[Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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[Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 30 Jan 2020, 15:18

Dans le même esprit que mon feuilleton sur 1812, je vais maintenant passer à l'étude de la première campagne de Wellesley dans la Péninsule, qui a l'avantage d'être très courte (un gros mois) mais de comprendre une ribambelle de premières des deux côtés, ainsi que des comportements "civilisés" qui disparaîtront dès la fin de la campagne.
J'espère que la faible durée de la campagne me permettra de ne pas faire durer ce post pendant plus de 10 ans :mrgreen:

La partie française sera fortement reprise d'un opus (incomplet et non publié) de Diégo Mané sur cette même campagne, qu’il m'a gentiment mis à disposition. Qu’il en soit ici remercié.

/edit: il va sans dire que ce qui est écrit dans ce message est mon avis personnel, auquel personne n'est forcé d'adhérer. Il est néanmoins appuyé sur un assez grand nombre de sources historiques reconnues, et si je me trompe, je le fais en toute bonne foi
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 30 Jan 2020, 15:27

Plan prévisionnel:

I Présentation du théâtre d'opérations et des protagonistes principaux
a) le Portugal en 1807
b) Wellesley avant l'embarquement
c) les composantes de l'armée anglaise envoyées au Portugal
d) Junot avant sa nomination
e) divers protagonistes secondaires

II Campagne franco-espagnole de 1807
a) la course à Lisbonne
b) occupation franco-espagnole
c) insurrection espagnole et sa contrepartie portugaise - répression française

III Campagne anglaise de 1808
a) la campagne active sous Wellesley
b) la convention de Torres Vedras (improprement appelée "de Cintra")
c) conséquences anglaises de cette convention
d) situation des troupes anglaises avant la campagne de Moore
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 30 Jan 2020, 15:31

    I/ Présentation du théâtre d'opérations et des protagonistes principaux

      a) Le Portugal en 1807
      Le Portugal au début du XIXe siècle est une grande puissance mondiale tombée bien bas. Depuis le traité de Tordesillas qui partageait le monde entre sa propre zone d’influence et celle de son voisin espagnol, le royaume a perdu presque tout son prestige, les deux tremblements de terre en 1531 et 1755, plus encore que celui de 1351, ayant touché durement Lisbonne, ont eu des conséquences économiques désastreuses.

      Les colonies portugaises en Asie se sont trouvées en concurrence directe avec l’Angleterre tout d’abord, mais aussi avec les Provinces-Unies (Pays-Bas). La différence de population entre le royaume lusitanien et la Grande-Bretagne a permis à cette dernière de s’installer en force et en nombre là où le Portugal ne disposait que de comptoirs, et l’évolution rapide des modèles de navires a fait que les commerçants portugais se sont fait submerger par leurs concurrents anglais (bien aidés par la piraterie/guerre de course franco-anglo-néerlandaise sous les règnes des Tudors et des Valois).

      Le royaume perd même son indépendance durant les soixante ans de l’Union Ibérique (1580-1640), et la guerre de Trente ans, qui lui permet de la reprendre en monopolisant les troupes espagnoles ailleurs, a économiquement ruiné le pays. Le XVIIIe siècle voit le retour de la prospérité par le commerce colonial dans ce qu’il reste de l’empire, mais à l’échelle européenne, le Portugal n’est plus qu’un nain, qui s’est détourné des autres cours d’Europe, malgré un certain attachement politique depuis le traité de Windsor (1386) puis dynastique après le mariage de Catherine de Portugal avec Charles II d’Angleterre.

      Le début de la période qui nous intéresse voit l’empire réduit au Brésil, débarrassé par la force des Néerlandais et agrandi bien au-delà de la limite de Tordesillas, à la Guinée, au Mozambique, à l’Angola, Malacca, des comptoirs indiens sous contrôle anglais, le Timor Oriental et Macao, ainsi que quelques comptoirs marocains. A part au Brésil, la présence est très faible en dehors des comptoirs.

      Au début du XIXe siècle, le pays dépend complètement de ses importations pour sa survie propre, et Wellesley dira en préparant son départ pour la Péninsule que le Portugal « est un pays qui ne se nourrit que 7 mois sur 12 ». Le souverain est un prince paisible, ami des arts et procrastinateur. Son pays est une royauté de droit divin, avec comme seul réel contre-pouvoir l’archevêque d’Oporto qui est le primat du Portugal.

      Le Roi est parfaitement conscient de se trouver dans une position intenable, incapable de survivre sans son commerce maritime, mais incapable de s’opposer à Napoléon sur terre, il va donc osciller entre l’ouverture vers l’Angleterre et celle vers la France et son alliée l’Espagne jusqu’en 1807.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 30 Jan 2020, 15:38

      b) Wellesley avant l'embarquement

        1)Arthur Wellesley jusqu’en 1806

        Après avoir servi la compagnie des Indes Orientales durant presque dix ans (1796-1805), et s’être forgé une réputation de bon commandant et excellent logisticien, il revient en Europe auréolé de ses victoires d’Assaye et Argaum, non seulement parce que son frère a dû quitter son poste de Gouverneur Général, mais, ce qui est moins connu, pour une histoire de gros sous et de cabale au sein du directoire de la compagnie.

        Ce directoire lui refuse en effet les émoluments de colonel de l’Etat-Major, alors qu’il commande de façon indépendante depuis 1799, et a même été nommé commandant suprême politique et militaire dans le Deccan. Cela ne lui laisse comme revenu que la fonction de Colonel-habilleur du 33rd foot, ce qui est insuffisant dans son rôle, et est une façon indirecte de lui signifier l’inimitié des Directeurs de la Compagnie. Heureusement, ses parts de « Prize Money » acquises par ses victoires et ses conquêtes lui permettent de rester à flot.

        Dans le même temps, il a à se défendre d’une attaque sur son comportement durant sa période de commandement. Il lui est en effet reproché d’avoir été va-t-en-guerre envers les puissances voisines des territoires sous domination anglaise, et d’avoir conduit la compagnie au déficit par ses campagnes.

        Il lui faudra prouver que les campagnes menées depuis 1799 ont été des campagnes induites par les habitudes prédatrices des Mahrattes et du précédent dirigeant de Mysore, et que le déficit aurait été bien supérieur si ces puissances (nominalement alliées à la Compagnie) avaient été laissées libres de piller les territoires alliés, et auraient pu constituer une menace mortelle pour la présence anglaise en Inde si les conseillers français desdites puissances n’avaient pas été remplacés par des équivalents anglais. (CF les « Dispatches » pour des extraits du mémoire disculpatoire).
        Une fois rentré en Angleterre, il lui faudra cette fois défendre dans la presse le gouvernorat de son frère contre une campagne lancée par ce même directorat, pour ledit déficit…

        Il faut savoir que depuis la guerre de Sept ans jusqu’à la prise en main par Victoria dans la deuxième moitié du XIXe siècle, les finances de la compagnie et les Gouverneurs Généraux vont osciller entre :
        - une politique très laxiste envers les voisins indigènes, ce qui fait remonter la rentabilité de la compagnie, mais créé des problèmes de sécurité sur le territoire administré et celui des alliés, car des bandes prédatrices s’installent dans les zones non garnisonnées et pillent les récoltes, ce qui déclenche l’envoi d’un nouveau Gouverneur Général chargé d’appliquer :
        -une politique de sécurité stricte, chassant les brigands dans les territoires alliés, et punissant les dirigeants indigènes soutenant ouvertement ces bandes ou donnant asile à leurs chefs en fuite, ce qui finit par créer un déficit dans les comptes, qui déclenche le remplacement de ce Gouverneur Général pour reprendre la première politique….
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 03 Fév 2020, 16:02

        2) 1806-07-08

        Au début de 1808, Arthur Wellesley est le moins ancien des Lieutenant-Généraux de l’armée anglaise (date de nomination 25/04/1808); son accointance avec les Stewarts et donc Castlereagh (secrétaire d’état à la guerre et aux colonies) en font un personnage en vue chez les Tories, et un bon candidat pour une équipée outremer.

        Il a obtenu en 1806 un siège à la chambre des Communes pour le « bourg pourri » de Rye (Sussex) puis de Newport (île de Wight) et en 1807 est nommé au conseil privé du Roi. Il est aussi nommé Under-Secretary for Ireland, poste qu’il tient à Dublin jusqu’à l’été 1808.

        Sa campagne de 1807 au Danemark, pendant laquelle il tient un commandement semi-indépendant à l’échelle de la brigade lui permet de briller, mais renforce l’idée qu’il est un commandant agressif, ce qui le dessert plutôt auprès de Whitehall et de l’entourage du Duc d’York. Ces derniers sont de toutes façons encombrés de nombreux Lieutenant-Généraux d’une ancienneté importante et proches de l’état-major, même si ils n’ont jamais réellement commandé plus d’un bataillon sur le terrain.

        Au printemps de 1808, à la suite du fiasco du Rio de la Plata, le gouvernement anglais, cédant aux pressions du général Miranda (envoyé des insurgés Américains du Sud), décide de remonter une expédition vers les possessions espagnoles d’Amérique du Sud, sous le commandement d’Arthur Wellesley. Sa taille est prévue pour dépasser légèrement les 10 000 hommes, en réutilisant la partie rapatriée de l’expédition de Lord Cathcard de 1805-6 en Allemagne du Nord, et des troupes provenant des postes Méditerranéens; le corps de Moore revenant de Suède lorsqu'il devient évident qu'il est impossible de s'entendre avec Gustave IV.

        Les événements d’Espagne, l’insurrection du nord de ce pays et les demandes des représentants des Juntas galiciennes et asturiennes vont changer la destination du corps qui s’assemble dans le port de Cork. Le général Miranda est immédiatement informé d’une manière succincte qu’il ne doit plus compter sur le soutien du gouvernement britannique.

        La taille prévue pour l’expédition de Cork étant estimée trop faible pour le continent, il est prévu de lui adjoindre outre le corps du Major Général Spencer qui devait le rejoindre en Amérique, une grosse brigade tirée des garnisons de Sicile et de Gibraltar (l’Espagne n’étant plus un ennemi, les garnisons méditerranéennes peuvent être réduites), deux petites autres tirées des garnisons du sud de l’Angleterre devant s’embarquer de Ramsgate et Harwich, et enfin le corps de Moore, lorsque ses transports seront arrivés et auront été ravitaillés.

        Cela devient une force respectable de plus de 35 000 hommes, qu’il est impensable de laisser aux ordres d’un général aussi peu expérimenté dans son grade et aussi aventureux que Wellesley, ou un général ayant des sympathies Whigs tel que Moore. Le Duc d’York désigne donc 2 guardsmen bien considérés à Whitehall, Lord Dalrymple et Sir H Burrard en tant que commandant en second, Moore étant le troisième plus ancien en grade, avant Wellesley.

        Les choses étant bien faites et dans l’ordre dans le Royaume-Uni, ont été décidées à la mi-juin, et alors que Wellesley a pris la mer pour l’Espagne début juillet, sur les deux missives envoyées par Castlereagh le 15 juin, celle portant sur l’envoi de Dalrymple et Burrard ne lui est pas parvenue, mais celle de l'envoi du corps de Suède, oui. La présence de Moore, qui est plus ancien que lui, fait bien comprendre à Wellesley qu’il ne sera pas général en chef de l’expédition, mais les deux généraux se respectent énormément, et donc le futur-ex-commandant en chef se réjouit d’être placé sous les ordres de son futur-supérieur (comme le montrent leur correspondance mutuelle). Il recevra la nouvelle de sa future rétrogradation à un probable poste subalterne au moment du débarquement de ses troupes dans la baie du Mondego au 14 Août, idéal pour bien commencer une campagne militaire.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 08 Fév 2020, 09:23

      c) les composantes de l'armée anglaise envoyées au Portugal

      Officiers généraux détaillés pour la première expédition sous les ordres du Lieutenant-Général Wellesley 
      :
      Major-Généraux Spencer, Ferguson (présent au corps de Spencer), Hill
      Brigadier-Généraux Nightingale, Fane, Catlin Craufurd

      Le corps de Spencer, qui est déjà sur place et croise entre Gibraltar et Oporto, donnant naissance à bien des légendes et émois tant français que portugais sur un illusoire débarquement anglais en divers points de la côte lusitanienne, se compose de :
      -1/6th foot
      -29th foot
      -1/32nd foot
      -1/50th foot
      -1/82nd foot
      -2 brigades de canons (1x6£ et 1x12£) servies par 1,5 compagnies de RFA, sans attelages
      -un détachement du Royal Staff corp
      représentant 4500 R&F

      Le corps partant de Cork est constitué de :
      -1/5th
      -1/9th
      -1/38th
      -1/40th
      -5/60th
      -1/71st (pas encore léger, sans kilt mais en braies au tartan)
      -1/91st (kilté)
      -4 compagnies du 1/95th
      -4th Veteran Batalion (prévu pour remplacer à Gibraltar un des bataillons pris par Spencer, pas prévu pour servir en campagne)
      -20th Light Dragoons (avec 215 troop horses pour 346 R&F)
      -5 brigades de canons (1x3£, 2x6£ légers, 1x6£ lourd, 1x9£) servies par 3 compagnies de RFA, sans attelages mais avec 46 artillery drivers embarqués démontés, plus 6 mortiers de 10 pouces ajoutés au 30 Juin
      -2 troops du Royal Irish Wagoon Train, avec leurs chevaux, que Wellesley a reçu in extremis l’autorisation d’embarquer outremer après avoir beaucoup insisté.

      L’embrigadement prévu pour ce corps pour le débarquement, prévu pour être temporaire, est le suivant :
      Gen Fane 5/60+1/95th+4th Vet Bat
      Gen C Craufurd 1/71st+1/91st
      Gen Ferguson 1/5th+1/9th+1/38th (remplaçant le MG Hill, 2nd in Command au moment de l’embarquement)

      Le 20th dragoon venant d’Angleterre, sera bloqué par un vent d’ouest contraire et va retarder l’expédition jusqu’à la 2e semaine de juillet, ce qui donnera l’occasion au gouvernement anglais au 30 juin de renforcer le corps de Cork des 36th et 45th foot, qui sont en garnison près de la ville,
      l’embarcation return donne juste au dessus de 9500 R&F avec l’ajout des deux dernières unités,

      la brigade s’embarquant depuis Ramsgate sous les ordres du Brigadier-General Anstruther est constituée de :
      -2/9th foot
      -2/43rd foot
      -2/52nd foot
      -97th foot
      -1 brigade de canons servis par 1 compagnie de RFA sans train
      embarcation return 3200 R&F

      Celle partant de Harwich, commandée par le Brigadier-General Ackland comprend les:
      -2nd foot
      -20th foot
      -2 compagnies 95th foot
      -1 brigade de canons servis par 1 compagnie de RFA sans train
      embarcation return 1800 R&F

      Le tout approche les 18000 hommes, mais ne comprend que 215 cavaliers montés, et seulement environ 150 chevaux pour assurer le déplacement des 54 pièces d’artillerie (sans compter les mortiers) et toute la logistique, dans un pays étranger et potentiellement tenu par l’ennemi,

      Je ne détaille pas ici le corps de Moore, qui arrivera après la fin de la campagne « active », et n’est réellement pas en mesure d’y participer tout de suite, par exemple, les chevaux du 3rd Light Dragoons KGL (hussard) ont été tellement longtemps à bord de leurs transports que certains ont perdus leurs sabots ! (pas les fers, les sabots!)

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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 12 Fév 2020, 05:58

      d) Junot avant sa nomination

      Jean Andoche Junot, commence sa carrière militaire comme volontaire au 2e bataillon de volontaires des Côtes d’Or en 91, fait la campagne de 92 à l’Armée du Nord, blessé d’un coup de sabre à la tête en juin et Sergent en juillet.
      Début de campagne de 93 à l’Armée du Rhin, puis, blessé par balle en juin, se trouve au siège de Toulon, où il est remarqué par un certain officier d’artillerie dont il est le secrétaire (lisez espion pour le compte du comité de Salut Public, on n’accorde pas beaucoup de confiance aux officiers d’origine noble à l’époque), qui remarque sa bravoure ; dès lors sa destinée est assurée, il est nommé sous-lieutenant adjoint à l’Etat-Major de l’Artillerie.
      1794, Lieutenant Aide de camp de Bonaparte en janvier, le suit à l’armée d’Italie fin mars.
      1795 Capitaine au 1er Hussards en février et encore AdC de Bonaparte à Paris en août ; chef d’escadron du 3e Dragons en décembre.
      1796 1e AdC de Bonaparte à l’Armée d’Italie, porte les drapeaux capturés de la première campagne au Directoire et donc promu chef de brigade (Colonel) à titre provisoire ; blessés de six coups de sabre le 3 août, confirmé dans son grade le 4 septembre.
      1797 En mission à Venise.
      1798 Expédition d’Egypte, Malte, Ramanieh, Chebreiss, Pyramides et Le Caire lors de la révolte.
      1799 Général de Brigade provisoire en janvier, Syrie sous Kléber, Nazareth, Yacoub, Gazarah, Mont Thabor, puis division Rampon et bataille d’Aboukir le 25 juillet. S’embarque en octobre mais est capturé par la Royal Navy.
      1800 Relâché, débarque à Marseille le jour de Marengo, confirmé Général de Brigade, Commandant la place de Paris en juillet.
      1801 Général de Division le 20 novembre.
      1803 Commandant le Corps des Grenadiers de la Réserve à Arras
      1804 au Camp de Boulogne, Colonel Général des Hussards le 6 juillet.
      1805, Ambassadeur au Portugal quand il apprend l’entrée en campagne de Napoléon, quitte son poste sans autorisation et rejoint l’armée ; il est Aide de camp de l’Empereur à Austerlitz.
      1806 Gouverneur de Parme et Plaisance en janvier, réprime la révolte des Apennins. Gouverneur de Paris et de la 1ère Division Militaire en juillet.
      1807 Puisqu’il faut créer des unités pour l’offensive en Péninsule, il est l’homme idéal à envoyer au Portugal, d’autant plus qu’un scandale politico-amoureux couve à Paris, impliquant son couple, Caroline Murat et le nouvel ambassadeur autrichien, un certain Metternich.

      Comme il n’est pas question de dégarnir l’Allemagne, il faut trouver des troupes ailleurs, on puise donc dans les dépôts, et le « 1e corps d’observation de la Gironde », étant rassemblé pour une campagne dans un terrain potentiellement hostile, est le mieux loti en troupes de seconde zone.

      Néanmoins ces unités sont dispersées partout dans leurs dépôts, et les généraux ne sont pas prêts ; qu’importe, Napoléon ordonne une entrée en Espagne au 18 octobre, tout le monde va commencer une course effrénée qui doit se finir si possible par la capture du gouvernement portugais à Lisbonne. De nombreuses erreurs auraient pu être évitées par la lecture et la mise en application d’un ouvrage de Dumouriez écrit en 1767 sur le Portugal, décrivant les routes, villes, centres de population et coutumes du royaume, et disponible dans toutes les cours d’Europe. Les anglais feront la même erreur, embarquant sans connaissances pour la côte lusitanienne, et Moore au moment de lancer sa campagne ne saura pas quelles routes vers la frontière sont carrossables.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 17 Fév 2020, 15:15

      e) divers protagonistes secondaires

        1) Jean de Bragance, Prince Régent de Portugal, futur Jean IV « le Clément », dernier Roi de Portugal et Empereur du Brésil :

        Né en 1767, deuxième fils de la Princesse du Brésil et de son oncle et époux l’infant Pierre du Portugal, il a une enfance plutôt effacée et pieuse, et est marié en 1785 à 18 ans à une proche parente Charlotte-Joachime d’Espagne qui n’en a que dix. Le mariage ne sera consommé qu’en 1790, et leur premier enfant ne naîtra qu’en 1793.

        La nouvelle venue fait preuve de beaucoup de caractère, nécessitant des rappels à l’ordre de la part de sa belle-mère. Le couple aura dix enfants, dont huit arriveront à l’âge adulte.

        En 1788 le frère aîné de Jean meurt sans descendance, et il lui succède donc en tant que successeur désigné. A l’opposé de son aîné, qui était plutôt acquis aux idées des lumières et à l’anticléricalisme, Jean est absolutiste et proche du clergé Catholique, mais avec une grande ouverture d’esprit qui en fait un prince éclairé. Il reste néanmoins ennemi des efforts physiques, assez maladif et peu communicatif.

        Sa mère, la reine Marie 1ère, montre des signes de déséquilibre mental dès 1786, et en 1791 un collège de dix-sept médecins signent un document la déclarant inapte à conduire l’Etat, et le prince Jean se trouve à son corps défendant nommé régent du royaume.

        L’alternative légale étant sa femme, qui intrigue pour un rapprochement avec l’Espagne, sa mauvaise volonté fait monter les rumeurs et le mécontentement chez les nobles du royaume. Le couple se sépare de plus en plus, habitant des palais séparés et ne se montrant plus ensemble en public que lorsque l’étiquette l’exige.

        Après avoir participé à hauteur de 6 000 hommes aux offensives du Roussillon en 1793-95, le Royaume se retrouve seul face aux Français après la paix de Bâle, et en 1801 doit subir ce qu’on appellera la « Guerre des Oranges », qui lui fait perdre définitivement le district d’Olivença.

        En 1805, la femme du Prince-régent, suivant les demandes de la cour d’Espagne, tente de déposer son mari et de s’emparer du pouvoir. Après son échec, elle est exilée de la cour, dans le palais de Queluz près de Sintra.

        Lors de l’invasion française de 1807, Jean de Portugal tentera en vain d’arrêter la progression de Junot, envoyant tout d’abord sur l’instigation de l’ambassadeur anglais un ordre d’empêcher les Français de passer Almeida, mais sans trop d’agressivité (à mettre en regard des ordres hanovriens demandant à leur armée « d’utiliser la baïonnette avec modération » en 1803), puis un ordre demandant d’accueillir l’armée française en amie.

        Il s’embarquera avec beaucoup de hâte malgré plusieurs mois de préparatifs, oubliant plusieurs caisses d’ustensiles en argent qui seront récupérés et fondus par les Français et plus de 60 000 ouvrages rares de la bibliothèque royale qui seront protégés par les Lisboètes et renvoyés après le rapatriement des Français.

        Avec la famille royale s’embarquent environ 10 000 personnes, qui vont aller s’installer dans la ville de Rio (60 000 âmes à l’époque), faisant doubler les impôts et les loyers, mais transformant une économie coloniale et monopolistique en économie moderne et ouverte. Les exportations anglaises vont malheureusement inonder le marché et malmener l’industrie brésilienne naissante.

        Le Prince régent et bientôt Roi, sortant de sa réserve dans cet environnement nouveau, se passionnera pour le Brésil, son peuple, sa flore et sa faune. Accessible et attentionné, il recevra chaque jour ses sujets pour écouter leurs doléances et régler les litiges; il faudra une révolution pour l'obliger à revenir en Europe, et il donnera son indépendance au Brésil avant de le quitter.

MASSON Bruno
 
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Fév 2020, 20:40

        2) les commandants en chef Anglais

          Lord Dalrymple

          1763 Enseigne au 31st foot, 1766 Lieutenant, 1768 Capitaine 2/1st Royals, 1777 Major au 77th, 1781 Lt-Colonel au 68th, 1790 Bvt Colonel, et Lt-Colonel au 1st Foot Guard par échange.

          Campagne de 1793 au bataillon de grenadiers réunis, bataille de Famars, siège de Valenciennes et investissement de Dunkerque, et toutes les actions de la campagne.
          Retour en Angleterre à la fin de l’année, Chevalier puis Major-Général en 1794 et nommé à l’état major du district Nord en 1795, gouverneur adjoint de Guernesey en 1796.

          Lieutenant-General pour Guernesey en 1799, 1801 Lieutenant-General dans l’armée, 1802 démissionne de son poste à Guernesey et est nommé à la tête de l’état-major du district Nord.

          En Mai 1806, nommé à Gibraltar, et le 7 Août 1808 nommé à la tête de l’expédition du Portugal. Sa connaissance de la politique espagnole semble avoir été la raison principale de sa nomination. Il est en relation épistolaire active avec Castaños jusqu’à son embarquement pour les alentours de Lisbonne.

          Il se montrera timoré, procrastinateur et indolent dans ce qui est son premier commandement en chef. Peut-être intimidé de devoir commander des subordonnés aussi prestigieux que Wellesley et Moore, ou perdu dans ce commandement complexe qui est son premier. Moore aurait pu le conseiller, mais n'arrive que très tard, et Wellesley n'est pas homme à jouer les éminences grises pour un remplaçant de la dernière heure.

          On lui a fait comprendre que ce poste n’est que temporaire, et qu’il devrait revenir ensuite à son poste de Gibraltar ; les suites de Cintra vont changer les choses.

          Ne sera plus employé activement, mais est nommé colonel du 1st foot guard en 1811 et général plein en 1812 par ancienneté, baronnet en 1814, gouverneur de Blackness Castle en 1820.

          Sir Henry Burrard

          Enseigne aux Coldstream guard à 17 ans en 1772, Lieutenant et Capitaine l’année suivante, 1777 échange au 60th foot pour pouvoir servir lors de la guerre d’indépendance, sert sous Howe jusqu’en 1779.
          1780, retourne en Angleterre après avoir été élu pour Lymington, retourne en Amérique sous Cornwallis entre 1781 et 1782.

          Après la paix retourne dans les Guards en 1786 en tant que Lieutenant et Capitaine. 1789 promu Capitaine/Lt-Colonel, sert en Flandres entre 1793 et 1795.

          1795 promu Colonel dans l’armée et Major-General en 1798. Capturé en 1798 lors d’un raid sur le canal de Bruges, fait la campagne 1799, batailles de Bergen, Egmont et Castricum. 1804 devient Lt-Colonel commandant le 1st FG, et Lieutenant-General en 1805.

          Commande la 1st Division pendant l’expédition de Copenhague en 1807, 2nd-in-command en tant que plus ancien en grade, mais n’a presque rien à faire. Créé Baronnet à son retour en Angleterre et gouverneur de Calshot Castle (en face de l’île de Wight, défend les approches de Southampton).

          1808, se montrera peu aventureux puisqu’il arrêtera Wellesley après Vimeiro, mais ça reste parfaitement rationnel car les Français n’ont montré que très peu de troupes pendant la bataille, puis bon subordonné fidèle partageant de façon un peu indue l’opprobre de son supérieur.

          Ne demandera plus de commandement, mais en 1810 assume le commandement de la brigade de Guards de Londres en tant que plus ancien lieutenant-colonel.
          Mort le 17 Octobre 1813 au château dont il est le gouverneur.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 24 Fév 2020, 10:03

    II Campagne franco-espagnole de 1807

      a) La course à Lisbonne

        1) Les armées d'invasion

          1.1) Le 1er Corps d’Observation de la Gironde (puis Armée du Portugal)

          C’est un assemblage très hétéroclite, mais intéressant car c'est la dernière campagne réalisée par des gros bataillons à 9 compagnies pour 800 à 1000 hommes. Les troupes qui rentreront en Espagne l’année suivante auront été migrées vers le nouveau modèle à 6 compagnies par bataillon pour 600 à 750 hommes.
          Au premier novembre, donc pendant sa marche en Espagne, son organisation est la suivante :

          Division Delaborde
          Brigade Avril
          III/15e de ligne (1 Bn)
          I et II/70e de ligne (2 Bn)
          I/4e Suisse (1 Bn)

          Brigade Brenier
          II/47e de ligne (1 Bn)
          I et II/86e de ligne (2 Bn)

          Division Loison
          Brigade Charlot
          1er Régiment Provisoire Léger (III/2e léger+ III/4e léger) (2 Bn)
          2e Régiment Provisoire léger (III/12e léger + III/15 léger) (2 Bn)

          Brigade Thomières
          1er Régiment Provisoire de ligne (III/32e ligne + III/58e de ligne) (2 Bn)
          II/2e suisse (1 Bn)

          Division Travot
          Brigade Graindorge
          3e Régiment Provisoire léger (italien) (III/31e léger + III/32e léger) (2 Bn)
          III + IV/26e de ligne (1 Bn)
          I+II/légion du midi (Italiens) (1 Bn)

          Brigade Fuzier
          III+IV/66e de ligne (1 Bn)
          III+IV/82e de ligne (1 Bn)
          I+II/Légion hanovrienne (1 Bn)

          Division de Cavalerie Kellermann
          Brigade Margaron
          1er Régiment Provisoire (IV/26e chasseurs) (ITA) (1 esc)
          3e Régiment Provisoire (IV/1e+IV/3e dragons) (2 esc)

          Brigade Maurin
          4e Régiment Provisoire (IV/4e+IV/5e dragons) (2 esc)
          5e Régiment Provisoire (IV/9e +IV/15e Dragons) (2 esc)

          Appuyés par 10 pièces de 8, 22 de 4 et 4 obusiers de 6 pouces.

          A noter qu’à cette date, le divisionnaire Loison et les brigadiers Thomière, Graindorge et Maurin ne sont toujours pas arrivés, et que les troupes s’étagent entre Villodrigo pour le 70e de ligne et St-Jean-de-Luz pour le 5e Provisoire de Cavalerie, soit environ 300 km.

          Côté qualité, au moment d’entrer en Espagne, le commentaire de l'inspecteur est: « La Division Delaborde est magnifique, la division Loison n’est pas aussi bien instruite, la division Travot est dans un piteux état ; la cavalerie n’a aucune consistance. Son instruction est nulle, l’artillerie se compose de jeunes soldats à peine instruits et mal encadrés. Le génie a été oublié ».

          En fait, à part les 70e et 86e de ligne qui sont au niveau de la Grande Armée, et du bataillon du 47e qui est une bonne unité reconstituée, le reste est déficient en tout ; jeunes conscrits encadrés par de mauvais ou trop vieux officiers, Suisses et Hanovriens pauvres en tout sauf en mauvais esprit, la cavalerie est de toute nouvelle facture et est presque incapable de manœuvrer en pelotons, simplement par manque de pratique, et les artilleurs n’ont presque jamais tiré un coup de canon.

          Il leur faudra les huit mois de tranquillité entre l’arrivée à Lisbonne et le débarquement anglais pour pouvoir se comporter comme des (mauvaises) unités constituées.

          Le tout fait presque 23000 hommes avec les services (01/11/1807).
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 25 Fév 2020, 16:50

          1.2) Les Corps Auxiliaires espagnols

          Deux corps de troupes espagnoles sont censés se coordonner avec les troupes françaises pour l'avancée en territoire portugais.

          Un premier progressant depuis Ciudad Rodrigo sous le Teniente General Caraffa, direction Oporto.

          Infanterie : Régiments Zaragoza, Mallorca, Rey, Principe, Toledo, Aragon, Leon, Navarra, Voluntarios de Gerona, Voluntarios de Barbastro et Primero de La Coruña (13.5 bataillons pour 9 500 hommes).

          Cavalerie : Régiment de Montesa (1 escadron monté avec 131 chevaux).

          Services : 1 compagnie de Zapadores (environ 250 hommes).

          Et un autre, sous le Teniente General Solano, partant de Badajoz, direction Evora, puis censé couronner les hauteurs d'Almeia de l'autre côté de l'estuaire du Tage quand Junot arriverait devant la ville.

          Infanterie : Granaderos de Castilla la Nueva, Castilla la Vieja et Galicia, Reales Guardias Españolas, Reales Guardias Valonas, Grenadiers Provinciaux de Galicia, Régiments de Burgos, Ordenes Militares, Campo Mayor, Irlanda, Cordoba et Murcia, Voluntarios de Valencia et de Taragona, Régiment Provincial de Badajoz (16,5 bataillons pour presque 12000 hommes).

          Cavalerie : Régiment de Santiago, Dragones de Alcantara et de la Reina, Hussares de Maria Luisa (6 escadrons montés pour un peu moins de 1000 hommes).

          Services : 2 compagnies d’artillerie légère et ½ compagnie de Zapadores (environ 200 hommes).

          Bien aidé par l'impéritie de l'Espagne bourbonne, ou à cause de la "Révolution de Aranjuez" (voire à cause des deux!), les premiers éléments, membres de la colonne d'Oporto, traversent la frontière portugaise et masquent Almeida le lendemain de l'arrivée de Junot à Lisbonne...

          Si on ajoute à ces 23000 hommes les 15000 déjà partis au Danemark sous La Romana, l'Espagne est presque complètement vidée de ses troupes disponibles, et les colonnes françaises qui avanceront sous Murat jusqu'à Madrid n'auront personne en face.

          Il serait néanmoins absurde de prétendre que Napoléon prépare ainsi le trône de toutes les Espagnes à un roi de son choix, car il n'est pas prescient, et personne ne pouvait prédire le scénario ubuesque que la Famille Royale locale allait donner à la population des environs de Madrid. Sans doute plutôt une renégociation de l'accord d'alliance franco-espagnol sous la "protection" du Grand Duc de Berg et de ses troupes.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 04 Mar 2020, 11:52

        2) L'armée portugaise en 1807

        En face de ces trois colonnes d’envahisseurs, l’armée du Prince-régent est encore sur un pied de paix.

        Elle comporte administrativement trois divisions : Nord, Centre et Sud.

        -Celle du Nord (3e, 6e, 9e, 12e, 15e, 18e, 21e, et 24e régiments) est plutôt cantonnée entre Peniche et la frontière Nord, exception faite du 3e qui est à Azeitao au Sud de Lisbonne et du 15e qui est à Villa Viçosa juste à l’Est d’Elvas

        -Celle du Centre (1er, 4e, 7e, 10e, 13e, 16e, 19e et 22e régiments) est regroupée sur les deux rives de l’embouchure du Tage, exception faite du 22e qui tient garnison à Elvas.

        -Celle du Sud (2e, 5e, 8e, 11e, 14e, 17e, 20e et 23e régiments) a trois régiments (5e, 17e et 20e) en garnison à Elvas, deux régiments sur la côte sud (2e et 14e) , un régiment à Castello de Vide sur la frontière hispano-lusitanienne, un dans le centre à Vizeu et un en garnison à Almeida.

        La cavalerie a quatre régiments dans le sud (1er, 2e, 3e et 7e), deux autour de Elvas (5e et 8e), un à Aveiro sur la côte ouest entre Oporto et Coïmbra (6e), deux à Coïmbra même (9e et 12e), un à Santarem (10e) et un à Almeida (11e).

        L’infanterie, censée mettre en action 24 régiments de 2 bataillons de 600 hommes, est très loin du compte, puisque seuls les 2e et 14e sont à l’effectif prévu, alors que les 15e et 22e sont à peine à 500 présents. La moyenne est autour de 700 hommes.

        La cavalerie est encore pire, les régiments, dont l’effectif varie entre 150 et 500 hommes, n’ont au maximum qu'une centaine de chevaux, que l’incompétence de l’instance chargée du ravitaillement a abandonné l’idée de nourrir. Ceux qui survivent sont ceux qui sont nourris par leurs colonels ou par des employeurs civils (qui les emploient pour leurs propres besoins).

        L’artillerie, quant à elle, à l’exception des compagnies de forteresses, peut être qualifiée de « théorique », car les soldes n’étant pas payées, les artilleurs survivent comme ouvriers agricoles autour de leurs garnisons.

        Il est toutefois possible en théorie d’aligner environ 20 000 fantassins et 5 000 cavaliers. Pas d’artillerie, les rares pièces disponibles sont immobilisées par absence de train ou d’argent pour payer des mules de réquisition.

        En général, et quelle que soit l’arme, les officiers sont soit absents en permanence soit très vieux. L’armée a été réorganisée à la fin du XVIIIe siècle sur le modèle prussien comme toutes les armées européennes, mais là encore l’incompétence, la corruption et le népotisme ont produit de mauvais soldats ignorants sous des officiers à peine meilleurs.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 09 Mar 2020, 16:50

    II/ La campagne franco-espagnole de 1807

      a) La course à Lisbonne

      Suivant la demande de Napoléon, Junot fait traverser la frontière à la tête de ses troupes le 18 octobre 1807. On a vu dans la présentation de son corps que le 1er novembre son arrière-garde est toujours en France.

      La première partie de cette course est parcourue à une vitesse limitée, puisque les 500 km entre la Bidassoa et Salamanca sont couverts en vingt-cinq jours, du 18 octobre au 12 novembre, soit 20 km par jour dans un terrain très vallonné, mais pas vraiment montagneux une fois sortis des contreforts des Pyrénées. Les routes sont bonnes, même si la pluie est très présente, et les conscrits français commencent à tomber comme des mouches.

      Comme contrairement à ce que le Roi d’Espagne avait indiqué, rien n’est préparé pour la nourriture, l’orientation ou l’hébergement du corps d’armée, les soldats se rendent coupables de « pillages légers », ce à quoi les paysans répondent en « massacrant légèrement » des égarés pris au hasard ou pas. Néanmoins on n’est pas encore dans le cas d’après l’insurrection, et tant le chef français que les autorités espagnoles tentent de limiter ces cas au maximum, voire même faire quelques efforts pour retrouver les coupables des deux côtés. Les égarés et traînards sont généralement ramassés, rassemblés et renvoyés vers leurs unités dès qu’ils sont capables de marcher, et les courriers passent sans problèmes.

      Cette avance modérée est mise par Oman sur le compte d’une mission de renseignement conduite par des officiers du génie, notant et dessinant tous les points forts et faibles de la route, ce qui est probable voire légitime dans un pays étranger où il n’y a pas de cartes, et qui a fait preuve de velléités hostiles il n’y a pas si longtemps.

      Une autre raison toute aussi valable peut être une volonté de la part de Napoléon de laisser à la couronne espagnole tout le temps de préparer les colonnes secondaires qui doivent fondre sur le petit royaume Lusitanien et le submerger. Ce sera insuffisant, on l'a vu dans la présentation des corps espagnols.

      Le 12 novembre, à Salamanca, Junot reçoit une missive lui donnant l’ordre de presser le pas, et de changer de route ; la cour espagnole a en effet subi le premier coup de la révolution d’Aranjuez le 27 octobre, et il faut forcer les corps auxiliaires à rentrer au Portugal avant qu’un éventuel changement de roi n’entraîne un abandon de leur avance.

      Pour aller plus vite, on abandonne aussi la route prévue par Almeida et Coïmbra, qui nécessite de prendre ou au moins masquer la forteresse citée en premier, pour celle qui semble plus rapide sur la carte depuis Paris, par Alcantara et les berges du Tage. Malheureusement la carte est traitresse (et/ou fausse), et ne dit pas que cette route ne fait que monter et descendre, traverse des torrents montagneux qui, avec les pluies de novembre deviennent des obstacles sérieux, est presque impassable au trafic sur roues, et traverse un désert quasi absolu. Aujourd'hui encore, ce n'est qu'un (des) sentier(s) de montagne traversant un parc naturel

      Encore une fois, Dumouriez a beau être un traître, c’est un militaire, et son opus aurait pu éviter bien des dangers au corps français. On abandonne aussi les dépôts que les Espagnols avaient pour une fois rassemblés tant à Salamanca qu’à Ciudad Rodrigo, la logistique étant négligée par le mot si célèbre de Napoléon disant qu’il n’y a aucun problème à nourrir 20 000 hommes dans un désert. Les pertes du 1er corps d’observation de la Gironde, entièrement dues à cet ordre, contredisent cela.

      Il faut cinq jours aux troupes de Junot pour faire les 150 km de la route de montagne entre Ciudad Rodrigo et Alcantara, au prix de la perte de la moitié des chevaux, de 25 % de l’infanterie et de toute l’artillerie sauf 6 pièces, les autres sont embourbées en un point ou un autre, et on est toujours en Espagne !

      La semaine suivante permet la traversée de la frontière et la progression jusqu’à Abrantès, 170 km de plus, que la tête de colonne atteint le 23 novembre, épuisée et incapable de faire un pas de plus. Il faut trois jours pour que la queue de colonne arrive, on a perdu la moitié de l’infanterie, la cavalerie est au trois-quarts démontée, il ne reste que quatre pièces à cheval « empruntées » aux Espagnols.

      La moindre force organisée aurait pu interdire l’entrée dans la ville aux Français, mais les ordres de Lisbonne sont complètement contradictoires, donc le colonel du régiment basé à Thomar, sommé de fournir des vivres aux envahisseurs, s’exécute. Junot trouve même dans la ville un ambassadeur envoyé par le Prince-régent lui offrant la soumission totale et servile du royaume aux moindres désirs de Napoléon ; ce qui le rassure sur la possibilité de trouver une résistance quelconque à son avance.

      Il ne reste plus « que » 150 km à parcourir pour capturer Lisbonne. Il choisit donc les compagnies les mieux tenues et forme deux bataillons d’élite pour finir la course, qui s’achève par son entrée dans la capitale le 30 novembre, à la tête de 1 500 hommes épuisés, en haillons, incapables de marcher au pas, mais la proie s’est échappée.

      Le 29, le Prince-régent, sa mère folle, la famille royale, toute la cour, le trésor royal, les personnes les plus influentes du royaume et les marchands les plus riches ont quitté le continent pour le Brésil à bord des 15 vaisseaux de guerre de la flotte portugaise et d'une vingtaine de navires marchands, sans même penser à enjoindre à son peuple de résister, ou à mobiliser les unités régulières présentes autour de la capitale pour interdire l’accès à la ville aux avant-gardes françaises.

      Il faudra dix jours pour que la fin des troupes arrivées à Abrantès rejoigne la capitale, certain égarés des deux étapes précédentes rentreront au cours de l’hiver, mais beaucoup ont succombé aux privations.

      Néanmoins, il semble que le mot de Napoléon, publié dans le Moniteur du 13 octobre (et arrivé dans les mains du Prince-régent le 25 novembre par l’intermédiaire de l’amiral anglais) « la Maison de Bragance a cessé de régner en Europe » vient d’être vérifié.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 14 Mar 2020, 08:03

      b) L'occupation franco-espagnole

      Junot, lorsqu’il arrive à Lisbonne, trouve un pays non seulement profondément démoralisé par l’abandon de la part de son prince régnant et de sa classe dirigeante, mais aussi en banqueroute totale, car la cour a emporté tout le numéraire disponible dans la capitale. Or on est au tout début de l’hiver, il n’y a aucune rentrée d’argent prévisible avant bien des mois, et si on ne veut pas un pillage généralisé et anarchique du royaume par les troupes d’invasion, il va falloir les payer !

      Pour rajouter à ce tableau déjà peu engageant, Napoléon demande que le Portugal donne une contribution de cent (!) millions en punition de sa résistance au blocus continental (soit 40 fois le budget annuel du royaume! Junot ramènera ce chiffre impossible à 3 millions, ce qui est tout de même supérieur à 1 an de recettes fiscales), que les troupes portugaises soient regroupées en unités sous commandement français et éloignées du royaume pour éviter de constituer un noyau de résistance.

      Le problème est que les troupes françaises sont pour le moment trop peu expérimentées et trop épuisées pour faire quoi que ce soit, et les troupes espagnoles trop peu fiables vis-à-vis des Portugais pour que l’ordre soit maintenu efficacement. Il va donc falloir utiliser les troupes indigènes pour les affaires de police, et les payer aussi. Exception faite des forts de la côte, les garnisons portugaises vont donc rester dans leurs cantonnements jusqu’en février, sous commandement (souvent éloigné) des Français, et on va avoir l’incongruité d’un pays envahi, occupé, et garnisonné par sa propre armée !

      Les autorités françaises ne faisant pas de gros efforts pour enrayer les désertions portugaises, les divisions du Centre et du Sud vont perdre près 50% de leurs effectifs en quatre mois, alors que la division du Nord, essentiellement gérée par les Espagnols, reste à 90% des effectifs d’octobre au début de l’année 1808.

      Il a été prévu dans le traité de Fontainebleau que le Portugal serait coupé en trois. Le nord donné à l’ancienne Princesse d’Étrurie juste dépossédée de ses terres italiennes, le sud donné en fief au favori du roi d’Espagne, Godoy, et le centre « réservé pour un but à définir ultérieurement ». Dans cette optique, les forces d’occupation sont réparties de façon asymétriques. Le nord est garnisonné en quasi-exclusivité par les Espagnols, sous commandement suprême français pour s’assurer qu’ils se tiennent bien ; le centre contient la majorité des troupes françaises, avec un contingent limité d’Espagnols aux alentours de Lisbonne, et le sud est partagé entre les deux nationalités, sous commandement supérieur espagnol.

      Côté problème monétaire, les caisses d’argenterie oubliées par les fuyards, contenant essentiellement des ustensiles religieux, tomberont à point nommé et seront fondus pour créer un fond de caisse. Les personnes ayant quitté le royaume verront aussi tout ce qu’il leur reste de mobilier, vaisselle, etc… précieux réquisitionné et fondu, tandis que les présents ne seront ponctionnés « que » pour constituer la contribution demandée par Napoléon. Tout cela fera que le Royaume restera calme et tranquille jusqu’à l’annonce des événements de Bayonne.
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Re: [Portugal 1807-1808] Une campagne (anglaise) tronquée

Messagepar MASSON Bruno sur 14 Mar 2020, 09:02

        La Légion portugaise

        En février, les troupes françaises étant reposées et plus aguerries, et surtout les messages de l’Empereur devenant de plus en plus insistants, sont posées les bases de la Légion portugaise : une entité qui sur le papier devait se constituer de cinq régiments d’infanterie à deux bataillons de six-cents hommes et une unité d’infanterie légère, trois régiments de cavalerie plus un escadron de chasseurs à cheval, et un régiment d’artillerie. L’infanterie devait être dirigée sur la France par brigade de trois régiments, la cavalerie être envoyée démontée en France, laissant ses chevaux à la cavalerie française au Portugal, et l’artillerie être complètement équipée dans l’Hexagone, le tout commandé par le Marquis d’Alorna avec le grade de général de division.

        En pratique, le premier échelon (les trois premiers régiments d’infanterie et deux régiments de cavalerie) sera envoyé comme prévu, étant temporairement utilisé dans de rapides opérations de maintien de l’ordre au nord de l’Espagne suite au Dos-Tres de Mayo, avant de reprendre sa route vers Avignon et la région grenobloise, la cavalerie allant à Auch puis Gray.

        Le deuxième échelon sera réduit à trois bataillons d’infanterie et un détachement monté, qui seront "retenus" au passage et participeront au deuxième siège de Saragosse avant d’être intégrés à l’Armée du nord sans rien dire à personne (et de s’évaporer assez rapidement par attrition naturelle dans le Nord de la Péninsule) et le régiment d’artillerie restera un vœu pieux, ses rares éléments faisant partie du premier échelon étant rapidement reversés dans l’infanterie.

        Au début du printemps, les seules troupes portugaises encore présentes dans le royaume sont en fait les 4 ou 5 000 déserteurs de l’hiver, dispersés un peu partout, mais surtout dans le centre et le sud… La création de cette Légion portugaise a néanmoins permis au général en chef français de rassembler les dépôts d'armes des 24 régiments d'infanterie et des 12 régiments de cavalerie en une demi-douzaine de lieux protégés par les forces occupantes. Ce qui ne peut être utilisés par les unités franco-espagnoles est rassemblé à Lisbonne et détruit par une excellente mesure anti-insurrection; et les bandes levées après l'affaire de Bayonne ne seront armées en immense majorité que de piques et de fusils de chasse.

        Les douze compagnies d’élite des trois régiments de la Légion formeront la 13e demi-brigade d’élite (à trois bataillons de quatre compagnies) qui seront de la campagne de Wagram, rejointe après la bataille par un puis deux bataillons de marche des compagnies restées en France ; puis la légion entière sera réorganisée en mars 1811. La 13e demi-brigade et les bataillons de marche regroupés en 1er régiment de deux bataillons de six compagnies d'élite, voltigeurs au premier et grenadiers au second, à Toul. Il est précisé dans le décret "il n'y sera admis que des Portugais". Les autres unités en deux régiments de deux bataillons de six compagnies monotypes, le second à Lyon et Valence, et le 3e à Grenoble. L'état du 15 novembre 1811 indique pour ces deux régiments : "les hommes sont espagnols" avec 10% qui sont portugais ou français issus des départements nouvellement attachés.

        Au départ pour la campagne de Russie, il est noté du 2e régiment "tous les sous-officiers sont portugais" et du 3e "à l'exception de deux Français tous les officiers sont portugais"ce qui avec des soldats espagnols devait être intéressant... L'infanterie partira avec des artilleurs entraînés dans ses rangs pour les pièces régimentaires, mais laissés sans canons et sans chevaux du train bien avant le début de la campagne. les 1er et 2e régiments seront du corps de Ney, respectivement divisions Ledru des Essarts et Razout. Content des services rendus par les Portugais, Ney demandera la permission pour le 2e régiment de former des compagnies d'élite, ce qui sera accordé le 26 mai 1812. Au 1er octobre à Moscou, les deux régiments sont chacun réduits à moins de 250 présents sous les armes, dont 32 officiers... Ils disparaîtront pendant la retraite.

        Le 3e régiment sera placé dans la division Legrand du corps d'Oudinot, et sera des deux Polotsk… à la garde du parc.

        Ce manque de confiance manifeste se montrera assez peu justifié à la Bérésina, où cette unité, encore forte de plus de 800 hommes enrégimentés, perdra 35 officiers tués ou blessés à la défense des ponts, soit presque l'intégralité de son encadrement.

        La cavalerie, formée en un régiment de marche de trois escadrons pour 300 sabres le 21 mars 1809, part pour l'Allemagne fin mars (3e corps, 2e division), rejointe plus tard par un 2e régiment provisoire de 130. Au 1er juin, les effectifs ne sont plus que de 180 et 125 présent sous les armes, qui seront affectés au service d’ordonnance du fait de leur faible effectif. Ils auront un capitaine gravement blessé à Wagram. Les détachements arrivant régulièrement, au moment de repartir vers la France, les deux unités présentent plus de 500 cavaliers de tous grades, mais sans que la remonte suive, l'inspecteur signalant en 1810 à Gray que la majorité des chevaux sont encore ceux venus du Portugal en 1808, que la vie facile du cantonnement fait passer pour en bonne santé.

        Au printemps 1811, il y a 430 sous-officier et soldats, pour 275 chevaux de troupe, et au 2 mai les deux régiments sont fondus en un seul, à quatre escadrons, pour un complet théorique de 745 hommes. A la revue précédant la campagne de 1812, le problème de chevaux n'est pas résolu, et pour les 680 chasseurs, il n'y a que 291 chevaux, dont 129 sont "hors d'état de servir".

        Néanmoins, le problème semble avoir été réglé par une remonte de 500 chevaux en France, et l'envoi d'un détachement de 250 chasseurs encadrés vers le grand dépôt de remonte de Posen. Le régiment fera la campagne au corps de réserve de la Jeune Garde, et sera surtout engagé en novembre-décembre 1812 et janvier 1813 avant d'être renvoyés en France pour dissolution.

        La dissolution de la Légion portugaise, discutée et prévue durant tout 1813, ne sera effective que le 25 novembre de l'année, au grand émoi des officiers français l'ayant côtoyée. il en sera tiré un bataillon de pionniers dirigé ensuite sur Moulins, et lui-même dissout le 23 avril 1814 par la 1ère Restauration.
MASSON Bruno
 
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