[Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 05 Juil 2020, 06:59

      e) Essai d'extrapolation de la campagne sans interférence Dalrymple/Burrard et explicitations sur les chapitres précédents.

      Dans un monde (anglais) parfait, le général en chef anglais (quel qu’il soit) aurait mis en déroute l’armée française l’après-midi du 21 août, aurait coincé les survivants dans le défilé de Torres Vedras le 22, puis se serait trouvé devant Lisbonne (qui, ne l’oublions pas, n’est pas réellement fortifiée) aux alentours du 26. Il aurait alors proposé aux 6 à 7000 Français en garnison une reddition négociée qui aurait été la seule alternative à un soulèvement de la capitale dans le dos des défenseurs trop peu nombreux pour empêcher les Anglais de rentrer dans la ville par un point qu’ils ne gardent pas.

      C’est exactement ce qu’il s’est passé à Buenos Ayres en 1807, sauf que là les défenseurs n’avaient pas été battus décisivement sur le champ de bataille, que la ville était plus petite et les assaillants des irréguliers mal armés. Je ne vois pas le commandant français refuser une reddition avec les honneurs qui lui permettrait de rester en vie...

      Dans cet univers parfait, la campagne aurait été finie vers le 31 août, et le général en chef anglais aurait pu immédiatement s’atteler aux problèmes de la future campagne en Espagne. Là aussi il lui aurait fallu dix bons jours pour mettre tout le monde en marche, intégrer les troupes de Moore et laisser une garnison au Portugal, lui permettant de partir de Lisbonne avant le 15 septembre. Les pluies n’ont pas encore pris leur allure torrentielle de l’automne à cette période, mais la marche vers Salamanca ne peut être réellement pensée en moins de quinze jours (la logistique est tout aussi défectueuse qu’historique, et il faut masquer ou prendre Almeida).

      Les 25000 Anglais sont donc à Salamanca le 1er octobre 1808, avec pour but de rejoindre l’Ejercito de la Izquierda de Blake, ce qui peut être fait en une dizaine de jours, disons quinze pour bien se positionner, soit en même temps que le corps de Lefebvre. Les batailles non voulues par « le Maître » de Zornoza (31 Octobre) et Gamonal (10 novembre), dues à des faux mouvements et des positions fautives tant du duc de Dantzig que de son voisin Victor, appuyées et plus réfléchies puisque préparées en coopération avec un état-major anglais, auraient pu mettre un désordre pas possible dans le flanc de la Grande Armée en formation, voire produire une épouvante du style de celle ayant suivi Baylen chez le « Roi Intrus ».

      Il est alors tout à fait possible qu’à l’exemple de sa fuite sans objet de Madrid à la fin de l’été, il aurait ordonné une retraite en France sans beaucoup plus de rationalité, rencontrant un Napoléon plutôt vert de rage du mauvais côté de la Bidassoa…

      la campagne de l’automne 1808-hiver 1809 n’aurait pas vraiment été modifiée, avec Bonypart « ventilant façon puzzle » les armées anglo-espagnoles "victorieuses" par sa maîtrise militaire et simplement la loi du nombre. Ne pas oublier qu'il a rassemblé historiquement dans le nord de l'Espagne plus de 230000 hommes bien encadrés, et qu'on peut estimer les forces qui lui sont opposée, y compris les anglais, à environ 150000 hommes, dont une grosse moitié de valeur combative très faible/peu armée/mal encadrée.

      Il y a de grandes chances qu’elle eût été plus efficace encore, car Moore ne serait jamais apparu sur ses arrières alors qu’il était à Madrid et prêt à fondre sur Séville/Cadix, et éventuellement Lisbonne, qui n’aurait pu être ainsi sauvées de l’offensive du début d’année 1809.

      Donc d'un certain côté, Dalrymple a sauvé l'Espagne par sa procrastination. Mais à mon avis, il aurait fallu à l’Empereur un autre Roi d’Espagne, le précédent ayant eu une panne au déballage…

      Une question qui m'a été posée hors-cadre, vis à vis des devises indiquées dans le récit. les sibsides envoyés par les Anglais aux Espagnols sont bel et bien envoyés en Dollars, qui est la devise coloniale espagnole, comme la Guinée est celle de l'empire Britannique; elle a donc cours légal en Espagne. Ce n'est pas le cas au Portugal, mais le volume d'échange avec l'Angleterre fait que le numéraire anglais est reçu sans problème, et échangé relativement facilement sans escompte important. (ce n'est pas le cas du papier-monnaie, attention!).

      En 1776, lors de l'indépendance des sept provinces nord-américaines, il est devenu impensable que les insurgés continuent à utiliser "la guinée du roi Georges", or ils n'ont aucun moyen physique de fondre du métal précieux puis de battre monnaie, ne parlons pas de distribuer cette nouvelle monnaie, dans le volume nécessaire à la survie économique des colonies.

      Heureusement est actuellement en circulation une monnaie étrangère et neutre, qui ne sera pas arrêtée et confisquée par les forces loyalistes, et aussi, ne le cachons pas, permettra de continuer à vivre si jamais l'insurrection échoue et que Londres gagne, le Dollar espagnol. Il devient ainsi la monnaie officielle du nouvel état en gestation, puis, l'empire espagnol disparaissant au XIXe, prendra son usage symbolique des Etats-Unis d'Amérique du Nord.

      Quant aux résultats de rapines, de captures, etc..., tant pour la Navy que pour l'armée britannique, quelles que soient les monnaies ou la forme dans lesquelles elles sont faites (canons, chevaux, armes...), elles sont rassemblées et comptabilisées au niveau de l'armée ou de la flotte par un "Prize Agent" missionné par l'Echiquier anglais (le ministère des finances, quoi), et redistribuées (parfois plusieurs années après, travail administratif oblige) en British Pounds aux unités ayant participé à l'action ayant conduit à la capture, selon un barème progressif avec le grade. Les éventuels morts dans l'intervalle voient leurs parts données à leurs veuves/enfants/proches, ou à défaut versées dans la caisse du Chelsea Hospital for Disabled Soldiers (équivalent des Invalides, qui s'occupe aussi des pensionnaires de l'Armée).
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