Échanges sur les guerres de Vendée

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

Modérateurs: FONTANEL Patrick, MANÉ John-Alexandre

Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 19 Déc 2020, 10:44

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur...

Les combats de juillet 1793 en Vendée

4e et dernière partie : Tentatives vendéennes contre Angers

I- Introduction

1- La position stratégique des Ponts-de-Cé


Les tentatives républicaines pour reprendre pied dans le territoire insurgé en juillet se sont donc soldées par deux échecs cinglants : à Châtillon le 5 juillet, puis à Vihiers le 18. Les deux divisions, de Niort et de Saumur-Tours, ne sont alors plus aptes à l’offensive. Elles vont attendre les renforts promis : ce sera « l’Armée de Mayence » aux ordres du général Aubert-Dubayet qui arrivera à Nantes fin août-début septembre.

De plus les défaites ont fait « valser des têtes » : le duc de Biron est rappelé à Paris, destitué et arrêté. Il sera exécuté en décembre de cette année 1793. C’est le général Rossignol qui va le remplacer le 24 juillet, nomination confirmée par décret de la Convention le 27 juillet et devenue effective le 31 juillet. Berthier et Dutruy vont être convoqués à Paris eux aussi, et Berthier sera destitué (il ne reprendra du service qu’en 1795). La Barollière, commandant à la place de Duhoux à Vihiers, va démissionner le 30 juillet.

Finalement, après « le grand choc de Vihiers », c’est l’Armée catholique et royale qui a l’initiative. Nous ne nous occuperons pas des deux batailles de Luçon, des 30 juillet et 14 août, car elles dépassent le cadre de notre étude qui s’est attachée à suivre les tentatives d’incursions des Républicains en Anjou et Haut-Poitou et donc les faits et gestes de l’Armée catholique et royale de l’Anjou et du Haut-Poitou.
Par contre, il nous reste des affrontements à relater : il s’agit des combats de Mûrs-Erigné et des Ponts-de-Cé, les 26-28 juillet.

Comme nous l’avons vu, après la déroute de Vihiers, les soldats de la division de Saumur prirent la fuite et on eut bien du mal à les arrêter. Selon La Barollière, les restes de la division allèrent principalement se réfugier sur Chinon et même jusqu’à Richelieu. Ces constatations sont corroborées par le général Turreau qui écrivait dans ses Mémoires : « on chercha à rallier l’armée à Chinon, c’est-à-dire à 15 lieues du champ de bataille, et, trois jours après l’action, il ne s’y trouva que 4.000 hommes. »
Dans un rapport, La Barollière explique que le 26 juillet, soit une semaine après Vihiers, il y a sous les armes, quatre bataillons et demi avec quelques cavaliers à Angers et aux environs des Ponts-de-Cé ; trois autres bataillons, une division de gendarmerie et 150 cavaliers sont à Saumur. Le reste écrit-il, se réorganise aux environs de Chinon.

Après Vihiers, les Vendéens, eux, respirent. C’est le moment des moissons et le retrait de l’ennemi leur permet de poser les armes pour reprendre faux et fourches. Cependant, ce n’est pas le cas des soldats-paysans des compagnies régulières de Bonchamps. Après Vihiers, ils sont retournés dans leur camp près de Cholet. Mais au bout de deux jours, c’est l’effervescence, dans les compagnies bretonnes essentiellement, réputées pour être de fortes têtes. On a écrit qu’ils s’ennuyaient ; d’autres ont donné pour cause de l’agitation, la solde payée normalement sur les deniers de Bonchamps et qui tardait à venir. Toujours est-il qu’on avertit le marquis que ses compagnies bretonnes se sont mutinées. Ce dernier était à Jallais pour soigner sa vilaine blessure reçue à Martigné. Il accourt cependant et sa seule présence rétablit la discipline. La marquise de Bonchamps écrit que son mari profita de l’enthousiasme revenu, pour diriger ses compagnies contre les Ponts-de-Cé, qui était le verrou interdisant aux Royalistes angevins, à la fois la ville d’Angers et la rive droite de la Loire. Bonchamps avait toujours en tête son projet d’expédition au nord de la Loire pour donner la main aux insurgés du Maine, de la Bretagne, voire de la Normandie.

Les Républicains connaissaient évidemment l’importance stratégique de la position des Ponts-de-Cé : c’était en effet le seul endroit entre Nantes et Saumur où l’on pouvait traverser la Loire par des ponts. Il s’agissait d’ailleurs de trois ponts successifs reliant les deux rives du fleuve et s’appuyant sur deux îles, celle de Saint-Maurille et celle du Bourg. Ces ponts partaient au sud, de la butte d’Erigné et arrivaient sur la rive nord, à Saint-Aubin. Le premier pont traversait le Louet, affluent de la Loire ; les deux autres enjambaient le fleuve.

2- Forces républicaines

Le dispositif défensif des Ponts-de-Cé reposait bien sûr d’abord sur la position défensive que constituait le goulot d’étranglement des ponts eux-mêmes. Mais les Républicains avaient aussi installé des positions défensives sur la rive sud de la Loire aux abords des ponts. Outre divers avant-postes, ces positions étaient constituées d’une redoute non loin de l’embranchement des routes venant de Brissac et de Cholet. On y avait ajouté des retranchements installés sur deux hauteurs bordant le Louet : à la butte d’Erigné (ou Roche d’Erigné), où se trouvaient plusieurs moulins et qui jouxtait le premier pont à l’est ; et à la Roche-de-Mûrs, plus vaste, mais située à environ deux kilomètres à l’ouest de l’entrée du pont.

Les forces envoyées par le général Duhoux, pour tenir ce verrou défensif étaient aux ordres du général de brigade provisoire Descloseaux et se composaient du 1er bataillon de Jemappes (620 h), du 6e bataillon de Paris de 2e formation dit « du Luxembourg » (400 h) et du 8e bataillon de Paris de 2e formation dit « 2e des Lombards » (650 h), chacun ayant deux pièces de 4.
Le lieutenant-colonel Bourgeois, commandant-en-second du bataillon « des Lombards », reçut l’ordre d’aller occuper la position escarpée de la Roche-de-Mûrs avec son bataillon dès le 20 juillet, et d’y établir son camp. Le bataillon fournit en outre plusieurs avant-postes.

Des rapports républicains relatent que, le 22 juillet, une forte troupe royaliste d’environ 700 hommes fut repérée par une patrouille à proximité du bourg de Mozé, à cinq kilomètres environ d’Erigné. L’alerte lancée, une colonne de 1.200 hommes quitta les Ponts-de-Cé et chassa sans mal les Vendéens.
Deux jours plus tard, le 24 juillet, sur ordre de Duhoux, le lieutenant-colonel Bourgeois fit une reconnaissance sur le bourg de Denée, situé à 5 kilomètres de sa position. Il emmena avec lui quatre-vingts hommes, mais à l’approche du village, seul huit consentirent à le suivre jusqu’au bout. Forcé à la retraite par la présence d’insurgés, il peut l’effectuer sans perte mais les pénètrent (?) ce jour-là à Mûrs. Les Ponts-de-Cé furent mis à nouveau en alerte, mais l’affaire resta sans suite.

Qu’en est-il des dispositions exactes des forces républicaines ?
Dans son livre « la Vendée en 1793 », François Grille écrit que le 6e bataillon de Paris était à la Butte d’Erigné et fournit le détachement occupant la redoute en avant d’Erigné. Cependant, Nicolas Poincenet, un soldat du 8e bataillon de Paris, révèle dans un manuscrit écrit entre 1816 et 1819, que « notre bataillon passa les Ponts-de-Cé et alla camper sur la Roche-de-Mûrs située à un demi quart de lieue des Ponts-de-Cé. [...] on mit cent hommes de garde à la Butte d'Erigné ». Dans une lettre écrite pour répondre aux accusations formulées contre leur 8e bataillon de Paris à l’occasion de cette journée du 26 juillet, le colonel Des Londes et son second, le lieutenant-colonel Bourgeois, écrivirent que le 26 juillet, « à sept heures et demie, la garde s’assemble au nombre de cinquante hommes, une partie va, comme à l’ordinaire, occuper le poste des moulins ». En fait, s’il existait des moulins à la Butte d’Erigné, il en existait aussi au lieu-dit Rabault, sur la route allant des Ponts-de-Cé à Cholet. Sans doute que la Butte d’Erigné fut confiée à la garde du 6e bataillon de Paris. Par contre, difficile de savoir à quel bataillon fut confiée la garde de la redoute à la croisée des routes de Cholet et Brissac. Selon François Grille, il y avait 150 hommes à la Butte d’Erigné et 150 également affectés à la garde de la redoute.

Il est fort probable que le 6e bataillon de Paris eut comme mission, en plus de tenir la Butte d’Erigné, la garde du premier pont enjambant le Louet. Quant au bataillon de Jemappes, il est noté présent à Angers par François Grille dans son ouvrage. Mais il parle aussi d’un bataillon de ligne présent au bourg des Ponts-de-Cé, avec son chef au château et des compagnies à Saint-Aubin et Saint-Maurille. Nulle part ailleurs il n’est fait mention de ce bataillon de ligne, il s’agirait peut-être du bataillon de Jemappes.

3- Forces vendéennes

Côté vendéen, ne pouvant pas mener lui-même ses troupes au combat à cause de son état, Bonchamps les confia à son cousin Charles d’Autichamp. Sans doute, se joignirent à eux des paysans des environs des Ponts-de-Cé. L’abbé Deniau explique que les paroisses d’Erigné et de Saint-Maurille, cette dernière dépendante des Ponts-de-Cé, étaient du parti royaliste. Au contraire celles de Mûrs et de Saint-Aubin étaient patriotes. Le conseil supérieur royaliste dans une publication datée du 1er août explique que les habitants de Mozé et des paroisses voisines, s’étaient mobilisés contre les soldats républicains qui tenaient garnison aux Mûrs-Erigné.

En tout cas, d’Autichamp se mit en marche le 26, recueillit donc sans doute des insurgés sur son chemin, et partagea sa troupe ainsi grossie en deux colonnes, celle de droite se divisant en deux. Si Savary parle de 10 à 12.000 combattants, la lettre du colonel Des Londes et du lieutenant-colonel Bourgeois, parle de 7 à 8.000 Vendéens. Or ils n’auraient aucune raison de minimiser le nombre des assaillants… et d’ailleurs ce chiffre correspond bien aux effectifs des compagnies régulières de Bonchamps, augmentés d’un ou deux milliers d’insurgés.

À suivre...
MANÉ Diégo
 
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 10 Jan 2021, 11:24

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur...

Les combats de juillet 1793 en Vendée

4e et dernière partie : Tentatives vendéennes contre Angers

.../...

II- Les combats

1- Combats du 26 juillet


Vers 9 heures, apparurent aux yeux des avant-postes républicains, les premiers soldats royalistes. Il fallut quelque temps pour que la première colonne vendéenne soit en position pour lancer son attaque. Elle se scinda elle-même en deux colonnes ; l’une s’élança contre la redoute et l’autre contre la Butte d’Erigné. La plupart des témoins ont écrit que les Parisiens offrirent une défense assez vive au départ, sans doute particulièrement dans la redoute, mais en l’espace de dix minutes, cette défense s’écroula bientôt, et les Bleus refluèrent en désordre vers le pont enjambant le Louet.

Dans le même temps, la droite des Vendéens attaquait la Roche-Erigné. Les soldats ne tirent pas à cet endroit, ayant vu les camarades évacuer la redoute et fuir vers le pont. Serrés de près par les Vendéens, les Bleus de ce secteur refluèrent par le pont en abandonnant leurs canons.

Dans leur lettre de défense, les colonels Des Londes et Bourgeois écrivent que le 6e bataillon de Paris fut appelé pour soutenir la ligne de défense, en particulier la redoute, mais aucun renfort n’arriva.
Galvanisée par le succès de la première colonne vendéenne, la seconde se précipita contre les retranchements tenus par le 8e bataillon de Paris dans le camp de la Roche-de-Mûrs. En raison de la prise du pont par les Vendéens, toute retraite sur Angers était coupée aux hommes du lieutenant-colonel Bourgeois. Laissons la parole à cet officier ainsi qu’à son supérieur le colonel des Londes, chef de ce bataillon. Ils écrivirent en effet une défense de leur unité face aux accusations de lâcheté :

« Au récit véritable de ce qui s’est passé à la redoute va succéder celui qui a eu lieu au camp de la Roche-de-Mûrs. Le canon de l’ennemi se fait entendre, ainsi que celui de la redoute. Le lieutenant-colonel, qui commande, tire du peu d’hommes qui lui restent le parti le plus avantageux. Pour présenter à l’ennemi un front plus imposant, il place son monde sur une seule ligne, qu’il porte quelques pas en avant des tentes ; l’ennemi étend son front de la droite à la gauche, en formant une section de cercle, dont chaque extrémité coupe la retraite, l’une du côté du village de Mûrs, et l’autre du côté de Saint-Maurille, dont des détachements occupaient déjà plusieurs rues. Le feu de l’ennemi était supérieur tant par l’avantage que lui donnaient ses armes, composées de canardières, de carabines et de canons de fort calibre, que par sa position sur un lieu élevé, d’où les boulets tirés par des couleuvrines, passaient par-dessus notre camp, pendant que nos boulets ne pouvaient l’atteindre. Après avoir eu deux pièces démontées, la plupart des canonniers ainsi que leurs conducteurs tués ou blessés, sans chevaux, il ne restait d’autre retraite que de se précipiter du haut de la roche, traverser trois rivières à la nage, ou passer sur les ponts, au milieu du feu du village de Saint-Maurille et de la redoute où l’ennemi était déjà en bataille avec ses pièces. Le lieutenant-colonel en second, qui n’a quitté le camp qu’après avoir fait tous les efforts pour sauver le drapeau, ne s’est échappé qu’en traversant ces rivières, ainsi que les soldats qui étaient restés avec lui ; le porte-drapeau n’a pas été si heureux, il a été tué au milieu de la première, et notre drapeau s’est englouti avec lui. »

Pendant ce temps, les Vendéens poursuivirent les Bleus qui fuyaient par les ponts. Ils prirent d’assaut Saint-Maurille puis le bourg des Ponts-de-Cé et son château et parvinrent sur la rive nord de la Loire à Saint-Aubin. L’auteur Tanneguy Lehideux, qui relate la vie de Jean Terrien dit cœur de lion, officier des compagnies bretonnes de Bonchamps, explique que cet officier blanc fut fait chef de bataillon après la victoire de Vihiers. Il commandait les chasseurs de Bonchamps et fut gravement blessé lors de l’assaut contre le château des Ponts-de-Cé. Il ne pourra reprendre du service qu’à la mi-septembre lors du deuxième combat de Coron.

À Angers, la vue des soldats refluant en désordre dans la ville mit le trouble dans les autorités civiles. Cependant, elles ne voulurent pas renouveler la fuite honteuse du mois précédent. Aussi s’enquirent-elles des officiers généraux, Duhoux et Descloseaux, pour organiser la défense de la ville. Il restait sous les armes le bataillon de la garde nationale d’Angers (416 h), celui de la garde nationale de la rive droite de la Loire (326 h) et peut-être le 5e bataillon de la Sarthe appartenant à la mi-juillet à la brigade Santerre et qui est noté présent à Angers le 2 août. Le bataillon de Jemappes n’avait pas été entamé et sans doute avait-il retraité en bon ordre.

Toujours est-il que les généraux en question furent difficiles à trouver… Plusieurs témoignages concordent à affirmer que le général Duhoux, abandonnant ses hommes et la ville d’Angers, se sauva en direction de La Flèche et Paris et qu’il ne revint qu’une fois tout risque disparu. L’un des témoins (Vial, président du comité de surveillance et futur procureur général syndic du département de Maine-et-Loire) affirme même qu’il était saoul au moment des combats.

Pour Descloseaux, on le trouva à Angers à essayer de réorganiser les soldats en déroute. Selon ses propres dires, « désolé de voir fuir, je me suis précipité à leur tête à course de cheval. J'ai voulu les ramener au feu, mais rien. Un d'entre eux m'a porté un coup de baïonnette : heureusement il m'a percé la botte. Nous nous sommes reployés sur Angers avec le plus d'ordre qu'il nous a été possible. Le soir, j'ai rallié les troupes sur la place du Champ-de-Mars, et j'ai voulu les faire filer pour reprendre les Ponts-de-Cé. Les canons ont marché en avant. Mais quand j'ai commandé aux volontaires de les suivre, les deux tiers ont tourné casaque et courent encore. Notre position est cruelle. Point de troupes, dix pièces de canons et seulement deux compagnies pour les servir. »

Un autre témoin, Barelhier-Aubin, archiviste du district de Châteauneuf-sur-Sarthe, donne une toute autre version de l’action de Descloseaux dans une lettre du 27 juillet aux administrateurs de son district : « Je me suis trouvé avec Descloseaux, qui s’est présenté au département hier soir ; il était tellement ivre qu’il pouvait à peine prononcer. A l'entendre, l'ennemi devait être repoussé à l'instant ; il devait coucher aux Ponts-de-Cé, qu'il voulait prendre avec 200 hommes et s'ensevelir sous ses ruines ! Eh bien ! il sort après mille propos soldatesques, monte dans sa voiture (comme à l'ordinaire) et s'en va sur le chemin, s'en revient à l'instant et... couche à Angers avec son aide de camp-femme ! Voilà Descloseaux tel que je l’ai vu de mes yeux, j’ignore le reste. »

Alors qu’Angers se vidait de la plupart de ses défenseurs, les Vendéens ne poussèrent pas leur avantage. René Blachez dans son ouvrage sur Bonchamps écrit que « l’alarme s'était répandue dans la ville, presque dégarnie de troupes, et l'évacuation commençait. Malheureusement d’Autichamp, qui commandait en l’absence de Bonchamps, n’osa pas s'aventurer plus avant : mal inspiré ou mal renseigné, il rétrograda, ne laissant dans les redoutes conquises que de faibles détachements qui ne purent s’y maintenir. » Les Républicains profitèrent de l’indécision de d’Autichamp pour contre-attaquer : selon les minutes des délibérations du district, vers 16h30, l’armée se reportait sur les Ponts-de-Cé, garde nationale en tête. C’est en tout cas ce qu’écrivent les administrateurs du Directoire du département de Maine-et-Loire aux représentants du peuple près l’Armée des Côtes de la Rochelle (27 juillet 1793) : « Notre position est un peu moins alarmante aujourd’hui, la bonne contenance de la garde nationale d’Angers qui eut le courage, après la déroute honteuse dont nous avons rendu compte, de marcher sur l’ennemi et de le forcer à rentrer dans les Ponts-de-Cé.

2- Les journées des 27 et 28 juillet

Si Descloseaux écrit qu’il mena la colonne et que les deux tiers des soldats « ont tourné casaque », il semble cependant que le bourg de Saint-Aubin fut réoccupé dès le soir du 26 juillet. Les Vendéens firent alors ce que les Républicains dans leur déroute n’avaient pas fait : ils coupèrent le dernier pont et s’installèrent au château des Ponts-de-Cé.

Alertés par les autorités civiles présentes à Angers, la journée du 27 vit arriver de nombreux Patriotes dans la ville. Dans la lettre citée plus haut, on lit : « le rassemblement subit qui vient de se faire à Angers où nous avons appelé les bataillons des habitants de la campagne voisine, a déterminés les Brigands d’abord à couper le Pont-de-Cé, ensuite à l’évacuer. Nous occupons actuellement la paroisse de Saint-Aubin et, sous peu, tout le Pont-de-Cé avec les fortifications que la lâcheté des Parisiens avait rendu inutiles. »

Dans sa lettre du 27 juillet, déjà citée elle aussi, Barelhier-Aubin, écrit : « Je m’empresse de remplir la tâche que je me suis imposée, en restant à Angers pendant le danger dans lequel cette ville se trouve. On nous confirme en ce moment que les Brigands qui étaient aux Ponts-de-Cé et qui ont coupé ce matin le pont pour n’être pas surpris, se sont repliés et viennent d'être remplacés par nos troupes (un détachement du bataillon de Jemappes); une patrouille marche sur Sainte-Gemmes-sur-Loire, où les ennemis sont sans doute en très petit nombre : ils sont au château de d’Autichamp, qui est avec eux, dit-on. La ville d'Angers commence à se rassurer et voit avec la plus vive joie les bons habitants des campagnes arriver en grand nombre. Les citoyens désirent ardemment les voir remplacer ces malheureux Parisiens, dont un bataillon entier a refusé de tirer un coup de fusil, hier aux Ponts-de-Cé. On m’apprend qu’un détachement de Châteauneuf est en route. Déjà environ 700 hommes de notre district sont arrivés, armés de fusils, brocs, fourches, etc., mais malheureusement une partie sans armes, et en ce moment il n'y en a point à Angers. Néanmoins ces hommes ne seront point inutiles jusqu'à ce qu'ils soient armés. »

Selon le bulletin du Conseil supérieur royaliste paru le 1er août 1793, dans la journée du 26 juillet, « quatre pièces de canon furent prises, une autre tomba dans la rivière ; six cents patriotes périrent dans le combat ; environ trois cents furent faits prisonniers ; un grand nombre, précipité dans la Loire, en essayant de passer ce fleuve à la nage, y trouva la mort. Le reste fuyait à toutes jambes vers Angers, lorsqu'environ quatre cents d'entre eux, croyant n'être pas poursuivis, revinrent sur leurs pas, et chargèrent notre troupe avec audace. On leur répondit avec une vigueur à laquelle ils ne s'attendaient pas. Une prompte et forte décharge en mit un grand nombre hors de combat ; le reste reprit à la hâte le chemin d’Angers, et nos troupes les poursuivirent jusqu'aux portes de cette ville. On assure que le dimanche [28], dans la soirée un détachement de soldats patriotes se porta de nouveau vers les Ponts-de-Cé ; notre garde se replia pour n'être pas cernée. »

Finalement, le 28 juillet, l’adjudant-général Talot prit la tête de la garde nationale d’Angers, de Patriotes sarthois (3.000 selon le représentant de la république Philippeaux), des restes de la garnison des Ponts-de-Cé et repoussa sans difficulté les Vendéens qui abandonnèrent la rive sud de la Loire, sans être inquiétés.
La victoire vendéenne du 26 juillet n’aura eu finalement aucun résultat ; comme d’ailleurs de nombreuses victoires sans suite des Royalistes.

3- Bilan humain
En ce qui concerne les pertes de ces journées des 26 au 28 juillet, peu de chiffres fiables existent. Cependant, il y a une exception, concernant le 8e bataillon de Paris. En effet, une précieuse et précise étude faite par Simone Loidreau (« L’authentique histoire de la Roche de Mûrs », Revue du Souvenir Vendéen) donne pour le 8e bataillon de Paris, 88 morts, 40 blessés, 155 prisonniers et 180 déserteurs ; soit 423 manquants.

Le soldat Poincenet du 8e bataillon de Paris explique dans le récit des combats du 26, que « le bataillon se trouvant cerné de toutes parts n’a eu d’autre ressource que de se précipiter en bas du rocher et ... passer trois rivières ... Beaucoup ont été noyés [ou] pris à la descente du rocher. La plus grande partie a rejoint sans armes ... D’autres n’avaient plus d’habits parce qu’ils les avaient ôtés pour mieux nager. Tous ceux qui ont pu échapper ... se sont retrouvés à Angers ... Au bout de deux jours, on fit un appel exact. De mille (sont donc comptés les Parisiens des deux bataillons, 6e et 8e) que nous étions ..., il ne restait plus que six cents hommes » ; soit environ 400 manquants, chiffre proche de ceux donnés par Mme Loidreau pour le seul 8e bataillon de Paris. De fait, ayant fui sans beaucoup résister, il est fort probable que le 6e bataillon n’eut que peu de pertes le 26 juillet…

On est loin de l’inscription du monument érigé en 1889 sur les hauteurs de la Roche-de-Mûrs : « à la mémoire des 600 Parisiens morts héroïquement pour la défense de la République le 26-7-1793 ».
De même l’histoire de l’épouse du commandant du 8e bataillon, présente dans le camp de la Butte-de-Mûrs avec son enfant, et se jetant du haut de la falaise pour ne pas être faite prisonnière par les Blancs, n’a aucun fondement dans la réalité, C’est l’auteur Crétineau-Joly qui semble être le premier à parler de cet « événement ».
MANÉ Diégo
 
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 24 Jan 2021, 21:31

En guise d'intermède entre deux articles je souhaitais vous mel des photos de figurines de la collection de Denis Bouttet, communiquées en décembre écoulé, mais n'ai pu concrétiser la démarche, le logiciel refusant absolument de les "traiter" comme j'ai pu le faire plus haut pour les photos de Thierry Legrand.

Je les ai donc réunies comme j'ai pu, c'est-à-dire "en vrac", dans la mel "en dur" sur le site, là :

http://www.planete-napoleon.com/docs/17 ... FigsDB.pdf

Mais vous mets tout-de-même ici les échanges mail relatifs (que je remettrai en pied de l'article sur le site) car ils sont informatifs de la démarche et parlent des marques de figurines l'ayant permise, ce qui peut aussi amener de nouveaux commentaires relatifs sur le forum. Dont acte !
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DB =>TL & DM le 06/12/2020

Bonjour à vous,

A mon tour de partager quelques photos de mes armées.
Ci-dessous une partie de mon armée républicaine.
Beaucoup sont des créations personnelles, j’espère qu’elles vous inspireront (les socles ne sont pas terminés). C’est presque une primeur.

Un bataillon de volontaires

Mon interprétation du 109eme de ligne

La lie des armées...

Le 15eme chasseur à cheval (12 figs au complet)

Un train d’artillerie (création)

Représentant du Peuple & Co (création)

Sans ambiguïté...

Vous le comprendrez aisément, j’aime cette période.

Pour les Vendéens, suite au prochain épisode ?

Bien que je ne vous aie montré qu’une partie des Républicains, j’espère que vous aimerez.

À bientôt

Bien amicalement,

Denis
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TL => DB, le 11/12/2020

Bonsoir Denis.

Vraiment chouette. J'aime bien surtout les représentants du peuple et Cie ainsi que "la lie des troupes". C'est du 25mm ?

Amitiés,

Thierry
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DB => TL, le 13/12/2020

Salut,

Oui tout est en 25 mm. Pour les photos, je m’améliorerai peut-être plus tard.
En attendant, comme promis quelques Vendéens, dont quelques têtes connues.

Un officier et son orchestre 

Un prêtre réfractaire et quelques paroissiens 

Une pièce légère et ses servants

Elbée, la Rochejaquelein, Lescure et Cathelineau

Charrette et ses amazones

Des batailleurs

D’autres célébrités 

Un peu de cavalerie 

En gros du Touller, du Wargame Foundry et beaucoup de créations.

A bientôt .

Bien amicalement,

Denis 
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TL => DB, le 05/01/2021

Bonjour Denis,

Tous mes voeux pour cette nouvelle année !
J'ai été coupé d'internet pendant une semaine et n'ai pas eu le temps de répondre plus tôt. Désolé.

Superbes figurines de Vendéens en tout cas !

Pour Bonchamps il s'agit sans doute de la production d'Alain Touller ? J'en recherche une si jamais tu avais une idée. J'ai vu cependant que Trent continue de produire et ils viennent de sortir un "Stofflet". Peut-être un "Bonchamps" arrivera-t-il?

Amitiés,

Thierry
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DB => TL, le 19/01/2021

Salut Thierry,

Effectivement, les figurines des chefs vendéens sont des Touller. Malheureusement je ne connais pas d’autres références. Il en est de même pour d’Elbée. A moins d’en bricoler une, je ne vois pas d’autre solution qu’attendre pour le moment.

J’ai été surpris par tes légionnaires du Nord, tu les as trouvés où ? Très sympas.

N’étant pas un ayatollah de la taille, j’accepte également du 28mm dans la mesure où il n’en font pas 30...

Au cas où tu ne l’aies pas vu, Wargame Foundry a deux gammes de Vendéens :
une en 25mm et une en 28 (référencée hors gamme principale).

Quitte à pêcher par optimisme, je me dis que notre travail va peut-être déclencher quelques projets nouveaux et pourquoi pas permettre l’enrichissement des gammes... ok, je rêve ! 

En te souhaitant une bonne année 2021
Bien amicalement, 

Denis 
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TL => DB, le 22/01/2021

Bonjour Denis.

Pour d'Elbée, Trent le fait avec La Rochejaquelein et Talmont (fchou09). J'ai l'impression que les nouveaux Trent (fchou21 par exemple) sont énormes par rapport aux vrais 28mm, mais les anciennes figurines (comme fchou09) s'harmonisent bien avec les autres marques.

Pour la légion du Nord (infanterie), j'ai pris une boite plastique de Perry autrichiens en prenant les têtes de la landwehr et en y ajoutant un plumet. Pour la cavalerie c'est un mixte de têtes de la même boite avec corps et chevaux des hussards plastique Perry. J'ai fait mes 6 cavaliers, ça y est ! et 6 piétons sur les 18 prévus, les 12 autres étant un peu avancés !

Je ne pense pas que ce soient nos échanges sur Planète Napoléon (mais on peut rêver c'est vrai !), mais le site https://emperortoadsemporium.co.uk a l'air de fournir de nouvelles gammes actuellement.

Amitiés,
Thierry
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Voilà, c'est tout (pour l'instant) pour cet échange relatif aux figurines disponibles sur le "marché".

Si quelqu'un à quelque chose susceptible d'améliorer cette "revue" des troupes qu'il n'hésite pas.

Diégo Mané
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 02 Fév 2021, 16:10

Faisant un point nécessaire parmi les multiples communications de Thierry Legrand et Denis Bouttet concernant ce post "Échanges sur les guerres de Vendée" je retombe sur un message de Thierry relatif aux marques de figurines qu'il a employées pour réaliser ses armées de Républicains et Vendéens. Comme je viens de déposer sur le site des photos de celles de Denis c'est à propos ici et maintenant.

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TL=>DM le 23/11/2020

Je t'envoie aussi la liste des fabricants où je me suis procuré les figurines pour constituer mon armée 1793 (environ 500 pièces en tout, moitié Vendéens; moitié Républicains : du travail en perspective!).

Figurines utilisées pour réaliser une armée vendéenne et une armée républicaine

Vendéens 28mm

https://emperortoadsemporium.co.uk/stor ... the-vendee :
fantassins vendéens, armés ou non ; artilleurs ; cavaliers...

Trent miniatures : chefs vendéens ; un peu d’infanterie ; représentant du peuple

Perry miniatures : infanterie AW133 à 137 ; 141 à 143 : Southern Militia/Continentals

Casting Room Miniatures: cavalerie et quelques officiers (qualité moyenne)

Figurines Alain Touller (n’existent plus, malheureusement) : pour les Chouans et Bretons


Républicains 28mm

https://emperortoadsemporium.co.uk/stor ... ies-french :
fantassins divers (volontaires, infanterie Ancien Régime, grenadiers) ; généraux et officiers montés

https://www.eurekaminuk.com/collections ... revolution:
excellente qualité mais un peu cher… (infanterie de ligne bicorne et casque à chenille, infanterie légère, chasseurs à cheval, hussards, dragons, cavalerie de ligne, artillerie de ligne, artillerie à cheval ; officiers montés)

Trent miniatures : représentant du peuple ; volontaires (nettement plus grand que les autres fabricants)

Perry miniatures (plastic) pour hussards ; légion du nord à pied et à cheval : mélange landwehr autrichien (pour infanterie et tête) et chasseurs à cheval.
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Je suis entrain de peindre les hussards (8e : éclaireurs de Fabrefonds) et 9e (6 de chaque): je les mel dès que finis (mais je suis lent à peindre...).

Thierry
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DM : À ton rythme, mon ami, à ton rythme !
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 04 Fév 2021, 16:00

J'initie une série de mel composant une "trilogie juridique" proposée par Denis Bouttet, histoire de lui laisser le temps de finir d'accommoder le plat de résistance que seront les OBs de l'Armée des côtes de La Rochelle.
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1793 - La Commission centrale de l’Armée des côtes de la Rochelle
(par Denis Bouttet pour Planète Napoléon, février 2021)

Introduction
L’Armée des côtes de la Rochelle a été créée pour couvrir une insurrection vendéenne qui prenait une dimension inquiétante. Elle est le fruit de la scission d’une Armée des côtes qui couvre un trop vaste territoire d’une part, et de la dissolution de l’Armée de l’Intérieur d’autre part.
Créée quasiment ex-nihilo dans un contexte d’urgence, il a fallu l’organiser :

-mettre en place une chaîne de commandement,

-fournir des troupes,

-déployer une chaîne logistique susceptible d’alimenter l’armée en troupes, en vivres, en armes et munitions, en habillement et campements, etc...

Et cela n’a pas été une sinécure tant il a fallu piocher dans les réserves d’un état en guerre sur quasiment toutes ses frontières.
Cette armée a été forgée comme un instrument pour juguler puis plus tard pour réprimer un ennemi intérieur.

Une chaîne de responsabilités
Les actions militaires n’impliquent pas uniquement les acteurs de terrain. En effet, d’autres « corps » intermédiaires entrent dans le jeu des opérations, rendant ainsi quasiment indissociable l’action militaire de l’action politique (et réciproquement dans une mesure moindre).

La Convention nationale en 1793
Le régime mis en place à partir du 21 septembre 1792 (abolition de la royauté et proclamation de la première République) s’articule autour d’une assemblée élue d’environ 750 députés et de divers comités spécifiques destinés à l’accompagner dans le travail engagé.

Parmi cette vingtaine de comités, deux, emblématiques, vont être les sièges de l’exercice réel du pouvoir :

-le Comité de Sûreté Générale

-le Comité de Salut Public

Bien que les autres comités aient eu un rôle essentiel dans la transformation de la société, ils n’ont qu’un spectre d’action limité. À contrario, ces deux comités de portée générale, eurent une incidence marquante sur toute la population française.

Pour rappel, l’Assemblée est dominée par les Girondins jusqu’à début juin 1793, date de leur chute au profit des Montagnards qui confisqueront le pouvoir jusqu’à la chute de Robespierre (juillet 1794).
C’est sous l’influence de ces Montagnards que fut adoptée le 24 juin puis promulguée le 4 août et jamais appliquée (car suspendue le 10 octobre au profit d’un régime d’exception), la célèbre constitution de l’an I.

Le Comité de Salut Public
Ce comité fut créé le 6 avril 1793 sur les cendres du Comité de Défense Générale (créé le 1er janvier 1793) qui, constitué à partir de représentants des huit principaux comités, ne s’était pas montré très efficace.

Le nouveau Comité de Salut Public est alors constitué de neuf membres de la Convention nationale, élus pour un mois. Il est autorisé à prendre des mesures de défense générale tant extérieure qu’intérieure mais il ne peut (sauf cas particulier) ni faire œuvre de police (mettre en arrestation) ni œuvre de justice. Il rend compte à la Convention toutes les semaines.

Le premier comité (6 avril-10 juillet) sera dominé par la personnalité et l’influence de Danton qui, visiblement las du pouvoir, abandonne sa fonction.

La composition du Comité va évoluer pendant l’été 1793 (en intégrant notamment Robespierre le 27 juillet) jusqu’à adopter le 5 septembre une composition qui va durer jusqu’à juillet 1794. Les membres de ce comité qui fera l’Histoire sont : Barère, Billaud-Varenne, Carnot, Collot d’Herbois, Couthon, Jeanbon Saint André, Lindet, Prieur de la Côte d’Or, Prieur de la Marne, Robespierre et Saint-Just.

Ce comité va mettre en place une politique impitoyable d’État en guerre, qui amènera aux excès bien connus, et pas qu’en Vendée. On peut être tenté de dire que la militarisation de la société qui aboutira à l’avènement de l’Empire, date de cette période.

Il faut également noter que les évolutions du Comité auront un impact direct sur l’Armée des côtes de la Rochelle, des côtes de Brest et de Mayence :

-mi-juillet (retrait de Danton et assassinat de Marat (1) : remplacement de Biron par Rossignol, «général sans culotte»,

-septembre : loi des suspects impliquant le remplacement de tous les généraux d’ascendance noble,

-octobre (mise en place du régime d’exception) : accentuation de l’effort de répression contre les ennemis de la République (commission Félix, colonnes infernales, noyades de Nantes).

Les représentants du peuple
Envoyés en mission par la Convention nationale, ils sont les délégataires du comité exécutif. De ce fait, ils représentent le peuple et disposent, dans le cadre de leur mission, de tous les pouvoirs, en particulier celui de nommer ou de révoquer sur le champ tout officier ou agent civil mais également de mobiliser les ressources des districts (garde nationale, manufactures, etc...), de constituer des commissions (militaires ou civiles), voire des tribunaux révolutionnaires, de subordonner l’action d’administrations, etc...

Il s’agit toujours de députés. Initialement envoyés dans les départements pour accélérer la mobilisation des bataillons de volontaires, ils sont, à partir d’avril 1793, uniquement envoyés aux armées (2). Ils sont le plus souvent issus des départements proches du théâtre des opérations.

En contrepartie de leurs prérogatives, ils doivent tenir un journal quotidien de leurs opérations et rendre compte hebdomadairement au Comité de Salut Public. Ils sont dédiés à leur mission et ne peuvent se rendre à la Convention sans autorisation. Pour éviter les abus de pouvoir, ils opèrent par deux et sont renouvelés par moitié tous les mois (3). Même si le fond de leur mission est « logistique » (troupes, fournitures, etc...), ils sauront disposer d’un droit de contrôle sur les opérations militaires.

Le décret du 30 avril 1793 définit plus précisément leurs pouvoirs mais également leur nombre par armée. Pour l’Armée des côtes de la Rochelle, ils sont au nombre de six :

-quatre pour les camps et les cantonnements de l’armée,

-deux pour les fortifications et approvisionnements des places, forts, côtes, ports et flottes (4).

A titre de comparaison, les deux principales armées (Nord, Rhin) bénéficient respectivement de douze (5) et dix (6) représentants alors que les autres armées en ont généralement quatre.

Les attributs de leur fonction (définis par le décret du 3 avril), à défaut de costume particulier, sont : « un sabre en demi-espadon suspendu à un baudrier de cuir noir placé en baudrier par-dessus l’habit, une écharpe en ceinture, sur la tête un chapeau rond surmonté de trois plumes aux trois couleurs ».

Notes :

1 Le 13 juillet 1793. Il ouvre le champ à la montée de l’extrémisme populaire.

2 On constatera toutefois, quelques représentants envoyés dans les départements limitrophes de la Vendée militaire mais leur mission prendra fin au plus tard en juin 1793.

3 Lors des épisodes de crise (été 1793 en Vendée en particulier), leur renouvellement est moins systématique, ou alors ils sont nommés sur une mission connexe qui fait qu’ils restent sur le théâtre des opérations.

4 Ces derniers sont « naturellement » moins présents aux armées.

5 Huit aux armées, quatre aux fortifications.

6 Quatre aux armées, six aux fortifications.

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.../... À suivre : Le ministère de la guerre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 13 Fév 2021, 11:01

En intermède j'intercale le 1/6 (Prélude aux combats) des mel du "produit fini" de Thierry Legrand sur "Les combats de juillet 1793 en Vendée".

http://www.planete-napoleon.com/docs/Partie_I.pdf

Il s'agit d'une version améliorée et illustrée, accompagnée de cartes, etc..., apportant donc une réelle plus-value aux textes déposés précédemment façon feuilleton.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 17 Fév 2021, 15:06

1793 - La Commission centrale de l’Armée des côtes de la Rochelle
(par Denis Bouttet pour Planète Napoléon, février 2021, .../... suite 1)

Le ministère de la guerre
Comme tous les ministères (Affaires étrangères, Guerre, Justice, Intérieur, Finances, Marine), c’est avant tout un organe administratif aux ordres des comités. Il n’a aucune responsabilité quant aux opérations militaires en tant que telles, ses fonctionnaires ne sont pas des plus valorisés ; certains d’entre eux préféreront une carrière aux armées à l’ingrate mais nécessaire mission bureaucratique.

Il n’a de rôle que sur le théâtre terrestre continental ; il n’interviendra dans les affaires des colonies que pour mettre à disposition des unités et officiers, ce dernier théâtre étant de la responsabilité du Ministère de la Marine.

Pendant l’année 1793, il sera sous l’influence du mouvement hébertiste (7) alors en pleine ascension dont les membres ont infiltré l’organisation lors du mandat de Pache (ancien ministre de la guerre puis maire de Paris).

Conformément au décret du 6 février 1793 portant sur l’organisation du ministère, et suite à la nomination le 16 avril, de Bouchotte comme ministre, les différents services du ministère sont distribués ainsi :

Secrétariat général du ministre : Vincent

1ère division (Bouchotte, frère) : les appointements et solde de l’armée de ligne, des volontaires nationaux, de la gendarmerie nationale, des compagnies de vétérans et invalides (8), traitement de tous les officiers, commissaires de guerres, adjudants de places et employés de toute espèce, à la réserve de ce qui concerne l’artillerie et le génie.

2ème division (Ronsin (9) : les masses et fournitures, les vivres, habillements, campements, remontes, casernements, chauffages, hôpitaux et autres de toute espèce, ainsi que les marchés qui leur seront relatifs, les étapes et convois militaires.

3ème division  (Aubert (10) : l’artillerie, les fortifications et tout ce qui est en rapport au matériel, au personnel, aux traitements et appointements concernant cette partie.

4ème division (Sijas) : tous les détails relatifs à l’inspection, police, discipline, contrôles et manœuvres des troupes, des cours martiales, des crimes et délits militaires, des commissaires des guerres, de la gendarmerie nationale, de la collection et de l’envoi des lois militaires.

5ème division (François) : l’expédition des ordres de service aux officiers généraux ainsi que la correspondance avec les officiers généraux, les commandants temporaires et les corps administratifs, le mouvement et le logement des troupes, les projets de rassemblements et les détails relatifs aux volontaires nationaux, ainsi que tous les états de situation (11).

6ème division (Xavier-Audouin) : les promotions et brevets de vétérans, la nomination aux emplois, l’avancement et le remplacement des officiers de tous grades, les congés, les reliefs et retraites, l’expédition des brevets de pensions, l’admission aux invalides et les écoles militaires, ainsi que les autres objets qui n’auraient pas été prescrits dans la distribution précédente.

Chaque division est dirigée par un adjoint du ministre.

La commission centrale de Saumur
Est créée, à l’initiative des représentants du peuple en mission, le 10 mai 1793, une commission centrale pour les départements de l’Ouest et des côtes de l’Océan, également appelée commission centrale de correspondance. L’acte (fondateur) du 15 mai en décrit le principe de fonctionnement initial :

Cinq membres (12) « centraux » au siège de la commission (à Saumur),
Deux membres « délégués », déployés dans chacun des départements Vienne (13), Deux-Sèvres (14), Charente inférieure (15), Indre et Loire (16), Vendée (17).

Le département de Maine et Loire est pris en charge par deux membres centraux. Chaque département est également appelé section de la commission.
Ronsin, adjoint et représentant du ministre de la guerre, également envoyé en Vendée (18), rejoindra la commission.

La commission est puissante mais elle n’est pas sensée se mêler des opérations militaires. Or l’ascendant de Ronsin au sein de la commission (accession du titre de général, nomination de Rossignol, sa «marionnette», la rotation des représentants) rendra difficile les relations de cette dernière avec les militaires et générera notamment un conflit ouvert avec Biron, la démission de Boulard, la promotion d’officiers « sans culotte » pas forcément compétents, la menace d’une destitution immédiate, etc...

Mais la commission est également traversée par des dissensions internes liées aux alignements politiques des uns et des autres (19). Elle est également décriée à Saumur par le nombre d’officiers/commissaires qu’elle emploie à son service et par son train de vie scandaleux (fastes, prolifération de prostituées).

Les autres commissions centrales
Ce sont des commissions créées au niveau du département pour organiser la levée en masse et la fourniture des soldats. Elles étaient donc en action avant les réformes de fin avril qui mettent fin aux missions des représentants aux départements (en ne les envoyant plus qu’aux armées).

La commission centrale de Saumur les subordonne donc toutes mais non sans quelques difficultés : celle de Chinon pour l’Indre et Loire qui refusera son autorité, celles de Niort et de la Rochelle/Rochefort qui assigneront des priorités contraires aux militaires.

Les représentants de la Commune de Paris en mission
La commune de Paris envoie une délégation de représentants dans le but de « régénérer l’esprit public de cette ville (Saumur) en y instaurant des comités révolutionnaires et une Société populaire ». Bref de l’agitation/propagande (des exemplaires du catéchisme républicain ont été imprimés à Saumur pour l’occasion).

Parés également du titre de commissaires nationaux (ce qui n’aide pas), ils sont quatre représentants officiels (LaChevardière, Minier, Momoro (20) et Damesme) à arriver le 15 mai à Saumur (21). Ils n’y resteront pas longtemps. Ils feront peu et ce sont les représentants qui mettront en action ces dits comités lorsque l’Armée des côtes de la Rochelle réinvestira la ville fin juin.

Notes :

7) Hébert, successeur de Marat, fondateur du journal le Père Duchesne, à la tête des « exagérés », incarne les mouvements populaires de la Commune de Paris. 

8) Par exclusion, les gardes nationales et gendarmerie nationale sont à la charge des départements. Bien évidemment il existe des cas particuliers lorsque ceux-ci sont intégrés aux opérations (division de Niort en juin 1793 par exemple).

9) Du fait de sa promotion à la tête de l’Armée révolutionnaire de Paris, mais surtout du fait de son absence de Paris, il est remplacé en septembre (dans les faits, probablement plus tôt) par P.N. Gautier.

10) Remplacé par l’adjudant général Muller puis par le chef de bataillon du génie Dupin

11) On dirait presque un état-major.

12) Initialement : Carra, Delaunay le jeune, Richard, Choudieu, Dandedac le jeune. 

13) Initialement Taibaudeau et Creuzé.

14) Initialement Jard-Panvillier et Lecointe-Puyraveau.

15) Initialement Mazade et Trullard.

16) Initialement Badin et Ruelle.

17) Initialement Goupilleau de Fontenay et Garnier de Saintes.

18) Il ne viendra pas seul. Lui sont associés : Grammont, Parein, Laporte, Hazard, Hardy, Felix.

19) Par exemple, Lecointre n’a pas voté la mort du roi.

20) Imprimeur du Père Duchesne et surtout auteur de la devise « Liberté, Egalité, Fraternité ».

21) D’autres commissaires ont dù être envoyés ultérieurement (Lenoir, Lemaitre, etc...).
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À suivre... Liste des (nombreux) représentants auprès de l'Armée des côtes de la Rochelle...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 21 Fév 2021, 13:59

Voici le 2/6 (Incursions républicaines dans le Poitou insurgé) des mel du "produit fini" de Thierry Legrand sur "Les combats de juillet 1793 en Vendée".

http://www.planete-napoleon.com/docs/Partie_II.pdf

Il s'agit d'une version améliorée et illustrée, accompagnée de cartes, etc..., apportant donc une réelle plus-value aux textes déposés précédemment façon feuilleton.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 24 Fév 2021, 09:44

1793 - La Commission centrale de l’Armée des côtes de la Rochelle
(par Denis Bouttet pour Planète Napoléon, février 2021, .../... suite 2)

Annexes

Liste des représentants à l’Armée des côtes de la Rochelle

Le tableau (22) ci-dessous récapitule les différents représentants en mission à cette armée.
On notera le renouvellement qui s’est produit à l’été 1793.

Représentant - Date d’envoi - Date de rappel - Mission spécifique

Choudieu - 12/04/93 - NC

Carra - 30/04/93 - 13/06/93

Garnier de Saintes - 30/04/93 - 22/06/93

Goupilleau de Fontenay - 30/04/93 - 28/08/93

Mazade-Percin - 30/04/93 - 22/06/93

Trullard - 30/04/93 - 22/06/93

Bodin - 10/05/93 - 22/06/93 - Indre et Loire

Crouzé-Dufrene - 10/05/93 - 22/06/93 - Vienne

Jard-Panvillier - 10/05/93 - 18/06/93 - Deux-Sèvres

Lecointe-Panvillier - 10/05/93 - 18/06/93 - Deux-Sèvres

Ruellle - 10/05/93 - 19/07/93 - Indre et Loire

Thibaudeau - 10/05/93 - 22/06/93 - Vienne

Dandenac - mai - 22/06/93

Delaunay - mai - 22/06/93

Goupilleau de Montaigu - mai - 19/07/93

Turreau - 14/06/93 - octobre - puis Armée de l’Ouest

Auguis - mai puis 22/06/93 - 19/07/93

Bourbotte - mai puis 22/06/93 - 13/10/93

Richard - mai puis 22/06/93 - 13/10/93

Tallien - mai puis 22/06/93 - 19/07/93

Gasparin - 26 juin 1793 - Brève mission du Comité de Salut public

Bellegarde - 14/08/93 - 13/10/93

Note :

22) Source : tableau général du mouvement des représentant du peuple en mission près les armées (mars 1793-octobre 1795), M. Biard, GHRis Université de Rouen.
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Organisation du ministère de la marine

La loi du 6 février 1793, organise le ministère en six divisions dirigées par six adjoints au ministre (tenus d’habiter à l’hôtel de la Marine, sur la place de la Concorde où est installée la guillotine).

1ère division : les ports, constructions, radoubs et refontes, armements, désarmements, instructions et mouvements des forces navales, de l’infanterie et de l’artillerie de la marine, des batteries des côtes, de l’inspection et correspondance des fonderies et manufactures d’armes, bâtiments civils et travaux de Cherbourg.

2ème division : les approvisionnement et munitions navales et des vivres, de l’inspection et du martelage des bois, de la destination des ingénieurs et contremaîtres dans les forêts, des nouveaux procédés et inventions qui ont rapport à la marine, projets de dépenses générales, chiourmes, hôpitaux ambulants et sédentaires.

3ème division : les classes des gens de mer, police des ports de commerce et de la navigation marchande, du contrôle des rôles d’équipages, mouvement des bâtiments de commerce, des parcs et pêcheries, des écoles d’hydrographie, phares, bouées et balises, des levées et conduite des gens de mer et de la tenue du double des matricules de matelots classés, novices et ouvriers, du contentieux des prises, des lettres de marque, de la correspondance des tribunaux de commerce et des autorités constituées.

4ème division : la comptabilité de la marine et des colonies, de la distribution et répartition des fonds de la marine et des colonies, de la correspondance générale relative à la comptabilité, arriérés, comptabilité des gens de mer, prises et caisse des invalides.

5ème division : les colonies occidentales et orientales, des comptoirs et établissements au-delà du cap de Bonne Espérance, de la nomination des officiers militaires entretenus, de l’emploi des officiers civils des troupes et artilleries des colonies exclusivement.

6ème division : nominations et promotions, expéditions des brevets de tous grades civils et militaires entretenus, mouvements des troupes de marine infanterie et artillerie, officiers de santé, de l’admission à la demi-solde, réimpression, dépôt et envoi des lois relatives à la marine, des parties non prévues par ailleurs.

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Extrait du Rapport Ronsin-Grammont-Parein
Le rapport en date du 27 mai présente un état des troupes disponibles pour lutter contre l’insurrection vendéenne. Au-delà des considérations des rapporteurs, le présent état de situation (d’une précision toute relative quant aux unités concernées) est suffisamment éloquent pour comprendre la mutation qui va s’opérer.

Edit DM : ledit état est impossible à reproduire... en l'état (justement), mais Denis nous régalera ultérieurement du plus magnifique état de situation de l'Armée des côtes de La Rochelle qui ait jamais existé (parole de "connaisseur" en OBs !).

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À suivre... La commission militaire dite « Parein-Félix », exemple de justice révolutionnaire
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 03 Mar 2021, 10:19

Voici le 3/6 (Incursions républicaines dans l'Anjou insurgé) des mel du "produit fini" de Thierry Legrand sur "Les combats de juillet 1793 en Vendée".

http://www.planete-napoleon.com/docs/Partie_IIIa.pdf

Il s'agit d'une version améliorée et illustrée, accompagnée de cartes, etc..., apportant donc une réelle plus-value aux textes déposés précédemment façon feuilleton.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 12 Mar 2021, 09:37

Le sujet suivant m'a beaucoup appris en peu de lignes, tant ses premiers mots sont justes en ce qui me concerne, m'étant toujours davantage intéressé à la chose militaire qu'aux arcanes judiciaires.
Or donc, là, elles sont indissociables, et c'est une dimension qui me manquait. Merci Denis !

Diégo Mané
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La commission militaire dite « Parein-Félix », exemple de justice révolutionnaire
(Par Denis Bouttet, Mars 2021)

Introduction
Le champ de la justice n’est généralement ni très connu ni très apprécié des amateurs d’histoire militaire. Or, les insurrections de l’Ouest, de Lyon ou de Toulon ont ceci de particulier que les opérations militaires ne peuvent dissociées de leurs dimensions politiques mais surtout judiciaires. Car l’ennemi est ici, intérieur et les seules lois de la guerre ne suffisent pas. Jamais auparavant, un tel arsenal juridique et judiciaire n’avait été déployé pour traiter la « menace » (1).

Il s’agit ici, non pas de décrire les faits judiciaires de la guerre de Vendée (des générations d’historiens s’en sont chargés et s’en chargeront encore), mais plutôt d’illustrer de manière synthétique cette dimension au travers de l’action de la commission militaire Parein-Félix.

Je tiens au passage à remercier mon camarade Thierry Legrand, sans qui je ne me serai jamais penché sur ce sujet. Tout a commencé avec un article sur la bataille de Vihiers tiré du Moniteur universel du 1er août 1793 et signé d’un certain Félix, officier au 6ème bataillon de la formation d’Orléans.

Quelques éléments de contexte
Le cadre juridique

Cette justice révolutionnaire repose dans un premier temps sur le décret du 19 mars 1793 qui met hors-la-loi, ceux qui ont participé à des révoltes et émeutes contre-révolutionnaires, ceux qui ont porté la cocarde blanche (ou crié « Vive le Roi ! »), et toute autre forme de rébellion. Point important, s’ils sont pris les armes à la main, ils doivent être jugés (et le plus souvent mis à mort) dans les 24 heures.

À noter également le décret du 12 mai 1793 définissant l’organisation des tribunaux pénaux militaires et précisant le code pénal (désertion, trahison, vol, insubordination).

Le 17 septembre 1793 est votée la loi dite des suspects, ordonnant l’arrestation de tous les ennemis avoués ou susceptibles de la Révolution (fédéralistes et royalistes, nobles, prêtres non assermentés, anciens fonctionnaires destitués, officiers ou soldats suspects de trahison, accapareurs, etc...).

Le décret du 4 décembre 1793 (14 frimaire an 2), sorte de constitution provisoire, vise à mettre de l’ordre dans les différentes initiatives des représentants en mission et d’asseoir plus fortement la centralisation du pouvoir du gouvernement républicain (Comité de Salut Public et Comité de Sûreté générale).

À noter parmi les différentes mesures, celle qui confie, entre autres organes, aux comités de surveillance, sous l'autorité des districts, l'application des lois révolutionnaires et des mesures de sûreté générale. Les instructions du Comité de Salut Public sont ainsi transmises vers les districts, tribunaux et sociétés populaires (2) (âmes de la révolution et ferments des comités de surveillance).

Enfin, la « cerise sur le gâteau », si l’on peut s’exprimer ainsi en matière de justice révolutionnaire, est la loi du 10 juin 1794, dite « de Prairial ». Cette dernière, brutale, vise à accélérer les procédures judiciaires, ne laissant aux juges qu’un seul choix : l’acquittement ou la mort. Bien que cette dernière soit abolie après la chute de Robespierre, elle sera encore appliquée quelques temps encore, notamment en Vendée.

Les différents tribunaux
En première approche, on peut distinguer quatre types de tribunaux :

Les tribunaux révolutionnaires disposant d’une compétence générale en matière de contre-révolution (émigration, complot contre la sûreté de l’État, censure, fausse-monnaie, etc...). Le plus célèbre est celui de Paris, dirigé par Fouquier-Tinville, mais il faut également compter ceux d’Arras, Brest, Cambrai, Rochefort et Toulouse.

Les commissions révolutionnaires, plus nombreuses mais moins structurées, relèvent des mêmes compétences. Principalement Bordeaux, Lyon, Marseille, Nîmes, Orange, Toulon.

Les multiples commissions militaires associées aux armées étaient dites « montées » (i.e. ambulantes) dirigées par des officiers et chargées des affaires militaires (désertions, vols, etc...) mais également de juger les adversaires pris (les armes à la main ou pas).

les 87 tribunaux criminels départementaux en charge de la justice courante, souvent accusés de mollesse révolutionnaire.

Nombre de ces tribunaux sont soumis à l’arbitraire du politique, en particulier des représentants en mission. Ils sont le plus souvent un instrument de leur pouvoir (exemple : Carrier à Nantes).
Mais également…

Parallèlement à ces tribunaux, se mirent en place plusieurs milliers (plus de 20 000 tout au long de la période révolutionnaire) de comités de surveillance en charge d’identifier (dénoncer) et d’incarcérer les suspects. Ces comités, dotés de membres moins instruits, soumis aux passions, furent le véritable moteur de ce qui fut appelé la Terreur.

Il convient de noter que face à cet énorme besoin de justice, il va falloir doter les multiples tribunaux de juges dont la compétence première est le zèle révolutionnaire. Ainsi nombre de révolutionnaires parisiens trouveront là une opportunité de se distinguer, voire de faire carrière (3).

Ainsi, il aisé de comprendre comment la puissante machine judiciaire qui se met progressivement en place va, dans le contexte d’une guerre de Vendée qui dure, atteindre un haut niveau dans la partialité et l’horreur.

La commission militaire Parein-Félix
Création et activités
Créée à la demande des représentants Bourbotte, Tallien et Turreau, par le commissaire général Bonnin le 10 juillet 1793, et établie à Angers le 13, la commission militaire et révolutionnaire est missionnée auprès de l’Armée des côtes de la Rochelle.

La commission est dite « montée » (ambulante) et suit l’armée afin de juger les affaires militaires. Sans nul doute que sa mission première est de ramener l’ordre et la discipline dans une armée, d’une part composée de troupes récentes qui n’ont pas jusqu’alors su se montrer dignes de confiance et, d’autre part, devant incorporer des hommes, pas toujours volontaires, de la levée en masse.

La commission est composée de un président, de quatre juges, et d’un secrétaire (pas d’accusateur public) :
Président : Parein
Vice-président : Laporte (ou Delaporte)
autres juges : Hardy, Millière et Félix
secrétaire-greffier : Hudoux
Elle dispose d’une guillotine montée sur une charrette et d’une vingtaine d’hommes pour l’accompagner dont l’exécuteur nommé Dupuy.

Le 04 octobre, Parein, nommé général de brigade à l’Armée de l’Intérieur, est remplacé par Félix. Hardy et Millière (ou Millier) ont été remplacés par Hazard et Hudoux, Loysillon devenant le nouveau secrétaire.

Itinéraires et jugements
Lors de sa première « tournée » (1793), la commission siégea aux endroits suivants :
16/ 07 : Angers
23/07 : Chinon (4)
25/07 : Saumur
19/08 : Doué
21/08 au 27/10 : Saumur
29/10 : Angers

Durant cette période, en 71 séances, elle jugea 376 personnes, prononça seulement 12 condamnations à mort et 33 condamnations autres (fers, prison).

Une deuxième tournée se déroula du 29 octobre 1793 au 29 novembre 1793 (Angers-Saumur-Laval-Angers) : 15 séances, jugement de 67 personnes, 33 condamnations à mort et 4 condamnations autres.

Une troisième tournée eut lieu du 30 novembre 1793 au 31 décembre 1793 (Ponts de Cé-Doué-Saumur-Angers). L’expédition fut meurtrière au point que la guillotine était réservée aux personnalités, les autres personnes étant fusillées. On comptabilise plus 1200 exécutions pour à peine 20 acquittements.

La commission se fixa ensuite à Angers :
du 01 au 17 janvier 1794 : 14 séances, 147 condamnations à mort, 4 acquittements.

du 20 janvier au 9 mai 1794 : 62 séances, 195 condamnations à mort, 107 condamnations autres, 400 acquittements (dont 128 soldats républicains ayant fui).

La commission sous la présidence Parein n’eut à juger principalement que des militaires pour des faits de droit commun. La présidence Félix, couplée avec l’afflux de prisonniers vendéens, l’évolution de la législation, opéra un changement radical dans une démesure propre à ce que les guerres civiles ont de plus abject et inhumain. Nul besoin d’adhérer aux thèses génocidaires pour rejeter ces exécutions de masse et apporter un jugement réprobateur, hélas venu d’un autre temps.

Commission militaire Proust
La commission Félix ayant quitté Angers, les représentants Bourbotte, Esnée de la Vallée, et Prieur de la Marne, installèrent le 5 décembre 1793 une nouvelle commission militaire ambulante dite de « Proust », nom de son président. Du 15 décembre 1793 au 14 janvier 1794, elle mena son unique tournée (avec l’exécuteur Frillaux et une guillotine) sur les traces des restes de la virée de Galerne (Angers-Le Mans-Laval-Sablé-Angers), infligeant 49 condamnations à mort supplémentaires au pays.

Notes
1) C’est un prélude aux conflits modernes où toute intervention militaire est légalement légitimée alors que jusque-là, elles étaient le fait du Prince.

2) Ou clubs politiques locaux. Des sociétés populaires restées célèbres sont celles des Jacobins ou des Cordeliers.

3) Bon, il faut quand même dire que beaucoup de ces juges et accusateurs publics, notamment les plus exaltés (Fouquier Tinville, Carrier, pour citer les plus connus), périrent avant le décret d’amnistie de l’an IV (1795).

4) La lettre de Félix publiée le 1er août est datée du 24 juillet à Chinon.

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À suivre... Les biographies des présidents de commission...
MANÉ Diégo
 
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 22 Mar 2021, 10:22

Triste comme un lundi froid et venteux, la "justice" révolutionnaire...
Mais elle passa... à coups de guillotines !
Voici les biographies des procureurs (dans le sens procurer) de Sanson !
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La commission militaire dite « Parein-Félix », exemple de justice révolutionnaire
(Par Denis Bouttet, Mars 2021), suite et fin

Biographies

Pierre Mathieu PAREIN du Mesnil (1755-1831)

Alors qu’à la veille de la Révolution, il occupe un modeste emploi de copiste à Paris chez un avocat, il participe à la prise de la Bastille. Désigné Vainqueur de la Bastille (5), il entre dans la compagnie du même nom, qui deviendra le berceau de la 35ème division de gendarmerie. Talent d’écriture n’est pas talent d’écrivain, sa pièce de théâtre « La prise de la Bastille » n’aura aucun succès. Il sera un temps pamphlétaire avant de devenir commissaire du Comité exécutif provisoire (gouvernement provisoire après la prise des Tuileries). Il intègre le ministère de la guerre fin 1792 (chef des bureaux de la 4ème division chargée de l’inspection, la police et la justice militaire). En mai, il est nommé commissaire du pouvoir exécutif en Vendée. Le 10 juillet, il préside la commission militaire d’Angers. Le 2 octobre, il est nommé général de brigade à l’armée révolutionnaire de Paris (6) sous les ordres de Ronsin, nommé général de division pour l’occasion. Mais in fine, c’est à Lyon qu’il sera envoyé : il quitte la commission militaire le 4 octobre pour rejoindre celle de Lyon nouvellement créée le 9 (7). Là, il donne à son tour dans l’horreur. Proche de Vincent (secrétaire général du ministre de la guerre) et probablement de Momoro, il a le soutien de Ronsin et de Rossignol. Il poursuit une carrière militaire relativement chaotique jusqu’en 1800, date à laquelle il entre au service de Fouché jusqu’en 1802 où il se retire, du moins, officiellement (8).

Jean Baptiste Antoine Musquinet dit « de Saint Félix » (9) (1744-1809)
Fils d’un notable de Pontoise, c’est déjà un homme mûr lorsque débute la révolution. Acquis aux idées nouvelles (comme tant d’autres), il se fait remarquer en juillet 1789 : soi-disant mandaté pour approvisionner Paris en blé, il essaye de soulever les campagnes contre les autorités, les incitant à la violence, perquisitionnant et apposant des scellés sur les greniers. Désavoué par la Commune de Paris suite à ces «faits d’armes», il est arrêté en novembre. Envoyé à la Conciergerie, il en sortira blanchi en 1790, grâce à la pression populaire (10). Agitateur né, il reprendra du service pour exploiter la famine et pousser aux troubles (11). Arrêté pour fabrication de faux assignats avant le 10 août, il est libéré par la commune insurrectionnelle. On le retrouve peu de temps après dans une curieuse affaire (12) (13) étouffée à la demande de Danton. Bénéficiant sans doute de quelques soutiens (Danton, Pache, Hébert ?), il entre au ministère de la Guerre. On le retrouve en février 1793, adjoint du ministre Beurnonville, chef de la 6ème division (14) du ministère chargée des nominations, brevets et promotions. Il est écarté dans le ministère de Bouchotte, remplacé par Audouin (15), probablement plus compétent pour ce poste-clé. Membre de la Commune de Paris, il est volontaire et admis pour accompagner l’armée parisienne vers la Vendée. Commissaire du pouvoir exécutif, adjoint de Ronsin, en charge de l’approvisionnement de l’armée, il se fit remarquer tant et si bien qu’il fut emprisonné le 20 juin à Niort par les représentants en fonction, pour agitation (16). Renvoyé à Tours pour être jugé par la commission centrale, Ronsin l’affecte à la commission militaire de Sénar le 1er juillet, puis à celle de Parein le 13. L’homme n’oublie pas cependant de garder le contact avec ses amis de la Commune qu’il informe régulièrement (17). Le 4 octobre, il succède à Parein à la tête de la commission et va s’y « illustrer ». Alors qu’il est mis fin aux travaux de cette dernière commission, Bourbotte le nomme à la tête de la seconde commission de Noirmoutier alors qu’au même moment Robespierre les nomme, lui et Laporte (18), au tribunal révolutionnaire de Paris. Selon toute vraisemblance, il reste en Vendée. Après cet épisode, son parcours devient nettement plus flou. Comme Parein, il est mis en accusation dans la conjuration des égaux (19) et comme Parein, il sera acquitté. Ensuite, plus de traces. Il est probable qu’il finît sa vie comme maître de musique vocale.

Autres instances
La Vendée s’étant soulevée, c’est autant d’ennemis, de brigands, de complicités coupables à soumettre au bras inflexible de la justice d’Etat. Il est donc aisé de comprendre la multiplication des tribunaux et autres commissions militaires. Mais on se contentera ici juste d’identifier les autres organes de justice qui ont opéré en lien direct avec l’Armée des côtes de la Rochelle.

Les commissions
L’objectif n’est pas ici de faire le décompte des peines prononcées par chacune d’entre elles (d’autres l’ont fait) mais d’illustrer leur foisonnement en lien direct avec les activités militaires. Ont donc également été organisées les commissions suivantes :

1ère commission militaire des Sables d’Olonne (avril 1793 à mai 1793),

commission militaire de Tours (1er juillet-16 juillet 1793), présidée par Sénar,

commission militaire de Niort (juillet 1793 à septembre 1794),

commission révolutionnaire de la Rochelle (septembre 1793-mars 1794),

2ème commission militaire des Sables d’Olonne (octobre 1793 à avril 1794),

commission militaire de Fontenay-le-Comte (11 décembre 1793-31 mars 1794 (20),

1ère commission révolutionnaire de Noirmoutier (5 mai 1794-14 juin 1794) jugée trop clémente par les représentants et dont les juges sont remplacés,

2ème commission révolutionnaire de Noirmoutier (15 juin 1794-7 décembre 1794) présidée par Felix et Laporte, Hudoux en tant que juge.

D’autres commissions militaires se tinrent le temps de quelques séances pour juger localement des prisonniers vendéens engorgeant les prisons d’une ville (Ancenis, Ingrande, Machecoul, etc...).
À noter qu’il y eut également des commissions militaires au sein de l’Armée des côtes de Brest (à Nantes notamment). La plus emblématique est celle dite « de Savenay » présidée par Bignon, créée à la suite de la bataille pour juger les nombreux prisonniers et faisant couler abondamment le sang.

Tribunal révolutionnaire de Rochefort
Comme celui de Brest, ce tribunal a en charge de juger les manquements de la flotte et des troupes d’une Marine peu révolutionnaire (n’oublions pas qu’elle livre Toulon aux Anglo-Espagnols fin août 1793).

Comité de surveillance et révolutionnaire de Saumur
Créé le 1er juillet 1793 par le représentant Bourbotte, composé de sept membres et un secrétaire, il assure un rôle d’instruction (le plus souvent sur la base de dénonciations).
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’homme influent de ce comité est son secrétaire (Urbain Lepetit, 18 ans, ancien canonnier au bataillon de l’Unité) et non son président (qui change tous les quinze jours). Pratiquement chaque jour, le secrétaire adresse son rapport au représentant en mission pour lui demander son approbation sur les dossiers.
Le comité a compétence sur tous les comités locaux du district (arrondissement aujourd’hui). Il assure non seulement des fonctions policières ou judiciaires (constatation des décès pour l’état civil) mais également de distributions de biens (vivres, bois, charbon, etc...), d’allocations de ressources aux familles patriotes, inspection des écoles, etc... Il assure donc un rôle particulier dans le durcissement opéré pendant la Terreur (recherche et arrestation des suspects, campagnes de déchristianisation, renforcement des mesures de sûreté). Face aux excès, un décret du 2 juillet 1794 prononce l’arrestation des membres du comité et sa traduction devant le tribunal révolutionnaire de Paris. Malgré, les acquittements prononcés, son élan révolutionnaire sera brisé et ses actions se feront plus modérées jusqu’à sa liquidation en février 1795.
Le comité sera installé avec le commandement militaire à l’Hotel Blancler à Saumur, face à la guillotine installée sur la place Bilange.

En guise de conclusion
Si Parein, ancien officier de la garde nationale, était capitaine lors de sa prise de fonction à la tête de la commission militaire, il subsiste un doute, faute de preuve formelle, que Felix fut officier au 6ème bataillon de la formation d’Orléans.
Pour rappel, les bataillons de la formation d’Orléans ont été constitués (décret du 4 mai 1793) à partir de volontaires tirés des bataillons des armées du Nord et des Ardennes et complétés par des recrues locales. 15 bataillons ont été ainsi formés assez hâtivement en mai : le 23 mai, 10 étaient déjà formés et 8 avaient déjà pris la route pour Tours, 4 autres partirent avant le 28 mai et le dernier fut constitué le 3 juin.
Il est tout à fait possible que Felix ait pu être présent à Orléans lors de la formation des unités ou qu’il vint combler une vacance. Ne pas oublier qu’il a été pendant quelques semaines chef du bureau en charge des brevets et promotions…

Notes

5) Pour information, il fut établi une liste officielle de 954 personnes pouvant être désignées comme «vainqueur de la Bastille».

6) Créée le 06 septembre 1793, cette armée « de 6000 hommes et 1200 canonniers » est destinée à protéger Paris des mouvements contre-révolutionnaires. Elle est composée à partir de la garde nationale de Paris, sous le contrôle des Hébertistes (ou exagérés).

7) Créée le même jour que la reddition de la ville par Collot d’Herbois, elle sévira sous les directives de Fouché et sera responsable des mitraillades des Brotteaux.

8) Dès son accession au pouvoir Bonaparte se méfie comme de la peste des anciens révolutionnaires, qui plus est fussent-ils généraux. Sans la protection de Fouché, sa carrière se serait terminée plus tôt. Aussi est-il pratiquement certain qu’il continue de servir Fouché après mais cette fois en tant qu’auxiliaire de police. Il en fut quitte pour être exilé de 1812 à 1814 à Caen sous étroite surveillance policière.

9) Les quatre frères de cette fratrie bourgeoise adoptèrent chacun un surnom différent. Ainsi, le cadet, Musquinet de Beaupré (1749-1813), général de brigade, fit carrière sous l’Empire et fut un proche de Davout. Un autre frère, Musquinet de Lapagne, maire d’Ingouville, faubourg du Havre, finira guillotiné peu de jours avant les Hébertistes.

10) Le peuple fait libérer les acteurs des émeutes des Barrières de Paris (5et 6 octobre 1789), son affaire étant assimilée à cette dernière, il est libre.

11) Il aurait payé un meunier pour l’engager à ne pas moudre, c’est dire.

12) Il se serait introduit le 13 août dans la tour du Temple en utilisant un faux et aurait à l’aide d’un géomètre été pris le 26 en train de faire des relevés. A quelle fin, mystère ? Mais c’est là qu’était enfermée le reste de la famille royale…

13) 14) Promotions et brevets de vétérans, nomination aux emplois, avancement et remplacement des officiers de tous grades, congés, reliefs et retraites, expédition des brevets de pensions, admission aux invalides, écoles militaires. Bref la direction du personnel du ministère.

15) François Xavier Audouin (1765-1837). Ancien secrétaire général du Ministre (bref le second) et gendre de Pache (Santerre et Hébert sont ses témoins de mariage), il aura un rôle déterminant dans l’épuration des cadres de l’armée.

16) Il arrive tout de même à soulever les sociétés populaires de la Rochelle et de Niort contre lui.

17) On retrouve au moins quatre citations de ces lettres dans le Moniteur (20 juin, 1er août, 6 septembre, 16 septembre)

18) cf. loi du 22 prairial an 2, article 3.

19) Menée par Gracchus Baboeuf, les égaux ou babouvistes sont arrêtés en mai 1796. Ils promeuvent une réforme radicale de la société (abandon de la propriété privée notamment) et programment de renverser le Directoire. Rossignol fait partie des condamnés à la déportation.

20) Il fut mis fin aux travaux de cette commission par les représentants lorsque celle-ci jugea et condamna un aide de camp (V. Goy-Martinière, capitaine au 3ème bataillon de la Haute Vienne) du général Huchet, commandant l’une des colonnes infernales. Le prévenu fut bien évidemment libéré et lavé de tout soupçon.


Sources principales 
Archives numérisées de la Vendée
La justice révolutionnaire, Beriat Saint-Prix, tome 1, 1870
Charlotte Robespierre et ses amis, Annales de la Révolution Française, n°165, septembre 1961

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Edit DM : pour ceux qui n'auraient pas compris ci-dessus, "bien évidemment libéré et lavé de tout soupçon", sous entendu d'être un mauvais patriote, alors que l'assassinat pur et simple (voire compliqué au préalable de viols, tortures, barbaries diverses et variées) de milliers de civils désarmés, femmes et enfants compris, était alors un certificat de bonne conduite républicaine. Conduite qui aujourd'hui relèverait du TPIV (Tribunal Pénal International pour la Vendée) au titre de crimes contre l'humanité !
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 30 Mar 2021, 13:38

Voici le 4/6 (Partie IIIb ou 2e des "Incursions républicaines dans l'Anjou insurgé") des mel du "produit fini" de Thierry Legrand sur "Les combats de juillet 1793 en Vendée".

http://www.planete-napoleon.com/docs/Partie_IIIb.pdf

Qui disserte sur "Le grand choc de Vihiers 17-18 juillet 1793"

Il s'agit d'une version améliorée et illustrée, accompagnée de cartes, etc..., apportant donc une réelle plus-value aux textes déposés précédemment façon feuilleton.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 09 Avr 2021, 14:42

Voici le 5/6 (Partie IV : "Tentatives vendéennes contre Angers") des mel du "produit fini" de Thierry Legrand sur "Les combats de juillet 1793 en Vendée".

http://www.planete-napoleon.com/docs/Partie_IV.pdf

Qui disserte sur "Le grand choc de Vihiers 17-18 juillet 1793"

Il s'agit d'une version améliorée et illustrée, accompagnée de cartes, etc..., apportant donc une réelle plus-value aux textes déposés précédemment façon feuilleton.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 17 Avr 2021, 15:07

Voici le 6/6 (Partie V : "Conclusion") des mel du "produit fini" de Thierry Legrand sur "Les combats de juillet 1793 en Vendée".

http://www.planete-napoleon.com/docs/Partie_V.pdf

Qui disserte sur "Le grand choc de Vihiers 17-18 juillet 1793"... et ses conséquences...

Il s'agit d'une version améliorée et illustrée, accompagnée de cartes, etc..., apportant donc une réelle plus-value aux textes déposés précédemment façon feuilleton.

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