[Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 23 Mar 2020, 15:49

      c) L'insurrection espagnole et sa contrepartie portugaise - répression française

        1) Préambule
        Avant de relater les événements survenus suite à l’embuscade de Bayonne, je me permets un petit aparté sur la politique espagnole et ce qui aurait pu se passer lors des journées fatidiques de fin avril 1808.

        Godoy, prince sans doute maltraité

        Nous avons à la fin mars un royaume d’Espagne qui honnit son roi légitime, la reine et son favori. Enfin, c’est ce que prétendent les Grands d’Espagne et les grands prélats de l’Église espagnole, que l’ascension fulgurante de ce parvenu épris de réformes dérange au plus haut point. Arteche, le grand historien espagnol, étant un Arteche y Moro, il est fort probable que ses écrits soient entachés de préjugés, involontaires mais réels.

        Même sans cela, les seules sources primaires espagnoles appartiennent à la très haute noblesse, et l’intégralité du conflit proclame qu’un noble espagnol n’a que faire de la véracité de ses écrits.

        Quand on regarde de près les réformes que Godoy a tenté de mettre en place, elles semblent aller dans le sens d’une simplification administrative ou du moins d’une limitation des dépenses de l’État. Malheureusement, vu l’état du royaume d’Espagne à cette époque, il aurait fallu un Richelieu ou un Mazarin pour réussir à les faire appliquer… le Prince de la Paix est très loin d’être à la hauteur.



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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 23 Mar 2020, 15:52

        Petit élément d’Histoire-fiction :

        La famille d’Espagne se compose à Bayonne d’un Roi légitime incompétent, discrédité auprès de son peuple, et comme dirait Norine dans Tartuffe, « Coiffé » de son Godoy ; d’une Reine complètement dégénérée prête à tout pour sauver son amant, qui hait de tout son être son fils aîné parce qu’il est une menace pour celui-ci.

        De l’autre côté, on a un Prince des Asturies encensé par le peuple, mais qui a monté un complot digne des Pieds Nickelés contre son père, puis s’est empressé de dénoncer ses complices dès qu’il a été découvert, en s’abaissant à envoyer au Roi une lettre d’excuses digne d’un gosse de douze ans alors qu’il en a le double.

        Le favori est soigneusement tenu à l’écart des rencontres, sans doute comme seul protagoniste un tant soit peu intelligent.

        Nous avons dont à Bayonne un roi ayant abdiqué, sa reine, un prince héritier putschiste et sans envergure, et en face Napoléon, maître de l’Europe et n’ayant pas encore tout à fait perdu le sens des réalités. Tout semble en effet en place pour un changement de régime dont l’Empereur a le secret.

        Néanmoins, j’estime que dans son projet, il aurait pu faire preuve de plus de machiavélisme. (Même s’il était difficile de prévoir le bourbier dans lequel il s’engageait).

        Que pouvait-il faire pour éviter de s’engager en Espagne mais en s’assurant la sécurité de sa frontière sud ? Eh bien, prolonger le traité de Fontainebleau !
        Ce traité assure le partage du Portugal en trois entités distinctes, comme indiqué au début de ce texte. Il reste le centre qui n’est pas attribué ; pour moi, il aurait pu en faire cadeau à Charles IV et à sa reine. Nous aurions donc eu le nord (Oporto) sous le gouvernement de la princesse d’Etrurie, le centre sous l’ancien roi d’Espagne, incompétent, et le sud sous Godoy, qui aurait pu y développer ses idées réformatrices.

        Au nord, la Princesse peut bien s’entendre avec l’Evêque (aucune idée de son caractère) et la greffe peut prendre avec du temps, au centre un roi d’Espagne régnant à Lisbonne ne peut qu’être mal vu par la population et les élites restantes, au sud, Godoy peut peut-être réussir à faire quelque chose de bien, allez savoir…

        En tous cas, ce qui est sûr, c’est que tant que l’ex Charles IV et Ferdinand VII sont de part et d’autre de la frontière, les deux seront très occupés, et sans se faire la guerre par peur de Napoléon, n’auront pas de temps pour s’occuper de ce qu’il se passe de l’autre côté des Pyrénées !
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Messagepar MASSON Bruno sur 26 Mar 2020, 09:06

        2) La situation portugaise début mai

        Les Dos et Tres de Mayo n’ont pas eu d’influence sur le royaume ni sur les troupes espagnoles d’occupation. Néanmoins, les besoins des occupants et la rigueur du gouvernement militaire de Lisbonne ont braqué la population rurale.

        -Au Nord parce que le débouché premier du vin portugais était la Grande-Bretagne, et que suite au blocus, personne ne l’achète plus. (le vin Portugais est à l’époque encore un vin capiteux et fort en alcool, comparable aux vins du Maghreb actuels, pas encore le vin liquoreux qu’il deviendra au XIXe siècle à la demande du marché anglais)

        -Au Sud, parce que la production agricole est en général accaparée par les instances occupantes (françaises comme espagnoles d’ailleurs) contre de vagues promesses de paiement futurs.

        De plus, les élites « francophiles » étant restées dans le royaume ont vu leurs espoirs de gouvernement libéral douchés par la réalité de l’occupation. Sans être du niveau d’un Masséna ou d’un Vandamme, les généraux français et espagnols ne sont pas opposés à « un peu » d’abus de pouvoir et d’appropriation dans leurs zones d’action, ce qui va amener Napoléon à faire cette remarque à Junot « certain de vos généraux pillent, mettez-y un terme ».

        La création de la Légion Portugaise a elle aussi créé des mécontents, car dans le but de se séparer des trop vieux soldats et officiers, tous ceux qui avaient plus de 8 ans de service ont été renvoyés chez eux. Or le marché du travail dans le royaume est quasi-mort du fait du blocus, et ces nouveaux arrivants n’ont aucune compétence civile,

        Cela créé donc du chômage non qualifié, chez des gens connaissant au moins les rudiments du métier des armes, qui auraient donc tendance à se tourner vers le banditisme de grand chemin, s’il y avait du trafic à voler….

        La vie est donc difficile pour les civils, sans grande possibilité de changement sauf évènement extérieur.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 31 Mar 2020, 05:37

        3) Les suites du guet-apens de Bayonne et l’insurrection portugaise

        A la suite de la formation de la Légion portugaise et du licenciement des autres troupes portugaises, les garnisons de Almeida et Elvas doivent être remplacées. C’est fait avec 4000 Français emmenés par Loison pour Almeida, et une colonne équivalente sous le général Avril pour Elvas. Junot se trouve alors très pauvre en troupes mobiles pour contrecarrer tout soulèvement s’il venait à devoir se priver des auxiliaires espagnols. Or ces troupes vont bientôt changer de camp !

        La révolte espagnole commence les 23 et 24 mai 1808 dans les Asturies, avant de s’étendre à Valence, Grenade, Cadix, Valladolid et le reste de l’Espagne entre le 27 et le 31.
        A la nomination de Joseph comme roi d’Espagne par Napoléon à Bayonne répond la déclaration de guerre à la France de la Junte centrale de Séville (même si son autorité n’est pas encore admise partout dans le royaume), tous deux le 6 juin (coïncidence de temps intéressante).

        Les nouvelles des événements espagnols arrivent tout d’abord au nord (début juin), où la présence française est quasi-nulle, en provenance des Asturies espagnoles. Les forces du général Belesta, successeur de Taranco (mort pendant l'hiver) à Oporto arrêtent leur supérieur français, le général Quesnel le 6 juin, et soulèvent la population de la ville et des alentours, avant de laisser la situation à l’évêque et de se diriger vers la Galice.

        Ce dernier, bien embarrassé de la populace déchaînée dans les rues de la ville, crée une Junte insurrectionnelle avant de chercher avec elle un moyen de faire sa soumission au gouvernement de Junot. L’insurrection des provinces du Tras-O-Montes et Entre-Douro-e-Minho voisines fait avorter cette velléité, et le pontife assume la prééminence sur toutes les entités insurrectionnelles qui surgissent un peu partout dans le royaume… là où il y a des soldats espagnols ! Car ce qu’il manque surtout au peuple portugais, ce sont des chefs pouvant fédérer les bonnes volontés.

        Dans les deux provinces montagneuses du nord, les juntes insurrectionnelles ont été créées à l‘initiative de deux officiers charismatiques, le Colonel Silveira (nommé général pour le Haut-Douro) à Vila Real, et le vieux général de Sepulveda à Branganza, dont les premières actions vont être de diriger leurs levées contre la province voisine pour la forcer à obéir à leurs propres directives. La seule chose qui va empêcher l’affrontement direct sera l’annonce du soulèvement d’Oporto, et les deux entités se mettent à disposition de l’Évêque.

        Le manque d’armes est criant, les anciennes unités de ligne et d’Ordenanças sont recréées et les soldats licenciés retournent à leurs régiments, où ils ne trouvent rien pour les habiller ou les armer. Début juillet, plus de 30000 soldats sont censés être sous les ordres dans le nord, mais pour contrer Loison fin juin, le général Silveira ne pourra compter que sur 3000 hommes armés de fusils de toutes provenance sur plus de 10000 insurgés réunis.

        Au centre, la nouvelle de la défection des Espagnols et du soulèvement du nord fait l’effet d’une bombe le 9 juin, car la rupture des communications avec la France a empêché la connaissance des événements espagnols hors de vagues rumeurs. La présence française est néanmoins trop forte pour permettre une insurrection réelle, mais des bandes de paysans armés d’armes blanches improvisées sont présentes un peu partout. Les Espagnols sont désarmés et enfermés sur des pontons ancrés dans la baie de Lisbonne sans problèmes, à l’exception du régiment de dragons de La Reina qui s’enfuit vers Oporto et la Galice, et quelques compagnies des régiments de Murcia et des Volontaire de Valencia qui réussissent à s’échapper vers l'est et rejoindre l’Espagne par Badajoz.

        La situation française est assez stable, avec plus de 10000 hommes à proximité de Lisbonne, et la présence d’une escadre russe de 9 vaisseaux de ligne et plusieurs frégates dans la rade qui empêche toute interférence de la Royal Navy. L’amiral Seniavin qui les commande accepte de débarquer 150 hommes par vaisseau pour assurer la tranquillité de la capitale, mais refuse toute implication supplémentaire car la Russie n’est pas en guerre avec le Portugal, et n’a pas reconnu son annexion de fait par les Français.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 02 Avr 2020, 08:16

        Dans le sud, le décalage avec l’insurrection au nord permet aux Français de se prémunir contre les interférences du contingent espagnol, qui est désarmé en grande majorité, mais qu’il est impossible d’empêcher de s’enfuir par manque d’effectifs. On les verra revenir réarmés de mousquets anglais livrés aux juntes du sud de l’Espagne.

        Conformément aux derniers ordres reçus de Napoléon, Junot envoie le 14 juin le général Avril avec une brigade depuis Elvas dans le but d’aider Dupont dans son entreprise, et le général Loison avec le même effectif pour rouvrir les communications avec Bessières. Ces ordres, donnés dans l’idée que les troubles sont limités et localisés, vont être abandonnés par ces deux officiers intelligents dès le passage de la frontière.

        Loison chasse la petite garnison du fort La Conception, mais apprend juste après que Ciudad Rodrigo est très fortement tenue contre lui, et que Bessières est encore en Vieille Castille, bien loin ; Avril, lui, trouve la milice provinciale avec du canon, disposée pour lui disputer le passage de la Guadiana, et apprend aussi que Dupont n’a pas dépassé Cordoue, à plus de 200 km, et qu’une colonne s’assemble autour de Badajoz pour l’attaquer. Il se retire alors à Estremoz, et Loison retourne à Almeida,

        Le jour de la Fête-Dieu (16 juin), des rumeurs de massacre prévu par les Français et un mouvement de panique imprévu transforment la procession en début d’émeute à Lisbonne, Junot, qui a fait déployer ses forces autour du chemin emprunté, avec des canons chargés aux carrefours, empêche un bain de sang par son seul charisme et son bon sens ; la procession reprend dès le calme revenu et se termine sans plus d’incidents.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 02 Avr 2020, 08:18

        Note: Thiébault, dans son ouvrage, outre sa tendance à gonfler les effectifs portugais de façon énorme, semble avoir pour marotte de chiffrer les bandes armées qu’il est impossible de réellement dénombrer à « 20000 ». Ainsi, Loison dans sa tentative vers Oporto est entouré de « 20000 paysans en armes », il y a « 20000 insurgés » autour d’Elvas quand Kellermann en part pour rejoindre Lisbonne, les troupes portugaises qui partent du Mondego en direction de la capitale en Juillet sont « 20000 »…

        Or fin juillet, il n’y a qu’entre 3 et 5000 fantassins et 300 cavaliers enrégimentés dans le nord quand Wellesley débarque ; et au sud, les rares unités de milice s’opposant aux troupes françaises ne dépassent que très rarement et difficilement les 2000. Il y a en effet beaucoup de paysans peu ou pas armés qui gravitent autour de ces troupes « régulières » ou des colonnes françaises ; mais leur effet est surtout psychologique, et leur seule utilité militaire est de couper les communications en arrêtant ou faisant fuir les courriers non escortés.

        Sans doute est-ce une envie de traiter l’insurrection portugaise, qui est le fait d’unités organisées placées en un point bien déterminé, comme l’insurrection espagnole, qui est beaucoup plus chaotique de nature et qui dans ses tout débuts s’apparente bien plus à un brigandage préexistant et tout à fait « culturel » dans certaines provinces. Mais reprenons.

        Au sud, Le 18 juin, le bourg d’Olhão sur la côte sud s’insurge et capture le général Maurin, gouverneur des Algarves, dans son lit (il est malade) dans la ville de Faro voisine ainsi que 70 officiers et soldats composant son entourage. Toute la province s’embrase, et le colonel Maransin, son second, n’ayant avec lui que 1200 hommes (un bataillon du 86e et un de la Légion du Midi) décide de se replier dans l’Alentejo.

        Les insurgés désarmés demandent et obtiennent alors de leurs voisins d’Estramadura espagnole un secours bienvenu de 2000 mousquets britanniques, accompagnés de troupes irrégulières à forte tendance pillarde qui, elles, ne le sont pas…
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 05 Avr 2020, 02:55

        4) La répression française
          4.1) Actions locales au nord et au sud

          Le 18 aussi, Loison, de retour à Almeida décide de monter une colonne volante pour mater l’insurrection du nord et calmer la ville d’Oporto, dont l'insurrection semble plus théorique qu'autre chose. Il sort avec deux bataillons, 50 dragons et 6 pièces d’artillerie, soit environ 1800 hommes et s’engage en direction de Lamego, pensant passer le Douro au bac de Peso da Regua et la Tamega à Amarante avant d’arriver à Oporto par l’Est et la route de Penafiel.

          Très vite sa colonne est suivie par des bandes de paysans armés qui paraissent sur les crêtes et se gardent bien de se rapprocher. A l’approche de Lamego, la présence est devenue nombreuse, mais se contente d’observer de loin. Le Douro est franchi, et sur la rive nord, sur la route qui monte des rives du fleuve en direction de Teixero traversant des vignes en espaliers, il trouve le 21 juin une troupe de 3000 soldats sous Silveira rangés en ordre de bataille, armés de fusils, appuyés par deux canons et semblant désireuse de l’arrêter dans sa progression. Les paysans couronnent alors les crêtes sur les deux flancs, prêts à profiter du moindre revers.

          Les soldats français s’élancent dans la montée, et repoussent les premières lignes ennemies, capturant même une pièce, mais sont bloqués par la ligne de résistance principale, leur élan ayant été brisé par la forte déclivité plus que par le feu adverse. Les pertes s’accumulant sans résultat, et les bandes armées menaçant ses flancs, le général décide d’abandonner son entreprise, et redescend dans la vallée. Un groupe de paysan ayant eu la très mauvaise idée de se placer en travers de sa route, ils sont piétinés et le bourg du Peso de Regua situé derrière est livré au pillage, ainsi que tous les villages qui ne font que mine de résister sur la route du retour.

          Silveira n’a pas la très mauvaise idée de poursuivre son avantage dans la vallée, mais les bandes armées menacent le convoi tout le long de la route, et avec le retour à Almeida le 1er juillet, les Français auront perdu 200 hommes et les 2 obusiers de la batterie, pour une perte portugaise estimée à 300 réguliers (et un nombre inconnu de paysans, armés ou non, passants sûrement-pas-si-innocents-que-ça, etc…). Les paysans armés se placent partout autour de la forteresse, à bonne distance, interceptant les messages.

          Au sud, l’Alentejo suit le mouvement lancé par les Algarves ; la ville de Vila Viçosa se soulève ; comme elle est proche de son QG, le général Avril décide de réagir pour éviter la contagion. Il disperse les bandes armées qui ont le malheur de se placer en bataille en dehors de la ville, mais épargne celle-ci lorsqu’elle lui ouvre ses portes. Cette action mesurée calme les esprits dans la zone.

          A Beja, un bataillon isolé de 950 hommes du 86e de ligne est bloqué par le soulèvement de la ville. Le colonel Maransin, dans son repli depuis la côte, décide de le dégager. Les insurgés ayant eu la bonne idée de garnir les murs médiévaux de la cité, il donne l’assaut, disperse les 5000 paysans armés (selon Thiébault) et pille la ville en représailles. Les victimes portugaises sont au nombre de 1200 (même source), armées ou non, et du côté français on compte 80 tués et blessés.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 05 Avr 2020, 03:07

          4.2) Regroupement des Français au centre

          Kellermann, depuis Elvas, voyant la situation qui empire, décide de se replier vers Lisbonne, laissant une garnison de 1400 hommes (II/2e Suisse et 4 compagnies du 86e de ligne) bien approvisionnés et commandés dans la forteresse de la frontière.

          Arrivés à la capitale, les généraux sont appelés à participer à un conseil de guerre rassemblé par le général en chef. Depuis un mois, le Portugal est hermétiquement isolé, rien ne sort, et les seules informations qui rentrent sont des rapports espagnols que les Français espèrent fantaisistes. Plus de vingt messagers envoyés à Loison ont disparus sans laisser de traces ; des rumeurs l’annoncent perdu, mort ou prisonnier.

          Les 26 et 28 juin, il est décidé de ne plus tenir le centre du pays, en excluant la zone frontière, avec l’idée de garder l’accès vers Elvas et la frontière dans le cas où on serait obligé d’abandonner Lisbonne pour retraiter vers Madrid. On regroupe tout le monde dans la zone entre Peniche, Santarem, Montemor et Setubal, tout en cherchant à garder un contrôle minimal sur la route Evora-Elvas, qui est le chemin de repli désigné s'il était nécessaire d'abandonner le Portugal.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 08 Avr 2020, 04:47

          4.3) Rumeurs et réalités des interférences anglaises

          Partout, des rumeurs de débarquement de soldats ou de matériel anglais circulent, qui n’ont pas vraiment de consistance. La junte d’Oporto fait bien une demande, et envoie deux délégués en Angleterre, mais elle est tellement vague et mal construite que la réponse se limite à l’envoi d’un certain colonel Brown, chargé d’aider à l‘organisation des levées. Lui, formulera des demandes d’armes et d’uniformes, qui seront intégrées au convoi de troupes dirigées dans le nord de la Péninsule, et donc n’arriveront que fin juillet.

          La seule réelle action anglaise de cette fin de printemps est l’irruption de la flotte de transport contenant la brigade Spencer dans la baie de Lisbonne fin mai. Le général anglais a reçu à Gibraltar une fausse information selon laquelle la garnison de la capitale portugaise était squelettique, et s’est embarqué pour voir s’il pouvait en profiter. Une fois dans l’estuaire du Tage, il est informé de l’effectif réel présent, et renonce. Heureusement, car je ne vois pas comment cette équipée ne se serait pas terminée en reddition, Spencer n’ayant pas un cheval ni un chariot (donc pas d’artillerie), et l’entrée dans la baie de Lisbonne étant facilement interdite depuis les hauteurs d’Alameda et d’Ajuda, sans compter l’escadre russe.

          Ces troupes sont redirigées vers l’embouchure de la Guadiana, débarquent à Huelva mi-juin, et des discussions sont commencées pour leur intégration à l’armée réunie sous Castaños pour s’opposer aux troupes du général Dupont. La victoire de Baylen mettra un terme à ces discussions, les Espagnols estimant ne plus avoir besoin de troupes étrangères sur leur sol.

          Apprenant qu’une expédition anglaise fait route vers le Portugal, Spencer fait rembarquer sa brigade et se dirige à contre-vent vers la côte occidentale de la Péninsule, anticipant de dix jours au moins les ordres qui lui sont envoyés par le lieutenant-général Wellesley. Il est ainsi capable d’arriver le lendemain de la fin du débarquement de ce général dans la baie du Mondego (5 août), augmentant ainsi les forces anglaises disponibles de plus de 4500 Ranks&Files.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 10 Avr 2020, 08:45

          4.4) Actions françaises au nord et regroupement avec Loison- la création de "Maneta"

          Début juillet, une colonne de 20000 insurgés (Thiébault…) est annoncée en progression depuis le Mondego vers Lisbonne. Une colonne mobile de 3 bataillons, 2 escadrons et 6 pièces est lancée sous Margaron, qui disperse plusieurs bandes de paysans armés de piques le 5 juillet à Leiria, les auteurs français annoncent 900 pertes ennemies et la capture de plusieurs canons.

          Ces pertes semblent trop importantes au vu de la population de la zone, sauf si on inclus des villageois non-armés tués «en passant», et je ne vois pas où ils auraient trouvé des canons. Les seuls disponibles sont à Oporto, sont en trop mauvais état pour avoir été confiés à Freire, ou encore pire à des levées paysannes, et n’ont de toute façon ni train ni munitions.

          La rumeur à Lisbonne annonce alors Loison comme arrivant avec 20000 hommes de renfort venant de Bessières. Malheureusement, ce n’est qu’une rumeur créée par le général français lui-même pour faciliter la marche de sa colonne depuis Almeida (« pour empêcher 20000 insurgés de lui barrer la route » dit encore Thiébault).

          Ayant été joint par un seul des messagers envoyés par Junot, il laisse le 4 juillet en garnison dans la forteresse du nord les 1200 soldats qui lui semblent le moins à mêmes de supporter les marches forcées. Il traverse alors le pays soulevé avec ses 3400 hommes pour rejoindre son chef à Lisbonne, laissant libre cours à son sadisme dans toutes les localités rencontrées, ne faisant aucune distinction entre les localités qui résistent et celles qui ne le font pas, mais pillant et brûlant tout, perdant 200 hommes (traînards massacrés dans son sillage) et faisant des milliers de victimes, en majorité non-hostiles. Ainsi se créé le personnage de « Maneta » qui persiste jusqu’à nos jours dans les dictons portugais.

          Une autre rumeur de débarquement anglais soutenu par 10000 insurgés à Alcobaça déclenche l’envoi d’une colonne sous Loison le 7 juillet, qui disperse les insurgés sans trouver un seul Anglais avant de rentrer.

          La concentration des troupes autour de la capitale libère des espaces qui sont exploités par les Portugais. Un des plus gros centres de troubles est à Coïmbra, où les étudiants de la seule université du Portugal soulèvent la ville et vont contraindre à la reddition 2 compagnies du 4e Suisse enfermées dans le fort de Figuera da Foz, sans ravitaillement ni secours (et peut-être sans envie de se battre aussi), et qui défend l’accès à l’embouchure du Mondego (27 juin).

          Les insurgés font immédiatement appel à la Royal Navy qui débarque 2 compagnies de Marines pour tenir le fort. Le général Bernadino Freire, missionné par la Junte d’Oporto, positionne les 5000 réguliers portugais qui ont pu être équipés pour défendre la ligne de ce fleuve.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 11 Avr 2020, 13:30

          4.5) Dernières expéditions anti-insurrectionnelles au sud

          L’insurrection de l’Alentejo compromettant l’approvisionnement de Lisbonne et l’axe de retraite choisi pour l’armée, Junot décide de mater la rébellion en y envoyant une grosse division sous Loison, comprenant 7,5 bataillons, 2 régiments de dragons et 8 pièces (2 bataillons de grenadiers réunis, 2e provisoire léger, III/58e de ligne, 12 compagnies du 86e de ligne, Légion Hanovrienne et 4e provisoire de dragons) avec en sous-ordres les généraux Solignac et Margaron.

          Loison trouve les insurgés, (5 bataillons d’ordenanças et un grand nombre de paysans, tous plus ou moins armés selon Thiebault, en réalité plutôt 2 bataillon de miliciens et 120 cavaliers), devant Evora, renforcés d’une grosse partie de l’armée espagnole d'Extremadura : 1 bataillon de chacun des régiments de Badajoz, Real Extranjero, 3 bataillons de Voluntarios de Ciudad Rodrigo, 2 escadrons de husares Maria Luisa, 9 canons et 3 obusiers toujours d’après Thiébault, ou plutôt juste les 3 bataillons réguliers, les hussards et 8 pièces d’artillerie selon Arturo das Neves, l’historien portugais repris par Arteche, qui donne une composition détaillées contrairement aux Français.

          Thiébault donne un total de plus de 12000 hommes, pour un effectif réel sans doute du quart. Au premier choc, le général portugais Loti s’enfuit (ou est tué, en tout cas on ne le reverra plus), ainsi que les hussards espagnols, les fantassins sont enfoncés et perdent 7 de leurs canons. Tout le reste se réfugie dans la ville ; les Portugais voudraient se rendre, mais les Espagnols les en empêchent, fusillant les « tièdes », et se déployant sous les remparts. Les Français encerclent la ville et préparent l’assaut.

          Au premier choc, les insurgés se débandent encore et perdent leur dernier canon. La ville est prise d’assaut en passant par les sous-sols, par-dessus les murs, et par une porte détruite par l’artillerie et les efforts des troupes de Solignac. On se bat alors dans les rues, dans les caves, sur les toits, sans quartier demandé ni accordé, façon Saragosse, mais finalement les Français triomphent, seuls les non-combattants réfugiés dans les églises, que les officiers français ont interdit d’accès, sont épargnés.

          Thiébault, pour justifier ses chiffres gonflés, annonce 8000 tués (dont Loti) ou blessés et 4000 prisonniers, 7 pièces d’artillerie et 8 drapeaux, que Foy minimise à 2000 tués, blessés et prisonniers. Autant les 8 pièces présentes ont dû être capturées, autant les 8 drapeaux sont illusoires. Les régiments réguliers espagnols n’en ont qu’un par bataillon, et les Voluntarios (dans le cas improbable où ils soient présents) aucun, quant aux miliciens portugais, levés dans la quinzaine, il ferait beau voir qu’ils en aient reçu un seul...

          Les 2000 tués et blessés sont sans doute une réalité chez les soldats, ceux des paysans armés et surtout des civils non armés tués dans la ville sont impossible à connaître… Les français ont 300 hommes hors de combat. Thiébault annonce ensuite que Loison relâche 3600 paysans prisonniers (sans doute pour « coller » au fait qu’on ne les trouve plus ensuite, car ce n’est vraiment pas le tempérament montré jusque-là par Loison).

          Les 400 prisonniers survivants de la milice de Estremoz sont relâchés au 1er août devant les portes de cette même ville. Ce fait est corroboré, mais fait se demander quid des ordenanças de Viana, de Montemor et de Beja censés avoir été présents à cette bataille, d’après les Français, tous morts ? Pourquoi les miliciens d’Estremoz ont-ils ainsi été épargnés ? Il est plus probable que les ordenanças de Evora et Estremoz soient tout simplement les seules présentes, les prisonniers des premiers étant relâchés tout de suite et ceux d’Estremoz devant leur propre ville.

          Toujours est-il qu’après cette démonstration de force, l’Alentejo est maté pour de bon, et la « clémence » des vainqueurs (réelle, bien que moins importante que ce que Thiébault voudrait nous faire croire), aidée de la destruction totale des troupes disponibles de la junte (espagnole) de Badajoz, aide à calmer les esprits.

          C’est d’autant plus important qu’une rumeur de débarquement anglais au nord est communiquée au chef de la colonne, et cette fois cette rumeur est parfaitement fondée : les Anglais ont bien débarqué dans l’estuaire du Mondego. Loison reçoit son ordre de rappel vers la capitale le 1er août à Elvas, qu’il vient de dégager. Il s’en retourne après avoir ravitaillé la place forte et laissé en route la Légion hanovrienne en garnison à Santarem.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 13 Avr 2020, 05:05

    III/ Campagne anglaise de 1808

      a) La campagne active sous Wellesley

        1) Première rencontre avec les autorités péninsulaires

        Revenons aux Anglais, que nous avons laissés dans les ports britanniques. Le 12 juillet, les transports lèvent l’ancre du port de Cork, et se dirigent vers le cap Finisterre ; Wellesley, dans le sloop « Crocodile », part en avance pour conférer avec la junte de Galice à La Coruña en vue d’obtenir des nouvelles fraîches de l’insurrection.

        Le général débarque dans le port espagnol le 20, et trouve les autorités espagnoles désarçonnées par la défaite de Medina de Rioseco, dont ils masquent de façon éhontée l’ampleur à leur visiteur. Les armées espagnoles, disent-ils, ont dû battre en retraite, mais Bessières a perdu 7000 hommes et 6 canons, et les deux armées insurgées peuvent encore mettre en ligne 45000 soldats bien équipés. De plus, Lefevbre-Desnoette a été battu trois fois de suite devant Saragosse, et Dupont s’est rendu le 20 juin entre Andujar et La Carolina.

        Ce dernier point est une prophétie étonnante, la seule donnée fausse est le mois de juin au lieu de juillet. Toujours est-il qu’il n’est pas question de faire débarquer les Anglais en Galice ; par contre leur présence au Portugal permettrait d’empêcher Junot d’agir sur les arrières des armées espagnoles du nord. La seule information réellement vraie et utile qu’il obtient est la nouvelle de l’insurrection d’Oporto et du nord du Portugal, Il est ainsi assuré d’avoir une plage amie pour effectuer son débarquement, car contrairement à Abercromby en Égypte, il n’a ni les moyens ni eu le temps d’entraîner ses troupes à débarquer et à se former immédiatement après.

        Comme la junte sous-estime l’effectif de l’Armée du Portugal à 15000 hommes, Wellesley est conforté dans l’idée qu’il peut réussir quelque chose une fois rejoint par Spencer, Ackland et Anstruther, comme le lui autorisent ses instructions du 30 juin. Il rembarque en laissant en Galice les stocks d’équipements demandés par les juntes des deux régions du nord-ouest, donne au convoi l’ordre de poursuivre jusqu’à l’embouchure du Douro, et continue la descente de la côte.

        Il débarque alors à Oporto, et rencontre la Junte Suprême et l’évêque le 24, qu’il trouve peu enthousiastes vis-à-vis de la suite des événements. Ils ont réussi à armer 5000 réguliers (2e, 12e, 21e et 24e de ligne plus deux ou trois autres qu’Oman n’a pas pu identifier, et les Oporto Caçadores qui deviendront le 6e de l'arme l’année suivante) mais qui n’ont plus que 1000 mousquets utilisables, et 300 cavaliers (6e, 11e et 12e de cavalerie), le tout sous Freire sur le Mondego, mais qui n’ont presque pas d’uniformes.

        La seule réserve restante est environ 1500 Ordenaças en garnison d’Oporto, et 12000 levées supplémentaires qui n’ont que quelques piques. L‘évêque dit à Wellesley que « le pays entier est prêt à prendre les armes, mais malheureusement il n’y en a pas » ; il lui demande donc de quoi armer et équiper 38000 fantassins et 8000 cavaliers, plus 35000 £. L’argent, au vu de ce que les Espagnols ont demandé et obtenu, n’est pas grand-chose, mais pour ce qui est de l’équipement, Wellesley, que ses longues années en Inde ont rendu sceptique sur l’utilité des troupes irrégulières, reste évasif. Il promet juste d’équiper les réguliers de Freire quand il les aura vus et « s’ils en valent la peine ».

        Les autorités portugaises apprennent aussi au général anglais la vérité sur les effectifs français. Ce n’est pas 15000 hommes qui lui font face (ce qui avec les garnisons et détachements prévisibles, lui aurait permis d’être facilement en supériorité numérique locale), mais 25000. Ainsi, même en déduisant un tiers de l’effectif en troupes immobilisées, seul l’apport des deux brigades venant d’Angleterre lui permettra d’obtenir la parité si le général français réunit tout son monde disponible pour s’opposer à lui comme c’est probable. Wellington surestime même les troupes françaises disponibles puisqu’il les chiffre à 18000, soit au moins un quart de trop.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 14 Avr 2020, 07:48

          2) Choix du lieu de débarquement et logistique

          Pour ce qui est du lieu du débarquement anglais, plusieurs possibilités sont étudiées, mais vu la saison et les vents qui créent une houle forte sur les plages ouest du Portugal en cette saison, les solutions sont peu nombreuses.
          Un débarquement à Oporto est écarté, car cela rajouterait plusieurs jours de marche inutiles, les autres possibilités sont le Mondego, à proximité de Peniche ou la côte proche de Cascaes. Peniche étant toujours aux mains des Français, c’est impossible pour le moment; Cascaes, de par sa proximité immédiate avec Lisbonne, et la présence des forts de l’embouchure du Douro, serait de la pure folie, il ne reste que le Mondego.

          Vis-à-vis des besoins logistiques de l’armée anglaise, Castlereagh a déclaré dans ses ordres du 30 juin « l’enthousiasme des peuples espagnol et portugais fait espérer qu’il vous soit mis à disposition toutes les ressources disponibles dans le pays, que ce soit en termes de remontes ou de transport… » Sauf que l’enthousiasme ne fait pas pousser aux branches des arbres les chevaux de selle (surtout pour une armée aussi pointilleuse que l’armée anglaise), les attelages de bœufs et les provisions de bouche à la vente.

          L’évêque d’Oporto promettra 150 chevaux de selle et 500 mules de bât sous 6 jours dès sa rencontre avec le général anglais, et des contrats de fourniture de viande seront passés auprès de négociants locaux pour 10000 hommes. L’armée dépendra des biscuits de la Navy durant toute la campagne pour remplacer le pain, car le nord du Portugal n’est pas autosuffisant pour les céréales, et ne peut rien fournir à l’achat en août. Comme pour les contrats de viandes, le stock est prévu pour 10000 hommes pour un peu plus d’un mois, mais l’ajout de la brigade Spencer, puis de celles d’Ackland et d’Anstruther, qui viennent sans rien, vont réduire à 18 jours la durée de vie de ce stock, forçant le général anglais à une campagne courte et rapide sous peine de manquer de pain.

          On a vu à l’embarquement que Wellesley a réussi à obtenir l’autorisation d’emporter 2 troops venant de l’Irish train avec ses chevaux. Or ces animaux sont des montures de dragons réformées, vieilles, éclopées, avec une proportion non négligeable de borgnes et d’aveugles (ce n’est pas un handicap insurmontable pour une bête d’attelage, tant qu’elle n’est pas en tête).

          Le commandant de l’artillerie va envoyer une lettre au Board of Ordnance se plaignant en termes très respectueux du fait que le transport n’a pas été anticipé par les services anglais, car les chevaux irlandais, malgré tous leurs défauts, sont supérieurs à ceux disponibles sur place, qui sont petits et inadaptés aux travaux de l’Arme. Il se fera réprimander, tout à fait dans l’esprit bureaucrate du Board, pour avoir eu l’outrecuidance de suggérer que des erreurs avaient été commises par ses supérieurs.

          En attendant, l’artillerie anglaise ne pourra mettre en œuvre que 18 pièces (12x6£ léger et 6x9£ venant de Cork) pour la durée de la campagne, partagées en 6 détachements de 3 pièces, les 6£ en détachement dans les brigades, en général tirées par 4 bœufs avec une paire de chevaux en tête, ou par des mules, et les 9£ à la réserve. Les chevaux portugais permettront de monter 60 dragons de plus, et de tirer un certain nombre de chariots de l’intendance. Wellesley fera le 4 août l'acquisition de 150 mules de plus, par un intermédiaire, venant de la région d'Oporto. Leur achat devait permettre de tracter une brigade de canons de 6 de plus avec ses chariots, malheureusement, elles ne rejoindront qu'après Vimeiro, et donc ne seront d'aucune utilité dans cette campagne.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 16 Avr 2020, 09:36

          3) Débarquement et organisation - état des réguliers portugais

          Le 30 juillet, alors qu’il approche du Mondego, Wellesley reçoit deux nouvelles, une bonne et une mauvaise.
          La bonne est la nouvelle de Baylen, confirmant l’anéantissement du corps français dans le sud de l’Espagne annoncé un mois trop tôt par les Galiciens. Cela doit libérer Spencer, que le général en chef anglais ne perd pas un instant à appeler à lui ; heureusement, cet officier a anticipé son ordre, sinon il serait arrivé trop tard pour Vimeiro.

          La mauvaise est l’annonce de la nomination et de l’arrivée prochaine de ses deux supérieurs sur le théâtre d’opération. Il n’a plus qu’un court moment à jouir de son commandement suprême avant d’être relégué à une place de divisionnaire. Malgré son affirmation du contraire dans sa dispatche subséquente envoyée à Castlereagh, il est possible qu’involontairement cela l’ait poussé à prendre certains risques dans la conduite de sa campagne.

          Toujours est-il que les troupes commencent à débarquer au Portugal le 1er août 1808. Les troupes du convoi de Cork vont mettre quatre jours entiers à se rassembler sur les berges du fleuve, avec quelques chaloupes retournées et quelques noyés du fait de la houle. Seuls restent à bord les deux brigades de canons qu’il n’est pas possible d’équiper, le 4th Veteran Battalion qui n’est pas une unité de campagne, et qui doit continuer vers Gibraltar, et les dragons démontés qui ne seraient d’aucune utilité.

          Le premier jour du débarquement, l’armée reçoit un ordre qui met en joie l’intégralité de la soldatesque : l’abolition de l’obligation de porter ses chevaux longs liés en queue de cheval (GO du 20 juillet 1808). En une demi-heure tous les soldats ont ainsi les cheveux coupés courts.

          Spencer arrive le 5 au grand soulagement de Wellesley, et commence son débarquement immédiatement, qui prend toute la journée du 6. Il laisse à bord les canons qu’il a apportés, et la compagnie et demie de Royal Artillery est répartie entre les trois batteries débarquées de Cork.

          Les journées des 7, 8 et 9 août sont utilisées pour construire le train d’intendance, répartir les chevaux et mules portugais, trouver des bœufs et 500 chariots locaux, s’entretenir avec le général portugais Bernardino Freire au sujet de la campagne à venir et passer les troupes en revue.

          Après cette revue, où le général anglais prend toute la mesure du dénuement où se trouvent les troupes autochtones, il accepte de fournir l’équipement pour les troupes mobiles présentes sur le Mondego et 5000 mousquets. Leur apparence est décrite par le commandant du 20th Dragoons comme « plutôt grotesque », « sans réel uniforme, mais en chemise blanche, avec un chapeau à large bord dont un côté est replié, certains avec une plume, d’autres non... »
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Avr 2020, 08:49

          4) Premier ordre de bataille au Portugal, la question de l'artillerie

          L’embrigadement des Anglais pour les premières marches est le suivant :

              1st Brigade MG Hill
              -5th RoF
              -9th RoF
              -38 RoF
              -2x6£+1 obusier, Cpt Raynsford

              2nd Brigade MG Ferguson
              -36th RoF
              -40th RoF
              -71st RoF
              -2x6£+1 obusier, Lt Locke (Cpt Geary Coy)

              3rd Brigade BG Nightingale
              -29th RoF
              -82nd RoF
              -3x6£, Lt Graham (cpt Raynsford Coy)

              4th Brigade BG Bowes
              -6th RoF
              -32nd RoF

              5th Brigade BG C. Craufurd
              -50th RoF
              -91st RoF

              6th Brigade BG Fane
              -45th RoF
              -5/60th RoT
              -2/95th RoF
              -3x6£, Cpt Geary

          Le commandant de l’artillerie est le Lt Colonel Robe, assisté du Major Viney.

          Les 4th et 5th Brigades auraient dû recevoir une demi-brigade de 3 pièces de 6£ léger chacune avec une partie de la demi-compagnie de RA de Lawson sous le Cpt Morrison venue de Gibraltar, mais l’impossibilité de déplacer les canons du fait du manque de mules fait qu’ils n’auront pas d’artillerie allouée.

          Cette demi-compagnie fera pourtant la campagne et le Cpt Morrison recevra la médaille d’or de la campagne avec l’agrafe Vimeiro, ce qui prouve qu’il était présent à la bataille et aux commandes d’une unité, semble-t-il à la réserve, dont chacune des demi-brigades de canons est pourtant déjà commandée par un capitaine...

          La compagnie du Cpt Gardiner en effet, servant 5x9£+1 obusier forme la réserve, en 2 sous-unités, la 2e sous le 2nd Cpt Elliot contenant l’obusier. Il est prévu que ces sous-unités soient détachées du parc pour des actions ponctuelles pour y revenir dès que lesdites actions sont terminées.

          Les transports du 4th Veteran Battalion sont envoyés vers l’estuaire du Tage, dans l’idée de forcer le général français à laisser une garnison à Lisbonne, et tenter un débarquement s’il vide complètement la capitale, une réédition de l’idée fumeuse qu’avait eue Spencer de débarquer un petit contingent sur une côte rocheuse sans possibilité de rembarquer. La menace, par contre fera son effet, bien au-delà de la réelle efficacité d’un bataillon de vétérans.
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