La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 19 Déc 2015, 08:09

    Avance prudente des Français

    Au départ rien ne vient, à part quelques patrouilles de cavalerie légère. Soult le 8 est encore à Arevalo avec le gros de son infanterie, ayant découvert la présence de Souham dans la direction de Tordesillas la veille. Souham, lui, est encore plus prudent, craignant une ruse de la part de Wellington, et n’ayant appris l’approche de l’Armée du Sud que par de vagues rumeurs.

    Enfin réunis, les chefs français décident de suivre les Anglais avec tout leur monde en vue de les attaquer si ces derniers veulent bien les attendre. Néanmoins les choses ne doivent pas être brusquées tant que l’Armée du Centre n’est pas totalement arrivée; en effet, elle n’a quitté Madrid que le 6, et certaines divisions de l’Armée du Sud sont encore plus en retard, stationnées sur Arrevalo et Villacastin. Ce n’est donc que le 10 que Wellington voit arriver l’avant-garde des Français, à savoir la cavalerie de Soult et deux divisions de son infanterie face à Alba de Tormes, L’avant-garde de l’Armée du Centre est à Macotera et celle de l’Armée du Portugal atteint à peine Babilafuente.

    Les marches ont été dures, et particulièrement pour les troupes de Soult qui sont en déplacement quasi constant depuis deux mois, les privations se font sentir, et le froid de novembre sur les plateaux de Vieille Castille est dur à supporter pour des troupes habituées au climat andalou. L’intendance ne suit pas, il n’y a rien à fourrager sur la route, les traînards se multiplient et les chevaux tombent comme des mouches.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 19 Déc 2015, 08:15

    Combat de Alba de Tormes

    Le 10 donc, Soult arrive à Alba et décide de voir si le général Anglais a prévu de disputer le passage du Tormes ou s’il va reculer encore. Les dragons légers de Long sont repoussés avec quelques pertes, puis le maréchal installe trois batteries sur une hauteur proche de la ville et commence à la bombarder. Douze compagnies de voltigeurs de la 5e Division s’approchent du mur mauresque entourant la ville, les colonnes de leurs unités mères visibles en arrière.

    La brigade Howard (1/50th, 1/71st et 1/92nd) tient la ville, chaque régiment ayant 1/3 de sa circonférence en garde, avec 1/3 de son effectif en ligne et le reste à l’abri. De l’autre côté de l’eau, Hamilton (2e, 4e , 10e et 14e Portugais) est en réserve, avec les batteries de Arriaga et de Braun placées de façon à menacer toute attaque sans s’exposer. Le temps perdu à attendre l'arrivée des Français a été mis à profit par les Coalisés pour boucher les trous des murs par des fascines et les portes ouvertes par des enchevêtrement de charrettes.

    Soult, entre 2 heures à 5 heures, où le crépuscule commence à tomber, bombarde donc la ville et tente des assaut partiels, mais les pertes des défenseurs, qui ont eu 36 heures pour construire de bons abris, sont très modérées, et à chacune des trois tentatives d'assaut des voltigeurs répond un feu qui arrête toute progression.

    A la nuit tombée, Soult n’a rien obtenu, et Hamilton renforce la position de la brigade Da Costa (2e et 14e Portugais). Le lendemain à l’aube (6 heures) le bombardement reprend et les voltigeurs reviennent, contrés par les légers de Da Costa et Howard, néanmoins l’attaque n’est pas poussée plus avant, après quelques heures les troupes sont rappelées et les canons retirés.

    Soult écrit au Roi qu’il a tiré plus de 1500 coups dans la ville sans rien gagner, et qu’en persistant « nous y perdrions du monde sans résultat ». Pour attaquer Wellington, il faudra passer ailleurs, et les deux brigades anglo-portugaises vont tenir la ville du 11 au 14 sans molestation.

    Leurs pertes sont de 21 tués, 3 officiers et 89 blessés chez les Britanniques, et 8 morts et 86 blessés chez les Portugais. Les Français perdent 2 officiers tués et 6 blessés, plus 150 pertes dans les rangs.

    On voit ici poindre la première instance de la figure de Méduse qu’est l'armée anglaise pour Soult, sans doute forgée dans les pertes énormes d'Albuera et la retraite d'Oporto. Les 1500 coups annoncés comme tirés par trois batteries en moins de 8 heures de bombardement me semblent exagérés, et l'assaut de cette ville légèrement fortifiée n'est réalisé que par 12 compagnies de voltigeurs.

    C'est très bien pour vérifier la présence de l'ennemi, mais pour un assaut, on n'envoie pas deux bataillons, même d'élite, attaquer trois brigades ennemies postées derrière un mur. C'est clairement un écran de fumée, destiné à pouvoir affirmer qu'on a essayé, que ce n'est pas possible ici, qu'il faut essayer ailleurs, et surtout qu'un autre commandant prenne la responsabilité de l'échec possible.

    Les décisions suivantes du Roi, interdisant cet échappatoire, vont rendre Soult encore plus prudent à l'avenir.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 25 Déc 2015, 07:09

    Possibilités offertes aux Français

    La journée du 11, avant même que l’attaque de Alba soit rapportée, est occupée par les commandants des trois armées françaises pour réaliser une reconnaissance exhaustive du cours du Tormes et de la position de San Cristobal, puis par une réunion d’état-major.
    Deux plans sont proposés au Roi pour la continuation de la campagne, le premier proposé par Jourdan, proposant une attaque frontale, et le deuxième par Soult, proposant une manœuvre par la gauche française.
    Tout le monde déclare la position de San Cristobal inattaquable, surtout depuis que des redoutes armées d’artillerie y ont été construites.

    Jourdan, remarque que le Tormes descend vite et que les nombreux gués en face de Huerta seront bientôt passables sans encombre par les trois armes, que la position anglo-alliée est bien trop étendue pour leur nombre (plus de 40 km) et que les gués débouchent dans une grande plaine permettant l’expression de la supériorité numérique française dans l’arme montée. En gros, il désire son Wagram (avec néanmoins la possibilité d’obtenir un Essling si jamais le Tormes devait remonter, Oman parle même de Fredericksburg).

    Soult refuse l’idée de l’attaque frontale sur une position choisie par Wellington, ce qui ne manque pas de bon sens, même si une attaque en plaine de plus de 80 000 Francais sur les quatre divisions postées en face de Huerta devrait normalement faire triompher le nombre avant que les ailes puissent rejoindre.

    Son plan choisit la prudence, préconisant un mouvement vers les gués reconnus à Galisancho, qui déborderont la position ennemie et menaceront de l’attaquer de flanc, le forçant à se battre sur le Zurgain ou à retraiter vers la frontière.

    Le commentaire de Jourdan sur ce plan est que si Wellington peut retraiter vers le Portugal sans avoir subi de défaite ou au moins un coup d’arrêt brutal (ce qui sera la décision la plus en phase avec le comportement connu du général anglais s’il est débordé), rien ne l’empêchera de revenir après la séparation des armées françaises.

    Or la manœuvre de Soult ne permettra pas de fixer l’armée ennemie si elle décide de refuser le combat. Et, pour paraphraser la réaction de Jourdan, à quoi sert de dénuder les ¾ de l’Espagne de troupes si ce n'est juste que pour accompagner les Coalisés jusqu'au Portugal,

MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 31 Déc 2015, 20:17

    Manœuvre française

    Joseph se décide pour la prudence, car si une défaite anglaise ferait beaucoup avancer la fin de la guerre d’Espagne, une autre défaite, même partielle, des armées françaises réunies pourrait avoir des conséquences dramatiques. Et, qui sait, le général anglais restera peut-être pour se battre….

    Les jours suivants voient beaucoup de mouvements dans le camp français, car il faut déplacer le gros des troupes vers le sud, sans montrer de faiblesses ni de trous dans le dispositif, pour éviter une réédition de la leçon du 22 juillet. l’Armée du Sud commence à marcher sur sa droite, avec l’Armée du Centre puis l’Armée de Portugal attendant de les remplacer dans leurs cantonnements, tout en gardant les reconnaissances ennemies hors de vue.

    Les 12 et 13 novembre sont utilisés pour cette marche de flanc, et au soir Soult est à Anaya, juste à côté dés gués de Galisancho, le roi à Valdecarro un peu à droite du maréchal, et l’armée du Portugal ne laisse que sa cavalerie et deux divisions en arrière-garde en face de Huerta, les six autres campant sur les hauteurs devant Alba de Tormes, avec comme ordre de profiter de l’abandon de la ville par Hill dès qu’il aurait été tourné par Soult. Cette partie ne se déroulera pas comme prévu.

    Le Roi prend aussi deux mesures importantes pour la suite de la campagne, tout d’abord il remplace Souham par Drouet à la tête de l’Armée du Portugal, sous prétexte que le premier est malade, mais en fait parce que celui-ci s’est montré lent et trop prudent dans ses actions après le 30 octobre, et plus étonnamment, il donne le commandement de l’Armée du Centre à Soult, qui se trouve ainsi à la tête de près de 60 000 hommes pour le mouvement qu’il a préconisé.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 09 Jan 2016, 10:38

    Incertitude dans le camp anglais

    Wellington, lui, reste dans l’expectative face aux mouvements français ; il a détecté qu’il n’y a plus grand monde face à San Cristobal, mais la majeure partie des forces françaises semble toujours stationnée entre Huerta et Alba.

    La présence de deux divisions à Huerta l’empêche de dégarnir San Cristobal, car la perte de la position suite à un mouvement brusque de l’ennemi menacerait sa voie de retraite à travers Salamanca. Le matin du 12, Maucune fait même une reconnaissance en force des positions de Pack à Aldealengua avec trois brigades, ne repliant qu’à l’arrivée des renforts anglais. Le lendemain c’est le général anglais qui teste la présence de cette division autour de Huerta par de fortes reconnaissances de cavalerie. Rien n’étant en mouvement sur ce point, l‘armée anglo-alliée ne bouge pas, malgré que la cavalerie française ait été vue sur le haut-Tormes.
    Un escadron du 13e Light Dragoons est juste poussé jusqu’à Salvatierra pour prévenir de toute incursion dans cette zone, et Hill reçoit des instructions claires sur ce qu’il devra faire en cas de franchissement.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 09 Jan 2016, 10:41

    Franchissement du Tormes

    Le 14 à l’aube, les cavaliers de Pierre Soult franchissent en force le Tormes à Galisancho et Lucinos, repoussant les piquets portugais qui donnent l’alarme. Deux divisions de dragons suivent le mouvement, explorent le cours de la rivière et les alentours, puis lorsqu’il est clair que l’ennemi n’est pas là, l’infanterie commence la traversée, par les gués et par une série de ponts de corde jetés en hâte.
    Dès que deux divisions sont passées, elles sont poussées jusqu’à une ligne de hauteurs formant position défensive à quelques kilomètres de là, près du village de Martinamor (DSA-120). Dans l’après-midi, la totalité de l’Armée du Sud étant sur la rive gauche, elle est poussée plus avant, en direction de Mozarbez, pendant que l’Armée du Centre traverse à son tour.

    Il avait été prévu que l’Armée du Portugal traverse à Alba de Tormes, mais, conformément aux ordres, Hill, en abandonnant la ville, détruit le pont, et laisse dans le château le régiment espagnol Monterey, de l’Armée de Galicie, sous les ordres du Major José Miranda, avec ordre d’interdire la réparation du pont et le gué voisin aussi longtemps que possible. Cet officier tiendra avec brio son poste plusieurs jours, puis, au moment où il allait être forcé de se rendre, s’échappera en force.

    Bloqué de la sorte, Drouet n’a d’autre solution que de remonter le Tormes jusqu’au gué de Torrejon de Alba, 6 km au sud, et a le gros de ses troupes de l’autre côté en fin d’après-midi. Les deux divisions restées à Huerta, effectuent une marche forcée et traversent à la tombée de la nuit.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Jan 2016, 05:53

    Repositionnement anglo-allié

    Wellington est informé très tôt du mouvement en cours, sa cavalerie ne trouvant plus personne à Huerta, puis Hill l’informant que Soult commence à passer en force au Sud.
    Il chevauche donc en hâte dès le matin pour prendre le commandement de la zone menacée, après avoir ordonné aux troupes de San Cristobal de se mettre en marche pour le suivre. Il rencontre Hill dans un bois au sud des Arapiles, et lui ordonne de garder la route d’Alba avec la 4th et Hamilton, pendant qu’il prend la grosse 2nd division et toute la cavalerie disponible dans la boucle du Tormes (Slade, Long, d’Urban et Penne Villemur) ; il s’avance pour soit contenir soit attaquer l’avant-garde de Soult.

    Mais arrivé en face de Mozarlez, il s’aperçoit que les Français ont déjà trois ou quatre divisions et plus de 4000 cavaliers en ligne. En réunissant les troupes disponibles, il ne peut qu’atteindre une égalité numérique temporaire, les Français étant renforcés rapidement par l’arrière, alors qu’une moitié de ses troupes est loin, et n’arrivera sans doute pas avant le soir (les dernières unités ne seront en fait en ligne que tôt le lendemain). Il est trop tard pour contester le passage, il faut gagner du temps.

    Hill reçoit donc à la tombée de la nuit l’ordre de se replier sur l’ancienne position des Arapiles, la cavalerie masquant ses intentions et l’intégralité de son dispositif.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Jan 2016, 05:57

    Le matin du 15, les deux armées sont en présence l’une de l’autre, avec l’intégralité de leurs effectifs disponibles, et Jourdan censurera plus tard Wellington de ne pas avoir commencé sa retraite sur Ciudad Rodrigo tout de suite puisque visiblement il ne veut pas attaquer sans avantage marqué. Il aurait ainsi pu profiter du temps dépensé par les Français pour sortir de leur position défensive, et serait arrivé sur la frontière avec des pertes moindres.

    Le général anglais pense à l’évidence que la position des Arapiles compense largement le déficit de 20 000 hommes qu’il a si l’ennemi fait l’erreur de lancer une attaque frontale. Ses troupes sont disposées comme suit :
    La 4th fait l’extrême gauche, sur les hauteurs et dans le village de Calvarisa de Arriba, où se trouvait Foy le 22 Juillet.
    La 2nd et Hamilton tiennent les Arapiles jusqu’au village du même nom, et à l’Ouest se trouvent la 3rd et les Espagnols de Morillo.
    En 2e ligne se trouvent la Light Division à gauche, puis Pack, Bradford, les Galiciens et les 5th, 6th et 7th. La 1st est légèrement détachée en flanc refusé sur la droite autour de Aldeatejada sur le Zurgain, pour intercepter toute tentative de tourner la ligne anglaise, soutenue par l’ensemble de la cavalerie, à l’exception de Long, des Portugais de d’Urban et Campbell et des Espagnols de Penne Villemur qui sont sur la gauche.
    La brigade von Bock se trouve sur la colline où Packenham a détruit Thomières, et les sabots des chevaux font régulièrement rouler les crânes des Français tués, qui n’ont pas étés enterrés et dont les cadavres sont parfaitement conservés. En face d’eux se trouvent 7000 cavaliers des armées du Sud et du Centre.

MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 25 Jan 2016, 16:00

    Une erreur lourde de conséquences

    En prévision d’une possible retraite si les Français n’ont pas l’obligeance de venir se suicider, toutes les divisions se conforment à l’ordre de faire partir leurs bagages à une demi-étape de là sur la route, et le commissariat commence à détruire les stocks de Salamanque qui ne pourront pas être évacués.

    Par une erreur de l’incompétent James Willoughby Gordon, alors QMG, tous ces éléments sont envoyés sur la route Salamanca-Rollàn-San Felices de Gallegos, certainement la plus protégée des incursions françaises parce que, et c’est aussi son principal défaut, la plus éloignée de la route directe, et sans route de liaison transversale.
    Donc durant la retraite, les mules et chariots à bœufs portant les affaires des unités, les manteaux et la nourriture qui devrait leur permettre de marcher se trouveront sur une route excentrique, qui arrive à la frontière 30 km au Nord de Ciudad Rodrigo.

    Pendant ce temps, l’armée, disposée sur trois routes parallèles allant de Salamanca à la forteresse susnommée souffrira de famine, du froid, hommes et bêtes tomberont malades sous la pluie et donc quitteront les rangs, simplement parce que le Quartier Maître Général n’a pas saisi qu’un soldat doit se nourrir régulièrement, et qu’un manteau de pluie, quand il pleut, est plus à sa place sur le dos de son propriétaire qu'en sécurité dans un chariot bâché.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 02 Fév 2016, 12:54

    Repli anglais

    Revenons à la matinée du 15. Durant les premières heures de la journée, à travers une petite pluie froide et transperçante de novembre, Wellington voit les troupes françaises construire des retranchements et des abattis sur la position de Mozarbez. Pendant ce temps les reconnaissances lui apprennent que la quasi-totalité de la cavalerie adverse est sur la droite, protégeant le déplacement de colonnes d’infanterie vers l’ouest, le tout réalisé sans laisser d’intervalles attaquables contrairement à l’été.

    L’armée du Portugal, située à la droite française, se rapproche en même temps lentement des positions de Hill, sans doute dans l’optique de le fixer en place. L’adversaire n’a donc pas l’intention d’attaquer de front, mais semble vouloir intercepter la route Mozarbez-Tamames-Ciudad Rodrigo, qui est parallèle à la route principale de retraite anglaise.

    La prudence du général en chef adverse rend l’attaque de sa position ainsi renforcée suicidaire, et une part non négligeable de son armée risque d’interdire le repli d’ici peu ; il faut donc retraiter sans tarder.

    A deux heures de l’après-midi, les ordres sont donnés : la cavalerie de Aldeatejada reste sur place pour protéger la marche par la droite, celle de l’aile gauche prend position près du village des Arapiles pour jouer le rôle d’arrière-garde pendant que les divisions défilent. Toutes marchent en ordre de bataille, pour être prêtes au combat par un simple « à gauche ».

    Le mouvement est lent jusqu’au passage du Zurgain, car il se fait à travers champs, et le crachin qui tombait depuis le matin laisse place à des cataractes transformant les champs en un marécage en quelques minutes et le Zurgain, en temps normal insignifiant, en un torrent impétueux à guéer avec prudence. La troupe, qui attendait la bataille avec impatience, est de mauvaise humeur.

    Une fois le Zurgain franchi, l’armée se réparti sur les trois routes partant de Salamanque, au sud par Matilla de los Caños, au centre par San Muñoz et au Nord par Calzada de San Pedro-Aldehuela de la Boveda. Elle s’éloigne d’environ 15 km de Salamanca avant de bivouaquer dans les bois près du Rio Almusa, le QG s’établissant dans le village de Carnero sur la route centrale.
    Aucune nourriture n’est distribuée, et malgré l’abondance du bois il est très difficile d’allumer des feux étant donné la pluie persistante, donc les traînards commencent à se multiplier.



MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 08 Fév 2016, 13:49

    La journée du 15 du côté français

    Du côté français, la journée du 15 n’est pas aux réjouissances non plus. A 9 heures du matin, les reconnaissances à travers la pluie permettent de s’assurer que Wellington est en bataille face à la position française. Son dispositif est en grande partie inconnu, mais il est de notoriété publique que même avec tout son monde son armée compte au moins 20 000 hommes de moins que l’armée française ; la troupe s’attend donc à une confrontation décisive, mais rien ne vient.

    L’aile gauche de Soult commence un mouvement d’enveloppement sur la gauche en direction de Azan et la cavalerie est prudemment avancée en direction de son homologue. Jourdan accusera Soult de volontairement limiter l’évolution de la cavalerie légère de l’Armée du Sud, commandée par son frère, parce qu’il sait son incompétence, et qu’il ne veut pas l’exposer à un échec.

    Un peu avant midi, Joseph et Jourdan rejoignent Soult sur les hauteurs au-dessus de Mozarbez. L’adversaire restant immobile, Jourdan suggère que l’Armée du Portugal s’avance sur la droite et attaque le bout de la ligne qui s’appuie sur les Arapiles, apparemment dans le but de fixer Hill et de l’empêcher de s’échapper.

    Ladite armée s’avance alors prudemment, car déclencher une attaque partielle de la ligne anglaise alors que le reste n’est fixé par rien aurait pu avoir des conséquences graves. La tentative est tellement faible qu’elle se borne à confronter les Caçadores de la 2nd à de la cavalerie légère et des voltigeurs, attendant que Soult s’engage fortement sur son aile comme le lui demande Jourdan.

    On peut remarquer aussi que se retrouvent confrontés les deux protagonistes du face-à-face de l’année dernière en Estramadura, et que d’Erlon en a de très mauvais souvenirs, ce qui explique peut-être sa timidité.

    Puis arrive la pluie torrentielle de deux heures de l’après-midi, transformant la campagne en un marécage. Le temps s’assombrit très fortement, et le début de mouvement anglais, à peine perceptible, ne peut être intercepté, le feu de l’infanterie étant totalement impossible, et les mouvements de la cavalerie, même au pas, rendus très dangereux par le terrain argileux (ne parlons pas de l'artillerie).

    Les cavaliers mettent pied à terre et avec les fantassins, attendent avec de la boue jusqu’aux genoux que l’orage passe. Le dernier point est tiré de mémoire d’un officier français, qui exagère sans doute car la pluie n’a pas empêché les cavaliers anglo-hispano-lusitaniens de partir…. Jourdan ajoute qu’entre la pluie et le crépuscule commençant, il fait nuit noire à 4 heures après midi.

MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 14 Fév 2016, 07:49

    le Roi abandonne le combat

    Apprenant que Wellington est parti sans être inquiété par Soult ou sa cavalerie, le Roi, sur les conseils de Jourdan, donne alors des ordres sonnant implicitement la fin de la campagne.

    Plutôt que de suivre les Anglais avec toutes les troupes disponibles, il envoie l’Armée du Portugal, ainsi que sa Garde vers la ville de Salamanca qu’il sait désertée, laissant au seul Soult la poursuite future. Il est évident qu’il ne s’attend pas à ce que l’armée anglo-alliée se retourne contre ses poursuivants avant la frontière, sinon il n’aurait pas réduit ces derniers à 50 000 hommes.
    Jourdan peut ainsi se complaire dans la critique des mouvements tournants de Soult, qui ont renvoyé l’armée ennemie intacte sur ses bases de départ.

    La cavalerie de Curto et la division de Foy arrivent à la ville après la tombée de la nuit (« la plaine était sous les eaux ; la moitié du temps nos troupes en avaient jusqu’aux genoux, et si la lune ne s’était pas levée, nous n’aurions jamais trouvé notre chemin »), y trouvent le pont intact et des magasins de rhum et de farine pas complètement vidés, et pillent la ville jusqu’au matin.

    Une arrière-garde du 2nd hussard KGL évacue la ville à leur arrivée, poussant devant elle un troupeau de traînards, cantiniers et civils espagnols en direction de Lesdema et de la frontière. Foy, les suivant 48 heures plus tard, passe par cette même ville en direction de Zamora où il établit ses quartiers.
    La cavalerie de l’Armée du Portugal suit la route de retraite anglaise jusqu’à Aldehuela de la Boveda puis s’arrête ; le reste des troupes est passée en revue par le Roi le 17, à côté de Salamanca, sous la pluie, dans un état de mécontentement visible, la troupe et les officiers étant persuadés que la chance de gagner une bataille décisive contre les Anglais vient de s’envoler.

    Suite à quoi le roi reprend la direction de Madrid avec l'Armée du Centre
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 22 Fév 2016, 09:59

    j) Trois jours de misère

    La campagne 1812 est intrinsèquement terminée : les Anglo-alliés vont vers la frontière portugaise, et les armées françaises n’ont déployé qu’un corps d’observation à sa suite, dont le général annonce au Roi dès le 16 qu’il n’a pas l’intention de franchir l’Agueda, et que son armée ne peut rester deux jours au même endroit par manque de pain et de fourrages.
    Il prévoit de s’installer une grosse semaine sur le haut Tormes près de El Barco et Salvatierra après avoir raccompagné l’ennemi au Portugal.

    16 novembre

    Le 16, les Anglais reprennent la marche à l’aube avec le ventre vide. La pluie ne s’étant pas arrêtée, l’état des deux routes latérales où se trouvent la majorité de l’armée empire, et donc les égarés se multiplient, à la recherche de paysans à piller et plus encore de toits pour s’abriter.

    Après la pause de midi, l’information que la colonne de soutien ne rejoindra pas et qu’aucune distribution de vivres n’est à attendre avant la frontière est de notoriété publique. La seule chose disponible est la viande dure de quelques bœufs de trait morts d’épuisement et rapidement équarris sur place, et quelques glands ramassées le long de la route.

    La cavalerie française n’est visible qu’au soir pour la colonne sud, après que l’armée se soit disposée pour la nuit près du village de Matilla de los caños del rio.

    Les lanciers polonais, le 2e hussards et les 5e et 27e chasseurs tiraillent contre la brigade Anson (hussards KGL et 14th Light Dragoons) devant le bivouac de la 2nd Division jusqu’à ce que la compagnie légère du 28th et deux pièces d’artillerie, tirant depuis un bois, les fassent abandonner. Les Français perdent une cinquantaine d’hommes, principalement des prisonniers blessés.

    Au centre, les dragons de Digeon se montrent sans rien essayer, et au nord la cavalerie de l’Armée du Portugal est encore plus timide.

    L’armée anglo-alliée perd néanmoins plusieurs centaines de « manquants », égarés ayant échappé à la cavalerie d’arrière-garde et capturés par les Français un peu plus tard, femmes, enfants et cantiniers n’ayant pas pu suivre le rythme. Soult annonce 600 prisonniers sur la journée, et il est bien possible qu’il ait raison.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 29 Fév 2016, 10:07

    17 novembre, Colonne Sud, "Pig Chase"

    Le 17 Novembre est encore pire, la pluie continue et les estomacs sont encore plus vides. L’arrière garde de la colonne sud est faite par la 4th Division au lieu de la 2nd , sur la route Matilla/Villalba de los Llanos/Anaya de Alba pour ne pas s’éloigner trop du gros de l’armée et pouvoir faire front sur le Huebra. Vers le soir, la pluie diminue, mais est remplacée par un froid vif qui achève nombre de soldats épuisés. L’ennemi ne se montre heureusement pas.

    La seule nourriture fournie ce jour dans cette colonne est accidentelle, et aura une part importante dans les reproches faits par Wellington à l’armée à la fin de la campagne. Le pays traversé a une forte activité d’élevage porcin, et les habitants, à l’approche des soldats, ont pris l’habitude de mener leurs hardes dans la forêt pour les soustraire au pillage.

    Pour une raison inconnue, une de ces hardes se prend de panique et traverse la route au beau milieu de la 3rd Division, dont les soldats affamés ouvrent le feu, puis se débandent pour les poursuivre à la baïonnette, alarmant le reste de la colonne.

    Plus tard dans la journée, la même harde ou une autre débouche au milieu du campement de la 2nd et procure un repas à bien des estomacs affamés.

    La colonne nord ne rencontre pas d’obstacle autre que la pluie, la faim et la boue, ne voit la cavalerie de l’Armée du Portugal que de très loin pendant la matinée puis plus du tout, et arrive à son campement trempée, affamée et transie de froid; mais les égarés, n’étant pas poursuivis, reviennent en majeure partie dans les rangs durant la nuit, rameutés par la cavalerie d’arrière-garde.
MASSON Bruno
 

Re: La campagne anglaise de 1812 et ses suites

Messagepar MASSON Bruno sur 07 Mar 2016, 13:41

    17 novembre, colonne centrale, nouvelle erreur du QMG

    La colonne du centre est par contre plus fortement engagée ; marchant dans l’ordre 1st, 6th, 5th, 7th et Light Division, elle se trouve engagée par deux divisions de dragons.

    Le QMG ayant oublié de notifier son rôle à la cavalerie d’arrière-garde, ne lui précisant que sa route et son but du soir, la Light Division se trouve esseulée et encore partiellement au campement quand les cavaliers français arrivent. Les dragons se gardent bien de se rapprocher de cette arrière-garde, ou des unités d’infanterie qui marchent plus loin en ordre serré, mais envoyant des escadrons par tous les chemins secondaires disponibles, dépassent les fantassins et attaquent les bagages de la 7th marchant entre celle-ci et la 5th ou la Light.

    La 7th Division perd donc une grande partie de ses bagages, mais l’armée subit une perte plus importante que celle-ci. Il se trouve que le tout nouvellement arrivé commandant en second, Sir Edward Paget, navigant de la dernière brigade de la 5th à la première de la 7th pour en presser la marche, accompagné d’un seul serviteur espagnol, est attaqué par un peloton de dragons français. Ne pouvant se défendre vu qu’il lui manque un bras, il est obligé de se rendre. Son absence passe inaperçue jusques-au soir, et bien des traînards subissent le même sort.

    La colonne centrale arrive tard en vue de San Muñoz, passe le Huebra et campe dans les bois de l’autre côté. Le bois est abondant, et les feux plus facile à allumer du fait de la diminution de la pluie, mais la nourriture est bien maigre, les glands se révélant néanmoins plus facile à manger cuits que crus.
MASSON Bruno
 

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