Campagne 1813-1814 à l'ouest de l'Espagne - Murray et Suchet

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Campagne 1813-1814 à l'ouest de l'Espagne - Murray et Suchet

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Juil 2020, 05:05

/edit: Oui, j'ai changé le titre de mon post appelé "[Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire", car il n'était plus vraiment exact (il n'est pas question que de Murray, ni que de Tarragona), et ça me permettra de tester le phénomène de "Putaclic" :mrgreen:

Plan approximatif

    I/ Présentation de Murray, ses interactions précédentes avec Wellington
      a) Carrière préalable du général
      b) Campagne de 1803-1805 sur la côte ouest de l’Inde
      c) Campagne de 1809 dans le nord du Portugal

    II/ Campagne de 1813 dans l’est de l’Espagne
      a) Constitution de la force anglo-alliée sur la côte est
      b) Campagne du 2e Castalla
      c) Campagne de Tarragona

    III/ Suite de la campagne 1813-1814 sur ce théâtre d'opérations
      a)recul de Suchet et affaiblissement français
      b) 2e Campagne de Tarragona sous Lord Bentinck
      c) Court compte-rendu du procès de Murray
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Re: [1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Juil 2020, 05:11

    I/ Présentation de Murray, ses interactions précédentes avec Wellington

      a) Carrière préalable du général

      John Murray est né vers 1768, fils ainé de Sir Robert Murray, 6e Baronnet de Dunerne, et de sa seconde femme, Susan, fille de de John Renton, de Lamberton.
      Sa première commission (Ensign-Lieutenant) est datée 24/10/1788 au 3rd Foot Guards, est Lieutenant-Capitaine le 25/04/1793, et sert comme AdC d’abord du Field-Marshal Freytag puis du Duke of York en Flandres (St-Amand, Famars, Valenciennes, Dunkerque, Maubeuge, Cambrésis), bvt Major le 30/04/1794 et le 31 Mai de la même année Lt-Colonel du 84th foot, est présent à Tournay et lors de la retraite en Hollande.

      Sert ensuite sous Sir A. Clarke et est présent lors de la capture du cap de Bonne Espérance. En 1799 commande un corps de troupes embarquées sur la Mer Rouge. Bvt Colonel le 1er Janvier 1800, sert en tant que QMG sous Baird en Mer Rouge puis en Égypte. Il est versé peu avant (et en prévision de) la rupture de la Paix d’Amiens à la division de Bombay aux Indes, où il se trouve sous les ordres direct d’un jeune Major-General promis à un brillant avenir, Arthur Wellesley.

      Ce placement est assez prestigieux pour un officier supérieur, et peut permettre un décollage de carrière rapide sous le gouvernorat du Marquis Wellesley et le commandement en chef du général Lake, marqué par une activité militaire importante. (Guerre contre Tipu Sahib, puis Deuxième Guerre Mahratte)
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Re: [1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Juil 2020, 05:15

      b) Campagne de 1803-1805 sur la côte ouest de l’Inde

        1) Position et ordres du Colonel

        Il est alors mis aux commandes d’un district assez important, sur la demande expresse et les ordres de Arthur Wellesley, qui se réfère à son activité en Égypte et le pense capable de s’en sortir avec les honneurs. Il lui donne comme à son habitude des instructions complètes et détaillées sur ce qu’il peut faire et les buts qu’il peut viser, en lui laissant néanmoins toute liberté d’action, et lui disant qu’il est dans une position rêvée, et totalement impensable normalement à son grade, de se faire un nom.

        Il commande deux bataillons Anglais (65th et 86th foot) et quatre de cipayes (I/II 1st et I/II 6th Bombay Native Infantry), ce qui, une fois les garnisons nécessaires déduites, lui donne environ 4000 hommes disponibles. Ses forces sont divisées en deux entre Baroda (ou Vadodara, la traduction dans un alphabet européen est approximative) et Surate (province du Gujerat). Le but de cette colonne est la capture de la place de Baroach (ou Baruch) appartenant à Scindia puis la tenue de la ville de Songhur (ou Songadh) qui garde un débouché primordial à travers les montagnes de Purna.

        Murray est opposé à très peu de forces, essentiellement les garnisons de plusieurs forts d’importance secondaire, totalement incapables de se soutenir mutuellement du fait de leurs distances respectives, et d’une force de cavalerie irrégulière estimée entre 4 et 5000 hommes, qui n’est dangereuse que si on la laisse agir sur les communications, mais se garde bien de rester à distance d’attaque si le commandant en face fait preuve d’activité.

        Dans cette guerre, on peut dire qu’un commandant européen qui attaque a déjà pratiquement gagné sa bataille ; les rares échecs sont dus à des impondérables (panique subite des troupes, rapport d’effectifs au-delà du raisonnable, c’est à dire supérieur à un contre dix). Rappelons que l’armée que Wellesley a sous ses ordres représente environ le double de cet effectif, que la différence est essentiellement constituée de troupes irrégulières plus ou moins fiables, et qu’il remportera avec elles les batailles d’Assaye et d’Argaum contre un ennemi quatre à cinq fois plus nombreux.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 22 Juil 2020, 06:03

        2) Atermoiements et inactivité du Colonel pendant plus de six mois

        Murray va faire preuve dans son premier commandement indépendant de son caractère timoré et peu fiable, arguant de plusieurs prétextes pour ne pas bouger. Il va d’abord mettre en avant son manque de cavalerie, qui est réel car les contingents indigènes qui devaient la lui fournir se sont joints aux troupes du colonel Monson, par erreur ou affinité, mais ce n’est pas rédhibitoire. Puis son manque de troupes européennes, qui est un faux problème, puisqu’il a autant d’Anglais sinon plus que son chef ; Il recevra néanmoins cinq compagnies du 84th foot en provenance de la garnison de Bombay, qui ne le feront pas plus avancer. Et enfin son manque de ravitaillement, dont le fondement est réel car la récolte du Deccan a été désastreuse en 1803, mais que Wellesley a subi aussi et qu’il a surmonté.

        Dans le même temps, Wellesley a transporté sans opposition le Peswhâ Baji Rao II de Bombay à Pune où il l'a réinstallé comme chef de la confédération mahratte (16 mai 1803), et joué très activement les entremetteurs entre cette personnalité mesquine et vindicative et les autres chefs de la confédération.

        Suite à la déclaration de guerre entre la Compagnie des Indes Orientales et la coalition Sindhia-Raja de Berar qu'il n'a pas réussi à concilier avec le Peshwâ, il est entré en campagne contre Sindhia (6 août) pris la ville d'Amadnaghâr (8 août) puis le fort (12 août).

        Une anecdote sur l'effet qu'a la façon de faire campagne du jeune Wellesley sur les Mahrattes, le raccourci fait par un des chefs affilés au Peswhâ à propos de cet assaut: " les Anglais sont arrivés devant la ville, ont regardé la muraille, l'ont enjambée, ont passé la garnison au fil de l'épée, puis sont allés déjeuner."

        Le 6 septembre il remporte la bataille d'Assaye, où avec 6000 hommes il met en fuite les 40 à 50000 soldats de Sindhia, capture presque 100 canons et la totalité des équipages du chef mahratte. Seule sa cavalerie peut s'échapper car la cavalerie anglo-indienne a beaucoup souffert de par un mauvais placement, face aux canons au milieu de la bataille.

        Le 29 novembre, à Argaum, il rencontre les 30000 hommes du Rajah de Berar appuyés par la cavalerie rescapée de Sindhia, mais cette fois il a tout son monde, soit 11000 hommes, et la victoire est indiscutable. la cavalerie anglo-indienne poursuit pendant plusieurs jours les troupes ennemies en fuite et les disperse pour de bon. Wellesley fait ici encore main basse sur un gros butin, dont 38 canons de gros calibre, dont le prize money sera utilisé pour subvenir aux besoins de son armée.

        le 15 décembre, son subordonné, le colonel Stevenson, avec 5000 hommes, capture par assaut la forteresse principale du Rajah de Berar, Gawilghur, à plus de 800 km de l'armée principale. La campagne propre de Wellesley lui aura fait traverser près de 1000 km de terrain hostile, en pleine mousson, sans perdre ni ses communications ni son ravitaillement, contre un ennemi dont la tactique principale est justement de s'y attaquer. le 17 les Mahrattes coalisés demandent la paix.

        Pendant ce temps, Murray n'a fait que prendre Bharuch, sans combat, située à moins de 80 km de son point de départ, et qui empêchait la réunion des deux moitiés de ses troupes.

        /edit: Pour mettre en parallèle deux subordonnés de même grade et ayant un commandement équivalent, ce colonel Stevenson, à la tête de 4 à 5000 hommes (selon les détachements et ajouts faits par son chef direct) dont un seul bataillon anglais, mais 2 régiments de cavalerie indigènes de la Compagnie, est absent de la bataille d'Assaye malgré une marche forcée de 80 km en 36 heures à travers un pays de jungle.

        il arrive le lendemain, et permet à l'armée principale de se remettre de la bataille où, avec 600 Anglais et 900 Cipayes par terre, elle a vaincu mais perdu 25 % de son effectif. Il est ensuite présent et combat à Argaum le 29 novembre, et le 15 décembre qui suit a pris Gawilghur, un fort de montagne auparavant inviolé, après une marche de 850 km...
        Pour certain officiers, rien n'est vraiment impossible.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 26 Juil 2020, 10:04

        3) Campagne contre le maharadjah d'Indore en 1804

        A la fin de 1804, Sindhia et le Rajah de Berar ont signé la paix, et Jeswun Rao Holkar (Maharajah d’Indore), s’étant décidé à attaquer les intérêts anglais après que son ennemi intime Sindhia ait été battu, fuit (avec environ 25000 hommes plus ou moins réguliers et 160 canons) devant le général Lake. Murray commence alors un mouvement offensif sans doute piqué au vif par les commentaires peu amènes de son chef direct sur son inaction de l’année passée.

        Il a été renforcé de trois bataillons de Cipayes de plus (I/II 4th Bombay NI venant de Goa et I/12th Bombay NI de Poona/Pune) de la part d’Arthur Wellesley, mais a dû rendre la wing du 84th foot à la garnison de Goa qui est squelettique et potentiellement en danger. Il doit agir en coordination avec le colonel Monson dont les troupes sont légèrement inférieures en nombre aux siennes et qui n’a qu’aucun bataillon anglais.

        Sur la rumeur que ce Maharajah se dirige dans sa direction avec 40000 cavaliers, il décide de retraiter sans vérifier l’information, et communique cette frayeur à l’autre commandant de colonne, qui recule aussi. N’étant pas menacé alors que ce dernier est attaqué, il continue sa retraite en s’éloignant de lui, le laissant se débattre dans une retraite excentrique face à un ennemi qui l’entoure, au milieu de la mousson qui gonfle tous les cours d’eau des alentours. Holkar va capturer toute l’artillerie et le ravitaillement du pauvre Monson, qui réussira à s’échapper avec son infanterie uniquement, qui, bien tenue et micro-gérée à chaque passage de bac, ne permettra jamais à l'ennemi de faire jouer sa puissante artillerie et son infanterie encadrée par des Européens.

        Ce Colonel Monson est lui aussi une perle rare, en ce qu’il va se montrer un brigadier hors pair sur le champ de bataille, brave, entreprenant et charismatique, mais parfaitement incompétent lui aussi dès que les canons se sont tus. Il est alors lui aussi pris de peurs irraisonnées, prend des initiatives mal à propos, et fait le désespoir de son général en chef, qui connaît ses qualités sur le terrain mais ne peut rien faire contre ses penchants stratégiques.

        Il est à noter que ni le général en chef (Lake) ni le gouverneur général (Wellesley) ne formuleront de reproches officiels envers Murray ou Monson, qui compliquent les actions de leurs chefs par leurs manquements personnels, mais assumeront la responsabilité de les avoir nommés à un poste où ils ne sont pas compétents.

        Le seul moment où Murray acceptera de bouger à nouveau sera en février 1805, quand il apprendra que suite à la demande de son remplacement déposée par Arthur Wellesley avant son départ, son successeur est en route, il emmènera alors tout son monde, laissant peut-être volontairement deux forts hostiles sur sa ligne de communication pour retarder la perte de ce commandement où il a été inutile.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 12 Aoû 2020, 18:59

      c) Campagne de 1809 dans le nord du Portugal

      La deuxième occasion de briller proposée à John Murray (devenu le 30/10/1805 Major-General) se passe le 12 Mai 1809, à la fin de la deuxième bataille d’Oporto ; le maréchal Soult s’est endormi dans la grande ville du nord du Portugal qu’il a prise fin mars, attendant des nouvelles du IVe corps français sous Lapisse à Salamanca, qui doit théoriquement se diriger vers Guarda, et du Ier corps sous Victor dans le voisinage d’Alcantara pour s’avancer vers Lisbonne. Début mai, Wellesley a rassemblé son armée sous lui, prévu une force de couverture si Victor tentait quelque chose sur les rives du Tage, et détaché des unités semi-régulières de Portugais en interception des communications entre le Portugal du nord et la province espagnole du Leon.

      Le principal corps de troupes est avancé jusqu’aux rives du Duero, et force le franchissement du fleuve sans que le IIe corps français ne réagisse avant qu’il ne soit trop tard. Se voyant menacé d’être coincé entre la côte et l’armée britannique, Soult décide d’abandonner en hâte sa « vice-royauté » du Portugal, laissant sur place son hôpital et un matériel assez important. Wellesley a prévu le mouvement, et a chargé Murray avec la moitié de la brigade qu'il commande normalement (1st&2nd Line KGL) renforcée de 2 canons et 2 escadrons du 14th LD (un peu moins de 3000 R&F) d’un mouvement tournant pour intercepter la ligne de retraite probable de Soult.

      Traversant le Duero au bac de Barca D’Arco, il arrive à destination après que Soult ait décidé de quitter la ville. Néanmoins, se trouvant trop peu nombreux pour attaquer les troupes défilant en désordre devant lui sur la route de Vallongo, il s’arrête à longue portée de canon et attend, au lieu de foncer et profiter de la démoralisation et du désordre. Ailleurs sur le champ de bataille, les narrations anglaises disent que les Français rattrapés jettent leurs fusils, demandent grâce à grand cris et se rendent sans faire d’histoires. Murray laisse ainsi défiler devant lui tout le IIe corps en fuite sans bouger.

      Envoyé trouver Murray une fois que la retraite des Français est décidée, le général Charles Stewart le trouve inactif, emprunte sans ordres réels un escadron du 14th et charge l’arrière-garde française alors plus ou moins formée par les efforts des généraux français subalternes. Malgré le terrain très fortement enclos et la différence numérique, les 110 dragons font 300 prisonniers en perdant 32 des leurs. Foy reçoit un coup de sabre sur l’épaule (une de ses nombreuses blessures), et Delaborde, capturé, doit sa liberté à la mort de son garde.

      Pendant ce temps, Murray regarde et ne fait rien, alors que ses deux bataillons auraient permis la capture de toute l’arrière-garde. Les prisonniers sont remis par les cavaliers à l’infanterie de Sherbrooke, qui arrive un peu plus tard, et les dragons rejoignent leur régiment. Murray sera bien sûr ignoré dans le communiqué de victoire de Wellesley, et le 14th LD cité.

      Peu après, Murray fait partie des généraux anglais qui demandent leur remplacement plutôt que de potentiellement servir sous Beresford, maréchal Portugais mais général anglais d’ancienneté inférieure à la leur.
      Le 27/05/1809 il est nommé Colonel du 3rd West India Regiment; en 1811, il succède à son père et devient 8e Baronnet de Dunerne, est élu aux Communes pour Weymouth, et devient Lieutenant-General le 31/03/1811.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Aoû 2020, 11:25

    II/ Campagne de 1813 dans l'est de l'Espagne

      a) Constitution de la force anglo-alliée sur la côte Est

        1) Murray envoyé en Méditerranée, renforts siciliens dirigés sur la côte Est de l'Espagne

        En 1813, Murray est nommé en Sicile à l’état-major de Bentinck, qui gère l’île en dépit des velléités de la reine et de son parti d’intrigants.

        Sir William Bentinck, pendant les deux derniers mois de 1812, semble avoir abandonné ses idées farfelues de descente en Italie pour soulever le sud contre Napoléon, sans doute suite aux ouvertures faites par Murat auprès de la cour d’Autriche. La Sicile, elle, semble calme et sereine sous la constitution libérale qu’il a imposée à la couronne des Deux-Siciles.

        Il va donc envoyer, conformément aux ordres du gouvernement anglais, trois vagues de renforts destinés à la côte est de l’Espagne, ainsi que plusieurs généraux pour remplacer le général Maitland, qui est parti le 1er octobre pour raisons médicales.

        Le 14 novembre partent le 1/27th, un bataillon de grenadiers et un de lights réunis tirés des troupes restant en Sicile (2/10th, 21st, 31st, 62nd, 75th, 7th et 8th KGL), un détachement du 20th LD (13 cavaliers !), le 2nd Italian Levy, une batterie anglaise et une sicilienne avec leur train, et un « grenadier Sicilien », donné à 605 R&F.

        Le 5 décembre embarque la deuxième vague, la « Garde sicilienne », le 1er régiment sicilien (sans doute le régiment « Estero »), le « Calabrian Free Corps », un autre détachement du 20th LD, 2 escadrons de cavalerie Italienne, une autre batterie anglaise et un « 2e italien ».

        le 10, la 3e vague est composée du 2/27th et du 1st Italian Levy.

        On a ici trois unités (Garde Sicilienne, Grenadier Sicilien et 2e Italien) qui sont cités à l’embarquement, chiffres à l’appui, par Fortescue, qui est exhaustif sur les troupes sous commandement anglais, mais pas par Oman, qui lui en général ne s’occupe que des armées d’opérations. Il est probable qu’ils soient restés en garnisons ou n’aient fait qu’un séjour éclair à Alicante.

        Arrivent encore depuis la Sicile au début de 1813, 200 cavaliers du 20th LD, et deux escadrons de Hussards de Brunswick. Deux autres sont pressentis en provenance d'Angleterre
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 21 Aoû 2020, 16:23

        2) Valse des commandants et valeur relative des troupes

        Du côté du commandement, les officiers se succèdent à un rythme élevé dans les derniers mois de 1812. On a vu que Maitland était parti avant le début octobre, le commandement étant alors dévolu au plus ancien de ses Major-Generaux, le général Mackenzie. Le 20 novembre arrive de Palerme, à la tête de la première vague de renforts, le Major-General William Clinton (frère du commandant de la 6th Division de Wellington), et le 2 décembre, le Major-General Campbell, à la tête des divisions espagnoles Roche et Whittingham débarque et prend le commandement.

        Le nouveau commandant se trouve alors posséder près de 18000 hommes disponibles, mais les divisions espagnoles n’ont ni transport, ni commissariat, ni magasins où se fournir. Le gouvernement espagnol, après avoir caressé le vain espoir de voir les Anglais s’en charger, a finalement tout simplement décidé de ne pas s’en soucier. Il est donc nécessaire pour ne pas les voir mourir de faim de les disperser sur une vaste surface pour qu’ils vivent sur le terrain.

        Dans le rassemblement des troupes mises à sa disposition, les Anglais, la KGL et les Calabrais sont de bonne composition et fiables ; le bataillon composite Roll-Dillon et les Italian Levy sont globalement bons, mais sont régulièrement grossis de déserteurs internationaux (Italiens, Espagnols, Polonais, Allemands, Croates, il y a même un Russe !) qui ont tendance à faire l’aller-retour entre les deux armées. Une compagnie de 86 hommes du 2nd Levy désertera même aux Français en bloc, apportant son officier prisonnier en cadeau… Il faut dire que leur colonel est une vieille baderne, tatillon et intransigeant sur l’obéissance à lettre du règlement de manœuvre. Il se rend ainsi détestable envers ses subordonnés, officiers autant que soldats ; au 1st Levy, où le colonel est beaucoup plus humain, il n’y a aucun problème.

        Quant aux divisions Whittingham et Roche, la première est très bien entraînée et encadrée, mais n’a jamais combattu, et la deuxième a souffert du 1er Castalla, gardant un fort complexe d'infériorité vis-à-vis de ses vainqueurs; les rangs ont néanmoins été remplis de recrues depuis et les cadres ont eu le temps de les entraîner.

        Tout cela fait une armée difficile à mettre en mouvement, et assez peu fiable en face des 15000 vétérans disponibles de Suchet. Le 25 février, le commandement change encore, avec l’arrivée de Sir John Murray. sa nomination a été acceptée par Wellington qui commence à le connaître, sans doute par peur de récupérer un autre Slade ou Erskine-like, qui chargerait comme un imbécile et se fera mettre en pièces pour rien.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 25 Aoû 2020, 20:22

        3) La deuxième armée espagnole d'Elio

        OdB probable d'avril 1813

          2e Armée espagnole, ou « de Murcie », Général en Chef Mariscal de Campo Francisco Javier Elio

          1ra Division Brigadier Miyares (5 bataillons-4500 hommes)
          Regimientos 1ero de Burgos, Tiradores de Cadix, 2do de Cuenca, Voluntarios de Jaen, Cazadores de Velez Malaga

          2da Division MdC Villacampa (4600 hommes-5 Bataillons, 2 escadrons)
          Regimientos de la Princesa,  Molina, 2° de Aragon, 2° de Soria, Alcazar de San Juan
          Husares españoles

          3a Division MdC Sarsfield (malade) (5000 hommes-6 bataillons, 2 escadrons)
          Regimientos Bailen, Badajoz, America, Alpujarras, la Corona, 1ro Cazadore de Guadix
          Cazadores de Caballeria de Jaen

          4ta Division Mariscal de Campo Roche (détachée)(4400 hommes-5 bataillons, 4 escadrons)
          Regimientos 1ero Voluntarios de Aragon, Cazadores de Valencia, Canarias, Voluntarions de Alicante, Chinchilla
          Cavalerie : Cazadores de Olivenza, Dragones de Almansa
          1 batterie à cheval (?) 6 canons+2 obusiers, trainée par des mules ?

          5ta Division Brigadier Martin (El Empecinado) (4300 hommes-4 bataillons, 2 escadrons)

          6ta Division MdC Duran (5400 hommes-4 bataillons, 3 escadrons)

          2da Division de Caballeria (1014 hommes,930 chevaux) Mariscal de Campo San Juan
          1ra brigada ?
          Husares de Fernando VII (3 esc)
          Regimiento Princesa (309 hommes et 21 chevaux, dét en garnison à pied à Cartagena)

          2da brigada de Cazadores Marques de Albentos
          Cazadores de la Mancha (3 esc)

          (le régiment de cavalerie de Linea «1ro de Santiago» fait partie de la cavalerie, mais pas inclus dans les détails, peut-être en cours de remonte)

        Prévue pour collaborer sur la côte est, la « deuxième armée » espagnole a un effectif théorique de 30000 hommes, ce qui semble énorme, mais il faut savoir que deux de ses divisions ne sont que théoriquement sous son contrôle. Il s’agit en effet des deux partidas de El Empecinado et de Duran, qui sont loin et peu enclins à quitter leurs territoires de chasse. Elio ne commande donc en réalité que 13000 fantassins et environ 2000 cavaliers, dont la division Roche, qui, payée et équipée par les Anglais, a tendance à leur obéir plutôt qu’à son chef direct.

        Pour ne pas améliorer la situation, cette armée a le pire historique de combat de toutes les armées espagnoles, et a encore du mal à se remettre de la déroute du 1er Castalla en Juillet 1812. Ajoutons pour finir le tableau que rien n’existe au point de vue logistique ou magasins ; les troupes sont par nécessité dispersées en cantonnements assez éloignés, ce qui les met en situation d’être surprises par un mouvement brusque des Français, et ralentit tout mouvement de concentration.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 28 Aoû 2020, 06:57

        4) Etat et problèmes présents aux armées "anglaise" et française

        Pour les Obs détaillés des armées « anglaise » et française, je vous renvoie à ceux que Diégo Mané à postés en 2013 sur le site dans la section « Ordres de Bataille ».

        http://www.planete-napoleon.com/docs/18 ... allaOB.pdf

        Quant à la 3e Armée d’Andalousie de Del Parque, elle ne s’approche qu’après le départ de l’expédition de Tarragone, et ne fera aucune tentative d’action militaire dans le royaume de Valence. Elle donc peut être ignorée dans la narration présente.

        L’armée « anglaise » d’Alicante, elle, manque surtout de transports, et si la nourriture arrive en quantité suffisante de Sicile et du Maghreb, lui faire quitter le port est difficile, car les ressources de la province sont accaparées pour la 2e armée.

        Un certain nombre de mules sont trouvées, a des prix plutôt exorbitants, et au grand déplaisir de l’état-major de l’armée de Murcie qui aurait voulu les monopoliser, et 86 mules françaises, capturées par le seul guérillero de la plaine de Valencia, lui sont achetées, mais cela ne permet pas de longues marches, et les troupes de Campbell puis Murray sont en général limitées à la capacité d’emport des soldats eux-mêmes. Des mules sont trouvées en petites quantités aux Baléares, mais leur importation se heurte au manque de transports d’équidés présents à Alicante comme partout où une armée anglaise débarque.

        Du côté français, tout n’est pas rose non plus. Tout d’abord Suchet est confronté à 35000 ennemis susceptibles de se rassembler contre lui, ce qu’il ne manque pas de rappeler dans sa correspondance avec Joseph et Jourdan lorsqu’il s’agit d’envoyer des troupes de l’Armée de Valence aux autres corps français. Mais il faut aussi ajouter à cela les 13000 hommes de la 3e « Armée d’Andalousie » de Del Parque, qui sont susceptibles de venir se joindre à Elio pour attaquer le corps français le plus en pointe en Espagne. Le fait qu’elle ne bougera avant mai est ne pouvait être anticipé par personne.

        Suchet décide donc de réparer les fortifications de Sagunto, et d’y loger deux mois de ravitaillement, pour avoir une place forte dans le royaume de Valence. Fin janvier, Darricau fait une apparition sur les frontières du royaume de Valence et récupère un convoi de convalescents, afrancesados et services civils en provenance de l’Armée du Midi, qui n’avaient pu suivre la colonne se dirigeant sur Madrid l’année précédente.

        Mais ensuite, la connexion est coupée, et les messages passent par Saragosse, ce qui rend la communication lente et sujette à interruptions. L’aile droite des Français est couverte par un camp fortifié à Moixente, le centre par un autre à San Felipe de Xativa, l’aile droite est appuyée sur la ville fortifiée de Denia sur la côte. La cavalerie est dispersée sur le front en écran, et une brigade de la Division Habert tient Alcoy de façon un peu isolée, une ville commandant un grand district fertile que le maréchal veut garder le plus longtemps possible.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 01 Sep 2020, 09:10

      un "ptimiké" couvrant la région concernée par la campagne du 2e Castalla

      Image

      la Grande Tache Bleue, je ne l'ai pas précisé, mais c'est la méditerranée..... :roll: et le Nord c'est en haut... :roll: et l'échelle c'est "en gros"... :roll:
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 03 Sep 2020, 19:35

      b) Campagne du 2e Castalla

        1) Premiers mouvements et premières inconsistances

        Murray, peu après son arrivée, obtient un état clair des positions françaises, et décide de tenter de capturer la brigade esseulée à Alcoy par une marche concentrique de quatre colonnes (6 mars). C’est un échec, en partie parce que la colonne censée couper la retraite française (une brigade de Whittingham) n’arrive pas à temps, et en partie parce que Murray refuse de soutenir ses forces engagées tant que les absents ne sont pas arrivés.

        La brigade s’échappe, et Murray reste sur place, même si le mouvement risque de provoquer une contre-offensive de la part de Suchet. Au bout d’une semaine sans réaction, il décide d’envoyer Whittingham repousser les avant-postes français de Consentaina et des passes de Albeyra, qui verrouillent l’accès à la vallée d’Alcoy. C’est alors au tour du général commandant les majorcains de se trouver franchement isolé, ses plus proches soutiens étant à Castalla, à une cinquantaine de kilomètres.

        Deux bataillons anglais sont envoyés en même temps plus à l’est repousser les avant-postes français dans la direction de Otinyent (15 mars). Tous, dans les deux armées en présence, voient dans ce positionnement un tremplin pour une attaque massive des positions françaises, qui de par l’impossibilité de deviner l’axe d’attaque, sont fragmentées en trois sur environ 80 km de front. Murray peut alors attaquer un des camps fortifiés en étant sûr d’avoir une journée tranquille à cinq ou six contre 1, avant que le premier renfort français ne soit en mesure d’arriver.

        Mais telle n’est pas la décision du général en chef anglais. Ayant appris que Suchet a pris personnellement le commandement de la division centrale, il décide d’envoyer la division Roche, les grenadiers réunis « anglais » et une partie des troupes d’Elio (qui ne sont pas sous ses ordres directs, problème de subordination prévisible après le débarquement) par mer débarquer à proximité de Valencia, avec pour but de tenter un coup de main sur la ville même, sur Cullera (à l’embouchure du Jucar, mais surtout à peine à une grosse marche à l’arrière à la fois de la position centrale et de celle de gauche des français) voire sur Denia, qui est le point de rassemblement d’une des divisions françaises.

        Ce plan aurait nécessité pour avoir un intérêt que Murray de son côté harasse les avant-postes de toutes les fractions françaises par des menaces d’attaques en force, pour empêcher Suchet de détacher des troupes vers son arrière. Ce n’est pas ce qui était prévu par le général anglais…

        Il est à noter que les troupes demandées pour cet assaut amphibie font en majorité partie de l’aile gauche anglo-alliée, soit la plus éloignée de la côte, et que leur déplacement fait perdre un temps précieux, et que le commandement peut difficilement être donné à quelqu’un d’autre que Elio, général espagnol peu entreprenant, velléitaire et toujours battu.

        Heureusement, au début de l’embarquement (26 mars), Murray reçoit un ordre de rappel des bataillons d’élite réunis (augmentés des flank coys du 3rd KGL) et du 6th KGL (et donc peut-être aussi des troupes siciliennes absentes des OB de Castalla et Tarragona, Garde, Grenadiers et 2e italien). La superbe constitution libérale imposée par Bentinck à la couronne de Sicile est attaquée par la Reine et son parti, ce qui peut amener la révolution à Palerme.

        Se trouvant alors trop faible pour attaquer, Murray abandonne son projet fumeux, surtout qu’une instabilité réelle et durable en Sicile va certainement entraîner d’autres rappels de troupes. Mais il ne soutient toujours pas Whittingham et ne lui ordonne pas de se rapprocher du gros de l’armée. Il envoie les troupes demandées en Sicile, à l’exception du 6th KGL et des élites du 3rd KGL, qu’il garde « temporairement » pour « pouvoir tenir sa position face aux Français », surtout qu’une nouvelle missive de Bentinck du 1er avril signale que la crise politique en Sicile est passée.

        Trouvant le général anglais en Sicile ferme sur ses positions, la Reine a lâché l’affaire et annoncé son départ pour Vienne via Constantinople. Elle n'ira finalement pas, préférant rester en Italie du sud pour continuer de pourrir la vie du pauvre Bentinck avec ses conspirations à la petite semaine.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 07 Sep 2020, 08:19

        2) Réaction prudente mais foudroyante de Suchet, combat de Yecla

        Du côté français, le maréchal est dans l’expectative ; la position qu’il discerne est tellement fautive que ça sent le piège à plein nez. Il n’ose donc pas prendre l’appât qu’il sent vaguement empoisonné, essayant de comprendre le but de son adversaire. Il faudra encore quelques erreurs du genre pour qu’il comprenne que si les troupes en face sont bien meilleures que celles qu’il a battu régulièrement en Péninsule, leur général est clairement du niveau des pires qu’il a eu à affronter.

        Redoutant la surprise de la nouveauté du côté anglo-allié, il préfère alors se tourner vers les valeurs sûres, et punir l’armée d’Elio pour sa position trop avancée.
        (Du genre « un Anglais, de base, c’est fourbe, mais l’Armée de Murcie me tendre un piège ? Ha ha, je ris ! »)

        Ce général, suite à la demande de Murray lors de son avancée vers Alcoy, a détaché une de ses divisions, commandée par le général Miyares à Yecla, d’où elle est idéalement placée pour constituer l’avant-garde de la colonne qui contournera la ligne fortifiée française par Caudete et La Encina. Mais le mois de mars se termine sans plus de mouvements sur le front, et dans la deuxième semaine d’avril, Suchet se dit que cette division espagnole est parfaitement placée pour une piqûre de rappel adressée à l’Armée de Murcie.

        Le maréchal français décide alors de ne laisser qu’un écran face à Murray, et de concentrer toutes ses troupes disponibles à Fuente la Higuera, sur son extrême droite. Les 10 et 11 avril, une première colonne, constituée de six bataillons de Harispe, du 12e hussards et du 24e dragons, est dirigée sur Yecla, alors qu’une autre, constituée de quatre bataillons de Habert et sept de Robert (remplaçant Musnier absent) plus le 13e cuirassiers, est envoyée sur Villena via Caudete pour couper la liaison avec les Anglais et intercepter tout renfort en provenance de Castalla.

        La surprise à Yecla est totale, et le général espagnol n’a que quatre de ses cinq bataillons avec lui (le cinquième est à Villena) et un seul escadron, le IV/Cazadores de Caballeria de Jaen. Arteche le donne renforcé d’un bataillon d’élite réuni constitué des quatre compagnies (chasseurs+grenadiers) des régiments La Corona et Alcazar de San Juan, qui seront versés dans la division Miyares après la mi-avril, mais qui normalement font partie de deux autres divisions qui sont loin. Oman, qui a utilisé le travail de cet historien espagnol, n’en parle pas ; on peut donc se demander ce qu’il en est, surtout que ce bataillon semble avoir été capturé avec la queue de colonne de Miyares, et avoir vu environ la moitié des prisonniers s’enfuir après… s’agit-il de l’action de juin, qui se passe en l’absence de Suchet ? Il n'y a malheureusement pas de sources donnant l'OB du 2do Ejercito entre début mars et fin juin, on est donc réduit à l'expectative...

        De même, Arteche signale que le 4e hussards n'est soutenu que par une compagnie du 24e dragons (sans doute celle d'élite, alors), mais pourquoi ? Sont-ils absents car faisant la queue de colonne et n'ayant pas eu le temps de se mettre en bataille ?

        Quoi qu'il en soit, se voyant attaqué avec un surnombre important, Miyares décide immédiatement la retraite vers Jumilla et les montagnes. Harispe poursuit, mais les Espagnols sont sur le point de s’échapper en ordre, alors il envoie sa brigade de cavalerie pour les rompre et les capturer. Les deux bataillons de tête (Cuenca et Jaen) et la cavalerie arrivent à gagner la montagne, mais les deux autres (Cadiz et 1ro de Burgos) sont forcés de se défendre et de former le carré sur une hauteur.

        Ils repoussent ainsi deux assauts, mais sont rompus par le troisième et pratiquement annihilés par les cavaliers exaspérés de la résistance, perdant 400 hommes hors de combat et 1000 prisonniers. Les pertes françaises données par Suchet sont de 18 morts et 61 blessés, surtout dans la cavalerie car l’infanterie n’a pas eu le temps de s’engager. C’est sans doute exact car le Martinien donne quatre officiers touchés, ce qui peut correspondre à environ 80 hors de combat.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 09 Sep 2020, 18:50

      En interlude, la carte du combat de Yécla présente dans le Arteche, superbement retravaillée et recolorée par José Luis Arcon dans l'édition moderne du Simtac.

      Image

      Elle a le désavantage de montrer un instantané de ce qui est avant tout une action en mouvement, mais ça donne le relief et les directions.
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Re: [Espagne 1813] Murray à Tarragona - un échec exemplaire

Messagepar MASSON Bruno sur 10 Sep 2020, 16:48

        3) conférence de Villena et prise de son château

        La mauvaise nouvelle arrive le 11 vers midi à Villena, où par chance se trouvent rassemblés Murray et Elio, qui venaient discuter de la rumeur d’un rassemblement de Suchet à Fuente la Higuera justement. Le premier n’a sur place que le bataillon de la division Mijares, mais le second est présent avec la « brigade légère » qu’il vient de constituer, sous les ordres du général Adam (2/27th, Calabrese Free Corps, 1st Italian levy et compagnies de rifles des 3rd et 6th KGL) plus 400 cavaliers (2 escadrons du 20th LD, un escadron de « Foreign Hussards » et les deux escadrons du régiment Olivenza appartenant à la division Whittingham).

        Ils apprennent aussi très vite qu’une forte colonne est en route vers leur position, et qu’ils ne sont pas assez nombreux pour résister. on s’accorde alors qu’il leur est nécessaire de se concentrer chacun pour une bataille défensive. Le bataillon présent (Velez Malaga) est placé par Elio dans le château de la ville qui a été réparé pour pouvoir tenir un assaut, avec la promesse de venir le secourir dès que les murciens seront rassemblés. Il donne l’ordre à sa cavalerie de venir du Nord pour se rassembler avec les débris de la division Mijares, et à sa 3e division (régiments Bailen, Badajoz, America, Alpujarra, la Corona et Guadix, commandant inconnu car Sarsfield est absent) qui est toujours aux alentours de Murcia de se rapprocher du front. Il va sans dire que tout cela va prendre du temps.

        De son côté Murray retraite en direction de la position de Castalla, qu’il a fait fortifier depuis un mois. Il laisse la brigade Adam et l’escadron de « Foreign Hussards » soit environ 2200 ‘all ranks’ et 4 pièces de montagne en arrière pour défendre Biar et son défilé.

        Les français, à Villena, bombardent le château avec leur artillerie de campagne à leur arrivée en fin de journée du 11. Le lendemain, après avoir défoncé la porte à coups de canons, Suchet envoie un émissaire proposer une reddition, et à sa grande surprise, la garnison accepte immédiatement. En fait, se sentant abandonnée par son général en chef, le bataillon s’est mutiné pendant la nuit. Napier et les narrateurs français parlent d’une très belle unité à l’allure martiale ; en fait ce sont des conscrits de quelques semaines ou quelques mois au plus, mais qui viennent d’être équipés de pied en cap par les anglais après que leur unité ait pratiquement détruite lors du 1er Castalla. L’unité sera par la suite rayée des unités de l’armée espagnole « pour avoir fait preuve de couardise, et d'une conduite honteuse pour l’ensemble de l’armée » et ses survivants dispersés dans d’autres unités. Car comme toujours, les français ne savent pas garder leurs prisonniers, et environ la moitié d'entre eux rejoindront l'armée espagnole dans les 3 mois.

        Le 12 matin aussi, comme Elio se rend compte qu’il a sacrifié 1000 de ses hommes pour pas grand-chose, il supplie son collègue anglais de monter une expédition de secours. C’est un peu tard et serait de toutes façons suicidaire car Harispe est en route pour rejoindre son chef sur la route de Castalla
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