Lectures (navales) du confinement

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Lectures (navales) du confinement

Messagepar MANÉ Diégo sur 13 Nov 2020, 17:06

Lectures (navales) du confinement

Serait-ce mon paradoxal goût prononcé depuis toujours pour la marine de guerre à voile, moi qui nage comme un fer à repasser ?

Seraient-ce mes récents essais au commandent de vaisseaux miniatures, grâce à Charles Campmas qui m’a initié à sa règle «Branle-Bas de Combat» ?

Serait-ce la vue désormais quotidienne dans une vitrine de ma chambre de deux maquettes* qui attendaient depuis 50 ans d’être finies, ce dont Charles s’est chargé ?
* Le vaisseau Victory de Trafalgar, et la frégate Shannon qui remporta la seule victoire anglaise de la "guerre de 1812" contre une frégate américaine (la Chesapeake).

Serait-ce un effet bénéfique du confinement qui m’a conduit à entreprendre le recensement de tous mes livres... En retrouvant pareillement des ouvrages possédés depuis 40 ans et plus mais que je n’avais pas encore lus ?

Serait-ce un effet bénéfique du confinement (bis) qui, en fermant la Bibliothèque qui me fournissait en BDs (retour en jeunesse) m’a imposé de revenir à des lectures plus «sérieuses» ?

Peut-être un peu de tout cela mêlé, et au résultat j’ai retrouvé le double plaisir de lire, et de lire «naval» ces temps-ci, et j’en profite pour vous livrer quelques notes de lecture qui semblent utiles.

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Vu chez Charles Campmas un très joli livre que je me suis procuré incontinent car il est récent et les intéressés par le genre peuvent donc se le procurer actuellement.

DELITTE, Jean-Yves, À bord des frégates (Glénat), Grenoble, 2020.

Pour qui aime la marine de guerre à voile ce magnifique ouvrage de 96 pages 24 x 32 est tout simplement un «must» (oui, il y aussi des Anglais) complètement et superbement illustré. Une quarantaine de pages présentent le sujet, les frégates, et j’y ai appris plein de choses. Ensuite sont détaillés les «parcours» de dix navires représentatifs du genre de 1689 à 1859, époque après laquelle la vapeur supplanta totalement la voile.

Ce sont successivement, tous magnifiquement illustrés sur double page :

L’ALCYON, frégate-vaisseau, France, 1689, qui fut commandé par Jean Bart.

LE SHTANDART, frégate légère, Russie, 1703, qui fut le premier navire de Pierre Ier.

HMS ROSE, frégate de IX, Grande-Bretagne, 1757, modèle de la «Surprise» du film M&C.

LA BOUDEUSE, frégate de XII, France, 1766, qui fut la «monture» de Bougainville.

L’HERMIONE, frégate de XII, France, 1779, qui conduisit La Fayette au Nouveau Monde.

USS CONSTITUTION, États-Unis, 1797, qui battra quatre frégates anglaises à la suite.

LA MÉDUSE, frégate de XVIII, France, 1810, que le célèbre radeau a rendu inoubliable.

HMS TRINCOMALEE, frégate de XVIII, Royaume-Uni, 1816, toujours à flot à Hartlepool !

LA GLOIRE, frégate cuirassée, France, 1859, première du genre... et aussitôt dépassée !

HMS WARRIOR, frégate cuirassée, Grande-Bretagne, 1859, devenue musée en 1979 !

Bon, les deux derniers, «à voile et à vapeur», motivent moitié moins (à cause de la vapeur qui les rend "moches") mon intérêt pour la marine à voile... Ils seront pour longtemps les derniers à porter le nom de «frégates», remplacés qu’ils furent par le «dreadnought» (plus moche que çà tu coules).

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D’autres «notes de lectures navales» suivront, dans l’ordre :

GARNERAY, Louis, Un corsaire de quinze ans, Paris 1950.

FORBIN, Mémoires du Comte de Forbin, chef d’escadre (1656-1710), Paris 1934.

SCOTT BROWN, James, De Grasse à Yorktown, Paris, 1931.

MORDAL, Jacques, 25 siècles de guerre sur mer T1, aux temps... de la voile, Paris, 1959.

Alors... à suivre...

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Re: Lectures (navales) du confinement

Messagepar MANÉ Diégo sur 17 Nov 2020, 11:29

GARNERAY, Louis, Un corsaire de quinze ans, Paris 1950.

Je ne me souviens plus comment j’ai récupéré cet ouvrage, il y a probablement 30 ou 40 ans une première fois, puis une deuxième plus récemment quoiqu’il y a longtemps aussi.

Le sujet déjà, bien sûr, mais aussi les magnifiques illustrations de Henri Dimpre, un Maître du genre dans les années cinquante-soixante, auteur de nombreux Pilotorama qui me faisaient rêver enfant puis adolescent et, pourquoi le nier, me plaisent toujours autant.

Donc, comme dit plus haut, le Confinement (on peut lui accorder la Majuscule vu son importance dans notre vie depuis des mois), par un de ses effets bénéfiques, m’a conduit à mener l’inventaire de mes livres en même temps que je me trouvais sevré de BDs.

Et donc je jetais mon dévolu sur cette histoire de Corsaires de la République et bien m’en prit car le plaisir fut au rendez-vous. Grâce à un style alerte, enjoué même, aux raclées mises aux Anglais par ces petits navires pendant que nos grandes flottes étaient battues, je suis resté sur ma faim et vais chercher la suite. Elle me plaira, c’est sûr, me ravira même, puisque l’auteur voguera avec Surcouf dont on ne comptera pas les exploits.

D’autres combats moins connus mais tout aussi héroïques émaillent le récit du Corsaire de quinze ans. On y apprend plein de choses sur la vie à bord d’un bâtiment de l’époque. Les caprices du vent qui font gagner ou perdre des batailles plus sûrement que toute autre raison malgré l’expertise des meilleurs capitaines du temps.

L’exemple le plus clair est celui de la frégate La Preneuse du Capitaine L’Hermite (futur amiral), bien nommée car elle prit beaucoup de navires ennemis... Mais finit par rester seule française dans son secteur, toutes les autres ayant été prises... Et lorsqu’elle dut rentrer, abîmée et meurtrie au terme d’une longue croisière, deux vaisseaux anglais intacts l’attendaient devant le port de l’île de France.

Je vous passe l’exposé des manoeuvres savantes du capitaine, bien servi par ce qui restait de son équipage d’élite, et qui était parvenu à «rouler» les capitaines anglais qui ne pouvaient plus l’empêcher d’entrer au port... Lorsque le vent tomba net, arrêtant le navire que le courant poussa sur un banc de sable qu’il ne put dès lors éviter et sur lequel il s'échoua. Un combat homérique fut livré là dans des conditions incroyables, et La Preneuse fut prise... Mais pas notre Corsaire de quinze ans qui se jeta à la mer et gagna la côte à la nage...

Plus tard l’auteur fut pris par les Anglais et passa huit ans de sa vie sur divers pontons-prisons de Sa Très Gracieuse Majesté Britannique. Il en profita pour développer un de ses premiers talents, le dessin et la peinture... Et deviendra l’un des plus grands peintres de la marine de son époque. On lui doit, entre autres toiles célèbres, la prise à l'abordage du très gros Kent anglais par la toute petite Confiance française de Surcouf (l’auteur étant alors à bord), et la bataille de Navarin en 1827.

Diégo Mané

À suivre...
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Re: Lectures (navales) du confinement

Messagepar AUGER Vincent sur 17 Nov 2020, 21:38

MANÉ Diégo a écrit:Mais pas notre Corsaire de quinze ans qui se jeta à la mer et gagna la côte à la nage...
Une exception pour l'époque : de nombreux marins ne savaient pas nager
Ludiquement votre




Vincent
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Re: Lectures (navales) du confinement

Messagepar MANÉ Diégo sur 23 Nov 2020, 11:51

C'est vrai, Vincent, beaucoup de marins ne savaient pas nager à l'époque, et c'est souvent évoqué au fil de ces "lectures navales", y compris celle que je vous livre à la suite.

Beaucoup de noyés donc, qui s'en seraient sortis s'ils avaient su nager, comme notre "Corsaire de quinze ans", excellent nageur même, comme il se décrit, et il fallait çà pour survivre à deux ou trois de ses péripéties, là où d'autres ont coulé bas.

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Je vous propose cette fois un retour en arrière sur la marine de Louis XIV, qui, pour ce qui touche à la manoeuvre des vaisseaux et aux nombreux combats livrés, n'est guère différent de ce que l'on verra naviguer et combattre jusqu'après le Premier Empire... Sauf que là il y a des victoires à savourer !


FORBIN, Mémoires du Comte de Forbin, chef d’escadre (1656-1710), Paris 1934.

Éloigné de l’Empire me direz-vous. Par le temps certes, par l’espace pas tant que cela car l’empire de la mer est resté fort semblable quant aux circonstances des combats livrés avec des navires à voile dont les caractéristiques n’ont pas changé si radicalement.

Forbin débuta peu ou prou comme Corsaire, et les péripéties de sa prime carrière sont fort similaires à celles contées dans le précédent ouvrage que j’ai lu, au détail près que le Corsaire de quinze ans était novice, et Forbin rapidement officier puis capitaine.

Le style est davantage sobre, mais pas ce qu’il raconte. Notre homme fut une sorte de Lasalle de la mer, ne rêvant, cherchant, et par suite trouvant, que plaies et bosses. En infligeant toutefois davantage qu’il n’en reçut durant une fort longue carrière qui le tint 44 ans par monts et par vaux marins. Quand il n’attaquait pas, il attaquait quand même !

Enfance «difficile», non par ses conditions mais par son caractère. Il fut Cadet, garde de marine et mousquetaire (1668-1676). Enseigne... et déjà un duel, 1676. Amérique 1680-1681, Bombardements d’Alger 1682-1683. Portugal 1683-1684. Siam, dont il sera amiral, 1684-1687. Hindoustan 1687. France 1688, croisière avec Jean Bart. Prisonnier en Angleterre avec lui, ils s’évadent 1689. Sous Tourville 1690. Course avec Jean Bart 1691. Batailles de Barfleur et la Hougue. Petits combats 1692-1694.

Croisière au levant 1695, puis en Méditerranée 1695-1696, siège de Barcelone. À terre 1698-1700. Côtes d’Espagne 1700. Adriatique 1700-1702, il prendra carrément le contrôle de cette mer malgré la «neutralité malveillante» de Venise... Qu’il prendra en prétexte pour aller incendier dans son port un vaisseau anglais par un véritable raid de commando en pleine nuit. Bombardement de Trieste...

En Méditerranée 1703-1704. Au Levant 1705. Commandant l’escadre de Dunkerque, la seule à encore enregistrer des succès. Chargé de débarquer Jacques III en Écosse 1707-1708. C’est une mission «fâcheuse», dont l’échec prévisible, qu’il avait annoncé, cause une brouille entre les Ministres de terre et de mer. Le sien ne le soutient pas, comme d’habitude ajouté-je, et notre homme finit par donner sa démission.

À 56 ans il se retire près de Marseille où le bon climat rétablit complètement une santé altérée par ses 44 ans de mer. Il remercie donc "les dégoûts de la Cour" qui lui ont permis ce long bonheur (il vivra jusqu’en 1734 !) qu’il n’aurait peut-être jamais goûté en continuant à servir !

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Re: Lectures (navales) du confinement

Messagepar MANÉ Diégo sur 28 Nov 2020, 13:20

BROWN SCOTT, James, De Grasse à Yorktown, Baltimore, 1931.

L’auteur était Président de l’Institut français de Washington, et donc ses sympathies françaises ne font aucun doute, et expliquent la bienveillance qu’il met à longueur de paragraphes à magnifier l’aide décisive apportée par la France aux états américains.

Cela «redonde» même fréquemment et rend la lecture désagréable comme celle d’un document administratif où l’on n’hésite pas à accumuler les pièces du même métal.
Enfin, c’est malgré tout instructif, surtout pour quelqu’un n’ayant jamais approfondi le sujet.

J’y ai appris les rôles essentiels joués par Washington, et je m’y attendais, Lafayette, dont la jeune énergie vient compenser un peu la triste opinion que j’ai du politicien intriguant manipulé par Fouché qu’il sera devenu en 1815, et De Grasse, connu de nom seulement.

Ce dernier tient le rôle titre, mais l’on parle le plus souvent de lui en citant ses craintes, qui sont aussi réelles que réalistes et font voir à quel point tout s’est «goupillé» au mieux mais un peu par hasard. Sur ce coup là les Anglais de Cornwallis n’ont pas eu de chance.

Le mérite de De Grasse ? D’avoir sur choix personnel amené sa flotte au bon endroit au bon moment. Ailleurs, et c’était l’autre choix possible, un peu plus tôt ou un peu plus tard, et la manoeuvre échouait dramatiquement pour les «Insurgents» au profit des Anglais.

Ensuite il sut se bien disposer tactiquement et sortir à propos de son mouillage pour contrer la flotte britannique qui venait à l’aide de Yorktown. L’engagement qui suivit, classique au possible (deux lignes parallèles de navires se canonnant), resta indécis.

Mais ne pas l’emporter pour les Anglais signifiait leur échec. Et ne pas être battu pour De Grasse était synonyme de victoire «américaine», car la capitulation de Yorktown en était le corollaire assuré. Cette dernière, après celle de Saratoga en 1777, fut celle de trop, et Albion se coucha.

De Grasse fut battu peu après aux Saintes, mais cela ne remit pas en cause l’indépendance des futurs États-Unis d’Amérique, donc sauvés par la très brève apparition de trente vaisseaux français... Alors qu’un seul, qui ne vint pas vingt ans plus tôt, aurait sauvé le Canada français !
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MORDAL, Jacques, 25 siècles de guerre sur mer, Verviers, 1959.

Là c’est de l’historique pur, très bien écrit, dense, passionnant de bout en bout. Ma toute première «lecture navale» de pré-adolescent, il y a donc très longtemps, mais que je ne dédaigne pas de ressortir à l’occasion comme l’excellente banque de données qu’il reste.

C’est décliné en deux tomes : 1 aux temps de la rame et de la voile, et 2 les grandes batailles contemporaines (jusqu’en 1945). J’ai bien sûr lu les deux, mais relu très souvent des passages du premier. Peut-être la source que mon empathie pour la marine à voile ?

Voilà, je n’en dis pas plus, aucun compliment n’arrivant au niveau du plaisir que j'ai à le relire.
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À suivre... Lectures (terrestres) du Confinement...
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