop proches de lui (et donc soupçonnés de sympathies « Serviles » ou de pouvoir aider un coup d’état) seront promus, mais ailleurs,,, Il récupérera des généraux qu’il ne connaît pas, mais qui finalement se montreront plutôt soumis et pas plus stupides que certains généraux anglais. Malgré tout, au bout de 3 ou 4 mois, il se rendra compte que les promotions se font sans lui, voire contre lui.

    Le deuxième point sera accordé sans problèmes, mais se heurtera à l’incompétence, la désorganisation, le surmenage et la bêtise des personnes employées dans les rôles logistiques, placées là par simonie ou népotisme plus que par compétence ou goût du travail. Les armées du Sud de la péninsule mettront donc 6 mois voire plus à remonter jusqu’à la frontière française, et y seront trouvées en loques et sans ravitaillement.

    Le 3e point sera limité aux zones de guerre où le généralissime est réellement présent, les autorités civiles des autres points de la péninsule étant subordonnées aux commandants en chef locaux, en pratique, ce sera le seul point qui sera réellement en place, les commandants régionaux étant trop heureux d’obéir au général anglais dont le prestige, après les campagnes de 1812 et le début de celle de 1813, est absolu.

    Les manques au sujet du 1er point feront que Wellington menacera régulièrement les Cortès de démissionner de son poste de généralissime, et finalement le fera au début de 1814, mais sans en faire étalage publiquement pour ne pas créer de catastrophe politico-militaire. Il se bornera sur la fin de campagne 1814 à envoyer aux généraux espagnols des « suggestions » au lieu d’ordres réels. Sa position de libérateur de l’Espagne feront que ces suggestions seront obéies comme pour des ordres divins par l’ensemble de ses interlocuteurs,
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Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 24 Déc 2020, 04:24

    juste une correction sur une erreur dans ma relation de la bataille de Salamanca, j'indiquais que le 118e de ligne (brigade Gauthier, division Clausel ) avait signalé avoir pris un drapeau "anglais", que je n'avais pas réussi à recouper avec les rapports anglais, et donc que je supposais portugais venant de la brigade attachée à la 4th Div. de Cole.
    En fait, le livre "The british army against Naploeon, Facts, lists and trivia" de Burnham et Mcguigan donne un drapeau perdu par le 2/53rd, plus particulièrement "la hampe et une partie de la toile" de leur King's Colour. Cela soulève un autre problème, car le 2/53rd fait partie de la brigade Hulse, qui appartient à la 6th Div. de Clinton, et le seul moment où la division Bonnet et la division Clinton se sont fait face, c'est à la fin de la contre-offensive française au centre, où la brigade Gauthier est un poil seule face aux deux brigades anglaises de Clinton qui la déboitent au feu. A moins de supposer que l'Enseign qui porte ce drapeau ait été Écossais, champion de lancer de tronc, et pris d'une envie irrépressible d'envoyer son précieux fardeau dans les rangs français (comme ça, une envie idiote, quoi...), il est difficile de décortiquer le passage des rangs anglais au rangs français...

    Une autre possibilité, moins "glorieuse" pour le 118e de ligne, mais qui par contre peut "se tenir", est de supposer ce drapeau contesté par les dragons de Boyer, qui sont allés attaquer le carré du 2/53rd juste avant, que le dragon entendant sonner le rappel avant d'avoir pu finir (à coup de sabre) de faire comprendre audit Enseign qu'il faillait lâcher prise, en a donné un dans la soie du drapeau (d'où le "part of the cloth") dont il tenait fermement la hampe, avant de commencer à se replier et de se prendre une balle mortelle, (ou un boulet, ou un obus, ou une corniche corinthienne, ou le cuirassé japonais Yamato tombé du ciel, on s'en bat les cacahuètes, en tout cas, il est mort) à "une certaine distance" de l'endroit de sa prise. le 118e de ligne survenant, je vois bien le tableau "oh, chef, chef, regardez, un drapeau anglais par terre!" "Non, espèce de crétin, on ne l'a pas trouvé par terre, on vient de le prendre à l'ennemi!, maintenant rapporte-le au général, nous on va charger"

    c'est complètement hypothétique, mais ça pourrait expliquer cette capture qui sinon me semble bizarre.
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