Campagne 1813-1814 à l'ouest de l'Espagne - Murray et Suchet

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 25 Nov 2020, 10:43

        19) Nouvelle crise de panique de Murray, agressivité stratégique de Maurice Matthieu.

        Mackenzie rend compte à son chef le 15 au matin et reste aux alentours de Bandellos, ayant pris contact avec les troupes du maréchal français, sans se rendre compte que Musnier n’est plus derrière. Murray se trouve alors embarrassé de son mouvement, et propose au soir du 15 à l’amiral Halliwell de rembarquer 5000 hommes et de les débarquer à côté de Tarragona pour une tentative d’escalade, sous le prétexte que la garnison, qui n’a pas été relevée, ne s’y attend pas.

        Halliwell lui fait remarquer, non sans mépris, que, si le général ne s’est pas senti le courage de prendre la forteresse avec 15000 hommes et des pièces de siège en position le 11, il est peu probable qu’il le trouve avec 5000 le 16... l'option est abandonnée.

        Mais en fin de journée du 15, un message de Copons lui apprend que la colonne de Barcelona a dépassé Ordal en direction de Villafranca, et que les avant-postes espagnols se replient vers Valls et la montagne. La peur d’une attaque dans le dos (par des troupes qui sont encore à trois jours de marche) reparaît, et le général anglais envoie une demande à son homologue espagnol pour qu’il arrête la colonne de Catalogne avec ses troupes, « car il se prépare à être attaqué par les 24000 hommes de Suchet, et l’arrivée de ces 8000 hommes dans son dos serait désastreuse. »

        Maurice Mathieu a en effet appris par un espion l’embarquement de l’armée « anglaise » dès son retour à Barcelona le 13, et a décidé de repartir ravitailler la forteresse dès le lendemain, avec les mêmes troupes, même si une missive de son supérieur, le général Decaen, lui a annoncé que lui-même ne pourrait partir de Gerona avant le 17.

        Il arrive donc le 15 à la nuit à Villafranca, et le 16, après une marche forcée de presque 40 km, atteint Tarragona sans encombres, où il aurait pu prendre les 5000 hommes de Murray en flagrant délit si l’amiral n’avait pas fait abandonner l’opération la veille !

        Copons, en effet, impressionné par les chiffres fantaisistes de Murray, n’a pas trouvé bon de se faire tuer pour l’allié qui l’a abandonné le 12 (et qui va recommencer le lendemain), et s’est retiré sur Reus et La Selva, pour garder le contact avec l’armée « anglaise ».

        A Tarragona, Maurice Mathieu apprend que les « Anglais » ne se sont par retirés complètement de Catalogne, mais se sont regroupés près de la passe de Balaguer. Il décide le 17 de prendre le risque énorme de se rapprocher d’eux jusqu’à Cambrills, pour prendre contact avec leurs avants-postes, et aussi de rentrer en contact avec Suchet, qu'il espère en contact proche, de l'autre côté de la passe de Balaguer.

        Il marche ainsi sans le savoir dans un piège mortel, avec une armée de 15000 hommes en face de lui, alors que Suchet prépare son repli vers Valencia, et 6000 Espagnols dans son dos, en pleine communication avec les "Anglais", qui n’attendent qu’un léger revers pour lui interdire sa retraite.

        Arrivé le 17 à Cambrils, n’ayant aucune pression sur son front, et pas plus de nouvelles de Suchet, le gouverneur de Barcelona décide d’en profiter pour rappeler le 1ro Ejército à la réalité, en essayant de les attraper dans la position avancée de Reus.

        Il manque d’y arriver après une marche de nuit entre le 17 et le 18, mais Copons, informé au dernier moment par des paysans, réussi à s’échapper dans la montagne, et le général français, n’insistant pas, revient à Tarragona qu’il atteint le 18.

        Copons proteste immédiatement auprès du commandant anglais de n'avoir pas été mis au courant que les Français marchaient contre lui, mais cette fois, je pense qu'il s'égare, je ne vois pas comment Murray aurait pu en avoir vent. Tout au plus aurait-il pu le prévenir qu'il s'éclipsait.

        A Reus, Maurice Matthieu a reçu par un espion la première nouvelle de Suchet depuis une semaine, datée du 15 à Perello, indiquant que la perte du Fort de Balaguer l’empêchant de progresser pour la sauvegarde de Tarragona, et que ses troupes de Valencia étant attaquées, il recule vers ladite province. Cette missive est transmise à Decaen à Gerona, et Maurice Mathieu passe la journée du 19 à proximité de Tarragona.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 29 Nov 2020, 09:37

        20) Pellew enfume Decaen, arrivée de Lord Bentinck et retour à Alicante

        Vous remarquerez que Decaen n’a fait aucune apparition dans cette campagne, malgré les missives de son subordonné et ses assurances de début de campagne. Eh bien, c’est entièrement de la faute de l’amiral Pellew et de son escadre : le 8 juin au soir, alors que la brigade Beurmann s’est éloignée de Gerona, Decaen reçoit la nouvelle qu’une énorme flotte anglaise vient de paraître dans la rade de Rosas. C’est Pellew qui vient faire sa démonstration, mais le général français en tire immédiatement la conclusion qu’il s’agit de Murray, et que l’attaque sur Tarragona n’était qu’un leurre.

        L’amiral anglais va admirablement bien jouer sa partition, débarquant (sans trop se cacher) des canons de marine, faisant aller et venir un grand nombre de barques, montrant de façon régulière plusieurs centaines de Marines sur différentes crêtes, faisant même donner quelques coups de pioche et de pelle sur lesdites crêtes pour faire croire à la construction de batteries. L’alarme prise par le QG français de Catalogne est telle que ce n’est que le 15 juin que Decaen se persuadera qu’il n’y a aucun danger de ce côté, et donc il ne partira de Gerona que le 17, et encore juste avec 2000 hommes.

        Revenons à Murray, le 17 sous le col de Balaguer ; l’approche de la colonne de Barcelona y est prise, non comme un risque improbable pris par méconnaissance, mais comme une affirmation de confiance dans ses effectifs, et donc que la colonne doit être de plus de 13000 hommes, ce qui, en coordination avec les 24000 qui sont donnés à « Suchet » à Perello, en fait une force écrasante qu’il faut éviter. Un conseil de guerre est réuni ce soir-là, où les officiers généraux anglais apprennent pour la première fois l’existence du plan de campagne de Wellington, et sont mis au courant d’une partie des directives qu’il contient.

        Suivant l’adage maintes fois prouvé qu’ « un conseil de guerre ne se bat jamais », la menace (et le dégoût profond des subordonnés) font qu’il est décidé de retourner vers Alicante. Les ordres d’embarquement sont donnés, et les premières troupes sont déjà à bord, lorsqu’une énorme flotte anglaise (plus de douze vaisseaux de ligne et bien d’autres plus petits) se présente au mouillage. Il s’agit de l’amiral Pellew, qui au retour de sa démonstration à Rosas, est allé faire relâche à Minorca, où il a rencontré quelques vaisseaux de guerre porteurs d’un personnage de marque, Lord William Bentinck, arrivant, bien tard, pour prendre le commandement de l’armée sur la côte est de l’Espagne.

        C’est à cette occasion que, les signaux de l’escadre de Toulon indiquant la présence à leur bord d’un nouveau commandant en chef, l’amiral Halliwell se laisse aller à répondre « nous en sommes tous ravis » (« we are delighted ») en signaux. Cela en dit long sur son opinion de Sir Murray, mais est indu et néfaste pour la subordination, car ce signal est répété par tous les navires de son escadron, et lu et compris par tous les marins présents et une bonne partie des officiers et soldats anglais, qui ont appris à lire les signaux après avoir passé un certain temps sur les mers.

        Après avoir entendu les divers protagonistes, à la fois terrestres et marins, et s’être mis au courant de ce qui a été réalisé (ou pas) avant son arrivée, Bentinck décide d’accepter la décision prise de retourner à Alicante, car les multiples embarquements/débarquements ont mis du désordre dans les unités, blessés les mules et chevaux, et la faiblesse du QG a généralisé le mauvais esprit dans l’armée ; le trajet et le retour en cantonnements devraient permettre de remettre tout ça d’aplomb.

        Le 18, la flotte est à la voile en direction d’Alicante, mais le vent se met à souffler très fort du nord-est, éparpillant la flotte et drossant quatorze navires à la côte. Dix seront tirés d’affaire par leurs équipages, mais quatre devront être incendiés et abandonnés sans pertes humaines (perte matérielle totale).

        Lord Bentinck arrive ainsi à Alicante le 22, bien en avance du reste de la flotte, qui arrivera par petits paquets pendant quatre jours, certains navires étant bien abîmés. Tous ces retards feront que l’armée « anglaise » est totalement incapable de faire quoi que ce soit avant la fin juin.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 02 Déc 2020, 14:51

        21) Préparation de l'offensive de juin à Valencia, forces en présence

        Il nous reste à voir les évolutions des armées espagnoles dans le royaume de Valence. On a vu que Wellington, en tant que Generalissimo espagnol, a ordonné au 3ro Ejército sous Del Parque de se rapprocher des troupes de Elio au sud des positions françaises, en premier lieu pour permettre à Murray de rassembler son armée à Alicante et de l’embarquer en sécurité, mais aussi pour déclencher un assaut sur les troupes laissées par Suchet, dès que celui-ci aura dégarni son front pour répondre à la menace sur ses arrières.

        Le Generalissimo, tout à fait au courant de l’état des troupes d’Elio, et tenant celles de Del Parque pour les meilleures unités espagnoles de toute la Péninsule, a prévu une attaque bien montée, qui exploite les qualités de chacune.
        L’armée de Del Parque, en effet, est constituée des troupes qui ont passé trois ans sous Ballesteros en Extremadura, avant d’être relocalisées à l’est ; elles ont participé à Albuera (assez mollement), et si elles ont parfois été battues, se sont toujours rassemblées pour reprendre le combat. Du fait de l’épisode du "putsch à deux balles" tenté par leur précédent commandant, elles n’ont pas combattu en 1812, et sortent donc de plus d’un an de cantonnement.

        Elles sont de plus expertes en combat de montagne, après trois ans passés à se rendre invivables pour le 5e corps français dans les contreforts de la Sierra Morena. Leur effectif n’est malheureusement pas énorme, avec environ 12000 hommes, dont seulement 900 cavaliers montés et quatre batteries.

        Le 2do Ejército d’Elio, d’un autre côté, manque cruellement de moral, et l’incompétence de son commandant actuel n’en fait pas un outil très offensif. Après le 2e Castalla, elle a récupéré la division Roche, ce qui l’amène elle aussi à un effectif approchant les 20000 hommes, mais avec seulement 700 cavaliers et deux batteries. Pour renforcer la part de troupes montées, Wellington lui a adjoint les deux régiments de cavalerie de la division Whittingham, et les deux gros escadrons siciliens restants à Alicante, qui n’ont pas pu être embarqués pour Tarragona (environ 1200 sabres).

        L’ensemble monte ainsi à un peu plus de 32000 hommes, de qualité allant de très faible à moyenne.

        En face d’eux, Harispe peut en théorie compter sur 14000 excellents soldats, mais même en réduisant les garnisons de Peñiscola, Sagunto, Valencia et d’autres petits postes indispensables au minimum, les effectifs disponibles n’arrivent pas tout à fait à 12000.

        Pour compliquer le tout, la ligne du Jucar, défendue non plus entre Moxente et Denia, mais d'Almansa à Cullera, a été raccourcie de 10 km par rapport à celle tenue en Avril, mais l’armée française a 6000 hommes de moins pour les garder. (-8000 sous Suchet, +2000 italiens sous Sévéroli)
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 06 Déc 2020, 19:55

        22) Dévoiement du plan de Wellington

        Les ordres de Wellington pour l’offensive de juin prennent en compte les qualités des troupes espagnoles. Donc Elio doit avancer tout droit vers Valencia, en faisant des démonstrations les plus bruyantes possibles en face des Français, tout en prenant bien garde de ne pas s’engager dans un combat qu’il ne peut que perdre. Sa cavalerie, celle de Whittingham et les escadrons siciliens rassemblés sont bien plus nombreux que la cavalerie légère que peut leur opposer Harispe, et donc devraient pouvoir compenser la qualité par la quantité, et masquer son dispositif.

        Sur l’aile gauche espagnole, Del Parque, avec ses troupes rompues au combat en montagne, et bien encadrées, a ordre de tourner le flanc « français », constitué par la « Division » italienne Sévéroli. Il doit l’attaquer en front et en flanc, en terrain escarpé, et la rejeter sur les arrières du reste des troupes françaises, dans la plaine de Valencia. Il va disposer d’une supériorité numérique d'au moins de trois contre un sur cette zone, et donc devrait pouvoir réussir quelque chose, et mettre Harispe en grande difficulté en débordant sa ligne de camp fortifiés, et en menaçant sa retraite vers Valencia.

        Malheureusement, Elio n’aime pas l’idée de devoir se positionner sur le front des Français et va réussir à convaincre son homologue du 3ro Ejército d’échanger leurs places. Pour renforcer les troupes qui vont devoir fixer les Français, il cède à Del Parque la division Roche, et les renforts de cavalerie qui lui étaient attribués. Son collègue va donc avoir environ 18000 hommes pour une simple démonstration, alors qu’Elio va attaquer avec moins de 8000 hommes démoralisés et peu mobiles le flanc de l’armée ennemie. Une autre conséquence de ces changements indus va être qu’ils vont prendre du temps, et qu’au lieu de commencer immédiatement après que Murray soit parti, rien ne va bouger avant le 9 juin.

        Oman prétend que c’est une grosse faute, mais je ne suis pas du même avis ; car si les Espagnols avaient attaqué dès début juin, ils seraient tombés sur Suchet encore présent, avec toutes ses troupes hors la brigade Pannetier. Cela aurait sans doute ralenti la marche au nord du maréchal, mais pas forcément celle de la division Musnier, qui ne part que le 7. Les armées espagoles du sud battues, Suchet aurait pu remonter avec plus de troupes, sans inquiétude pour ses arrières, et serait sans doute resté plus longtemps aux alentours de la passe de Balaguer, assez pour faire craquer Murray quelques jours plus tôt, et rejoindre Maurice Matthieu à Cambrills.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 10 Déc 2020, 20:52

        23) Échec total de l'offensive espagnole, retour de Suchet

        Cette offensive espagnole, débutée donc le 9 juin, déploie toute sa solennelle lenteur, et il faut quatre jours pour que les forces de Del Parque arrivent au contact de Harispe. Pour être bien sûr de n’arriver à rien, le général espagnol a séparé son armée en deux. Lui-même, avec la majorité de sa cavalerie, sa première division (Principe de Anglona) et la première brigade des deux autres (Las Cuevas et Cruz Murgeon) se sont avancés en direction de Moixente par La Encina et Fuente la Higuera, alors que les divisions de Roche, et les deuxièmes brigades des 2e et 3e divisions du 3ro Ejército prennent la vallée de Alcoy pour déboucher par Ontinyent sur la tête de pont d’Alcira, qui est le point le plus fort de toute la ligne française.

        Les deux colonnes n’ont pas la moindre chance de coopérer, ou de se soutenir, et représentent chacune environ 10000 hommes, une taille bien plus « gérable » par les forces françaises si jamais elles décidaient d’attendre l’assaut dans leurs positions défensives.

        Évidemment, Harispe, en bon sous-ordre de Suchet, va faire comme son maréchal lors de la bataille de Sagunto, et va attaquer plutôt que de laisser les Espagnols décider de l’endroit de la rencontre. Le 11, il évacue Moixente et Xativa, pour regrouper presque 8000 hommes, avec lesquels il sort de ses positions d’Alcira le 13, et attaque les Espagnols pratiquement avec une parité numérique à Carcagente. Il met ainsi en déroute les quatre bataillons de Roche, autant de Cruz Murgeon et les trois de Las Cuevas présents, leur infligeant 1000 tués et blessés et faisant 500 prisonniers, avant de rentrer dans ses lignes et de se retourner vers l’autre moitié de l’armée espagnole.

        Heureusement pour les Espagnols, apprenant la déroute de son autre colonne, Del Parque se retire immédiatement et va prendre position à Castalla. Harispe, n’ayant pas d’ordre offensif, et sachant son flanc menacé par le 2do Ejército, ne poursuit pas plus, mais la cavalerie de Delort va se positionner à Alcoy, en avant-garde. Del Parque a perdu toute velléité offensive, et attend de voir si Elio a plus de chance que lui avant de faire quoi que ce soit.

        Elio, de son côté, passant par Albacete, a été encore plus lent, et n’attaque les positions de Sévéroli qu’à partir du 15, poussant la division Villacampa au nord de la position italienne, expulsant avec les divisions de Miyares et Sarsfield le poste occupant Requena et capturant le défilé de Las Cabrillas. Il attaque ensuite assez faiblement les postes de Sévéroli à Liria, finissant par les repousser par sa supériorité numérique approchant les quatre contre un.

        Severoli recule lentement, mais ne peut empêcher Villacampa de progresser sur son flanc nord, et ce dernier atteint le 19 la grande route de Valencia. Malheureusement pour les Espagnols, il est bien trop tard, car Suchet arrive sur place avec la division Musnier, qui déroute Villacampa et se rabat vers Requena contre le reste du 2do Ejército, qui ne l’attend pas et retourne dans la montagne.

        L’attaque espagnole a totalement échoué, mais les Français sont désormais réunis, et ont besoin d’une cible pour se défouler de l’offensive ratée vers Tarragona. On a vu que l’armée « anglaise » d’Alicante est incapable d’agir pendant cette fin juin, et donc l’avenir des Espagnols semble sombre.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Déc 2020, 06:04

        24) Projets fumeux d'offensive de Lord Bentinck

        Revenons à l'armée "anglaise" qui se rassemble à nouveau à Alicante. Son nouveau commandant a eu la très mauvaise surprise, en arrivant dans le port du royaume de Murcie, d'apprendre que Murray a licencié la majorité de son train logistique en partant pour Tarragona. Résultat, 120 chariots et plus de 200 muletiers sont retournés chez eux, et ne sont pas récupérables, généralement parce qu'ils ont été aussitôt réquisitionnés par les deux armées espagnoles opérant dans la zone, et Lord Bentinck se trouve avec une armée quasi-statique.

        le Lord profite du temps nécessaire à son armée pour se regrouper après les avatars du retour en bateau pour visiter le 3ro Ejército dans sa position de Castalla le 29 juin. L'impression qu'il en livre à Wellington est plutôt décourageante, l'armée est démoralisée "et en est parfaitement consciente"; il est inconsidéré de penser les utiliser sans le soutient complet de l'armée d'Alicante, car "4000 Français seraient capable de les arrêter et de les battre".

        On découvre alors la rotation à 180° que le changement de commandant a fait faire aux projets de cette armée "anglaise"; sous Murray, elle ne semblait être vouée qu'à retraiter dès l'apparition (voire même l'approche) des avant-gardes françaises, dès sa prise de commandement, Bentinck se propose de la lancer à l'offensive, sur un terrain dont il n'a même pas commencé à appréhender la difficulté.

        Ayant parfaitement assimilé le fait qu'une attaque de front sur les positions fortifiées françaises de la vallée du Xucar est irrationnelle, il se propose de se lancer dans un grand mouvement de faux par l'intérieur des terres, en passant par Cuenca, et de se rabattre sur les arrières de Suchet, sans doute par la vallée de l'Ebro. Cela permettra de se regrouper avec le 2do Ejército d'Elio qui a été repoussé de façon excentrique sur la route de Madrid.

        Ce plan, qui n'est pas sans rappeler le "Meisterplan" de Weirother pour Austerlitz, que ce soit par son ampleur et ses préconceptions, est encore plus fautif que celui-ci. Pour pallier le manque de logistique de son armée, Lord Bentick se propose d'attendre la période de récolte dans la région de Cuenca, soit la deuxième moitié de juillet, ce qui lui donne le temps de soumettre son plan à l'approbation de Wellington.

        il partage avec le plan austro-russe l'idée que l'armée française va rester statique dans sa position pendant le mouvement, ce que la réaction de Suchet lors de la bataille de Sagunto range dans le domaine de l'improbable, mais surtout, il va très rapidement se transformer en une marche à la mort !

        En effet, on vient de voir que l'Armée d'Alicante est désormais dépourvue de logistique, donc ne pourra être ravitaillée par la flotte; or l'intérieur du royaume de Valencia est très peu peuplé, assez désertique, avec des ressources en eau tout à fait insuffisantes pour une armée de 30000 hommes sans chariots (la nourriture sera de toutes façon absente !). Quant à la récolte de Cuenca, c'est une récolte de région de montagne, faible en quantité et très dispersée, qui ne servira pas à grand'chose pour une armée rassemblée et en marche "rapide".
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 20 Déc 2020, 08:00

    III/ Suite de la campagne 1813 sur ce théâtre d'opérations

      a) Recul de Suchet et affaiblissement français

        1) Conséquences de Vitoria

        Heureusement, ce plan ne sera jamais mis en pratique, car le 30 juin arrive la nouvelle de la victoire de Vitoria, et Bentinck en tire immédiatement la conclusion que Suchet doit évacuer Valencia s’il ne veut pas risquer d’être coupé de France par l’avancée des troupes coalisées en Aragon. Le plan devient simplissime, on va avancer tout droit et suivre le retrait de l’armée française le long de la côte avec l’Armée d’Alicante et le 3ro Ejército, les troupes d’Elio pouvant soit rejoindre la côte au niveau de Tortosa, soit être poussées vers l’Aragon jusqu’aux Pyrénées en passant par Madrid, suivant les instruction que Wellington donnera. Le contact avec la flotte pourra ainsi être maintenu et la question du ravitaillement devient accessoire.

        Du côté français, Suchet est assez inquiet pour son flanc gauche, car il n’a pas eu de contacts directs avec le reste de l’armée française depuis le passage de Daricau fin janvier, et aucun message depuis début mars. Il envoie autour du 30 juin plusieurs officiers faire le voyage circulaire par Zaragoza, Burgos, jusqu’à la dernière ville où il sait que le QG de Joseph/Jourdan a été fixé, à savoir Valladolid. Mais bien avant leur retour, le 2 juillet, arrive à l’Armée de Valencia un message écrit à Torquemada, daté du 6 juin, annonçant que la ligne du Douro est tournée, et que l’armée française recule sur Burgos et peut-être au-delà ; toutes les autres missives écrites depuis l’entrée en campagne, et venant de l’armée du Roi ont été interceptées par les insurgés.

        C’est une catastrophe pour Suchet, qui ne peut plus rêver se maintenir dans sa conquête de 1812, mais doit reculer au moins jusqu’à l’Ebro, et vite, car la mauvaise nouvelle date d’un mois ! Reprendre contact devient la chose la plus importante à faire pour l’Armée de Valencia car Wellington est visiblement entré en campagne, et le début de celle-ci ne semble pas bien s’être passé pour les Français.

        Le 2 juillet, la division Musnier est toujours à Requena , d’où elle a explusé Elio il n’y a pas longtemps, tandis que Harispe, Habert et la cavalerie sont rassemblés entre Xativa et Moixent ; ordre leur est immédiatement donné de se replier autour de la ville-même de Valencia, ce qui est effectif le 4.

        Mais le 3 arrive entretemps un message du général Paris, commandant Zaragoza, annonçant que Clausel vient d'arriver autour de sa ville avec 15000 hommes, annonçant que le Roi avait subi une défaite décisive à Vitoria le 21, et reculait en désordre vers la France, ayant perdu toute son artillerie et tous ses bagages. Clausel ayant été poussé dans une direction excentrique sans avoir vraiment été en contact avec le Roi, ne pouvait donner plus d’information sur ses intentions, mais pensait être suivi par Wellington, ou au moins la majeure partie de son armée.

        C’est une catastrophe encore pire pour le maréchal français, car la ligne de l’Ebro doit être aussi abandonnée au plus vite, et si Wellington s’avance vers Zaragoza, et que Clausel ne reste pas pour aider à défendre la province, l’Aragon devra être évacué aussi, pour rassembler toutes les troupes disponibles en Catalogne. Ordre conditionnel est donc donné à Paris d’évacuer si Clausel ne reste pas, et le but de l’Armée de Valencia devient les alentours de Tarragona ou Barcelona même suivant les informations qui seront glanées d’ici là. Le 5 juillet, Suchet abandonne ‘son’ royaume de Valencia, après avoir fait sauter la citadelle de la ville (les fortifications extérieures n’ont pas été réparées depuis le siège de janvier 1812), et campe le soir à Murviedro, sous les murs de Sagunto.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 23 Déc 2020, 18:34

        2) Début de la retraite de Suchet; le complexe du Petit Poucet

        Est parti de Valencia avec lui un énorme train de réfugiés, dans plus de cent cinquante voitures de toutes sortes, composées de civils français et d’Espagnols compromis qui ne souhaitent pas tenter l’aventure de rester sur place. L’absence de poursuite anglo-espagnole permet de bien encadrer ce cirque ambulant, mais le déplacement de l’armée en est très fortement ralenti, et ce n’est que le 9 que Suchet traverse l’embouchure de l’Ebro. Il a avec lui sur la route de la côte Harispe, Habert et la cavalerie plus des détails sortis de Valencia, pendant que Musnier prend la route de l’intérieur pour récupérer Sévérolli et les garnisons de Teruel et Alcañiz, et le 12 se trouve à Caspe sur l'Ebro, à 80 km à vol d'oiseau de Zaragoza.

        Dès le départ, le maréchal s’engage dans une politique de « Petit Poucet » incompréhensible à mes yeux. C’est-à-dire qu’étant forcé d’abandonner une conquête chèrement acquise pour des causes extérieures, il ne peut s’empêcher de placer des détachements dans tous les recoins côtiers vaguement défendables de cette conquête. Hubris ? Possible, mais chèrement payé et qui va résulter en une impotence auto-infligée dont il va se mordre les doigts.

        Oman rapproche cette politique de celle de Napoléon, qui va garnisonner un peu toute l’Europe avant de devoir faire la campagne de France avec des conscrits de trois jours ; je ne suis pas tout à fait d’accord. Pour Napoléon, les garnisons importantes (Stettin, Kustrin, Dantzig, Hambourg, etc…) ont été placées là alors que l’armée française était encore en mesure de les relever, et sont constituées au départ de malades, troupes épuisées et dépôts qu’on n’avait rien pour enlever au moment où elles ont été constituées fin 1812 – début 1813.

        Les malades vont mourir ou guérir et renforcer la garnison, et l’Empereur va faire des gros efforts pour récupérer les troupes entourées sur l’Oder, puisque c’est un des buts des deux offensives qui vont s’arrêter à Gross-Beeren et Dennewitz. Leipzig et le changement de camp de la Bavière vont rendre ces garnisons définitivement perdues, mais ce n’était pas prévisible au moment de leur constitution. Autre différence avec la campagne d’Allemagne, Napoléon y est l’acteur principal et le seul réel décisionnaire ; il a l’armée principale sous ses ordres et la retraite est SA retraite.

        Suchet, lui, a une armée secondaire, sur un front secondaire, et ne doit sa retraite qu’à la déroute de l’armée principale. Son retour à Valencia ne pourra donc qu’être subordonné à un retour offensif de l’armée principale, et un renversement imprévisible (et improbable) de l’initiative dans la péninsule ibérique.

        Dans le cas de la côte est de l'Espagne, je ne vois pas dans quel roman de gare mal écrit le maréchal français a pu penser avoir la possibilité, un jour, de venir au secours de la compagnie qu’il laisse à Denia, de celle qui garde le château de Morella, des deux bataillons enfermés dans Sagunto et de celui qu’il va enfermer dans Peniscola (avant qu'elles ne tombent à court de vivres bien sûr). Autant Sagunto a été un peu réparé et est capable de tenir un peu, autant à Denia, on est dans une fortification de campagne qui ne peut tenir un blocus plus d’une paire de semaine, Morella est un souvenir des temps médiévaux et Peniscola, si elle est inexpugnable, est aussi par là même une vraie souricière pour une armée qui ne contrôle pas la mer; ces détachements ne sont pas très loin de représenter 10% de ses troupes disponibles. C'est déjà beaucoup....

        Dans la même idée, il va ordonner au général Paris de laisser 500 hommes dans le château maure de l’Aljafferia, à l’extérieur de Zaragoza, où ils vont avoir du mal à résister même au manque d’activité de la partida de Duran, et vont se rendre le 1er août, dès les premiers coups de canon.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 27 Déc 2020, 11:20

        3) Disparition de l'Armée d'Aragon

        Le 3 donc, Suchet a écrit à Paris pour lui donner la conduite à suivre suivant les décisions du général Clausel ; il en écrit une autre, justificatrice, envoyée au ministère de la guerre, donnant les raisons de son retrait futur sur les rives de l’Ebro ou plus au nord. La lettre à Paris sera reçue le 7 à Zaragoza, mais dès le 3, Clausel, ayant réalisé que les rumeurs de poursuite anglaise n’étaient que des rumeurs, a décidé de se retirer en direction des Pyrénées par Huesca puis Jaca. La raison invoquée est que l’absence de menace présente en Aragon lui donne comme devoir de se remettre sous les ordres de son chef direct.

        Il est vrai qu’aucune unité de l’armée anglo-portugaise n’est dirigée vers l’Aragon, mais dire que son départ ne menace pas la présence française en Aragon est aller un peu vite en besogne ! Paris a à ce moment sous ses ordres quatre bataillons français (10e et 81e de ligne), un bataillon napolitain, quelques compagnies de gendarmes français et de Miquelets aragonais, trois gros escadrons du 12e hussards, un peu d’artillerie et de sapeurs, le tout faisant environ 6000 hommes. Lui sont opposés tout d’abord la 5ta Division del 2do Ejército (en fait la partida de Duran), qui a grosso-modo le même effectif, mais aussi la Division de Mina, comprenant neuf bataillons aragonais et navarrais et un contingent monté non négligeable, renforcées des lanciers castillans de Julian Sanchez, ce qui constitue un renfort de plus de 9000 hommes.

        Comme nous sommes en 1813, ces « guérilleros » ne sont plus des irréguliers qui ne tiennent pas contre des troupes régulières, mais bien des unités réglées et intégrées à l’armée régulière, bien que de qualité inégale. Leurs officiers supérieurs sont aussi extrêmement expérimentés, et chose vraiment rare en Espagne, ont une supériorité numérique en cavalerie de plus de trois contre un vis-à-vis des troupes du général Paris ! (il a environ 700 sabres entre les hussards et les gendarmes, les cavaliers espagnols sont environ 2500). L’Aragon ayant de grandes plaines, cela va être crucial.

        Mina se concentre au sud de l’Ebro, et communique ses intentions à son collègue Duran. Il s’approche ostensiblement de Zaragoza avec la majorité de ses troupes, et envoie subrepticement son subordonné Chaplangara au nord du fleuve avec trois bataillons pour menacer la ville par le nord. Paris fait une sortie avec la majorité de ses troupes contre cette menace, et le 9 arrête la colonne de Mina sur les hauteurs de Torrero au sud-ouest de la ville après un combat soutenu.

        Alors que Mina recule en ordre, le général français est chagriné d’apprendre que le front sud de Zaragoza est attaqué par les troupes de Duran, et que la colonne Chaplangara a capturé un faubourg du nord. Tout cela le force à revenir très vite pour que la garnison squelettique qu’il a laissée dans la ville ne soit pas submergée, suivi à courte distance par Mina dont le recul était tactique plutôt qu’autre chose. Paris se trouve alors dans une situation critique, entouré par des ennemis plus nombreux et bien coordonnés, il risque de se trouver assiégé dans la ville et coupé de l’extérieur, forcé à la reddition à court terme car il n’a pas le ravitaillement nécessaire à un siège prolongé.

        Il décide alors le 10 (trois jours après avoir reçu l'ordre de Suchet de le faire) de se faire jour vers la Catalogne, emportant avec lui la colonne de réfugiés madrilènes qui, arrivée de la capitale en juin, n’a pas pu continuer vers les Pyrénées faute de troupes pour les escorter. La prédominance de la cavalerie espagnole lui fait alors choisir la route montagneuse d’Alcubierre- Lerida plutôt que Bujaraloz-Fraga-Lerida, qui passe par la plaine de l’Ebro, et où il risque de se faire envelopper.

        Partant la nuit du 10, ayant fait sauter le pont de l’Ebro pour ralentir la poursuite, il n’est au début suivi que par Chaplangara, et marche aussi vite que possible. Mais dans l’après-midi du 11, la cavalerie de Mina l’ayant rejoint, avec son infanterie à la suite, il est forcé de se lancer dans un combat traînant qui le ralenti encore plus. Le désordre se met dans le convoi, il est forcé d’abandonner ses six pièces, enclouées dans un défilé, et les pertes montent de façon alarmantes. Après environ 50 km, à Alcubierre, il doit abandonner son projet de rejoindre Lerida, car un premier détachement ennemi s’est positionné en bouchon en travers de la route à la sortie de la ville, et la poursuite est presque sur lui.

        Il décide alors d’abandonner tous ses transports, et de filer par la montagne plein nord sur Huesca, pensant que le pillage de son convoi par les Espagnols devrait lui donner un peu d’air et lui permettre de s’échapper. Par une marche forcée commencée à la nuit tombée du 11, il atteint Huesca le 12 à midi, sans être molesté par l’ennemi, mais jonchant sa route de voitures brisées, réfugiés épuisés, traînards et bêtes estropiées. Une autre marche forcée le 13 l’amène à Jaca et au pied des Pyrénées, en n’ayant perdu 300 hommes, mais la totalité de son matériel sur roues, la discipline ayant disparu des rangs, les soldats ont systématiquement pillé tout ce qui n’était pas armé, dépouillant même les réfugiés qui arrivaient encore à suivre.

        Il jette alors un autre bataillon dans la forteresse de la ville, et s’éclipse par le col du Somport, « gardant la passe », soit-disant. Toujours est-il que l’« Armée d’Aragon » a désormais disparu, et Suchet a perdu 5000 des hommes sur lesquels il pensait compter pour défendre la Catalogne, car Paris rejoindra l’armée de Soult et combattra sous ses ordres jusqu’à la première abdication.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 01 Jan 2021, 09:38

        4) Activités fin juin-début juillet de l'Armée française de Catalogne, combat de La Salud (et Bananier, en même temps!)

        Revenons à l’Armée française de Catalogne, que nous avons quittée avec son chef, le général Decaen, arrivant à peine à Barcelona le 18 juin, pendant que le gouverneur de la capitale catalane, Maurice Matthieu, est revenu ce même jour sous les murs de Tarragona. Le lendemain, Decaen part de Barcelona avec un gros convoi de poudre destiné à ladite forteresse, dont le stock a du être très entamé par le siège. Le contact entre les deux composantes de l’Armée française de Catalogne est établi à Villafranca au soir du 19, et, après avoir conduit le convoi à bon port, elles se dirigent vers Reus qu’elles atteignent le 23 ; Oman dit dans une tentative d’attraper Copons, mais c’est peu probable, Maurice Matthieu y était le 17 pour la même raison, pourquoi Copons se serait-il rapproché dans l’intervalle ? Après avoir visité le site du Fort de Balaguer et avoir constaté qu'il n'était pas réparable rapidement, la colonne française est de retour à Barcelona le 1er juillet, sans avoir réalisé quoi que ce soit en dix jours.

        Sans nouvelles de l’extérieur, et profitant qu’il a sous la main une colonne d’environ 8000 hommes, Decaen tente alors de capturer le QG du 1ro Ejército , dans la seule ville d’importance encore aux mains des Espagnols en Catalogne, Vich.
        Le plan est que la force mobile provenant de Barcelona remonte les gorges du Congost par Granollers puis Centelles pour attaquer du sud, pendant que la brigade Lamarque, sortant de Gérone, avec 2000 hommes, suivra le cours du Ter par Anglès, pour attaquer depuis le nord-est et Roda de Ter. C’est dangereux de lancer ainsi une si petite colonne dans un terrain si montagneux, d’autant plus que si en juin n’étaient à Vich que les deux bataillons de Eroles, début juillet, Copons a rejoint son subordonné et les 8000 hommes du 1ro Ejército y sont rassemblés… Le début des opérations est prévu le 6 de ce mois commençant.

        Malheureusement, le 7, Decaen reçoit la nouvelle de Vitoria, et comprend que l’heure n’est plus à l’offensive, mais à protéger à tout prix la grand’ route vers la France. Il se dirige alors vers Hostalrich et envoie un contrordre à Lamarque en triplicata, lui disant de retourner à Gérone, et que lui-même y sera bientôt.

        Lamarque ne recevra aucun de ces messages, et arrive le 8 à Roda de Ter, à moins de 8 km de Vich, repoussant en permanence les trois bataillons placés sous le commandement d’Eroles qui tentent de le ralentir. A ce point, Copons, ayant acquis la certitude que la colonne de Decaen, qu’il observait, s‘est détournée de son attaque programmée, détache une autre brigade à Eroles. Le général français est alors assailli par une force trois fois plus nombreuse que lui, et est repoussé jusqu’aux hauteurs de La Salud (aucune idée d’où c’est, sans doute renommé depuis) le 10, et se trouve entouré sur trois côtés lorsque survient un renfort inespéré.

        Decaen, inquiet de n’avoir aucune nouvelles, a détaché la brigade Beurmann sur la même route, et celle-ci arrive alors que Lamarque est près de devoir se rendre, son artillerie éteinte par celle de l’ennemi, et ses munitions à peu près épuisées. La brigade Lamarque peut alors reculer sous la protection de Beurmann, et se sauver dans la montagne. Elle a perdu 400 hommes et, étonnamment, 31 officiers. Vidal de la Blache, dans son ouvrage, donne une circonstance explicative de la persistance à avancer de Lamarque. En débouchant sur la vallée de Vich, le général français a entendu une forte canonnade en direction de la ville, et, croyant que son chef était en pleine attaque, a donc a voulu l’assister. Il s’agissait en fait d’un salut de cent coups de canon tirés par les Espagnols pour fêter la nouvelle de la victoire de Vitoria !

        La nouvelle de ce revers, s’ajoutant à son absence criante devant Tarragona moins d’un mois auparavant, finira de détruire la réputation de Decaen à Paris, et il recevra une lettre pleine de reproches, pas tous fondés, de la part de Clarke. Car qu’aurait-il pu faire de plus que ce triplicata envoyé à un subordonné situé à moins de trente kilomètres, et dont au final son renfort a sauvé la colonne aventurée ?
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 03 Jan 2021, 13:00

        5) Suchet entre le 8 et le 17 juillet

        Suchet, que nous avions quitté le 9 sur les bouches de l’Ebro, a avec lui, sans compter la colonne Musnier qui est à Mequinenza, encore 18000 hommes sous les drapeaux ; de plus, la dernière missive reçue de Clausel, datée du 1er du mois, le laisse espérer que ce général va rester en ligne en Aragon. Donc il annonce le 8 dans une lettre à Clarke que, si il arrive à prendre un ou deux jours d’avance sur la poursuite de l’armée d’Alicante, il va sécuriser tous ses bagages dans Lerida, se réunir à Clausel et aux troupes disponibles de Paris, et s’il a le bonheur de trouver l’armée de Wellington dispersée, se propose de la battre en détail sur la face espagnole des Pyrénées.

        Je subodore une déclaration toute rhétorique dans sa missive, car :
        - Les jours d’avance, il les a, et il le sait; le 8 il est toujours en communication avec Peniscola et Sagunto, et les garnisons n’ont vu aucun ennemi jusque là. Pourquoi utiliser le conditionnel dans ce cas ?
        - Même s’il a le grade sur Clausel, rien ne dit que celui-ci acceptera de se mettre sous les ordres d’un maréchal qu’il ne connaît pas, pour une campagne en Espagne, plutôt que de rejoindre la France et son chef direct le roi d'Espagne.
        - Enfin, trouver l’armée ennemie dispersée ne veut pas dire qu’il aura la supériorité numérique ! Même réunis avec Clausel et Paris, son armée ne va pas dépasser de beaucoup les 25000 hommes s’il veut tenir Tortosa, Lerida et Zaragoza contre un coup de main dans son dos.dans son dos. Or l’armée du Roi qui vient de se faire battre en comptait théoriquement quatre fois plus. Même en comptant les nombreux détachements faits avant la bataille décisive, il est illusoire de compter l’armée victorieuse à moins de trois fois l’effectif qu’il peut mettre en face. Et le moindre échec le verra isolé en territoire ennemi, incapable d’avancer ou de reculer...
        - Finalement, où va-t-il trouver la logistique pour nourrir cette armée dans un pays où Clausel a chassé l’insurgé pendant trois mois, donc brûlé les villages, vécu sur le pays, etc ? Il doit le savoir, et n’est d’habitude pas général à partir en campagne sans pouvoir nourrir ses troupes.

        Toujours est-il que le 9, il reçoit l’annonce du départ de Clausel vers la France, et renvoie une autre lettre à Clarke disant qu’avec cette nouvelle, son plan de campagne est devenu impossible. Il réitère son ordre à Paris d’abandonner Zaragoza, et de se diriger vers Mequinenza qu’il prévoit d’atteindre avec ses troupes le 12 ou le 13. On a vu que Paris n’obéira pas à cet ordre si tant est qu’il l’ait reçu, par peur de la cavalerie espagnole.

        Toujours est-il que le 12 Suchet, contrairement à ce qu’il a indiqué à Paris, est toujours aux alentours de Tortosa, avec juste le détachement Musnier-Sévérolli dans la vallée haute de l’Ebro, à Caspe, attendant impatiemment des nouvelles de la garnison de Zaragoza. Ce n’est que le 14 qu’il apprend la retraite excentrique de Paris, et il se décide alors à se replier sur la Catalogne, après avoir récupéré les petites garnisons des montagnes d’Aragon sur son passage.

        C’est une très bonne idée, mais le mouvement suivant, lui, est contre productif au possible. Car avant de partir de Tortosa, il y dirige le général Robert, et complète la garnison à 4800 hommes, laisse la brigade Lamarque à Lerida avec 2000 hommes, un bataillon à Mequinenza et une compagnie dans le château de Monzon. Son armée est ainsi diminuée de 3000 hommes qu’il ne reverra jamais, constituant ainsi l’exemple même d’un argument circulaire ; car son armée est ainsi rendue incapable de secourir ces garnisons esseulées, qu’il n’aurait pas eu besoin de secourir s’il ne les avait pas placées !

        L’idée qu’elles immobilisaient ainsi des troupes ennemies est illusoire, car elles seront observées par des divisions espagnoles des 2do et 3ro Ejércitos qui, sans logistique, ne pourront se rassembler pour un blocus réel aux alentours dépeuplés de ces forteresses. Les effectifs espagnols placés aux alentours des points tenus par les Français seront très généralement inférieurs en nombre aux garnisons (par exemples, les deux bataillons placés dans Sagunto n’auront jamais en face d’eux que le bataillon unique du régiment America, montant difficilement à 600 hommes, et campant à 5 kilomètres. Denia par un détachement de cavaliers démontés d’Elio, et Peniscola par un sloop du côté de la mer et une bande de paysans armés qui ne se rassemblent que lorsque la garnison fait mine de sortir).

        Toujours est-il que le 17, Suchet, après être passé au Col de Balaguer et avoir vu ses troupes et son convoi de réfugiés copieusement bombardés par la Royal Navy dès qu’ils passent à portée, est de retour à Tarragona. Il y écrit à Clarke, expliquant que s’il est là, c’est la faute de Vitoria, Clausel, Paris et Decaen, ce qui n’est pas totalement faux (mais pas totalement vrai non plus).
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Messagepar MASSON Bruno sur 11 Jan 2021, 15:15

      b) 2e Campagne de Tarragona sous Lord Bentinck

        1) Début de campagne poussif par manque de logistique

        Nous avons laissé Lord Bentinck attendant le départ de Français de Valencia pour avancer le long de la côte. Ce n’est néanmoins que le 9, soit cinq jours après le départ des dernières unités de Suchet, que les avant-gardes « anglaises » pénètrent dans la capitale du royaume, la population acclamant ses libérateurs. Les troupes des deux armées espagnoles n'avaient à ce moment pas encore bougé de leurs positions.

        La première missive du général anglais à Wellington se plaint qu’il n’a toujours que la moitié de la logistique nécessaire à faire bouger ses 16000 hommes, et que les 2do et 3ro Ejércitos n’ont rien du tout. Il l'informe que Del Parque lui a déclaré qu’il serait incapable de bouger de Castalla s’il ne lui était pas avancé au moins des provisions de bouche, et qu’en conséquence il a fourni 100000 rations de farine au 3ro Ejército.

        La réponse du Generalissimo sera qu’il aurait aussi bien fait de s’en abstenir, car « ils ne sauront pas comment l’emporter, la faire cuire, ni comment distribuer le pain obtenu, donc tout va se gâter et ils ne rembourseront jamais l’avance », ce qui va se réaliser exactement.

        Eut égard aux garnisons laissées par les Français à leur départ, et aux résultats de l’offensive de juin au sud de Valencia, il est décidé que le 2do Ejército restera avec ses divisions Roche, Sarsfield et Miyares pour en faire le blocus, et que le 3ro Ejército, renforcé de la division Villacampa, suivra l’Armée d’Alicante sur la route de la côte.

        Elio n’ayant ni logistique, ni argent, ni le moindre talent dans ce domaine, ses trois divisions resteront dans leur immense majorité en cantonnement chez l’habitant. Les trois points fortifiés toujours tenus par les Français (Dénia, Tarragona et Peñiscola) sont, comme je l’ai dit plus haut, laissés à leurs ressources propres, et placés en état de blocus de par le fait que l'armée française, dans sa retraite, a consommé tout ce qui était disponible aux environs.

        Les étapes de marche sont courtes pour l’armée « anglaise », car Bentinck ne veut pas se couper trop des Espagnols de Del Parque, et ce n’est que le 23 qu’il arrive aux bouches de l’Ebro, au niveau d’Amposta. Là, il est confronté à un problème, car il n’y a plus de pont, et seuls peuvent être trouvés trois petits bateaux, avec lesquels il doit faire des allers et retours pour réussir à faire passer tout son monde.

        Ce processus est lent, et il faut trois jours pour que son armée soit enfin sur l’autre rive ; d’un autre côté, c’est à ce moment-là qu’arrivent les avant-gardes de Del Parque, la division Villacampa faisant, elle, le tour par la route de la montagne et Caceres, donc il n'y a pas vraiment de perte de temps.

        Un détachement des troupes d’Elio est alors placé à Aldover et un autre à La Petja, gardant les deux routes qui vont à Tortosa le long du fleuve, avec des postes placés bien en évidence juste au-delà de la portée des pièces de la forteresse. La division Roche vient se cantonner dans les villages près de l’embouchure de l’Ebro, avec ordre de prévenir immédiatement si la garnison fait mine de vouloir s’échapper.

        Ce n'est que dans les derniers jours de juillet que l'armée coalisée est enfin du bon côté de l'Ebro, et prête à continuer à remonter la côte.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Jan 2021, 13:54

(désolé du hiatus d'une semaine, j'ai été un peu occupé)

        2) Premier aperçu du caractère optimiste du nouveau général en chef anglais

        Bentinck reçoit alors des rumeurs comme quoi Suchet aurait fait sauter la forteresse de Tarragona et, ayant fait de gros détachements en direction de la France, serait en pleine retraite au nord, ayant peut-être même abandonné les alentours de Barcelona pour se regrouper vers Gerona.

        La première rumeur a un certain fondement, car, ayant trouvé Tarragona bien trop endommagée pour être tenable (ce qui en dit long sur la qualité du siège de Murray), il a fait miner deux bastions, évacuer l’artillerie surnuméraire, changer les unités de garnison et préparer l’évacuation. Néanmoins, la ville est une place bien trop pratique sur le chemin de Tortosa/Peñiscola pour qu’elle soit abandonnée à ce moment, et l’armée française a encore bien 15000 hommes rassemblés dans ses alentours.

        Le deuxième point vient sans doute des mouvements de troupes en Aragon, et de la tentative de Decaen sur Vich, mais ni l’un ni l’autre n’ont diminué les troupes immédiatement disponibles pour Suchet.

        Sur cette information erronée, Bentinck va faire embarquer la division Clinton renforcée à 5000 hommes, avec pour ordre de tenter un coup de main sur Tarragona, voire Barcelona si la ville est laissée avec une garnison squelettique. C’est aventurer ainsi un tiers de l’armée sur une rumeur non confirmée, et laisser le gros peut-être même trop faible pour résister à un retour offensif français… Toujours dans cette idée que Suchet est maintenant très faible numériquement, les 11000 hommes qui restent à terre continuent à remonter lentement la côte en direction des places fortes de Catalogne.

        Heureusement, Clinton va arriver dans la baie du Francoli, voir la forteresse tenue et les troupes dans la plaine très nombreuses, et sagement renoncer, rejoignant son commandant en chef au sud du col de Balaguer avec la nouvelle que l’armée française est toujours présente en nombre.

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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 22 Jan 2021, 11:47

        3) Mouvements français dans le nord de l'Espagne

        À la mi-juillet, l’armée principale a changé de commandant ; le Roi et le maréchal Jourdan ont été démis de leurs fonctions par Napoléon et Joseph a été interdit de paraître à Paris. Il sera arrêté par la gendarmerie pour avoir tenté de s’y rendre déguisé ; Jourdan, lui, se retire dans ses terres et prend sa retraite.

        Soult a été nommé à la place, avec ordre de mener la réforme que Joseph avait vainement demandé l’autorisation de faire au début de l’année ; à savoir dissoudre les armées du Nord, du Sud, du Portugal et du Centre pour globaliser les troupes sous une seule entité. Il prend ses fonctions au 15 juillet, et décide d’une offensive en direction de Pamplona qui, entre le 23 juillet et le 4 août, lui permettra de subir un 2e Buçaco, un 2e Salamanca, et seul le mauvais temps l’empêchera de devoir choisir entre un 2e Oporto et un 2e Baylen…

        Entre le 18 et le23 juillet, Suchet fait un rapide tour des points fortifiés de Catalogne (Lerida, Monzon, etc...), et les trouve en bon état. Le 25 il est de retour à Tarragona, se replie sur Barcelona et cantonne l’armée aux alentours. Il est demandé à Decaen de fournir une force mobile de 10000 hommes, ce que ce général, en protestant, met une semaine à rassembler, en réduisant au minimum les garnisons et en supprimant les colonnes mobiles.

        Le 30 Suchet est de retour à Barcelona, où il prend « livraison » de la colonne de réfugiés, blessés, civils et impédimenta remontés de Valencia lors de l’évacuation. La colonne ira jusqu’à Gerona avant d’être confiée à la garde nationale pour le trajet jusqu’à la frontière, et Decaen escorte alors un énorme convoi de provisions à destination de Barcelona ; le lent pas des chariots à bœufs fait qu’il n’y arrivera que le 12 août.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 23 Jan 2021, 05:59

        4) Deuxième siège anglais de Tarragona, dispersion des troupes coalisées

        Entre temps, le départ de la colonne Decaen depuis la capitale catalane renouvelle les rumeurs d’évacuation française qui courent dans le camp anglo-allié. Bentinck, persuadé de leur validité, décide alors d’avancer avec ses 16000 hommes jusqu’à Tarragona, qu’il réinvestit complètement avec ses deux divisions anglo-italiennes dès le 30 juillet. La division Whittingham est, elle, poussée d’abord à Reus, puis jusqu’à la passe de Santa Caterina et au col de Liebra, qui permettent de déboucher dans la vallée de Tarragona depuis les hautes terres et Barcelona.

        C’est extrêmement dangereux car Suchet a sous la main 20000 hommes de très bonne qualité, et n’est qu’à deux marches des forces assiégeantes, qui sont presque moitié moindres, et de qualité très moyenne. Mais le maréchal va prendre le risque inconsidéré pris par Bentinck pour une preuve de force effective, et va attendre le retour de Decaen avant de bouger.

        Fin juillet, la division Villacampa de l’armée d’Elio est forcée à rester près de l’Ebro pour se nourrir, et Del Parque ne peut avancer que deux de ses divisions (Anglona et Berenguer) sur la route de Tarragona, et s’arrête une marche en arrière de l’armée anglo-italienne, toujours pour des raisons de subsistances. Des troupes semi-irrégulières du 2do Ejército d’Elio, Duran est revenu assiéger le fort devant Zaragoza après avoir laissé Mina observer les postes français sur les crêtes pyrénéennes autour du Somport et bloquer le bataillon laissé dans le fort de Huesca, et El Empecinado a occupé Madrid après le départ des derniers Français ; il y restera jusqu’à être remplacé par une division de réserve d’Extremadura très tard dans l’année, et rejoindra les forces sous le commandement direct de Wellington.

        Bentinck a donc deux semaines tranquille devant la forteresse, et n’est vraiment gêné que par des problèmes logistiques. Ces problèmes sont assez criants en eux-mêmes, car si les Anglo-Italiens peuvent se ravitailler depuis la flotte, la division mallorquine n’a pas cette possibilité ni à Reus ni sur les crêtes, et les divisions de Elio et Del Parque ne possèdent rien qui leur permette de réaliser des distributions organisées. La division Villacampa du 2do Ejército est finalement poussée dans les terres pour survivre, la 2e division du 3ro est laissée sur les bouches de l’Ebro, les divisions Anglona et Berenguer sont cantonnées aux alentours de Perello et Reus, et tout ce monde vit sur le pays. Whittingham finira par être ravitaillé aussi par la Navy, au grand déplaisir de Bentinck, mais c’est le seul moyen de le laisser concentré dans sa position.

        La question qui se pose au général anglais est aussi le débarquement ou non du train de siège; Wellington, consulté à ce propos, s’y oppose tout à fait. Il fait bien comprendre en même temps qu’il trouve Bentinck très aventuré, et que Suchet est tout à fait à même de l’attaquer dans sa position, en supériorité numérique et qualitative. Le général anglais doit être prêt à partir très vite, donc les canons lourds resteront à bord, et le blocus n’aura pas de résultat de ce fait.

        Copons, qui jusqu'alors était dans le nord de la Catalogne, descend avec le 1ro Ejército jusqu'aux hauteurs surplombant la plaine de Barcelona, et s'y distingue le 7 août en chassant de son campement un bataillon du 1er léger italien qui ne se gardait pas. Cet incident, qui se passe à une quinzaine de kilomètres du QG de Suchet, ne fait pas rire le maréchal français. Le général espagnol rencontre Lord Bentinck près de Reus le 10 août mais, peut-être échaudé par les incidents avec Murray, ne se rapprochera pas plus de l'armée d'Alicante.
MASSON Bruno
 
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