[Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Messagepar MASSON Bruno sur 20 Avr 2020, 08:36

          5) Début de l'avance, divergences avec le général Freire

          Le chemin prévu par Wellesley pour la progression longe la côte, car il est dépendant de la flotte pour le pain des troupes, et les deux brigades d’Angleterre sont attendues d’ici peu. La première marche de 20 km jusqu’à Lugar (?? pas trouvé sur la carte) en direction du sud se fait « du sable jusqu’aux genoux, et souffrant atrocement de la soif ».

          La deuxième amène les troupes le 11 à Leiria, où le dépôt constitué spécifiquement pour les troupes anglaises est accaparé à son arrivée par le général portugais. Ce dernier y fait aussi un certain nombre de demandes imprévues et péremptoires, subordonnant la continuation de sa coopération à leur exécution.

          Il faut tout d’abord pourvoir au ravitaillement de ses 6000 hommes, demande quelque peu étonnante alors qu’il vient de faire main-basse sur celui dévolu à son allié ; puis abandonner la côte pour passer par la route de Santarem, affirmant « qu’il n’y aura aucun problème de ravitaillement dans l’intérieur », ce qui est douteux quand il a été impossible de se fournir en farine sur le chemin déjà parcouru.

          Napier attribue cette saute d’humeur à un mouvement de peur à l’idée de confronter ses levées portugaises aux Français, même soutenues par 13000 Anglais. C’est en fait peu probable, Freire a été en ligne sur le Mondego pendant plus d’un mois et demi, avec des armes en mauvais état et sans être sûr qu’il n’allait pas se faire submerger par une colonne volante comme les insurgés de l’Alentejo. De plus, le mouvement vers Santarem n’est vraiment pas celui d’un général qui a peur de la confrontation, en ce qu’elle met les Portugais à distance de frappe des troupes françaises de Lisbonne. C’est sans doute juste le mépris de l’auteur anglais pour les Portugais qui parle.

          Une raison beaucoup plus vraisemblable est sans doute le poids de l’exemple de Wellesley. Freire a été général indépendant, et comme tout amateur débutant sans possibilité de se référer à un exemple extérieur, s’est sans doute cru bon commandant, organisateur et logisticien.

          Là, il vient d’être confronté pendant dix jours à un vrai professionnel, un des meilleurs au monde en plus dans le rôle de la gestion de campagne, commandant des vrais professionnels de l’art militaire. Le choc, délivré avec le tact, la diplomatie et la pédagogie d’un accident de la route dont est capable le général anglais, a dû être dévastateur pour le pauvre général portugais.

          Il est donc compréhensible qu’il ne puisse accepter que sa médiocrité soit ainsi mise en lumière plus longtemps, et cherche à partir le plus vite possible.
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Messagepar MASSON Bruno sur 22 Avr 2020, 04:02

          6) Séparation d'avec Freire, préparation de la première confrontation

          Wellesley refuse de changer son plan de campagne, accepte la séparation des deux composantes voulues par Bernardino Freire, mais demande qu’un contingent minimum reste avec lui, comprenant des troupes légères et la cavalerie.

          Une brigade toutes armes est ainsi constituée sous les ordres du lieutenant-colonel anglais Trant, qui a reçu une commission de colonel portugais de la part de la Junte suprême d’Oporto, et qui sera si efficace en commandant d’Ordenanças au nord du royaume les années suivantes. Elle est composée des 12e, 21e et 24e régiments d’infanterie, des Caçadores d’Oporto et des 11e et 12e régiments de cavalerie. Wellesley donne un effectif de 1200 fantassins et 200 cavaliers dans ses dispatches, mais pour Roliça le total des Portugais qu’il cite dépasse les 1600. L’effectif présent selon da Luz Soriano est de 1514 pour les lignards, 576 pour les caçadores et 258 cavaliers montés d’après les listes de présents des régiments.

          Encore une fois, un général qui aurait peur des Français n’accepterait pas ainsi de se séparer de la moitié de ses troupes, dont tous ses légers et toute sa cavalerie, au moment d’avancer vers l’ennemi.
          Le 12 août se passe ainsi à discuter de la suite de la campagne, mais aussi à regrouper les troupes, car des Français sont annoncés présents du côté d’Obidos près de Peniche, à deux jours de marche, il faut donc se préparer au combat.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 22 Avr 2020, 04:06

          7) Delaborde envoyé en bouchon en attendant Loison

          Du côté français, donc, l’arrivée de la flotte de transport près du Mondego est connue dès le soir du lendemain de son arrivée (31 juillet) et donc Junot peut envoyer un messager express à Loison lui demandant de revenir. On voit ici l’effet des actions de répression françaises dans le centre et l’Alentejo en comparant la communication entre Lisbonne et Loison un mois auparavant, où sur plus de vingt messagers, un seul était passé avec beaucoup de retard, et là, Junot est informé en 36 heures d’une flotte arrivant à 200 km de Lisbonne, et son messager n’en met que 48 à prévenir Loison à Badajoz, à 230 km. Le rendez-vous donné à Loison est à Santarem, il lui est demandé de s’y lier sur sa gauche aux troupes sous Delaborde qui seront vers Obidos.

          Malheureusement, nous sommes au Portugal en août. Les troupes de Loison on beaucoup marché, ont combattu, il fait très chaud et les points d’eau sont rares. Il partira d’Elvas le 4 et n’arrivera à Abrantès que le 11 et à Santarem que le 15, avec des troupes exténuées qui auront besoin de deux jours de repos pour se remettre, et ne seront donc disponibles que le 17 août, le jour où Delaborde combat autour de Roliça, à plus de 50 km de là ; il ne peut (ou ne veut) donc pas l’aider.

          Delaborde, lui, est envoyé le 6 de Lisbonne en direction de Peniche avec le 70e de ligne, l’escadron du 26e Chasseurs (composés de Piémontais) et 5 pièces de 4. Il doit y rejoindre la brigade Thomières composée du 1er provisoire léger et du bataillon du 4e suisse qui fait la garnison de Peniche. Ses ordres sont de ralentir, et si possible de contenir les Anglais le temps pour Junot de rassembler ses troupes.

          Dès qu’il a ses troupes rassemblées, le général français décide de laisser 4 compagnies étrangères dans Peniche pour empêcher sa prise par un coup de main (Oman dit 6, mais Delaborde en perd 2 à Roliça et il y en a encore 2 présentes à Vimeiro, sans compter le détachement capturé dans le fort de Figueira da Foz), et de détacher 3 compagnies du 70e de ligne en direction de Santarem pour tendre la main à Loison dès qu’il arrivera. Il lui reste environ 4000 hommes pour s’opposer aux troupes débarquées dans le Mondego, qui sont estimées à 10000. Il lui faut donc une très bonne position pour espérer ne pas se faire envelopper et capturer.

          La première qui lui vient à l’esprit est celle de Batalha, près d'où Jean Ier a arrêté les Castillans en 1385. Mais une fois sur place, cette position qui était bonne au Moyen âge est tellement entourée de forêts qu’il lui sera impossible de détecter un éventuel mouvement tournant ou une attaque de flanc avant qu’il ne soit trop tard ; il décide donc de reculer jusqu’aux alentours du village de Roliça, au sud d’Obidos.

          Il y a là une sorte de plaine oblongue parsemée de légers reliefs montant du nord au sud permettant une défense par pallier, entourée de collines assez escarpées où un mouvement tournant sera ralenti et restera presque toujours visible. Son seul défaut est sa sortie en défilé derrière Columbeira, mais Delaborde espère pouvoir le passer à la faveur de la nuit.

          Son avant-garde est à Obidos sous la forme d’un bataillon du 70e de ligne, avec des avant-gardes poussées jusqu’à la sortie de Gaeiras, à environ 5 km, où les Anglais les découvriront le 15. Encore une fois, avoir la possibilité de se placer comme ça ferait rêver tout général français opérant en Espagne, on se croirait en Allemagne. Il est en place le 11, et attend l’arrivée des ennemis, que la rumeur lui dit en avance depuis le nord.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 24 Avr 2020, 04:47

          8) Avance des Anglais et premières escarmouches de Roliça

          Les Anglais, se sachant en présence de l’ennemi, continuent par la route de la côte. Le 14 ils sont à Alcobaça. Le 15, en direction d’Obidos, le premier contact avec les avants-postes français se passe donc à Gaeiras, où 4 compagnies du 5/60th et du 2/95th délogent les Français, qu’ils poursuivent avec impétuosité pendant 5 km jusqu’à arriver sur leur bataillon de soutien à Obidos même.

          Le combat se poursuit jusqu’à ce que Spencer arrive le soir avec une brigade pour soutenir les Rifles. Les Français décrochent alors vers Roliça. Les Rifles ont 1 officier tué et 1 blessé, plus 30 hommes mis hors de combat ; un certain lieutenant Burnbury du 2/95th a ainsi l’insigne honneur d’être le premier officier anglais tué de la guerre d’Espagne. Les pertes françaises sont inconnues car confondues avec celles de Roliça, mais il est peu probables qu'elles aient été inférieures.

          Le 16, l’armée anglaise se rassemble devant Roliça où l’attendent les Français de Delaborde ; ce dernier n’a pas de nouvelles de Loison, qui ne semble pas avoir trouvé utile de chercher à se lier avec son voisin qu’il sait à sa gauche. Il a pourtant une brigade de cavalerie, qui s’est déplacée à la vitesse de l’infanterie, et donc ne doit pas être si fatiguée que ça… Une raison assez inavouable, bien que tout à fait dans le tempérament des officiers français, pour expliquer cette torpeur est qu’il perdrait ainsi son commandement indépendant ; Delaborde est en effet plus ancien dans le grade de divisionnaire (1794 au lieu de 1799).

          Au matin du 17, les Anglais sont réorganisés en vue du combat du jour. À droite, Trant avec 1000 fantassins des Portugais de ligne et 50 cavaliers de la même nation, ordre de déborder les Français et de se rabattre dans leur dos s’ils font l’erreur de rester autour de Roliça. À gauche, Ferguson avec sa brigade, celle de Bowles et 6 pièces de 6£, même ordre que Trant mais de l’autre côté. Au centre, le reste, les cavaliers et le reste des Portugais en 2e ligne.

          Wellesley a prévu de ne pas avancer avant que ses deux flancs ne soient en place, et Delaborde a prévenu tout son monde qu’il faudrait décamper rapidement dès que l’ennemi commencerait à attaquer, et c’est ce qui est réalisé juste après que les Rifles et les voltigeurs français aient commencé à échanger des tirs. Les Français abandonnent Roliça et se repositionnent sur une hauteur boisée au-dessus de Columbeira. La matinée a été perdue, et le général anglais doit tout recommencer.

          Les deux batteries anglaises se positionnent près d’un moulin sur une hauteur et bombardent les Français, sans doute à grande distance car l’effet n’est pas énorme. D’un autre côté l’artillerie française est dans le même cas, elle brille par son absence dans les compte-rendus des deux côtés.

          La position française est sur une sorte de plateau sablonneux, partiellement boisé, surplombant ses approches d’un peu plus de deux mètres, avec des accès frontaux difficiles pour un individu et impossibles pour une troupe formée, mais percée par quatre trouées ravinées, creusées par les pluies torrentielles de l’automne; on peut l’assimiler à un peigne à dents très larges. Elle a aussi l’avantage de faire moins d’un kilomètre de large, ce qui permet au général français de la garnir en entier avec les quatre bataillons dont il dispose.

          Je n’ai pas le déploiement exact des Français sur cet endroit, mais le déroulé du combat laisse penser que le gros des bataillons est déployé en face des débouchés des ravins, avec les compagnies d’élite poussées en tirailleurs sur les « dents », sous la supervision directe du général qui a ainsi une vue globale sur la progression ennemie.

          De même que pour la première attaque, Wellesley voulait attendre que les mouvements tournants soient en place pour lancer son attaque, mais l’impétuosité des officiers au niveau bataillonnaire les fait partir trop tôt.
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Messagepar MASSON Bruno sur 25 Avr 2020, 18:55

          9) Fin de la bataille de Roliça et débouché anglais

          Le 29th, sous l’impulsion de son colonel Lake, est en avance sur tout le monde, et se présente face au passage du centre droit en colonne de Wings, droite en tête, précédé de ses compagnies d’élite en tirailleurs. Le 1/9th de la brigade Hill est envoyé en soutien arrière, et trois autres unités s’engagent chacune dans un passage différent. Les compagnies légères de la brigade Hill, soutenues par le 5th de cette brigade, attaquent le goulet de droite. Le 82nd est sur sa gauche et attaque le suivant, et finalement on trouve à gauche les Rifles de Fane soutenus par le 45th.

          Le 29th dans sa progression, se trouve soumis à un feu convergeant sur ses deux flancs et de face par les tirailleurs « français » ; ayant finalement réussi à déboucher sur le plateau, il  commence à se déployer quand les deux compagnies du 4e suisse qui sont en face mettent la crosse en l’air et se rendent, venant dans les rangs anglais serrer la pogne aux soldats ennemis. Malheureusement, en même temps les compagnies d’élite du 70e de ligne français, craignant d’être coupées dans leur position sur la « dent » juste à gauche, se forment en groupe et chargent le dos de la wing droite du 29th.

          Le demi-bataillon anglais est à ce moment en désordre à la fois à cause de son déploiement incomplet et à cause de la présence de déserteurs suisses dans ses rangs. La charge française tue le colonel anglais, met hors de combat 150 officiers et soldats, capture six officiers et 30 soldats et le Regimental Colour du bataillon, puis rejoint les rangs français en triomphe. La wing éventrée recule vers sa wing de gauche, se reforme en 2e ligne, et le 9th comble le trou.

          A ce moment, le 5th, le 82nd et les Rifles de Fane attaquent leur goulet et n’ont pas plus de succès, car dès que les têtes de colonnes se montrent sur le plateau, elles sont chargées par des sous-unités françaises et renvoyées dans la pente, où elles se reforment avant de remonter à l’assaut.

          En deux heures, plus de trois assauts sont ainsi repoussés, mais après cela le nombre commence à parler, les Anglais réussissent à prendre pied sur le plateau par les « dents » qui ont été abandonnées des Français, et les mouvements tournants se rapprochent des flancs de Delaborde. Celui-ci comprend alors qu’il est temps de quitter cette position et de sortir du piège que peut devenir la vallée encaissée de Roliça.

          Le retrait des Français se fait d’abord de façon ordonnée, par paire de bataillons alternés, sans que les Anglais puissent trouver le temps de préparer une attaque construite. L'escadron de chasseurs fait même plusieurs charges limitées pour essayer de contenir les tirailleurs ennemis, perdant ainsi son commandant mortellement blessé. Les 50 cavaliers portugais de la colonne Trant (seule cavalerie présente en première ligne) refusent obstinément de les contre-charger, n’oublions pas qu’ils ne sont que des miliciens sans grand entraînement et très mal montés…

          la retraite française se passe bien jusqu’à l’arrivée au goulet fermant la vallée, où par obligation les fantassins se trouvent mêlés et sont maltraités par les avant-gardes adverses. Trois pièces embourbées ou renversées dans la presse sont abandonnées, ainsi que quelques prisonniers. La poursuite anglaise s’arrête à Cazal da Sprega (? Introuvable), les Français retraitant vers Lisbonne, récupérant les trois compagnies du 70e que Delaborde avait envoyées pour rien en direction de Loison. Il faudra que le premier général arrive à vingt kilomètres de la capitale pour entendre parler du second le soir du 18.

          Le combat de Roliça a été très bien mené, par un général se sachant très inférieur à son adversaire, moins d’ailleurs qu’il ne l’était réellement, car s’il avait su qu’il était confronté à presque 15000 hommes, il ne l’aurait sans doute pas tenté. De l’autre côté, Wellesley aurait peut-être pu être plus incisif, mais pas tellement, ou pas forcément avec plus de réussite, car si la première position se prêtait bien à une attaque du fort au faible, la deuxième, du fait du terrain, rendait sans objet la forte disparité d’effectif.

          Son effort sur cette position a été handicapé par le fait que Ferguson a mis deux heures à trouver son chemin parmi les collines du flanc gauche, pour une distance parcourue ne dépassant pas les 3 km. S'il était arrivé plus tôt, Delaborde aurait lâché sa position plus tôt aussi. Les pertes du côté anglais sont de 474 « all ranks » hors de combat (dont 190 dans le 29th), sur environ 4600 hommes vraiment engagés (5th, 9th, 29th, 5/60th, 82nd et 2/95th) et du côté français 600 pertes, dont un peu moins de 200 suisses, surtout des prisonniers, et donc les trois pièces abandonnées à la fin des combats.

          Le but même de ce combat est en fait rendu caduc par les actions subséquentes du général anglais; et la journée, "gagnée" au prix de 600 pertes françaises, ne servira à rien.
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Messagepar MASSON Bruno sur 27 Avr 2020, 16:37

          10) Positionnement anglais à Vimeiro. Arrivée du supérieur de Wellesley

          Wellesley reçoit au matin du 18 la bonne nouvelle de l’arrivée en vue des côtes des transports d’Ackland, et que ceux d’Anstruther ne sont pas loin derrière. Il va donc abandonner la route prise par les Français dans leur retraite pour se rapprocher de la plage en vue de se déployer en protection. Le fort de Peniche étant toujours tenu par les Français (ou plutôt les Suisses), le seul autre point de débarquement possible est Porto Novo, à l’embouchure du petit fleuve côtier Maceira.

          Le général anglais prend alors la route passant par Lourinhão, et se positionne autour de Vimeiro, ouvrant par le même mouvement la route directe Santarem-Torres Vedras à Loison. Sans cela, le général français aurait dû faire un détour par la rive gauche du Tage pour rejoindre Junot et Delaborde, retardant son engagement de 24 heures, obligeant peut-être Junot à abandonner Torres Vedras sans combat, et mettant l’armée anglaise sous le commandement de Sir H. Burrard et non de Wellesley.

          Il n’est pas sûr que celui-ci ait été enchanté à l’idée d’attaquer les Français postés, alors qu’il indiquera au procès que l’avance depuis le Mondego était une prise de risque injustifiée… Se serait-il retiré alors ? Junot aurait-il attaqué ? impossible de le dire !

          Une autre bonne nouvelle est que, contrairement aux zones traversées jusqu' alors, au sud de Peniche, il est possible d’acheter du pain, ou au moins de la farine pour le faire; il n’est donc plus aussi dépendant des biscuits de la flotte pour sa nourriture propre.

          Le 19 au matin, Wellesley est en position autour de Vimeiro, et Ackland commence à débarquer. Anstruther est en approche, excepté un transport contenant 2,5 compagnies du 20th Foot qui a été poussé par le vent trop loin des côtes et ne reviendra que le 21, débarquant le 22 et manquant la bataille.

          Le débarquement sera difficile, avec quelques canots retournés ou remplis par les vagues près de la plage, mais presque sans pertes humaines (les canons sont restés à bord, il est impossible de les déplacer sans plus de mules) ; et le 20 au soir les renforts sont intégrés, à une exception notable, le commandant en second de l’expédition et supérieur direct de Wellesley !

          Sir Harry Burrard est en effet arrivé dans le sloop Brazen à la suite de la brigade Ackland, a débarqué, s’est entretenu avec Wellesley, a visité la position, a convenu de sa force, mais a décliné l’offre de conduire la bataille du lendemain, sans faire plus de commentaires.

          Durant le procès, il abondera dans le sens de Lord Dalrymple qui censurera toute la marche en avant depuis les rives du Mondego sans attendre au moins les deux brigades arrivées autour du 20 comme téméraire au plus haut point, et sur le fond elle l'est en effet. Il est donc probable que son absence avait pour but de ne pas se trouver responsable d’une défaite qui lui semblait inévitable, surtout si les troupes, incapables de rembarquer depuis la plage, se trouvaient forcées de se rendre en rase campagne…
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 29 Avr 2020, 11:04

          11) Regroupement de Français, garnison de Lisbonne

          Revenons à la préparation française de la confrontation décisive. Le 11, cinq jours après avoir envoyé Delaborde en avant, Junot décide de « nettoyer » ses arrières, et envoie Kellermann avec deux bataillons et quelques dragons disperser des bandes insurgées qui traînent sur la rive gauche du Tage. C’est fait le 12 à Alcàcer do Sal ; puis Junot profite du calme retrouvé pour retirer toutes les troupes sur la rive gauche du Tage, ne gardant des garnisons que dans les forts des hauteurs de Trafaria et Almada.

          Il réitère ses tentatives auprès de l’amiral russe pour lui faire débarquer une partie de son monde et libérer des troupes servant aux garnisons des environs de Lisbonne, ou au moins celles qui gardent les prisonniers espagnols sur les pontons. L’amiral répond que pas plus que pour les Portugais, la Russie n’est en guerre contre l’Espagne, et qu’il n’a pas connaissance de la reconnaissance russe de la suzeraineté de Joseph sur le royaume péninsulaire (c’est vrai, ce ne sera le cas qu’après la rencontre d’Erfurt en octobre suivant, et encore de façon vraiment diplomatique). Il ne peut donc garder des prisonniers d’une puissance neutre, et le général français est obligé d’y affecter un des bataillons de légers italiens (soit le 31e soit le 32e léger, Oman dit n’avoir pas trouvé lequel s’en charge, et les Français n’en parlent pas).

          Les rumeurs de renforts anglais se faisant plus pressantes, il n’ose dégarnir trop les alentours de la capitale, et va y laisser autour de 6000 hommes qui lui feront défaut le 21. Il sort de Lisbonne le 16, et rejoint Loison à Santarem pendant la journée du 17. Là, il entend au début de l’après-midi, au loin, le canon anglais de la bataille de Roliça, mais se sait trop loin de Delaborde pour pouvoir le rejoindre dans la journée, il fait donc retraiter les troupes mobiles de la colonne Loison en direction de Torres Vedras, au matin du 18.

          Là il se rend compte que Delaborde a retraité encore 20 km au sud, autour de Montechique, et lui ordonne de rejoindre. Il ne prend finalement des troupes de Lisbonne que la cavalerie, renforcée d’un escadron de 100 volontaires regroupant des Français montés, civils pour la plupart, présents à Lisbonne en cette fin de mois d’août, le régiment de grenadiers réunis restant et le III/82e de ligne, réserve qui ne sort de la capitale que le 20 août. Ces troupes vont marcher toute la journée du 20, et passer le défilé de Torres Vedras pendant la nuit.

          Le matin du 21, Junot a sous ses ordres un peu plus de 10000 combattants et 23 pièces d’artillerie (en grande majorité du 3£ portugais, l’artillerie du «1er Corps dObservation de la Gironde », hors quelques 4£ robustes car « empruntés » aux Espagnols, n’ayant pas supporté la marche forcée de novembre 1807) pour attaquer son ennemi posté sur sa colline, à qui il prête 13000 hommes.

          En réalité, ces derniers sont plus de 18500 Anglais et plus de 2000 Portugais (ne pas oublier que les OdB anglais parlent de « Rank&Files » auxquels il faut rajouter 1/8e pour l’encadrement). Cette situation défavorable est encore compliquée par le fait que la cavalerie française représente presque 1300 hommes (montés sur des chevaux portugais, ils ne sont pas 2700 comme l’annonce Oman), inutiles sur ce terrain, et que 1600 autres sont des grenadiers qui ne peuvent s’engager tout de suite du fait de leur statut d’ultime réserve (sans compter le reliquat du 4e suisse, que le général français refusera d’engager, peut-être avec raison).

          La première attaque doit donc se passer à un contre trois dans le meilleur des cas. Les Français seront renforcés au soir par 1600 hommes de la garnison de Lisbonne (III/66e de ligne et voltigeurs réunis des bataillons absents de la bataille), venus avec ou sans ordres de Junot, ce n’est pas clair, et qui pourront donner du poids à la résolution de ne pas poursuivre de sir H. Burrard. Ce n’est pas ça qui aurait pu résister à l’attaque des 8 à 9000 Anglais n’ayant fait que regarder de loin, et qui n’attendaient qu'un ordre pour avancer.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 01 Mai 2020, 07:27

          12) Géographie de Vimeiro

          La position de Vimeiro est forte, très forte même. Elle est aussi sans issue sur l'arrière, sans route d'échappatoire au nord, et accrochée à une plage ouverte à l'ouest. Son seul vrai défaut est d’avoir un angle de 90° saillant au milieu, au niveau de Vimeiro même, village qui se trouve dans la vallée du Maceira, qui sépare les deux collines occupées par les Anglais. Ce col étroit est néanmoins défendu par une petite colline située devant le village qu’il faudra prendre aux deux brigades et la batterie anglaises qui la défendent. Cette colline se trouve aussi en limite de portée courte des huit pièces anglaises placées sur les hauteurs en face, et donc même prise sera difficilement tenable.

          La hauteur de gauche du côté anglais a un abord du côté français extrêmement escarpé, et descend en pente douce de l’autre côté ; Junot la décrétera inaccessible et refusera, avec raison, de s’y frotter. Celle de droite n’étant « que » difficilement accessible, du fait du cours asséché d’un affluent du Maceira qui forme un fossé à sa base, elle semble le meilleur point d’accès pour soutenir une attaque au centre. De plus, la déclivité à affronter diminue en s’éloignant au nord, et cette partie semble avoir été oubliée par le général anglais qui n’y a mis aucune troupe.

          Se sachant en infériorité numérique (plus qu’il le croit puisqu’il n’a aucune information sur les 4000 soldats qui viennent d’arriver du côté anglais), le général en chef français doit absolument concentrer ses attaques pour arriver à une supériorité locale et une percée qui peut lui donner la victoire. Nous verrons qu’il n’en fera rien.

          En attendant 6500 fantassins, dont moitié de conscrits, vont devoir attaquer 18000 vétérans anglais, bien placés, que la cavalerie française n’a pas une chance de pouvoir ébranler et que les canons français ne peuvent toucher. La victoire française est assurée, non ?

          l’armée anglo-portugaise qui se poste autour de Vimeiro est composée de huit brigades d’infanterie anglaises, un détachement de cavalerie anglo-portugaise et une brigade portugaise. A noter que le 20 lui est arrivé un renfort inattendu, 50 cavaliers de la police montée de Lisbonne, avec leurs chevaux, qui seront adjoints au 20th Light Dragoon et chargeront avec lui.

          Contrairement aux cavaliers de Trant, ce ne sont pas des paysans révoltés qu’on a mis à cheval, mais des cavaliers entraînés et assez bien montés, qui n’ont pas grand chose à envier à la partie des Anglais remontés sur des chevaux portugais venant d’Oporto (à part leur paie régulière, peut-être).
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 01 Mai 2020, 07:35

          13) Ordre de bataille anglais au 21 août

          Commander in Chief: LG Sir H. Burrard (absent)
          Acting C-in-C: LG Arthur Wellesley


            1e brigade : MG Hill (2658 R&F)
            1/5th
            1/9th
            1/38th

            2e Brigade: MG Ferguson (2449 R&F)
            36th
            1/40th
            1/71st

            3e brigade: BG Nightingale (1520 R&F)
            20th
            1/82nd

            4e brigade: BG Bowles (1813 R&F)
            1/6th
            1/32nd

            5e brigade: BG C Craufurd (1832 R&F)
            1/45th
            1/91st

            6e brigade : BG Fane (2005 R&F)
            1/50th
            5/60th
            2/95th (4 Cies)

            7e brigade : BG Anstruther (2703 R&F)
            2/9th
            2/43rd
            2/52nd
            2/97th

            8e Brigade: BG Ackland (1332 R&F)
            2nd
            20th (7,5 Cies)
            1/95th (2 Cies)

            Portugais: Col Trant (1900 all Ranks)
            12e régiment
            21e régiment
            24e régiment
            Chasseurs d’Oporto

            Cavalerie: (environ 500 "all ranks")
            20th LD (Oman dit 240, mais c’est l’effectif sur le Mondego ; même s’ils n’ont pas fait grand-chose, ils ont dû avoir quelques traînards) disons 220-230 présents.
            Cavalerie portugaise (6e, 11e et 12e régiments) environ 200 (au doigt mouillé, ils n’ont rien fait, mais étaient 258 montés le 15 à Freira).
            Police Montée de Lisbonne, 50 (le seul chiffre sûr pour la cavalerie le 21).

            Artillerie
            10 pièces de 6£ léger, 5 de 9£ et 3 obusiers, servis par 3,5 compagnies de Royal Artillery.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 03 Mai 2020, 07:53

          14) Préparatifs anglais le 20 août

          Le 20 après-midi, les patrouilles de cavalerie française se sont montrées sur toute l’étendue de la position anglaise, et donc Wellesley s’attend à être attaqué au point du jour. Il s’est positionné face au sud, l’axe d’attaque qui lui semble le plus rationnel depuis Lisbonne, et en conséquence n’a rien prévu pour contrer un mouvement tournant. La position est néanmoins très ramassée et il est facile de faire glisser des brigades d’une aile à l’autre.

          Le soir du 20, Sir H. Burrard a débarqué de son sloop, a inspecté la position, a acquiescé aux préparatifs de Wellesley et a mis un veto formel sur toute opération offensive le lendemain matin, puis est retourné dormir à bord.

          Le 20 vers minuit, Wellesley est informé par les vedettes du 20th LD que les chariots français sont en train de passer le pont de bois situé à Villa Facaia (7,5km plein est, on entend le bruit des roues des chariots et des canons). Toute l’armée reçoit l’ordre d’être sous les armes 1 heure avant le jour ; le général anglais s’attend toujours à être attaqué depuis le sud et le village de Sobreiro Curvo.

          C’est manifeste de par son choix de déploiement, avec 5 de ses 8 brigades (Hill, Ackland, Bowes, Nightingale et Catlin Craufurd) situées à l’ouest de Vimeiro, Anstruther placé sur la colline devant ce même village, avec Fane et ses Rifles à sa gauche, ayant des avant-postes poussés à plusieurs kilomètres sur les hauteurs boisées en direction de l’ennemi, la brigade Ferguson en soutien derrière le village, l’infanterie portugaise en soutien arrière gauche de cette dernière, la cavalerie des deux nations est en réserve dans la plaine de Maceira. Hill possède une batterie de 6, Anstruther l’autre, 2 pièces de la batterie de 9 sont déployées à gauche de Ferguson et les 4 restantes en réserve avec la cavalerie.

          Cet axe d’attaque permettrait aux Français une retraite assurée vers Lisbonne sans être forcé d’envoyer tout son monde par le défilé de Torres Vedras ; mais il implique une légère marche de flanc, à bonne distance de l’ennemi, et c’est peut-être ce qui fait que Junot n’a pas été tenté de passer par là.

          A 9 heures, les premières masses françaises sont aperçues sur la route de Torres Vedras, avec une surprise, l’infanterie est en uniforme écru, et non pas bleu. En effet, du fait de la chaleur, les soldats ont reçu des chemises de lin, et les vestes bleues sont roulées sur le sac.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 03 Mai 2020, 08:10

          15) Ordre de bataille français au 21 août 1808

          Général en Chef : Général de Division Jean Andoche Junot, Duc d’Abrantès

            Division Delaborde
              Brigade Brennier (3300)
              1er Provisoire léger (III/2e léger+III/4e léger)
              70e de ligne (1er et 2e bataillons)
              Brigade Thomières (1350)
              86e de ligne (1er bataillon et 4 compagnies du 2e bataillon)
              4e Suisse (reliquat de 2 compagnies)

            Division Loison
              Brigade Solignac (2750)
              2e Provisoire léger (III/12e léger+III/15e léger)
              III/58e de ligne

              Brigade Charlot (1400)
              III/32e de ligne
              III/82e de ligne
            Réserve : GD Kellermann (1600)
              1er Grenadiers réunis, Colonel Saint-Clair (8 compagnies)
              2e Grenadiers réunis, Colonel Maransin (9 compagnies)

            Cavalerie : GB Margaron (1300)
              1er Régiment Provisoire (IV/26e chasseurs) (1 esc)
              3e Régiment Provisoire (IV/1er+IV/3e dragons) (2 esc)
              4e Régiment Provisoire (IV/4e+IV/5e dragons) (2 esc)
              5e Régiment Provisoire (IV/9e+IV/15e dragons) (2 esc)
              Volontaires (1 esc)
            Artillerie et génie: GB Taviel (900)
              23 pièces d’artillerie en 3 batteries à pied (8+8+7)
          L'ordre de marche est le 3e provisoire de cavalerie, puis la division Delaborde, brigades Brennier puis Thomières, suivis de la division Loison, brigades Solignac puis Charlot, ensuite l'artillerie, et le reste de la cavalerie. Junot n'est pas à pied d’œuvre au lever du jour, car il a préféré laisser aux troupes ayant fait la marche de nuit au travers du défilé de Torres Vedras un temps de repos. les troupes ont donc toutes eu le temps de cuire et manger leur repas avant de se mettre en route.
          Les deux armées ne sont donc en vue l'une de l'autre qu'à 9 heures.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 03 Mai 2020, 08:16

Sans supplément de prix, un "Ptimiké" représentant le terrain de l'affrontement avec les positions à 9 heures. N'hésitez pas à me dire si l'image est trop grande ou s'affiche mal. La région est très boisée, avec de grandes zones couvertes en partie de maquis, malheureusement, je n'ai pas pu déterminer où en particulier, donc plutôt que de saupoudrer au hasard, je n'ai rien indiqué. La seule indication plus ou moins précise que j'ai, c'est que la colline de Anstruther est partagée entre les vignes, les champs cultivés et les broussailles, et qu'il y a un bois de pins dans une partie de la vallée devant cette position.
(Si vous ne voyez pas l'arrivée des Français, cliquez sur l'image et elle s'affichera en entier)

Image
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 05 Mai 2020, 05:34

          16) Premières manœuvres-fragmentation des Français

          Les Français repoussent les piquets anglais, mais le premier échelon s’arrête devant la route qui va à Vimeiro, un peu avant le niveau du village de Toledo, et la deuxième brigade de Delaborde déboîte en suivant la ligne de hauteurs jusqu‘en face d’Anstruther, suivi par Loison, la cavalerie et l’artillerie.

          La Brigade Charlot s’installe à droite de Thomières, la brigade Solignac se plaçant sur l’arrière droit de cette dernière, les grenadiers restant en 2e ligne et le reste de la cavalerie sur la route de Torres Vedras.

          La cavalerie de l’aile droite française se remet très vite en mouvement, suivie par Brennier, en direction du bourg de Ventosa, ce qui est aperçu par le général anglais. Comme sa propre aile droite n’est pas du tout menacée, il y laisse la brigade Hill, et fait glisser tout son dispositif vers sa gauche : la brigade Ferguson défile derrière la crête en direction de Ventosa, remplacée par Ackland, les brigades Bowes et Nightingale remontent la vallée à l’est de Maceira dans le même but, puis la brigade C. Craufurd suivie de l’infanterie portugaise prend la route de Ribamar, en vue de fermer le verrou de Mariquiteira contre toute possibilité de débordement loin au nord.

          Junot ayant réalisé une reconnaissance sommaire de la position anglaise, a en effet décidé d’en attaquer le centre-gauche et de déborder simultanément la gauche anglaise qui ne semble pas garnie, et dont l’accès est moins difficile.
          Malheureusement, son mouvement tournant semble avoir immédiatement un problème, car Brennier, au lieu de de grimper tout droit la colline qui lui fait face, tourne à droite et s’éloigne le long de la route en direction de Carrasqueira, disparaissant à la vue de son général en chef.

          Ce brigadier, possédant une batterie d’artillerie, a trouvé la montée vers Ventosa impraticable pour l’artillerie, et est parti un peu plus à l’est chercher une zone où il pourrait faire passer ses canons. Il ne la trouvera qu’aux abords de Carrasqueira, et ensuite devra prendre la route de Pregança pour les mêmes raisons ; il arrivera bon dernier à la bataille, et sera le dernier Français à s’engager tout seul et à être repoussé.

          Junot, discernant les mouvements anglais vers sa droite, et voyant sa colonne marchante n’obéissant pas, envoie une autre brigade, celle de Solignac, réaliser le mouvement désiré. En même temps, en vue d’empêcher le général anglais de renforcer trop fortement son aile gauche, il décide d’attaquer le centre, et envoie Charlot et Thomières prendre la colline surplombant Vimeiro, avec une batterie de 8 pièces de 3. Il réussit ainsi à séparer ses faibles effectifs en trois groupes totalement disjoints et incapables de se soutenir.
          Image
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 07 Mai 2020, 05:31

          17) Assaut de Charlot et Thomières

          Du fait de la disposition du terrain, l’action au centre va se dérouler (et se finir) avant que les deux détachements d’aile se trouvent à distance de l’ennemi. Chez les Français, la brigade Charlot fait la gauche, en deux colonnes de bataillon par compagnies, précédées des deux compagnies de voltigeurs en tirailleurs, Thomières prend les mêmes dispositions avec le bataillon et demi du 86e de ligne.

          Du côté anglais, Anstruther a laissé le 2/43rd et le 2/9th en colonnes par compagnies en réserve entre Vimeiro et le cours du Maceira, et ne présente en première ligne que le 2/52nd et le 2/97th, déployés en ligne, derrière la crête de la hauteur. Ces deux bataillons ont déployé chacun une compagnie de Lights en tirailleurs. A leur gauche se trouve la batterie de 6, les tubes dépassant à peine au-dessus de la crête. De son côté, Fane a déployé la moitié des 5/60th et 2/95th en tirailleurs, plus la compagnie légère du 1/50th. Ce dernier bataillon est déployé en ligne, lui aussi en contre-pente, avec à sa gauche le reste des bataillons de Rifles en ordre serré.

          Ainsi, les quatre compagnies de voltigeurs français vont être confrontées à dix compagnies légères ennemies, qui vont les arrêter, les envelopper et les battre facilement. Les trois bataillons et demi français vont donc finir leur ascension à l’aveugle et sous le feu des tirailleurs ennemis victorieux.

          Au moment où ils arrivent à moins de 50 mètres de la crête, les tirailleurs ennemis démasquent la position, la batterie anglaise couvre de mitraille la brigade Charlot qui a pris un peu d’avance, et le 2/97th se montre sur la crête, lâchant une volée dévastatrice qui décime le front des colonnes des 32e et 82e de ligne, arrêtant leur progression et causant une grande confusion dans les rangs alors que les officiers tentent de les faire se déployer.

          C’est à ce moment-là que le bataillon de gauche (il semblerai que ce soit le III/82e) est soudainement assailli de flanc par un tir meurtrier et inattendu ; le 2/52nd, n’ayant personne en face de lui, vient de pivoter (un peu à la manière de son bataillon aîné à Waterloo contre la moyenne garde, mais plus près) et commence un feu de peloton à courte portée qui achève de détruire l’ordre de l’unité qui recule dans sa voisine.

          Le 2/97th, profitant de l’occasion, suit son feu par une charge contrôlée sur 60 yards qui déroute toute la brigade à travers la batterie d’artillerie qui arrivait, et qui n’aura pas le temps de se déployer avant d’être capturée par les Anglais.
          Image

          De leur côté, les deux colonnes du 86e de ligne de Thomières ont subi de nombreuses pertes, le brigadier recevant une balle de rifle durant la progression, mais couronnent la crête sans opposition visible, la déroute de Charlot sur leur flanc autant que les pertes faisant ralentir la progression.
          Image

          Une fois sur la crête, ils découvrent le 1/50th et les compagnies formées des Rifles à 30 mètres qui déclenchent un feu qui abat tout le premier rang des colonnes françaises, puis le 1/50th charge les Français mis en désordre, qui n’attendent pas le contact et rejoignent la fuite des troupes de Charlot au bas de la pente.
          Image
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 09 Mai 2020, 07:41

          17) Engagement des grenadiers de réserve

          Pour les dégager, et craignant une contagion de la panique (c'est la raison donnée pour cette action un peu illogique, mais contagion vers qui ? les grenadiers ? la batterie d’artillerie ?) Junot engage alors une de ses deux unités de réserve, le 1er régiment de grenadiers réunis sous le Colonel Saint-Clair dès que les deux brigades précédemment engagées sont à peu près reformées ; avec un peu de chance, il prendra les Anglais en désordre et pourra les renvoyer de l’autre côté de la colline et capturer la crête.

          Malheureusement pour le général français, l’infanterie anglaise sait arrêter sa charge après avoir repoussé son ennemi, et revenir se positionner rapidement. Quand les grenadiers lancent leur attaque, ils sont de retour sur la crête, la batterie a donc un champ de tir complètement dégagé, et tire comme à l’exercice sur les deux bataillons de 400 hommes ; l’obusier faisant l’expérimentation pour la première fois d’une arme nouvelle et promise à un formidable avenir, le « spherical case shot » du Lieutenant Henry Shrapnel. Les conclusions seront que cette munition possède une capacité d’arrêt excellente, mais que sa létalité est à améliorer.
          Image

          Le temps que les grenadiers montent la pente, les Anglais sont reformés, et le Colonel Saint-Clair donne dans un dièdre mortel constitué des deux bataillons anglais d’Anstruther précédemment engagés tout en souffrant des tirailleurs "riflés" de Fane dans son flanc droit. La colonne, subissant un feu convergeant de front et sur ses deux flancs sans pouvoir riposter de manière adéquate, refuse un certain temps de s’avouer vaincue, mais comme elle n’avance plus, ce n’est que temporaire, et elle finit par faire demi-tour redescendre dans la plaine, les brigades de Charlot et Thomières la précédant sans avoir osé s’approcher des unités anglaises.

          Junot n’a plus en réserve qu’un régiment de grenadiers, plus sa cavalerie qui ne peut servir à forcer la position et sept pièces de 4 qui sont surclassées en calibre, en nombre et en position par l’artillerie anglaise. Il va envoyer son dernier régiment d’infanterie sous le commandement direct de Kellermann « pour en finir » selon sa propre expression, soutenu par le 4e provisoire de cavalerie.

          Au contraire de Saint-Clair, Kellermann choisit de contourner la colline défendant Vimeiro et de rejoindre la route passant entre les deux positions anglaises, pour attaquer le village qui semble inoccupé. Cette décision semble me conforter dans l’idée que le bord est de la colline devant Vimeiro est totalement impraticable. Sinon, comment comprendre que les dragons de Margaron n’aient pas ne serait-ce qu’essayé d’influencer la gauche de Fane pendant l’attaque de Thomières, et que Kellermann n’ait pas été attaqué de flanc par les unités dudit Fane durant sa progression ?

          La présence des dragons force les Rifles de Fane en tirailleurs à se contenter de tirs à longue portée, et sur la position principale, il ne reste que deux pièces de 9 pour tirer sur la colonne en déplacement, les 4 autres ayant suivi Craufurd. Néanmoins, Ackland réunit ses compagnies d’élite et le 1/95th, et les déploie en tirailleurs au bas de la pente en attendant d’engager ses deux bataillons de ligne qui passent juste la crête et descendent vers la sortie française du village.

          Le divisionnaire français semble alors avoir eu une bonne idée, car en effet, il n’y a personne dans Vimeiro-même quand il s’y engage. Anstruther y envoie le 2/43rd pour repousser l’attaque, mais l’habitat y est si resserré que quand les deux colonnes se rejoignent, elles sont dans un désordre tel que la confrontation se limite à un fusillage à moins de dix pas, des combats désordonnés au corps à corps à coups de baïonettes, de pierres, de planches, dans les rues, les cours, les jardins...

          Alors que la progression du régiment de grenadiers est ainsi stoppée, il devient clair pour Kellermann que le village est en passe de devenir une souricière. Il ne peut déboucher à cause du 2/43rd, et sur ses arrières, Ackland est en train de se rapprocher avec le 2nd et le 20th d’un côté et Fane fait de même avec le 5/60th, dont la wing formée a fait face à l’arrière, de l’autre. Il ordonne donc la retraite du dernier régiment de la réserve sous la protection de ses soutiens de cavalerie.
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