Les Deux-Siciles de la Révolution au retour partie IV et fin

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Les Deux-Siciles de la Révolution au retour partie IV et fin

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 11 Avr 2026, 06:54

Le retour et après

Même victorieux, le gouvernement était dans une situation politique délicate : la reconnaissance de Joachim Murat comme roi de Naples — contre lequel le nonce, alors brigadier, protestera trop fermement, si bien qu’il sera obligé de quitter Gênes et de retourner à Palerme — semblait rendre vain la victoire sur Napoléon. Le protectorat britannique qui limitait les capacités d’action et l'Autriche qui jouait le rôle d’organisateur du contrôle politique de la péninsule italienne même si les Puissances garantissaient à Ferdinand le domaine de la Sicile. Les provinces continentales auxquelles s’ajoutaient les Marches (provinces orientales des états pontificaux appelées aussi Légations) étaient laissées à Murat, Il est également vrai qu'il s'agissait d'une alliance contre nature, que l'Autriche et surtout l'Angleterre ne se sentaient pas à l'aise et qu'au congrès de Vienne il serait peut-être possible de jouer une nouvelle carte.
Ferdinand n'eut donc d'autre choix que d'attendre et, si possible, d'étudier la possibilité d'apporter son aide à ceux qui voulait un changement de roi dans le royaume de Naples. En effet, les effets des guerres n’étaient pas compensés par ceux provoqués par une administration très (pour les standards de l'époque) progressive. Entre-temps, Ferdinand tentait de compenser la réduction des effectifs de l'armée, due au grand nombre de démobilisations accordées après la paix, en réquisitionnant, notamment à Gênes, tous les soldats napoléoniens, italiens et étrangers, qui ne voulaient ni ne pouvaient s'adapter à la vie civile. Il entrait notamment en compétition avec Murat mais entraînait sans le vouloir le développement du Carbonarisme dans son armée.

Près d'un an devait s'écouler avant que cette situation extrêmement précaire ne soit résolue définitivement avec le lancement d’une campagne militaire prématurée (et on peut le dire stupide) de Murat... Tolentino (3 mai 1815), et la retraite entraînaient la fin du royaume de Naples du roi Joachim Murat dans les faits. Par contre, malgré ses errements, son ombre planait sur l’armée.
C’était maintenant l’Autriche qui montrait sa puissance.
L’armistice était intervenu si rapidement que l'armée des Bourbons, sous le commandement du prince Francesco depuis juillet 1814, n'avait pas eu le temps d'intervenir. Sur les plus de 15 000 hommes qui la composaient, 7 000 (principalement issus de la Garde royale et des quatre premiers régiments étrangers) se dirigaient vers les ports d'embarquement de Messine et de Milazzo, mais ne pouvaient embarquer que les 16 et 18 mai pour débarquer à Naples le 25. À ce moment-là, cependant, la ville était déjà aux mains des Anglo-Autrichiens depuis deux jours, en compagnie du second fils du roi, le prince Léopold. Les Bourbons avaient néanmoins apporté un certain soutien, tant par le biais de révoltes locales (des jacqueries régionales, par exemple celle de Domnico VALENSISE en Polistena en avril)en faveur des colonnes autrichiennes que grâce à l'organisation, avec des déserteurs de l'armée de Murat et des insurgés, d'unités de volontaires que les Anglais avaient financées et équipées depuis la guerre. Ces unités, constituées en deux mois sous les ordres du colonel anglais Church, formèrent le 1er escadron des Lancieri Reali, deux bataillons et trente-quatre compagnies d'infanterie indépendantes, avec 22 officiers et 5 476 sous-officiers et soldats, dont plus de 500 avaient participé aux dernières phases de la guerre.

(16) Document des Archives du ministère des Affaires étrangères de Londres, vol. 122, cité par M.H. Weil dans le volume IV de son ouvrage « Murat roi de Naples. Lu derniers an de Régne ».

Les seuls soldats réguliers bourboniens qui auraient pris une part active à la campagne contre Murat auraient été les 1er et 4e régiments étrangers. Avec 100 artilleurs et 50 sapeurs, ils auraient participé au siège de Gaète, défendue par le général Begani jusqu'au 8 août. Mais depuis la reprise de Naples par les Bourboniens, le roi voulant éviter les erreurs de 1799 réalisait l'armée de l'Aznalganza (Amalgame). C’était une fusion des Siciliens et des Muratiens. Ces derniers, grâce à la convention de Casalanza, se voyaient garantir leur grade et le maintien de leur service, ainsi qu'une amnistie complète, conformément aux intentions exprimées par le roi Ferdinand dans une proclamation du 2 mai.

Epilogue

Les deux régimes politiques siciliens et napolitains sont finalement supprimés, malgré le refus initial des Britanniques. Ces derniers voulaient garder leur protectorat sur la Sicile, mais après de fortes tractations diplomatiques, le 8 décembre 1816., se créait le Royaume des Deux-Siciles (les Bourbons-Sicile alors le nom des Bourbons-des-Deux-Siciles) avec une constitution de type monarchie absolue (imposée par l'Autriche), qui abrogeait les constitutions libérales de la Sicile et de Naples. Mais tout de suite le roi Ferdinand Ier des Deux-Siciles (ex Ferdinand IV de Naples et Ferdinand III de Sicile) était confronté à deux vraies difficultés politiques : le carbonarisme du point de vue idéologique et l’agrégation des deux armées du point de vue militaire.
---Pour le premier, cette idéologie était très répandue dans les élites tant nobles que bourgeoises et avaient permis à la partie continentale du nouveau royaume d’avoir une industrie (le souffre surtout qui donnait à la poudre napolitaine une très haute qualité), une éducation des populations élevée pour les standards de l’époque alors que qu’en Sicile, même si les mines, l’agriculture et la pêche donnaient une certaine richesse à certains, la plus grande masse de la population était analphabète et pauvre. On avait donc une ile réactionnaire et une partie continentale plus progressiste. D’autre part, l’année 1815, comme la suivante, étaient des années de pénurie très forte en particulier dans l’alimentaire (années sans été) en raison de très mauvaises récoltes
---Cette dualité se retrouvait dans l’armée avec moins d’accointance en raison des « échanges par désertion » notamment en Espagne entre les deux armées, mais le Carbonarisme avait ainsi infiltré toute l’armée
L’armée est complètement réorganisée entre juin 1815 et décembre 1816, avec une garde royale, une armée de ligne et une marine mais le comportement du roi, notamment en abolissant les constitutions semi-libérales et en confiant le gouvernement à un Muratien, l’ancien premier ministre du roi Joachim sans promettre une nouvelle constitution déchirait les consciences des militaires. De plus, les interventions politiques autrichiennes empêchaient toute évolution politique. Du point de vue militaire, les régiments siciliens et napolitains étaient agrégés en évitant cependant les mélanges et les rapprochements mais l'ombre de Murat planait sur l'armée car il avait voulu une indépendance face aux Autrichiens. Le roi essayait de s'accorder les soldats en gardant les uniformes inspirés par Murat. Pour information, les derniers français restés avec Murat rentraient en France (Grenadiers de la Garde, Corses et Antillais) ou partaient en Amérique du Sud pour soutenir les révoltés mais un grand nombre restaient et se fondaient dans la population.

C’était donc une armée nombreuse, organisée mais politiquement instable qui était construite par le roi Ferdinand. Cette situation aboutira à la révolution constitutionnelle de 1820 et à l’intervention autrichienne l’année suivante. La défaite de Rieti du 7-9 mars 1821 rendait le pouvoir absolu au roi (en fait au gouverneur autrichien) et à la dissolution de l’armée. Le royaume devenait un protectorat autrichien jusqu'en 1830.
REMY Nicolas-Denis
 
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