La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 14 Juil 2013, 07:02

    c) la libération de Madrid et le retour offensif de Clausel

    redistribution de l'armée et reprise de l'avancée

    Wellington, pendant son séjour à Cuellar (2, 3 et 4 Août) où il regroupe les 1st, 3rd, 4th, 5th, 7th et Light Divisions et la majorité de sa Cavalerie, décide donc de détacher au Nord la division Clinton (6th), la plus touchée lors de la bataille de Salamanca puisqu'elle ne peut aligner plus de 3700 hommes, mais aussi quasiment la seule qui soit encore sous le commandement de son « Ancien » général (pratiquement toutes les autres se trouvant commandées en intérim) renforcée de 5 bataillons fraîchement débarqués (2/4th, 1/5th, 1/38th, 1/42nd et 1/82nd) pas encore remises de la campagne de Walcheren après plus de 2 ans, et contre lesquels le général Anglais peste « qu'elles ne savent pas marcher », plus la brigade de cavalerie Anson. Le corps Anglo-Portugais ainsi détaché monte ainsi à plus de 7000 hommes

    Leurs ordres sont de déployer la cavalerie en avant des Espagnols, et l'infanterie au sud du Douro, en recueil si nécessaire. Le général Clinton doit soutenir son camarade Espagnol sans rien risquer, et ce dernier reçoit des instructions précises lui enjoignant de ne pas s'engager contre les français s'ils viennent en nombre, mais de pousser les sièges en cours, Nous verrons que le premier point sera bien appliqué,mais le deuxième moins, sans doute par incompétence totale en Poliorcétique.
    la surveillance rapprochée de Clausel est alors laissée aux guérrillas de Castille des bandes de Saornil, Marquinez et Principe

    Du fait des pertes en officiers supérieurs de cavalerie, un certain nombre de remplacements ont alors lieu ; Cotton étant blessé, le commandement général de la cavalerie revient au Major-général le plus ancien, von Bock ; sa brigade de dragons KGL est alors commandée par le colonel de Jonquière, commandant jusques là le 1e Dragon KGL, et La brigade de feu Le Marchant est prise en main par lord Ponsonby

    Le 6 Août, l'Armée est regroupée à Ségovia ou s'en approche, le 7, l'avant-garde (les Portugais de d'Urban, les KGL de Jonquières renforcés d'un léger KGL et la troop de Macdonald font 7 lieues en direction de Madrid, passant le palais de San Ildefonso (laissé intact et avec toutes ses décorations par les Français) et poussant des reconnaissances jusqu'à El Escorial, ne rencontrant les premiers avant-postes ennemis qu'à Galapagar, 10 kilomètres plus au sud-est.

    Le gros de l'armée part de Ségovia le 8, ayant en tête les dragons de Ponsonby et la 7th Division, puis les hussards de von Alten précédant les 3rd, 4th, 5th divisions et Pack, l'arrière-garde étant constituée des 1st et light divisions puis Bradford, ne partant de la ville que le 9 Août. La route de montagne utilisée, malgré sa qualité, étant étroite, la colonne de marche est très longue et la progression lente ; le QG est les 8 et 9 à San Ildefonso, le 10 à Navacerrada sous le sommet du Guadarrama et le 11 à Torrelodones près de El Escorial.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 13 Aoû 2013, 09:23

    les préparatifs de Majadahonda

    A Madrid, on attend des nouvelles de Soult; en attendant tout est prêt pour l'évacuation, mais le signal n'est donné que le 8, ce qui déclenche la panique parmi la population civile. Le 9, plus de 2 000 véhicules civils entourés de 10 000 réfugiés entassés sur tout ce qui peut avancer sortent par la route de Aranjuez (R5), avec une escorte minimale.

    Se pose alors la question du Retiro, qui a été fortifié à grand frais, et où sont entassés tous les canons pris aux armées espagnoles depuis 4 ans, des tonnes de matériel militaires divers , des dizaines de millier de fusils neufs, des milliers de barils de poudre, bref, il faudrait plusieurs mois pour tout transporter ailleurs. Laisser une garnison c'est diminuer la force de l'Armée du Centre, mais si Soult est proche, le tenir ne serait-ce que quelques jours pourrait éviter de tout perdre, et protéger les blessés intransportables qui sont dans la capitale. Après 24h de réflexion, le Roi décide de laisser un peu plus de 2000 hommes, surtout issus de régiments de l'Armée du Sud pour essayer de motiver leur général à les sauver, sous le commandement du général Lafonse-Blagnac.

    Le 9, d'Urban sort d'El Escorial et pousse sur Galapagar où il ne trouve plus personne. Les arrière-gardes françaises ne sont découvertes qu'autour de Las Rosas et de Majadahonda, à un peu moins de 15 kilomètres. Les ordres étant de se déplacer groupés, le général ne se déplace que d'une dizaine de kilomètres et bivouaque le 10 au Pont de Retamon sur le Rio Gaudarrama (on suit la M505 actuelle). Des paysans lui apprennent alors que Madrid est en train d'être évacuée, des convois sont déjà partis sur la route de Mostoles (Sud-Ouest de Madrid) en direction de Toledo, l'armée se prépare à les suivre, Soult serait en approche. Les deux dernières infos sont fausses, d'Urban n'a aucun moyen de le savoir, Wellington peut facilement douter de la seconde d'après les informations envoyées par Hill. Ces nouvelles sont relayées au général en chef Anglais qui est cette nuit à 30 km plus au nord à Navacerrada (sur la M601).

    A Madrid, le 10 Août, une angoisse saisit soudainement le Roi. Et si les cavaliers journellement en contact avec ses arrière-gardes n'étaient qu'un écran poussé en avant sans rien derrière? Il aurait alors abandonné sa capitale et ses fidèles à une menace fantôme et détalé devant quelques escadrons entreprenants, ce qui manquerait pas de le desservir auprès de son frère et de tous les généraux qui refusent déjà son autorité. Il charge alors le général Treillard de prendre toute sa cavalerie et les Italiens de Palombini (on remarque qu'il ne risque pas son infanterie propre, mais des troupes appartenant à Suchet), et lui donne l'ordre de faire une reconnaissance en force pour récupérer des prisonniers

    Le 11 Août au matin, d'Urban pousse les dragons de Reiset qui font les arrière-gardes françaises avec ses Portugais et les 2 pièces de la batterie de Macdonald, les délogeant de chaque position par des menaces de flanc, et leur prenant successivement Las Rosas puis Majadahonda. Les cavaliers français abandonnent alors le terrain et disparaissent dans les bois que traverse la route après cette dernière localité vers 10h. Le général demande alors à Wellington s'il a l'autorisation de rentrer dans Madrid puisqu'il n'en est plus qu'à une dizaine de kilomètres. La réponse qu'il reçoit est qu'il ne doit pas dépasser Aravaca avant que Ponsonby et la 7th Divisions ne soient là pour le soutenir, ce qui doit être fait à la nuit

    Mais bien avant de recevoir ces directives, les circonstances ont forcé le général à reconsidérer sa position. Après les manœuvres matinales puis le positionnement des piquets d'alerte, en attendant ses ordres, d'Urban a ordonné à ses cavaliers de se poster autour de Majadahonda, de faire boire leurs chevaux et de cuire leur repas, ce qui semble un peu présomptueux en première ligne, mais finalement pas tant que ça au vu de l'attitude française des jours précédents; et pendant 5 heures, rien ne se passe. Vers 15h30, la majorité des hommes font la sieste, les soutiens, sous la forme des dragons KGL, du bataillon léger KGL et de la plus grande partie de la troop de Macdonald (4 pièces) positionnés à un peu plus d'un kilomètre à Las Rosas. L'avance devait recommencer dès que le plus fort de la chaleur serait passée (nous sommes au centre de l'Espagne au début Août, ne l'oublions pas)


MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 16 Aoû 2013, 11:16

    Majadahonda et ses incohérences

    (Je rappelle l'article de Diégo, qui bien qu'un peu orienté, donne certaines informations difficiles à trouver par ailleurs http://planete-napoleon.com/docs/1812.Majadahonda2.pdf)

      1e Phase

      Un peu avant 4h, des masses de cavalerie débouchent des bois situés en avant de Boadilla del Monte et s'avancent "at a great pace", près à attaquer "without hesitation" d'après Oman, mais c'est exagéré à mon avis. Nous sommes ici dans un contexte de surprise tactique, or soit l'intégralité de la brigade portugaise (et les KGL puisqu'un peloton est présent) sont équipés de téléphones cellulaires chargés et de téléporteurs personnels, soit l'avance française a du être très mesurée puisque d'Urban a le temps d'être informé, d'ordonner le rassemblement (voir le boute-selle), de prévenir les KGL à Rosas, de former sa brigade en ligne, d'en détacher un escadron en fourrageurs et un en soutien des 2 sections d'artillerie présentes, puis pour la batterie de tirer "3 or 4 rounds", et finalement de charger les cavaliers qui s'avancent (ce sont des dragone portugais, pas des guerriers des étoiles, ça ne se fait pas en 2 minutes).

      Il est donc peu probable que les français aient montré beaucoup d'allant dans cette phase, et après tout, ce n'était pas l'ordre! Le général Treillard devait prendre des infos, autour de (et dans) ce village pouvait se cacher une division entière d'anglais, voir plus, il n'avait aucun moyen de le savoir….

      D'autre part sur la composition de la division Treillard, Oman parle des chevau-légers lanciers Westphaliens, qui font bien partie de l'Armée du centre, mais qui portent le casque il me semble, or Dyneley parle dans son récit de "lanciers polonais" (étant prisonnier, il a pu les voir de près sans risquer les coups), ce qui corroborerait la présence de lanciers de Berg, avec la czapska, comme indiqué par Diégo dans son article. Il donne aussi aux français plus de 2000 cavaliers en 3 lignes de 6 escadrons, ce qu'ils ont du représenter à un moment de la campagne, mais plus le 11 Août, et certainement pas ici. Néanmoins, à plus de 1400 ils n'en sont pas moins plus de 2 fois supérieurs en nombre aux portugais qui leur sont opposés, et ce "détail", qui n'aurait pas intéressé des cavaliers anglais(*), est à mon avis la cause première de ce qui va se passer.

      Donc nous avons ces 3 lignes de cavaliers "français", 11,5 escadrons qui se hâtent avec lenteur vers une ligne qui tarde un peu à se former, et qui commencent à se prendre des boulets d'une batterie située sur une colline en arrière gauche de l'ennemi. En face, des 7 escadrons disponibles, d'Urban a donc détaché le 1/11e en tirailleurs et gardé le 2/11e en réserve à gauche à côté de l'artillerie; il n'en montre plus que 5 face au même nombre de dragons français, mais les Français savent qu'ils ont des copains derrière et les portugais savent qu'ils n'en ont pas; de plus ces derniers ont sans doute vu que les français avaient plusieurs lignes, ce qui ne les motive pas terriblement.

      D'Urban, après son expérience de Salamanca où les portugais l'ont suivi sans problèmes (mais là ils étaient au moins à parité numériquement), agit comme s'il avait de la cavalerie anglaise, et fonce. Les deux lignes se rapprochent et comme dans toute mêlée de cavalerie, commencent à décélérer progressivement pour éviter le choc frontal. Les dragone, étant portugais et donc pas fous, refusent au dernier moment le choc et s'enfuient, ce qui fait que les français éperonnent pour la poursuite. Les officiers français à l'approche du village tentent sans doute de freiner l'ardeur des cavaliers en attendant la grêle de balles de l'infanterie…qui ne viendra pas puisqu'il n'y a personne.

      Les escadrons de soutiens français attaquent la RHA au moment où elle attèle pour s'enfuir, battent à 3 contre 1 le peloton de KGL qui tente de les sauver, sabrent les conducteurs d'une section(celle du capitaine Dyneley), l'autre s'enfuit mais un canon brise une de ses roues, il est donc abandonné.

      S'en suit une poursuite typique des français d'Espagne du moment, on poursuit mais on ne fait pas de pertes, on ne rattrape rien sauf les éclopés. Il y a pourtant du bon terrain et de l'espace, et c'est censé être suffisamment rapide pour que les dragons KGL n'aient pas le temps de faire ce que les Portugais ont eu le temps de faire. Donc problème de vraisemblance, Treillard a-t-il freiné ses escadrons par peur d'une embuscade? A-t-il préféré "pousser" ce troupeau de fuyards et ne pas perdre sa cohésion (plus probable, mais pas très "cavalier français")? Toujours est-il qu''Oman parle de "wild chase"....
    (*) le cavalier Anglais est, d'après mes lectures, très "mononeuronal", et n'a pas vraiment l'habitude de perdre du temps à se poser des questions inutiles, du genre "combien on est?" et surtout "combien ils sont en face?". C'est de plus une vraie cavalerie de choc au sens premier du terme. La brigade G. Anson à la place des portugais à mon avis aurait chargé, renversé la première ligne sur la seconde, puis se serait fait ramener par la 3e. Elle aurait sans doute ainsi permis aux KGL d'être prêts et peut-être même en route au moment où elle aurait été jetée hors de Majadahonda "l'épée (en mousse) dans les reins"
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 19 Aoû 2013, 09:36

      2e phase

      Les premiers escadrons français arrivent donc dans Las Rosas avant que les dragons allemands aient eu le temps de seller et de se rassembler (Beamish dit que ça faisait 15 j qu'ils n'avaient pas dessellé). Les capitaines Reizenstein et Marshalk ont juste le temps de rassembler quelques hommes et chargent la masse arrivante à un contre beaucoup (quand je vous dis qu'ils ne sont pas bien finis…) et quelques fantassins dispersés font le coup de feu d'où ils peuvent, les Français rentrent dans le village et font des prisonniers mais ça les disperse et ils commencent à prendre des pertes par les fantassins, donc Reiset rappelle ses escadrons pour les reformer.

      Les Dragons KGL sortent alors du village comme ils peuvent, certains en sous-vêtements, certains montés à cru, et forment une ligne ad-hoc, avec les Portugais sur leur flanc. Encore une fois, les Français sont bien urbains et laissent la brigade se former en ligne avant d'avancer.

      Au premier choc, les Portugais se sauvent sans combattre et les Français de Reizet découvrent qu'ils sont épuisés, donc soit ils le sont, et leur général est vraiment un niais de n'être pas passé en deuxième ligne pendant que les KGL se formaient, soit ils ne le sont pas et ils se font casser les dents par les KGL (mais ça fait mauvais genre dans un rapport français).

      On peut aussi se dire que la fatigue doit être partagée par tous les régiments qui ont fait la même campagne et parcouru les mêmes chemins. La seule différence entre Reizet et le reste de la division sont les mouvements du matin, et si ça les a fatigué, Treillard aurait du le voir avant le premier combat, donc c'est lui qui est un mauvais général. On peut ajouter que "démasquer une deuxième ligne" devant la charge ennemie, ça s'appelle aussi "fuir le contact", et c'est ce qu'on fait les Portugais à 4 h, sauf qu'eux n'avaient pas de 2e ligne pour les recueillir.

      En bref, ce compte-rendu n'est pas crédible du tout, toujours est-il que le combat se déroule de façon prévisible, les KGL jettent la première ligne sur la seconde, et il faut l'intervention de la troisième pour repousser les dragons allemands sur le village. Le colonel de Jonquière est isolé contre un mur et doit se rendre, blessé.

      Les Français sont alors soumis au feu des légers KGL qui ont garni le village, et en même temps arrivent les avant-gardes de l'armée anglaise, sous la forme de la brigade Ponsonby (ex-Lemarchand) et de la première brigade de la 7th division. Les belligérants se séparent donc.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 19 Aoû 2013, 09:38

    Bilan:

    Treillard a donc rempli son objectif, il a attaqué, fait des prisonniers, et peut affirmer que l'avant-garde est soutenue par le gros de l'armée; il se retire donc, sans doute un peu rapidement pour éviter de se prendre Ponsonby (voire plus si affinités) sur la courge alors que sa cavalerie a déjà bien combattu. La rapidité de son retrait est attestée par le fait que les 3 canons dont il dit avoir brûlé les affûts sont récupérés par la troop Macdonald, et décrits comme "badly scorched, but otherwise undamadged" (fortement roussis, mais sinon intacts) et seront réintégrés à la troop. Néanmoins on peut noter que la cavalerie de l'Armée du Centre (et celle de l'Armée de Valence) manquent de mordant, ou peut-être est-ce le fait de leurs généraux…

    D'Urban s'est laissé endormir par le manque de punch des ennemis les jours précédents, malgré tout on ne peut pas dire qu'il se soit mal gardé, sinon il aurait été surpris au bivouac "à la Sébastiani", or là il a eu tout le temps de se préparer et de se déployer. Sa réaction a été malgré tout téméraire (mais très anglaise), car il a vu la disproportion de forces. Il aurait été beaucoup plus efficace de refuser le combat en manœuvrant comme les Français l'ont fait le matin. Il aurait pu ainsi reculer vers Las Rosas et les KGL sans grosses pertes. Les Portugais, disposés alors en soutient des Hanovriens, se seraient sans doute bien mieux comportés qu'ils l'ont fait lors de la seconde phase, qui s'est produite alors qu'ils avaient été battus et poursuivis sur près d'1 km. Wellington d'ailleurs excuse leur comportement à Majadahonda du fait de la disproportion d'effectifs, mais pas celui de Las Rosas où ils n'étaient pas engagés, mais juste en soutien.


MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 23 Aoû 2013, 14:27

    L'entrée dans Madrid et la capture d'El Retiro

    A la nouvelle que l'armée anglaise s'approche de Madrid, le Roi décide enfin la retraite, mais pas par la route de Toledo (A42, sud-ouest) car on est sans nouvelles de Soult, par celle de Valdemoro et Aranjuez (A4, plein sud) ; le convoi de réfugiés, lui est envoyé par Ocaña vers Valencia, On peut ici se demander l'intérêt de garder une garnison au Retiro puisque Soult ne viendra pas, et donc que la garnison est sacrifiée ; mais c'est sans doute un atavisme familial...

    Wellington, lui, fait donc mouvement vers la capitale Espagnole le 12 au matin, un peu vexé que sa marche en avant ait été ternie par l'action de la veille. Les Madrilènes, eux, n'en ont cure, et accueillent le général Anglais et son armée avec un enthousiasme parfaitement délirant; sur plus de 7 km hors de la ville, les deux côtés de la route sont occupés par une foule vociférante criant « vive les Anglais, vive Wellington » (et on voit les Rois d'Espagne faire des saltos dans leur tombes), offrant des couronnes de laurier, des fruits, des douceurs, du pain, du vin que les riches bourgeois avaient fait apporter sur des chariots, la route étant couvertes de feuilles de palmier, toutes les cloches disponibles sonnant à toutes volée, quand à Wellington, on embrasse ses mains, son sabre, et même son cheval et la terre sur laquelle il est passé, au point qu'il a du mal à tenir sur ce même cheval, en bref, un vrai triomphe romain. La fête se poursuit alors jusque tard dans la nuit, et passé minuit les rues de la ville sont encore encombrées de fêtards, au point que certains officiers se demandent si la garnison du Retiro ne va pas en profiter pour faire une sortie...

    Mais en fait son gouverneur a ses propres problèmes, issus de l'improvisation qui l'a amené à ce poste. En premier lieu, pour ne pas les perdre, on a entassé une telle somme de matériaux divers (et combustibles) dans son enceinte, qu'en cas de bombardement il est sûr d'avoir affaire à un incendie qu'il ne pourra contrôler, d'autant plus que son approvisionnement en eau est insuffisant rien que pour les besoins de sa garnison. Le complément devait être apporté par un aqueduc que bien sûr les anglais ont coupé immédiatement.

    Ensuite, la forteresse est constituée de deux enceintes plus un fortin central comme ultime défense, mais la première enceinte est tellement grande qu'elle absorbe à elle seule toutes ses troupes, et comme elle est principalement constituée de l'ancien mur du parc du Retiro, crénelé et préparé, elle n'est pas à l'épreuve de l'artillerie légère de campagne. L'enceinte intérieure est plus forte, avec un vrai fossé et un dessin en étoile mais trop petite, et ne contient qu'un seul puits de faible capacité, quand au fortin intérieur il a une vraie muraille et un vrai fossé.

    Le 13, Wellington fait le tour des fortifications et ordonne que l'enceinte extérieure soit prise par escalade le soir même, 600 hommes moitié venant de la 3rd et moitié de la 7th sont désignés, et les deux assaut réussissent, traversant le mur à coups de pics ou en utilisant des rondins comme bélier. La résistance est symbolique (seulement une dizaine de blessés dans les assaillant) et la garnison se retire dans la 2e enceinte.
    Le lendemain, sa situation étant désespérée, le gouverneur envoie un parlementaire négocier les meilleures conditions de reddition possible, sous couvert d'une menace de tirer sur la ville, et à 4 heures la garnison dépose les armes, en manifestant bruyamment contre son gouverneur qui ne s'est pas battu, et qui n'a pas trouvé utile de se faire brûler vif pour faire parler de lui...

    Les prises dans le Retiro sont importantes, et mises tout de suite à contribution ; pratiquement tous les soldats de l'armée reçoivent une paire de chaussures neuves, le drap bleu régimentaire est donné aux dragons légers et à l'artillerie pour faire des vestes, les uniformes des Juramentados habillent les troupes de Carlos de España et de Julian Sanchez; La meilleure surprise est de trouver dans le lot les Aigles des 51e de ligne et 12e de légère qui d'une manière ou d'une autre se sont trouvée entreposées ici (alors que leurs régiments sont à l'armée du Sud, seuls des détachements sont à Madrid)
    La garnison capturée est composée de 4 chefs de bataillons, 22 capitaines, 42 autres officiers et 1982 hommes de troupes, venant surtout des 12e, 27e de légère, 45e, 51e (Armée du Sud) et 50e de ligne (Armée du Portugal), auxquels il faut ajouter 6 officiers et 429 hommes de troupes capturés à l'hôpital avant l'attaque, car situé en dehors de l'enceinte.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 28 Sep 2013, 05:50

    L'évacuation de l'Andalousie

    Le 12 Août, à Sevilla, Soult reçoit une missive du Roi datée du 29 Juillet, contenant une relation complète de la bataille de Salamanca et une répétition des ordres d'évacuation de l'Andalousie. Même lui ne peut plus prétendre rester au Sud, mais juste avant d'envoyer les premiers ordres de démantèlement des fortifications de sa « vice-royauté », il écrit une missive au ministre de la guerre où il accuse le Roi à mots à peine couverts de ne pas tout faire pour conserver son royaume, d'être en contact avec les Cortès (ce qui est vrai, à la demande expresse de Napoléon) et de vouloir faire comme Bernadotte. Ce message ne part pas par les voies habituelles pour éviter une éventuelle interception par le Roi, mais est confiée à un capitaine de corsaire en partance de Malagà pour Marseille. Malheureusement, ce corsaire est chassé par la croisière anglaise en Méditerranée, et doit chercher refuge à Valencia, au moment où l'Armée du Centre y arrive. La lettre est alors remise à l'état-major du Roi pour continuer sa route sur terre, et lue par le Roi, ce qui déclenche un accès de colère mémorable, et ne va pas aider la coopération avec le Maréchal commandant l'Armée du Sud...

    Nonobstant cette flèche du Parthe, l'abandon du sud commence immédiatement par l'évacuation des postes du Contado de Niebla qui sont les positions les plus isolées et les plus éloignées à l'Ouest. Ceci est détecté tout de suite par les forces espagnoles, qui campent à proximité, et l'information est relayée à Cadix, ou la Junta demande un soutient à Cooke, commandant les forces britanniques dans la forteresse, pour monter une expédition avec le général Cruz-Mourgeon. Cooke monte alors une brigade ad'hoc sous Skerrett avec 6 compagnies de guards, 6 compagnies du 2/87th (les 4 autres restant à Tarifa), 2 compagnies du 2/95th, un bataillon du 21e portugais et l'escadron du 2e Hussards KGL qui constitue sa seule cavalerie ; le tout fait 1600 soldats, qui se joignent à 4000 Espagnols. Ils débarquent à Huelva le 11 et s'avancent tout de suite vers le château de Niebla, où ils arrivent le 13, ne trouvant que des fortifications en ruines car les Français en sont partis la veille. La poursuite est molle car comme d'habitude les Espagnols n'ont aucun moyen de transport et n'arrivent pas à s'en procurer, et Skerrett se sent trop faible seul. Le 15 néanmoins ils sont à moins de 10 kilomètres de Sévilla, la garnison rescapée étant à Sanlùcar la Major. L'expédition refuse de s'avancer plus avant, car on sait alors que le 1er Corps est en train de lever le blocus de Cadix, et Soult est toujours dans la ville. Le 18 arrivent les garnisons de Ronda et Medina Sidonia qui après avoir détruit leurs postes fortifiés se sont repliées vers Sévilla. Le 24, il est décidé de chasser les avant-postes français qui sont établis à Sanlùcar la Major, mais on ne va pas plus loin pour éviter une contre attaque et les Français replient leurs troupes à l'ouest de Sévilla dans la ville même.


    Le départ des forces de blocus du 1er Corps (commandé par Villatte) est plus complexe à mettre en œuvre, car le matériel accumulé pour le siège est considérable, et tout doit être détruit avant de partir.
    Le démantèlement des fortifications devant Cadix est masqué par un bombardement féroce, au cours duquel des canons sont détruit en les surchargeant ou les faisant tirer bouche contre bouche, mais le nombre est tellement important qu'une bonne partie est simplement enclouée et jetée dans la rade. Quant' à la flottille de canonnières, elle est sabordée avec tant de hâte qu'une trentaine sera renflouée et réutilisée sans réparations. Durant plusieurs nuits, tout l'horizon de Cadix est rougi par les feux allumés pour brûler tout ce qu'on n'emporte pas, et les explosions sont nombreuses. Malgré toutes ces alertes, le départ des Français se fait tranquillement le 24, car l'expédition montée juste avant a vidé la ville des rares troupes mobiles disponibles, et la sortie préconisée par Wellington dans une lettre du 16 est impossible.

    Dans la nuit du 26 au 27, néanmoins, la colonne de Villate étant toute proche, Soult décide de partir de Sevilla avec toutes les troupes rassemblées ; ils forment un convoi escortant un immense rassemblement de non combattants et de chariots de butin, en direction de l'est sur la route de Cordoba. Il n'est alors laissé à Sevilla qu'une garnison symbolique en attendant les divisions de Cadix qui sont annoncées sous deux jours.
    L'expédition hispano-britannique y voit alors une opportunité qu'elle saisit, et après un combat féroce mais court (où les guards font une belle charge à travers un pont dont il ne reste que les madriers), les défenseurs français sont repoussés dans les rues, puis avec l'aide d'une partie de la population, expulsés de la ville par la route d'Alcala. Les libérateurs font 200 prisonniers, capturent 2 pièces de campagne et trouvent sur place plusieurs centaines de voitures chargées de biens spoliés, que le 1er Corps devait escorter.

    Le lendemain, Villatte, approchant de Sevilla par la route de Jerez et la trouvant tenue par des ennemis, l'évite par l'Est, récupère son ancienne garnison avant de suivre la route prise par Soult, qu'il rejoint à Cordoba. Les généraux Skerrett et la Cruz-Mourgeon, se pensant trop faibles pour intervenir, envoient néanmoins leur cavalerie observer le mouvement.


    En Estramadure, sous Drouet, les seuls mouvements du mois se résument à deux reconnaissances en force françaises le 1er et le 18 du mois avec une brigade de cavalerie et un faible support d'infanterie. Ces deux actions de Pierre Soult, entreprises avec des effectifs faibles face à un ennemi plus nombreux, mieux monté, mieux informé et ayant une supériorité morale marquée, auraient du se finir par un désastre pour les Français, mais heureusement pour ceux-ci, le commandant de la cavalerie adverse est Erskine, qui se bornera à observer les raids au grand désespoir de ses subordonnés et à montrer ses forces pour les forcer au repli.

    Soudainement, le 26 au soir, les Français disparaissent de leurs cantonnements et foncent par Belalcazar (A422) rejoignant Cordoba le 30 ; Soult ayant ordonné que les troupes d'Estramadure restent en place jusqu'à ce que le siège de Cadix soit levé pour éviter une course de vitesse en direction de Sevilla entre les troupes de blocus et Hill. Ce dernier général ne poursuit pas les Français conformément à ses ordres, mais remonte vers le Tage et Madrid, seul Penne Villemur et un peu de cavalerie espagnole accompagnent Drouet jusqu'à sa jonction avec Soult.
    L'armée du Sud prend alors la route de Granada, où elle récupère l'ancien 4e corps sous Leval, l'arrière-garde française quittant Cordoba le 3 Septembre, les cavaliers espagnols faisant tout ce qu'ils peuvent pour faire semblant d'être l'avant-garde de Hill en allumant et entretenant des centaines de feux tous les soirs.

    Jusqu'à Cordoba, Soult est encore incertain sur la route à prendre, soit en direction de Madrid à travers la Mancha, soit à travers le royaume de Murcia, les deux promettant des difficultés d'approvisionnement, mais sa réunion avec Drouet règle ce problème, car le général a entendu parler de l'évacuation de Madrid et Toledo en direction de Valencia, et donc monter sur madrid serait une erreur grossière, car le risque serait de se faire rejeter dans les montagnes sans retraite possible (l'expérience de 1809 n'est visiblement pas un bon souvenir). On peut ajouter à ça la nouvelle que la fièvre jaune s'est installée à Cartagena et se répand dans les terres, ayant atteint Murcia ; l'armée française passera donc par la montagne, par Guadix, Baza, Huescar, Caravaca de la Cruz et Hellin.

    Soult reste à Granada une grosse dizaine de jours pour préparer le trajet, juste observé par Ballesteros qui tient la montagne avec 5 000 hommes, puis part le 16, et après une marche épuisante dans une contrée à peu près déserte, arrive à Valencia le 1er Octobre sans avoir été gêné par quiconque, Ballesteros ne quittant pas l'Andalusia et l'armée de Murcia sous O'Donnel n'ayant pas encore récupéré de la défaite du 1er Castalla le 21 Juillet.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 17 Oct 2013, 04:31

    Clausel relève ses garnisons

    Revenons à Clausel, que nous avons laissé entre Torquemada, sur la route de Burgos (A62) et Aranda de Duero (A1) le 29 Juillet. Comme il n'est plus pressé par l'ennemi, il commence tout de suite à ramener l'ordre dans son armée, avec un certain nombre d'exécutions à la clé. Au point de vue organisationnel, tous les régiments de l'Armée du Portugal passent de 3 à 2 bataillons, le 22e et 101e passant même à 1 seul, mais malgré tout, même après avoir incorporé les dépots récupérés lors de la retraite, il ne peut entrer en campagne à la mi-Août qu'avec 25 000 hommes, le reste ayant encore besoin de repos. Sa campagne ne peut donc avoir que des buts limités, qu'il explique au ministère de la guerre comme étant de créer une diversion utile sur les arrières anglaises, dans le cas où le Roi (avec ou sans Soult) aurait décidé de se battre pour Madrid, de récupérer les garnisons laissées à Toro, Astorga et Zamora, qu'il sait à peu près à court de vivres, et enfin de se rapprocher de Madrid pour espérer des nouvelles fraîches du Centre et du Sud. Dans le plus pur style français de la Péninsule, il a gardé la brigade de cavalerie Chauvel de l'Armée du Nord.

    Son premier but est de tenter de reprendre Valladolid, qu'il sait occupée par un écran de troupes, puis d'envoyer une forte colonne pour faire la "tournée des popotes" et détruire les fortifications désormais inutiles.

    Le 13 Août, les Français s'avancent et repoussent les guérillas qui faisaient les avant-postes; Anson commence donc à repasser le Douro comme préconisé par Wellington dans ses instructions de début Août, Santocildes recule, lui comme prévu sur la route de Torrelobaton en direction de Benavente, mais en laissant dans Valladolid-même environ 400 convalescents français et surtout, au désespoir de Wellington, plusieurs centaines de caisses de fusils français récupérés lors de la retraite de Clausel qu'il aurait amplement eu le temps d'emporter ou de détruire. Le 14 et le 15, 12 à 13 000 Français entrent dans Valladolid, la cavalerie de l'Armée du Portugal explorant les passages du Douro jusqu'à Tudela, et les trouvant gardés par Anson.
    Le 16 une division d'infanterie et une faible brigade de cavalerie prennent Tudela et repoussent Anson vers Montemayor de Pililla, mais se replient le soir, et les piquets d'Anson reviennent dans la ville. Clinton, au lieu de se replier vers Cuellar (A601) et d'y rester comme ses instructions le lui demandaient, se repositionne à Arevallo (A6), ce que Wellington estimera être une erreur, car à Cuellar il menaçait les arrières français.

    Les troupes de Valladolid vont désormais se tenir bien tranquilles, sans aucun mouvement offensif, et pendant ce temps Foy, avec sa division, celle de Taupin (ex-Ferrey) et une brigade de Curto prend la route de Torrelobaton. Le 17 il est à Toro, récupère les 800 h de la garnison, puis tente une marche forcée par Benavente vers Astorga dont la garnison est rendue aux extrémités, mais le 20, à La Baneza, il apprend que la place s'est rendue 36 h auparavant sans savoir que des secours approchaient. Sa cavalerie arrive dans la ville désertée le 21, et n'y trouve que 70 blessés intransportables sous la garde d'un chirurgien. La prochaine cible est Zamora, où les portugais de Silveira pensent avoir le temps de continuer leur siège; mais le 22, le correspondant anglais de l'armée de Galice leur apprend que Foy s'est retourné contre eux, et ils commencent à se replier. Ils sont alors rattrapés par Curto, qui capture tous leurs bagages et des trainards, mais n'ose pas s'attaquer à l'infanterie, au désespoir de Foy. Celui-ci arrive à Zamora le 26, récupère la garnison et détruit le fort, puis projette un raid sur Salamanca, où se trouvent non seulement le principal hôpital anglais, mais une accumulation de matériels divers, sans aucune protection.
    Heureusement pour Wellington, le 27 à Zamora, il reçoit un ordre de rappel de Clausel, lui disant que Wellington arrive avec l'ensemble de son armée, et qu'il risque de se trouver coupé. Moyennant quoi Foy exécute une autre marche forcée et se trouve le 28 à Tordesillas avec des troupes épuisées, mais au moral complètement renouvelé par l'impunité parfaite de sa marche au travers des plaines de Galice, et par le fait que l'armée provinciale refuse le combat à deux contre un.

    Il se trouve que Clausel s'est trompé dans ses calculs, et que les Anglais qu'il attendait autour du 31 Août ne seront présents que le 4 Septembre, et donc que Foy ne risquait rien. Son raid projeté pouvant difficilement être empêché par Wellington, aurait sans doute eu un impact très négatif sur le reste de la campagne anglo-alliée.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 26 Oct 2013, 06:00

    d) La deuxième avancée au nord et le début du siège de Burgos

    L'"offensive" jusqu'à Burgos

    Du côté anglais, l'avance de Clausel est connue dès le 18 Août, et n'est pas vue d'un mauvais œil par Wellington, car il pense que les Français vont récupérer leurs garnisons, que les Espagnols semblent incapable de capturer, et donc qu'il aura trois petit sièges à mener en moins; il est aussi heureux que Santocildes n'ait pas tenté de résister, et donc ait conservé son armée. Il est visible qu'il n'a pas conscience du risque qu'a couru Salamanca, car il n'en parle nulle part. Après avoir reçu l'assurance que le Roi se rend à Valencia, et donc que Soult va devoir l'y rejoindre, il pense avoir le temps de "finir" l'Armée du Portugal, et de faire le siège de Burgos avant de devoir faire face à l'assemblée des armées du Centre et du Sud. La nécessité de ce siège apparaît ainsi dès la fin août, mais rien n'est préparé à cet effet, et rien ne va l'être. Un tel manque de préparation, et un tel entêtement dans l'erreur est proprement incompréhensible chez un général aussi planificateur, car il n'y a rien qui l'explique. Il aurait quasiment eu le temps de faire venir un train de siège d'Angleterre en s'y prenant début septembre, mais les pièces lourdes ne manquent ni dans la Navy, ni à Badajoz ou Ciudad Rodrigo, il suffisait de demander…..

    L'annonce de la nomination de Wellington comme Generalissimo des armées espagnoles lui arrive dans ces jours, et elle est soumise à l'approbation du Prince régent selon les usages anglais, en retour il apprend qu'il est désormais le Marquis de Wellington suite à sa victoire de Salamanca

    Revenant à l'armée, le 4 Septembre, il a 28 000 hommes rassemblés à Arevalo, et face à lui Clausel en possède 25 000 à Valladolid, derrière une rivière infranchissable, mais la confiance est dans un seul camp, et personne nulle part ne se fait d'illusions sur le résultat d'une éventuelle confrontation. L'Armée de Galice est de retour à Astorga le 27 Août, et doit pouvoir menacer Valladolid une dizaine de jours après.
    Le 4, les Anglais passent Olmedo, le 5 Valdesillas, le 6 Boecillo, puis ils passent le Douro entre Tudella et le pont de la N601 (;)), le centre étant à Herrera, sans interférence française, au grand étonnement du général anglais. L'armée française est positionnée entre les faubourgs de Valladolid et le village de La Cisterniga, comme pour attendre la bataille. L'après-midi voit les Anglais finir la traversée sans rien tenter, ce qu'attendait Clausel, qui ne se montre que pour permettre à ses bagages de filer sur la route de Burgos, et à Foy de venir de Tordesillas. On peut se demander pourquoi le général français a ainsi laissé le tiers de ses forces isolées à 20 km de son corps de troupes principal, surtout s'il ne veut pas défendre la ligne du Douro, et donc que le pont de Tordesillas ne l'intéresse pas!

    Le 7 au matin, les Français sont partis, sauf une arrière-garde d'infanterie qui se retire devant les avant-gardes anglaises et fait sauter le pont sur la Pisuerga à la sortie de la ville.
    La poursuite est très molle, le 8 les avant-gardes ne vont que jusqu'à Cabezon, et l'infanterie n'arrive à ce point que le 9; Wellington, lui, reste à Valladolid jusqu'au 10 avec le gros de l'infanterie, l'idée derrière ce manque d'ardeur est que les troupes souffrent beaucoup de la chaleur, et que l'Armée de Galice n'est toujours pas arrivée. La constitution de mars est proclamée dans la ville pour couper court aux rumeurs propagées par les Liberales qu'il est pour son abrogation.

    Clausel est alors à Dueñas, d'où il sort, poussé par Clinton et Anson le 10, et le 11 Wellington y dort. Les reconnaissances sont envoyées vers Burgos et Palencia, il n'y a personne dans cette dernière ville, et les arrière-gardes françaises sont trouvées à Torquemada. Les Anglais sont le 12 à Margaz, Anson en avant-garde voit les Français passer le pont sur la Pisuerga à Torquemada sans intervenir en attendant de l'artillerie, et quand elle arrive c'est trop tard pour les attaquer. La poursuite s'arrête à Quintana. Le 12, à Margaz, Wellington apprend que les Galiciens viennent de passer sur son flanc en direction de Valladolid, qu’on les a prévenus de la proximité de l’armée anglo-alliée, mais qu’ils ont continué leur marche. Ils ne seront à nouveau à son niveau que le 16….
    La poursuite continue doucement, le 13 les avant-postes anglais sont à Villajera, le 14 à Villodrigo, le 15 à Villapequeña (?), le 16 près de Celada del Camino, face aux Français. Ce même jour arrivent enfin les Galiciens, 11 000 hommes en trois petites divisions, 350 cavaliers et une seule batterie, alors que Wellington en attendait au moins 16 000; considérant que l'Armée de Castille compte plus de 30 000 soldats, même en défalquant les grosses garnisons de La Coruña et de Ferreol, c'est peu….

    Le 16 la reculade française s'arrête près de Celada, mais, dépassé sur son aile par la 6th et Pack, Clausel reprend sa marche en arrière jusqu'à Buniel. Le 17, à nouveau dépassé par les mêmes, il retraite sous les murs de Burgos, le 18 il évacue la ville après avoir mis une garnison au château, et recule vers Rubena. La cavalerie anglaise traverse la ville et pousse ses avant-postes. Le 19, la 1st et Pack mettent le siège devant le château et le reste de l'armée s'installe au nord de la ville. Les éclaireurs trouvent les Français très loin, l'arrière-garde vers Quintanavides et le gros autour de Briviesca, mais Wellington ne pousse pas plus loin.

    Le comportement anglais durant ces dix jours de "poursuite" est problématique. Clausel refuse le combat systématiquement, c'est normal; mais le but de cette "escapade" pour Wellington est de finir ce qu'il n'a pu faire en juillet, et il y a urgence à battre l'Armée du Portugal, car la crise à Madrid s'approche à grand pas. Or désormais il faudra laisser une division de plus face à Clausel, sans garantie que ce sera suffisant. Une poussée vigoureuse sur Valladolid ou sur un autre défilé sur la Pisuerga aurait sans doute entrainé un engagement au moins partiel, qui aurait provoqué une nouvelle chute de moral, peut-être jusqu'au point de rupture. Là, rien n'est fait, on est loin au nord, il y a un siège à mener, on n'a rien pour le faire, et il faudrait presque déjà retourner à Madrid.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 21 Fév 2014, 22:12

    La forteresse de Burgos

    Depuis la reconquête de Burgos sur les Maures au haut moyen-age, il y a toujours eu un château surplombant la ville. Longtemps une place de villégiature appréciée des rois castillans, il a beaucoup souffert lors d'un grand incendie en 1786 et n'a été ni reconstruit ni habité depuis, ne laissant qu'une coquille vide entourant le donjon médiéval qui avait défié les flammes.
    Le château est vaguement ovale, ne fait que 250 mètres de long, avec le donjon à l'est et l'église Santa Maria la Blanca à l'ouest, et au milieu des restes de bâtiments à moitié en ruine.
    Passant par la ville en 1808 après la victoire de Gamonal, Napoléon a jugé la qualité de la position surplombant la ville, et a décidé d'y construire une forteresse qui servirait de point de ralliement sur la route de Madrid et de symbole de la domination française dans le Nord. Il a fait établir des plans pour convertir le château-fort médiéval en forteresse moderne. La forteresse ayant comme défaut principal la présence d'un plateau au nord (du nom de San Miguel) à moins de 300 mètres, d'une hauteur à peine inférieure à celle du plateau du château et donc surplombant les premières défenses, ce deuxième plateau avait donc été inclus dans les plans et devait être garni d'un fort.

    Mais l'Empereur est parti plus loin, la guerre s'est éloignée, et l'argent indispensable à la construction n'est jamais arrivé, donc la forteresse en 1812 est bien loin de ce qui avait été décidé sur le plan. Néanmoins, contre un adversaire sans suffisamment d'artillerie, les fortifications existantes restent formidables.

    Sur les 2/3 de la circonférence, là où la pente est forte, elles consistent en une double enceinte englobant le donjon et l'église, et sur le tiers restant où la pente est plus douce, on a même construit une troisième ligne pour englober les niveaux inférieurs. L'enceinte extérieure est partout construite sur la base du mur médiéval, modernisé par des abris, une fraise contre les bombes, des palissades latérales et un fossé de 18 mètres renforcé d'une contrescarpe maçonnée. Les autres lignes de défense sont de solides fortifications de campagne en terre, améliorées par une fraise et palissadées. La plateforme du donjon, elle, a été renforcée et garnie d'une batterie de 8 canons lourds (16 et 12 livres, appelée batterie Napoléon) qui commande l'ensemble de la position, y compris le fort San Miguel. Le magasin de provisions se trouve dans l'église Santa Maria, le magasin à poudres dans le donjon. Il n'y aura jamais de manque de vivres pendant le siège, mais il n'y a qu'un puits, et donc la garnison sera rationnée en eau pendant toute la durée des combats.

    Le fort San Miguel, lui, n'a jamais été fini, et est un vrai point faible. Il est très large et comprend un front d'ouvrage de terre de 8 mètres avec une contrescarpe maçonnée de 3 mètres de haut, mais avec des flancs beaucoup plus faibles, et une gorge fermée par une simple palissade posée les 2 derniers jours. Trois flèches séparées complètent la défense sur les points exposés, et le fort est armé de 7 pièces de campagnes de 4 ou 6 livres.

    La garnison fait partie de l'Armée du Nord, et Cafarelli, en visite éclair juste avant le début du siège, y a mis deux bataillons du 34e, un du 130e, une compagnie du génie et une compagnie d'artillerie, ce qui avec les détachements fait juste 2000 hommes, une garnison suffisante pour une place aussi petite. L'armement total était de 9 pièces lourdes, 11 pièces de campagne et 6 mortiers ou obusiers.

    Le gouverneur est un général de brigade nommé Dubreton, qui va se révéler être un des officiers les plus entreprenants et imaginatifs jamais rencontrés par les Anglais.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 23 Fév 2014, 09:08

    Faiblesses contre faiblesses
    Les points faibles de la défense sont bien entendu le fortin San Miguel, que le gouverneur doit conserver le plus longtemps possible pour éviter le feu plongeant des assaillants sur les premières lignes de défense, mais aussi l'absence de couvert interne aux ouvrages, car le donjon et l'église sont trop petits pour héberger plus de quelques centaines d'hommes, et la majeure partie de la garnison devra bivouaquer dehors sous la tente (et sous la pluie qui ne cessera de tomber durant tout le siège).
    Si les assaillants avaient possédé des mortiers pour bombarder l'intérieur des ouvrages, la forteresse serait tombée très vite du fait des pertes ; de même, la forte pente de la colline fait que la base des deuxièmes et troisièmes lignes de fortifications n'est que très imparfaitement (voire pas du tout) couverte par la première. Un vrai train de siège aurait parfaitement pu battre en brèche toutes les lignes, voire le donjon et l'église en même temps, alors que l'immense majorité est incapable de supporter le feu de l'artillerie lourde.
    Mais le gouverneur aurait pu reprendre le mot de Bayard « il n'y a pas de place faible quand il y a des hommes de coeur pour la défendre », et il dispose d'un allié de fait (et de choix!) dans le camp adverse en la personne de Wellington, qui n'aura jamais la décision qu'il a montré lors des sièges précédents de Ciudad Rodrigo et Badajoz.

    Du côté anglais, les faiblesses du train de siège disponible sont connues et signalées par Wellington lui-même; il ne dispose que de 3 pièces de 18 anglaises en fer qui sont très efficaces, et de 5 obusiers de 24 qui ne le sont pas du tout, leur faible vitesse initiale faisant que contre un mur solide, leur projectile rebondit sans endommager la maçonnerie. Leur seul effet notable durant le siège sera donc de gaspiller inutilement une poudre précieuse.
    Le général en chef dans ses lettres signale tout au long du siège qu'il n'est là que de façon très temporaire, et qu'il faut au plus vite qu'il redescende à Madrid pour la confrontation avec Soult. C'est sans doute une des raisons pour lesquelles il refusera jusques au bout le déplacement de pièces de siège depuis Badajoz ou Madrid, puisqu'il pense que ces pièces n'arriveront qu'après que la forteresse soit tombée ou qu'il ait été obligé de redescendre sur Madrid par l'action de Soult.

    Il est symptomatique que l'interférence des Armées du Nord et du Portugal n'est jamais évoquée, alors que c'est elle qui va faire lever le siège. Autre faiblesse, l'armée anglo-alliée n'a dans ses rangs que 8 hommes du rang des Royal Military Artificers (dont 7 seront touchés lors du siège) et 5 Engineers. On peut rajouter qu'encore une fois, les unités menant le siège n'ont aucune expérience dans l'attaque de forteresses, et cela va entraîner beaucoup de pertes inutiles.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 20 Mar 2014, 17:01

    e) Le siège de Burgos (19 Septembre-20 Octobre 1812)

    L'escalade de San Miguel

    A l'arrivée de l'armée anglo-alliée à Burgos, la 6th division traverse la ville et la 1st établit le siège proprement dit autour de la place. Les avant-postes anglais capturent pratiquement sans coup férir les trois flèches de San Miguel, que le gouverneur abandonne comme indigne d'une défense coûteuse.
    Le 19 au soir, Wellington fait le tour de la fortification et décide de commencer l'assaut par San Miguel. L'aspect inachevé des travaux le pousse aussitôt à vouloir tenter une escalade de l'ouvrage détaché le soir même. Le plan d'assaut prévoit une menace frontale lancée par 300 hommes du 1/42nd ayant pour but de combattre le feu des défenseurs et de leur faire baisser la tête, pendant que deux colonnes de la brigade portugaise Pack équipées d'échelles et précédées d'avant-gardes de la Black Watch attaqueront les demi-bastions de flanc; de plus une autre (140 hommes) composée des compagnies d'élite de la brigade Stirling (1/42nd, 1/24th, 1/79th) sous le commandement du Major Cocks du 1/79th fera le tour de l'ouvrage pour menacer son arrière. Notez bien l'utilisation de trois éléments provenant de commandements différents, et la faiblesse des effectifs engagés.

    L'assaut démarre et tout de suite sa réussite semble mal engagée; il fait pleine lune, les highlanders sont donc détectés à 150 mètres, et sont soumis à un feu nourri de la part des défenseurs, auquel ils répondent par des feux de file et une avance régulière (un avant-goût de New Orleans), ce qui leur fait subir de fortes pertes pour peu d'efficacité. Arrivés au pied de l'ouvrage, ils vont rester sur place jusqu'à avoir perdu plus de la moitié de leur effectif et que leurs officiers décident de se replier. Masqués par le carnage qui se déroule sur la face de la cible, les Portugais s'avancent malgré tout sans trop de résistance, plantent leurs échelles et commencent l'escalade. Malheureusement, ces dernières sont trop courtes, et après avoir essayé de passer le parapet sans résultat, ils se replient à leur point de départ.

    La victoire viendra en fait de la diversion arrière; le major Cocks, plutôt de se contenter de son rôle secondaire, décide dès le départ de lancer un véritable assaut. Il est lui aussi immédiatement détecté par les défenseurs de la place principale, et la batterie Napoléon ouvre sur lui un feu nourri et précis. Le major enlève ses hommes et, tant à la hache qu'à la force des bras, parvient à arracher une partie de la palissade défendant la gorge de l'ouvrage; il laisse alors un détachement à la garde de la poterne et avec ses hommes charge le long du chemin de ronde pour prendre la défense à revers. Cette attaque imprévue, arrivant au moment où les défenseurs (un bataillon du 34e avec environ 500 hommes) pensent avoir vaincu puisque le 1/42nd et les Portugais retraitent, sème le trouble et la défense s'effondre, les officiers font replier leurs troupes plus ou moins en ordre, piétinent littéralement le détachement gardant la poterne et rentrent dans le fort principal, couverts par l'artillerie du château qui rend l'intérieur de l'ouvrage de San Miguel intenable.

    Les pertes des défenseurs sont de 198 hommes dont 60 prisonniers, plus les 7 pièces de campagne laissées dans les ouvrages. Les assaillants, eux, ont bien plus souffert, avec 421 tués ou blessés, dont 204 rien que dans la Black Watch, dont c'était le premier engagement depuis son retour en Péninsule, et qui comptait avant ce jour plus de 1000 baïonnettes. Les Portugais s'en sortent plutôt légèrement avec 113 tués et blessés, mais sans avoir réellement combattu. De ces chiffres donnés par Oman, on peut en déduire une perte de 104 tués et blessés dans les flank co de la brigade Stirling, ce qui fait un total effrayant sur 140 hommes au départ. Wellington reconnaît après l'assaut que ces pertes sont dues à l'inexpérience pour ce type d'action des troupes engagées, mais les troupes expérimentées (Light et 3rd Div.) sont à Madrid,,,
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 25 Mar 2014, 13:05

    Premier assaut, premier échec

    Dès le repli des Français dans l'enceinte principale, le feu de la place en direction de l'ouvrage détaché devient tellement fort qu'il faut abandonner l'idée de le tenir en force; seuls 300 hommes y sont détachés et se protègent comme ils peuvent. De même, la journée du 20 se passe sans qu'aucun travail de terrassement n'y soit possible du fait de la canonnade.

    Par contre, dès la nuit tombée, une batterie commence à être construite un peu à gauche de l'ouvrage, protégée de la batterie Napoléon par un épaulement naturel, et donc dirigée vers la partie du fort contenant Santa Maria la Blanca, ainsi qu'une profonde tranchée de communication longeant le Nord de la place. Le travail continue de nuit pendant encore 48 h, et le matin du 23, 2 pièces de 18 livres et 3 obusiers de 24 y sont installés, mais sans démasquer les embrasures, car Wellington, encouragé par le succès de sa première tentative, veut essayer de la renouveler contre le corps principal.

    L'endroit choisi pour cet assaut est la face ouest du fort, car un chemin creux situé à moins de 60 mètres du fossé et venant du faubourg de San Pedro permet une approche protégée. On se trouve alors en dessous des 2e et 3e lignes, et sans grande chance de protection contre le feu, même si la forte déclivité interdit presque le feu d'artillerie. De même, le corps même de la place masque les assaillants au feu de la batterie Napoléon.

    Les troupes seront 400 volontaires tirés des 3 brigades de la 1st Division, avec une diversion latérale menée par les caçadores de la 6th Division. Encore une fois, l'effectif envoyé semble faible face à une garnison qui est presque à plein effectif, et qui n'a pour le moment subi aucun feu de la part des assiégeants. Et comme de juste, cet essai sera un échec total.

    La diversion par les caçadores est détectée dès son départ, et attire un feu important qui la renvoie dans sa tranchée avec 29 pertes; néanmoins (et contrairement à ce que diront les assaillants de la 1st Division) elle détourne l'attention de l'assaut proprement dit. Cela permet à l'avant–garde de sortir de son chemin creux, de sauter dans le fossé et de planter ses échelles contre le mur d'enceinte; malheureusement, le gros des assaillants, au lieu de courir en masse vers le but, se fragmente et arrive au bas du mur par petits paquets, permettant aux défenseurs de se reprendre et d'ouvrir un feu nourri de mousqueterie et de grenades sur les occupants du fossé. De ce fait, tous ceux qui tentent de monter les échelles se font repousser à coup de fusil ou de baïonnette une fois arrivés sur les derniers échelons, jusqu'à ce que l'officier commandant l'assaut (Major Laurie du 1/79th) soit tué. Les attaquants reculent alors jusqu'au chemin creux, ayant perdu 158 "All Ranks", 76 Guards, 44 KGL et 9 hommes de la brigade de ligne. Les pertes françaises, elles, sont de 9 tués et de 13 blessés.

    Cette entreprise hasardeuse, sans effet de surprise ni de masse, sans préparation d'artillerie ni même de soutien d'infanterie, a un effet moral désastreux, et les pertes du jour, s'ajoutant à celles de San Miguel, font que la troupe commence à murmurer qu'on les envoie accomplir l'impossible. Le comportement des Portugais est comme d'habitude pris comme prétexte dans les deux cas, alors qu'il ne me semble à l'analyse pas vraiment répréhensible. Une troupe en processus d'escalade qui trouve ses échelles trop courtes fait mieux de se replier tout de suite plutôt que d'attendre sous le feu qu'un miracle fasse pousser subitement lesdites échelles; de même, une unité envoyée en diversion doit se replier dès lors que celle-ci est réalisée, plutôt que d'attendre un ordre hypothétique (même si ça serait plus militaire) ou une déroute.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 01 Avr 2014, 05:55

    Première mine, deuxième échec

    Il ne reste alors plus au général anglais qu'à retourner aux méthodes traditionnelles de siège, la sape, la mine et, dans la mesure des moyens réunis, le feu des pièces lourdes disponibles. La zone la plus prometteuse reste la même que celle où la tentative d'escalade a eu lieu, toujours par la proximité du même chemin creux, qui est aussitôt transformé en première parallèle en le connectant à la tranchée de communication venant de San Miguel.

    De là, un boyau de sape est lancé en diagonale vers le haut de la colline, dans le but de creuser une mine sous le premier mur, qu'on fera exploser. Le travail y est rendu très meurtrier par l'inexpérience des ouvriers, la profondeur nécessaire du fait de la forte déclivité, et par le feu à courte portée des remparts auquel répondent des tireurs d'élite disposés le long de la 1ère parallèle, visant les artilleurs et l'infanterie se montrant sur les fortifications. Une fois arrivés à 6 mètres du but, la mine remplace alors la sape, et les soldats se trouvent partiellement protégés du feu. Le travail avance très lentement, car il est effectué par des mains novices, sans outils en nombre suffisant, et devant être creusé très profondément pour passer sous le fossé. Ceci qui entraine un gros problème de ventilation, qui force à l'arrêt du travail pendant de longues heures chaque jour pour renouveler l'air. Le 29, les pics rencontrent des pierres de taille maçonnées qui sont prises pour la base du mur; on remplit donc la mine avec 12 barils de 90 livres de poudre, et un assaut de 300 volontaires est prévu juste après l'explosion à minuit le même jour.

    En réalité, ces fondations sont certainement des restes d'une tour latérale médiévale, car l'explosion soulève beaucoup de terre mais ne fait tomber qu'une portion du revêtement du mur et ne cause que peu de vrais dommages à l'enceinte; les volontaires sont tout de même envoyés sous couvert d'une intense mousqueterie venant des tranchées, car il semble que le mur soit désormais surmontable sans échelles. Un sergent et 4 hommes vont directement au but et grimpent pour se trouver rejetés dans le vide juste après, mais le reste manque la portion endommagée et se trouve face à un mur intact, et donc se replie vers la parallèle. L'assaut ayant été donné pour profiter de la confusion suivant l'explosion, les pertes sont faibles (29 tués et blessés), mais l'effet moral est désastreux; les soldats reprochent leur incompétence aux officiers du génie, et ces derniers estiment que les soldats n'ont pas fait tout leur possible pour réussir.

MASSON Bruno
 

Re: La campagne Anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 07 Avr 2014, 08:02

    Échec du train d'artillerie et incertitudes extérieures

    Pendant ce temps, une autre batterie est commencée sur la colline de San Miguel, en crête militaire de l'autre côté du fortin (donc du côté de la batterie Napoléon), et des tranchées de tireurs d'élite creusées un peu en avant. Le travail est très fortement ralenti (voire parfois arrêté) du fait du feu des assiégés. La première batterie voit les canons de 18 £ retirés, et remplacés par 5 obusiers de 24 £, qui commencent un bombardement de l'angle nord-ouest de la première enceinte. Après avoir tiré 141 coups, le feu est arrêté le 25 septembre car le résultat obtenu est sans aucune mesure avec la dépense de poudre, et ces pièces sont considérées comme incapables de faire une brèche. Cette batterie reste silencieuse, et la deuxième est terminée et armée avec les 3 canons de 18 £.

    La première mine ayant été un échec, et les 2/3 du train de siège étant inutiles, Wellington commence à s'inquiéter car il est devant Burgos depuis dix jours, et depuis la prise de San Miguel, il n'a pas avancé. Les nouvelles de l'Armée du Portugal sont inquiétantes, les renforts sont nombreux, les estimations donnent maintenant 35 000 hommes (plus que ce dont dispose le général anglais en comptant les Galiciens), mais Souham, qui est maintenant aux commandes, ne semble pas pour le moment vouloir avancer. Du côté de Valence non plus, rien ne bouge, et Wellington n'a donc pas de raison extérieure d'abandonner ce siège qui semble bien mal avancé.

MASSON Bruno
 

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