Échanges sur les guerres de Vendée

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 31 Aoû 2020, 12:52

La gendarmerie à l’Armée des Côtes de la Rochelle (par Denis Bouttet)

Fer de lance dans la lutte contre l’insurrection vendéenne, l’Armée des Côtes de la Rochelle reçut de forts contingents de gendarmerie.
Le temps des combats fut bref et les unités ne furent pas re-complétées, aussi n’est-il pas rare de voir dans les ordres de batailles, des unités à mi-effectif (soit deux-cents hommes pour un bataillon).

Corps des grenadiers de la Convention
Corps prestigieux de par ses anciennes missions, composés de grenadiers-gendarmes recrutés au sein des compagnies de grenadiers de tous les corps (3), l’unité n’en est pas moins devenue combattante que depuis peu. Elle fera ses premières armes en Vendée donc où elle y fut dirigée dès avril, remplacée pour son service auprès de la Convention par une compagnie de vétérans.

Elle est organisée sur la base d’un bataillon d’infanterie à quatre compagnies de 113 hommes et de deux compagnies de canonniers, à 55 hommes chacune (et deux pièces de 4).
L’unité combattra à la division de Niort où elle se fera remarquer pendant les combats de l’été et de l’automne (reprise de Fontenay, Chatillon). Affaiblie et réduite à la taille d’une compagnie (84 hommes d’infanterie en novembre), elle sera assez vite cantonnée à des rôles de garnison, à Saumur notamment, avant de rejoindre, exsangue, Paris en fin d’année 1793 pour reprendre ses fonctions initiales, à une période très (mais très) troublée de la Révolution.

Le 12 avril 1795, l’unité fut portée à six compagnies. Ses membres devaient avoir alors une taille minimum de 5 pieds et 5 pouces. Le 22 juillet 1795, la Convention décréta que les grenadiers-gendarmes prendraient la dénomination de Grenadiers près de la représentation nationale et que leur nombre serait porté à 800 hommes via un bataillon à huit compagnies. Le 7 novembre, le corps fut porté à deux bataillons de six compagnies de cent hommes chacune.

Ce corps est indubitablement le précurseur de la future garde consulaire… et de la garde républicaine de nos jours.

Anecdote : le 5 octobre 1795 (13 vendémiaire an IV), un certain général Bonaparte, fraîchement nommé commandant l’armée de l’Intérieur repousse avec l’aide notamment des grenadiers de la Représentation Nationale des insurgés royalistes à la tête desquels commande un certain général Thevenet (dit Danican, ancien colonel du 8ème hussards en Vendée). Il y gagnera le surnom de général Vendémiaire, avant d’en gagner d’autres.

35ème division de gendarmerie
Rendue célèbre par l’officier qui la commandait (Rossignol), l’unité fera ses armes également en Vendée dès fin mars 1793. Initialement créée sur la base de un bataillon de cinq compagnies de 113 hommes avec une compagnie d’artillerie à 55 hommes, elle sera renforcée à huit compagnies (deux bataillons) et deux compagnies de canonniers.

Elle combattra au sein de la division de Saumur où elle passera l’essentiel de son temps de service au sein de l’avant-garde et sera de ce fait de toutes les opérations (y-compris virée de Galerne) subissant de sévères pertes (comme à Chemillé en avril).
Présente en Vendée jusqu’en avril 1794.

36ème division de gendarmerie
Son itinéraire n’est guère différent de celui de la 35ème. Toutefois, elle fut constituée initialement sur la base de deux bataillons à quatre compagnies et une de canonniers.
Présente en Vendée jusqu’en juin 1794 (réduite à 118 hommes le 19 juin 1794).

31ème division de gendarmerie
Elle arrive en Vendée à l’été 1793. À Nantes en août 1793 sous l’appellation de gendarmes du 14 juillet. Il s’agit de l’escadron à cheval. Fort de 92 hommes le 16 août, il en restera à peine 30 en novembre.
Présente en Vendée jusqu’en juin 1794.

Division de gendarmerie de la Vendée
Formation de circonstance, elle fut constituée à Tours le 23 mai suivant le modèle d’un bataillon quatre compagnies et d’une compagnie de canonniers.
Probablement constituée de gendarmes combattant à pied des 5ème et 6ème divisions de gendarmerie et probablement de ceux des 22ème voire 27ème divisions. Elle fut dissoute à Tours le 17 avril 1795.

2ème division de la formation de Versailles
Alors que la 2ème division de gendarmerie à cheval de la formation de Versailles était destinée à l’Armée des Pyrénées, le 4ème escadron servit au début l’été au sein de la division de Niort, et plus particulièrement dans le secteur des Sables d’Olonne où il constituait l’ossature de la cavalerie disponible. Toutefois, à compter du 1er août, il ne figure plus dans les états de situation.

Gendarmerie départementale
Les départements limitrophes à la zone de conflit fournirent des contingents de gendarmerie à cheval, notamment ceux de la Vienne, de la Haute Vienne et la Corrèze qui se réunirent aux forces de la division de Niort, relativement dense en troupes fraîchement levées.
Comme on l’a vu précédemment, cette gendarmerie est de création récente mais potentiellement bien encadrée.

En guise d’épilogue
La loi du 15 juin 1794 réforme les divisions de gendarmerie (y-compris les compagnies de canonniers) :

les 30ème et 31ème divisions fusionnent sous la désignation de 30ème division,
les 32ème et 34ème divisions fusionnent sous la désignation de 31ème division,
Les 33ème et 35ème divisions fusionnent sous la désignation de 32ème division.
La loi ne le précise pas mais la 36ème division dut prendre le rang de 33ème (cf. Belhomme).

Ces divisions furent certainement rassemblées à Paris où elles retrouvèrent leur service originel.
Il est intéressant de noter qu’il est mis fin au recrutement de ces divisions de gendarmerie à pied et que les nominations d’officiers ne pourront se faire qu’au sein de ces unités, sans apport extérieurs.

Selon l’opinion du législateur, ces nouvelles divisions ont été créées pour récompenser les ci-devant gardes françaises, vainqueurs de la Bastille, et les blessés du 10 août. De ce simple fait, il y a là une forme de «sanctuarisation» et les hommes qui les composent deviennent des emblèmes des plus sacrés à un tournant majeur de la Révolution (4) : des héros de la Liberté.

Les divisions de gendarmerie à cheval destinées aux armées furent quant à elles, a priori dissoutes suite à la loi du 17 avril 1795. Selon Belhomme toujours, la 33ème division fut incorporée le 25 mai 1795 dans la 31ème, la 32ème dans les 30ème et 31ème.

Le décret de loi du 27 juin 1795 acte le licenciement de la gendarmerie de Paris. Ainsi, les 29ème, 30ème et 31ème division de gendarmerie ainsi que les gardes des prisons de Bicêtre et de la Salpêtrière. Les canonniers des divisions de gendarmerie (dont grenadiers-gendarmes de la Convention) sont également licenciés.

Après épuration (sic), ceux qui le souhaitent pourront intégrer la nouvelle légion de police générale organisée par décret à la même date. Cette légion de police générale est organisée sur la base de deux demi-brigades de trois bataillons à huit compagnies chacune, de deux escadrons de cavalerie et de deux escadrons de chasseurs à cheval. Elle officiera à Paris uniquement et sera licenciée l’année suivante, après avoir refusé d’aller aux armées.

Liste des divisions départementales
Parce-que pas si simple à trouver, voici la liste des divisions de gendarmerie en 1793.
1ère division : Paris, Seine & Oise, Seine & Marne
2ème division : Seine inférieure, Eure, Oise
3ème division : Calvados, Orne, Manche
4ème division : Finistère, Morbihan, Côtes du Nord
5ème division : Ille & Vilaine, Mayenne, Mayenne & Loire, Loire inférieure
6ème division : Vendée, Deux Sèvres, Charente inférieure
7ème division : Lot & Garonne, Dordogne, Gironde
8ème division : Landes, Basse Pyrénées, Hautes Pyrénées
9ème division : Haute Garonne, Gers, Tarn
10ème division : Ariège, Pyrénées orientales, Aude
11ème division : Hérault, Gard, Lozère
12ème division : Bouches du Rhône, Drôme, Ardèche
13ème division : Basses Alpes, Hautes Alpes, Var
14ème division : Isère, Rhône & Loire, Ain
15me division : Saône et Loire, Côte d’Or, Jura
16ème division : Doubs, Haute Saône, Haut Rhin
17ème division : Bas Rhin, Meurthe, Moselle
18ème division : Meuse, Haute Marne, Vosges
19ème division : Aisne, Marne, Ardennes
20ème division : Somme, Pas de Calais, Nord
21ème division : Sarthe, Eure & Loire, Loir & Cher
22ème division : Indre, Vienne, Indre & Loire
23ème division : Charente, Haute Vienne, Corrèze
24ème division : Lot, Aveyron, Cantal
25ème division : Haute Loire, Puy de Dôme, Creuse
26ème division : Loire, Yonne, Aube
27ème division : Cher, Nièvre, Allier
28ème division : Corse

Notes

3) La solde d’un grenadier-gendarme est double de celle d’un simple gendarme.

4) Nous sommes quasiment à la veille de la chute de Robespierre et quelques jours à peine après la fête de l’Être suprême (8 juin) qui de l’avis unanime la précipita.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 07 Sep 2020, 17:37

Par Thierry Legrand

Essai de réponse au sujet du chef commandant les Vendéens le 7 septembre 1793 aux Ponts-de-Cé.

Le 17 septembre, il semble que d’Elbée laissa dans les Mauges deux petites divisions tandis que l’Armée Catholique et Royale partait sur Torfou pour aider Charrette.

La 1ère division sous les ordres de Piron était stationnée aux alentours de Bressuire, avec son quartier-général à Chanteloup.

La 2nde était sous les ordres du chevalier Duhoux, longtemps réputé neveu du général républicain Charles François Duhoux d’Hauterive. Il stationnait plus au Nord, sans doute sur Chemillé. Dans cette position, sa petite division d’environ 3.000 hommes tenait les Mauges angevines et, grâce au Layon, se couvrait contre les incursions des Bleus venant d'Angers. (Un héros vendéen, Piron de La Varenne, le général au cheval blanc, Paul Mercier, 1938, p.58).

Y avait-il eu les mêmes dispositions lors du départ de l'armée vendéenne début septembre pour porter secours à Royrand contre Tuncq ? Peut-être bien. Alors ceux qui s'opposèrent à Turreau le 7 septembre auraient été commandés par ce chevalier Duhoux. D'ailleurs, Piron était connu des Bleus et reconnaissable à son cheval blanc qu'il chevauchait bien visiblement en tête de ses troupes.

Je pense que Turreau aurait été trop heureux d’annoncer l’avoir vaincu, s'il avait été présent. Ce pourrait donc être ce chevalier Jean Duhoux, frère de Pierre Duhoux (plus connu que son frère Jean) et de Marguerite d’Elbée, tous deux fusillés à Noirmoutier avec le général d'Elbée le 6 janvier 1794.

Le chevalier Duhoux fut tué à la bataille du Mans selon plusieurs témoignages de combattants vendéens (in Mémoires de Louis Monnier en particulier). Il avait 42 ans.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 16 Sep 2020, 12:27

Thierry Legrand nous propose un nouvel essai sur

Les combats de juillet 1793 en Vendée

I- Introduction

Le 29 juin 1793, après plusieurs heures de combat, les Vendéens s’éloignent de Nantes qu’ils n’ont pas réussi à emporter. La blessure mortelle reçue par Jacques Cathelineau, le généralissime de l’Armée Catholique et Royale, est pour une part responsable de l’échec de l’assaut entrepris sur la ville. Le travail accompli par le général Canclaux, à qui l’on doit la mise en état de défense de la ville de Nantes, n’est pas à négliger pour expliquer l’échec royaliste. Ce général y commandait les troupes de l’Armée des Côtes de Brest sur place.

Les soldats-paysans rentrent chez eux panser leurs plaies, découragés de l’échec et de la blessure du « Saint de l’Anjou », Jacques Cathelineau. Tandis que Charette retourne dans son pays de Retz, les Angevins repassent la Loire à Ancenis pour la plupart.

Cette attaque contre Nantes avait certes réuni la plus grande partie des troupes royalistes mobilisables fin juin 1793. Cependant, les travaux des champs avaient alors bien réduit les forces disponibles pour attaquer la ville. Nous n’étions déjà plus en mai, ni début juin devant Saumur.
Si la cité des ducs de Bretagne fut choisie comme l’objectif de l’Armée Catholique et Royale après la prise de Saumur le 9 juin, l’occupation d’Angers le 18 et la prise de Parthenay au Sud de la zone insurgée le 14 du même mois, ce ne fut pas sans heurts entre les différents chefs de l’armée insurgée.

En effet, Saumur fut donc conquise le 9 juin par l’Armée Catholique et Royale. Le 12, Jacques Cathelineau fut élu généralissime. Face aux succès des armes catholiques, plusieurs choix s’offraient alors aux vainqueurs. Le jeune comte de La Rochejaquelein, le héros de la prise de Saumur, proposa de marcher sur Paris. Napoléon dira un jour : « rien n’eût arrêté la marche triomphale des armées royales. Le drapeau blanc eût flotté sur les tours de Notre-Dame avant qu’il eût été possible aux armées du Rhin d’accourir au secours de leur gouvernement. » La proposition, soutenue uniquement par Stofflet, fut rejetée et on se dirigea donc vers Nantes.

Afin que la zone insurgée ne soit pas totalement abandonnée aux excursions des Bleus, il fut décidé que Royrand, à la tête de l’Armée du Centre, attaquerait Luçon pour fixer l’Armée des Côtes-de-La Rochelle. L’attaque, effectuée le 28 juin, fut un échec pour les Blancs mais empêcha les troupes républicaines postées au Sud de la zone insurgée de pénétrer ce territoire en force ; au moins pour quelques jours.

Une garnison fut laissée à Saumur sous les ordres de Henri de La Rochejaquelein. L’armée catholique quitta alors Saumur, entra sans combat dans Angers le 18 juin, puis continua sa marche sur Nantes, le long de la Loire. Pendant ce temps, les soldats-paysans restés en garnison à Saumur sous les ordres de La Rochejaquelein et de Laugrenière, abandonnèrent petit à petit la ville, pressés de revenir chez eux pour les travaux des champs.

« Pendant plusieurs jours, pour faire illusion aux habitants sur la faiblesse de ses forces, La Rochejacquelein avait parcouru la ville au galop, en pleine nuit, avec quelques officiers, en criant : Vive le Roi ! Mais enfin n’ayant réuni à l’appel que huit hommes sur trois cents qu’il avait sous ses ordres et qui étaient imprudemment disséminés dans toutes les rues, et apprenant que trois mille Républicains venaient de rentrer dans Chinon, il craignit d’être enveloppé et fait prisonnier. Il quitta Saumur avec deux cent cinquante hommes, emmenant avec lui les deux canons qui lui restaient de toute l’artillerie capturée et qu’il avait préalablement fait filer dans le Bocage avec les munitions » (Histoire de la Vendée - tome 2, abbé Deniau, 1878). C’était le 25 juin. Le lendemain à midi, le capitaine Chambon à la tête de soixante-dix cavaliers du 8e hussards, entrait dans Saumur.

Nous nous intéresserons aux mouvements et combats qui eurent lieu dans la zone délimitée par les villes d’Angers, Châtillon-sur-Sèvre, Parthenay et Saumur. C’est en effet, dans cette zone que les unités de l’Armée des Côtes-de-La-Rochelle, présentes à Tours et Niort fin juin, entrèrent en contact avec les forces royalistes.

À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 27 Sep 2020, 08:43

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur

Les combats de juillet 1793 en Vendée

II- L’Armée républicaine en Vendée au début de l’été 1793
Tournons nos regards vers l’armée républicaine en ce début d’été 1793. Depuis le 28 mai, c’est le général Armand-Louis de Gontaut-Biron, duc de Lauzun, qui commande l’Armée des Côtes-de-La-Rochelle. Son quartier-général est à Niort. Début juillet, il peut aligner environ 50.000 hommes de valeurs et d’équipement très inégaux. Cette armée encercle la zone insurgée dans un cordon allant des Sables d’Olonne à Angers en passant par Fontenay-le Peuple, Niort et Saumur. Cependant, depuis la défaite de Saumur le 9 juin, les troupes censées tenir les bords de Loire à Angers et Saumur ont, pour une grande partie, rétrogradé sur Tours, laissant les bords de Loire, Angers comprise, aux mains des Royalistes.

Cette Armée reste divisée en deux ailes. L’aile droite devait tenir les bords de Loire, avec les villes d’Angers et de Saumur et une base arrière à Tours. C’est par Angers (ou plus précisément les-Ponts-de-Cé) et Saumur qu’elle pouvait pénétrer en territoire insurgé. C’est le général Charles-François Duhoux d’Hauterive qui commande cette aile. Cependant, blessé lors de la prise de Saumur et incapable de monter à cheval, c’est son second, le général Jacques Pilotte de la Barollière, qui va commander les forces opérationnelles de cette aile en juillet.

L’aile gauche de cette Armée des Côtes-de-La-Rochelle voit ses forces beaucoup plus dispersées que l’aile droite. En effet, cette aile a pour fonction surtout d’empêcher les insurgés d’obtenir un port sur la côte Atlantique. Elle assure ainsi la protection de La Rochelle et même de Rochefort encore plus loin des zones de combats. Elle opère à partir de trois centres : les Sables d’Olonne où commande le général de brigade Henri Maurille de Boulard ; Luçon sous les ordres du général de brigade Augustin Tuncq (qui remplace le général Sandoz) ; Niort, où se trouve Biron et le quartier général de l’Armée, et où commande le général de division Alexis Chalbos.

Nous nous intéresserons à cette division de Niort essentiellement. Le général Chalbos qui la commandait, avait sous ses ordres un seul général de brigade, Westermann. C’était bien peu d’officiers généraux pour commander les dix-huit mille hommes dont seize mille d'infanterie et deux mille de cavalerie, que comprenait cette division de Niort. Chalbos était à Niort, Westermann à Saint-Maixent.

Après la perte de Saumur le 9 juin, l’aile droite se replia presque en totalité à Tours. Sous l’impulsion de son chef d’état-major général, le futur maréchal Alexandre Berthier, Tours fut le centre de la réorganisation de cette aile. Grâce notamment à l’arrivée de renforts parisiens, grâce aussi aux bataillons de la formation d’Orléans, c’est quasiment une nouvelle aile droite qui voit le jour à Tours, sous les ordres du général Duhoux. Au 21 juin, elle est forte d’un peu plus de 18.000 hommes.

Le plan du général Biron après la prise de Saumur était tributaire de la réorganisation de l’aile droite. Une fois opérationnelle, elle devait marcher par les rives droite et gauche de la Loire vers Angers, reprendre Saumur au passage et, les bords de Loire ainsi reconquis, empêcher les insurgés de se joindre aux Chouans de Bretagne et du Maine.

De son côté, l’aile gauche devait organiser deux colonnes offensives : une, au départ des Sables, devait pénétrer dans le pays de Retz et donner la main à Canclaux aux environs de Machecoul. Le but était de rétablir les communications par voies terrestres, entre La Rochelle et Nantes. La seconde colonne, dont Biron aurait pris la tête, devait, depuis Niort, atteindre Montaigu en passant par Fontenay-le-Peuple. Biron voulait, par ce plan, isoler les insurgés de la « grande Armée Catholique et Royale » et les empêcher de communiquer avec de possibles renforts venant de la mer (Anglais) ou de donner la main aux Chouans de Bretagne et du Maine.

Ce plan était cependant confronté à plusieurs obstacles : le manque d’unités capables d’une réelle force offensive, en particulier aux Sables d’Olonne ; un manque de subsistances et d’approvisionnements un peu partout ; la grande difficulté de communiquer avec le général Canclaux à Nantes. De plus, le caractère de Biron ne le portait pas à l’offensive et encore moins à la témérité. Son plan fut accepté mais lui-même estimait devoir attendre au moins huit jours pour le mettre à exécution. Il promit des renforts à Boulard aux Sables et décida d’envoyer un message à Canclaux par la mer, lui dévoilant son plan et désirant attendre sa réponse avant de le mettre à exécution.

À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 09 Oct 2020, 13:28

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur...

Les combats de juillet 1793 en Vendée

A- La division de Niort

Entre temps, sollicité par Westermann qui voulait en découdre avec les brigands, Biron finit par donner ordre à ce dernier, le 24 juin, de se diriger sur Parthenay depuis Saint-Maixent avec sa Légion du Nord et une cinquantaine de chasseurs de la Légion des Ardennes : 1.400 fantassins, 400 cavaliers et 8 pièces d’artillerie volante en tout.

De fait, Lescure occupait la ville depuis quelques jours. A la nouvelle que les Républicains s’étaient renforcé à Niort, ce général vendéen, blessé à Saumur, en convalescence dans son château, fit sonner le tocsin dans les paroisses autour de Bressuire et réussit à réunir environ cinq mille hommes. Il entra sans résistance à Parthenay puis décida de mettre la ville en état de défense.

Westermann y arriva le 24 juin à deux heures du matin, surprit et égorgea les avant-postes ennemis et pénétra dans la ville, évacuée dans la précipitation par les insurgés encore présents dans ses murs. Lescure lui-même manqua d’être pris. « Cette surprise jeta une grande inquiétude dans tout le haut Poitou ; on crut à une invasion de forces considérables. Mais Westermann, qui n’avait avec lui que son avant-garde, se contenta, le jour venu, d’occuper Parthenay quelques heures seulement, et rentra à Saint-Maixent dans la crainte d’être surpris à son tour. » (Deniau, tome II).

Lescure, apprenant le retrait de Westermann, revint à Parthenay. « Les soldats irrités contre les habitants qui avaient favorisé les Républicains, se mirent à les piller. Lescure s’opposa à ces déprédations, mais il ne réussit qu’imparfaitement à les arrêter. Il voulut toutefois faire sentir aux habitants de Parthenay son mécontentement personnel ; il enleva les familles des administrateurs absents et les interna à Châtillon.

Westermann n’était pas homme à rester en arrière de pareilles mesures ; il menaça de piller et même d’incendier. Le 26 juin, il écrivit aux représentants : « J’ai fait annoncer à tous les villages que je brûlerais et mettrais au pillage toutes les communes qui fourniraient aux rebelles des contingents ou autre secours : cela fait trembler le paysan. Cet exemple terrible est nécessaire pour arrêter le torrent qui perdrait la République. » (Deniau, tome II).

Le 25, Biron apprend par courrier venant de Tours que la Commission centrale sur place a nommé des généraux au sein de l’aile droite sans même lui en parler. Par le même courrier, on lui réclame 3.000 hommes en renforts, afin que cette aile puisse conserver sa force d’intervention d’environ 18.000 hommes nécessaires pour reprendre Saumur et les bords de Loire. Tout en envoyant sa démission à Paris devant ce qu’il juge être un déni de son autorité par la Commission centrale de Tours, il décide d’accéder à la demande des 3.000 hommes. Mais par cela même, il renonce à envoyer des renforts à Boulard et à rétablir les communications avec Nantes par Machecoul.

D’ailleurs, les Royalistes recommencent à se montrer agités et Biron va se voir obligé de parer au plus pressé. Le 28, Luçon est attaqué. On l’a vu, cette attaque dirigée par Royrand à la tête de l’Armée du Centre, avait pour but de fixer l’Armée des Côtes-de-La Rochelle, tandis que la « grande Armée » frapperait Nantes. L’attaque de Luçon sera un échec pour les Blancs.

Dans le même temps, l’alerte est quasi-continuelle aux Sables et Biron craint que Boulard n’y soit attaqué. Heureusement, le général en chef apprend par une lettre des généraux de l’aile droite que les Brigands ont évacué Saumur, qu’eux-mêmes s’y rendent et, prévoyant ne pas avoir à prendre la ville d’assaut, ils n’ont plus besoin des 3.000 hommes demandés. Biron donne alors l’ordre à la moitié de ce renfort qui avait déjà atteint Poitiers, de revenir sur Niort. L’autre moitié était à Saint-Maixent et Biron confie cette force à Westermann, lui enjoignant avec l’ensemble des forces qu’il a à Saint-Maixent de faire diversion en pénétrant à nouveau en zone insurgée.

B- La division de Tours

Pendant ce temps, comme écrit plus haut, un parti de cavaliers républicains investit Saumur le 26 juin à midi. Le 28 à l’aube, une partie de l’avant-garde de la division quittait Tours pour Saumur, par Azay et Chinon1. Le lendemain, le reste de la division se dirigea également vers Saumur. Les ordres étaient de venir au secours de Nantes qu’on savait menacée. Le 29 juin, jour de l’attaque de Nantes, la division est à Saumur et l’avant-garde a atteint Doué.

Selon Savary (Guerre des Vendéens et des Chouans, tome I), Menou commandait l'avant-garde, forte de quatre mille hommes, dont la moitié de ligne. Il avait sous ses ordres les généraux de brigade Fabrefonds, Dutruy, Barbazan, Gauvilliers. Santerre commandait la première brigade, composée de cinq bataillons de Paris et forte de quatre à cinq mille hommes. Joly commande la seconde brigade, forte de dix-sept cents hommes dont cinq cents de ligne. Chabot commandait la troisième brigade, composée de deux mille cinq cents hommes dont six cents de ligne. La cavalerie présentait un effectif de seize cents hommes : 8e et 9e hussards, 16e et 19e dragons, 24e chasseurs, et les gendarmes volontaires de la Mayenne. L'artillerie avait cinq cents hommes servant une trentaine de pièces de tous calibres.

Dans Les cinq Vendées du lieutenant-colonel Henri de Malleray, nous trouvons des chiffres plus précis (page 53 : situation VII, extrait des Arch. Guerre, Côtes de La Rochelle, Carton I) : en juin est-il écrit (sûrement fin juin), l’avant-garde de Menou comptait 4.173 fantassins et 1.630 cavaliers ; la première brigade Santerre, 4.100 hommes ; la deuxième brigade Joly, 1.758 ; le troisième brigade Chabot, 2.258 ; la réserve Burac 4.118 hommes ; pour un total de 18.037 hommes.


Note 1 : Ordre de marche de l’Armée vers Saumur, signé des généraux présents à Tours et daté du 27 juin : « une partie de l’avant-garde composé du détachement du 8e régiment de hussards, de quatre compagnies de la 36e division de gendarmerie, du 6e bataillon du Nord, du 4e et du 15e bataillons de la formation d’Orléans partira cette nuit pour se rendre à Saumur, passant par Azay et Chinon. »

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À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 18 Oct 2020, 10:07

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur...

Les combats de juillet 1793 en Vendée

III- Incursions républicaines dans le Poitou insurgé

Suivant les ordres de Biron de faire diversion, Westermann s’élance donc sur Parthenay qu’il réoccupe le 30 juin. De là, il marche sur Amaillou, avec sa Légion et le petit millier d’hommes précédemment prévu comme renfort pour Tours. Ses renforts comptaient sans doute moins d’un millier d'hommes car dans un courrier daté du 29 juin, Westermann prévient Tours qu’il garde avec lui le 13e bataillon de la formation d’Orléans composé de 225 hommes et une compagnie de Paris composée de 150. Il laisse partir la 35e division de gendarmerie mais arrêta son chef, Rossignol, selon les ordres de Biron.

Dans ses mémoires, Westermann écrit qu’il avait alors 2.500 hommes sous ses ordres. Le 1er juillet, il atteint Amaillou qu’il livre au pillage et brûle en réponse au pillage de Parthenay par les Blancs. Il prend la direction de Bressuire, brûlant au passage le château du marquis de Lescure à Clisson, qui se trouvait non loin de sa route. Il investit Bressuire sans combat le 2 juillet, les Vendéens se repliant devant lui.

A- Combats du Moulin-aux-Chèvres – 3 juillet 1793

Après avoir conquis Bressuire le 2 juillet, Westermann continua le lendemain son mouvement vers Châtillon, le siège du conseil supérieur de l’Armée Catholique et Royale. Les Royalistes agissent dans l’urgence avec les moyens du bord. L’armée principale qui avait attaqué Nantes venait tout juste de repasser la Loire et les soldats-paysans, partis travailler aux champs, ne pouvaient pas être mobilisé aussitôt.

A Châtillon et aux alentours, demeuraient Lescure, blessé, et La Rochejaquelein, revenu de Saumur quelques jours auparavant. Dans les paroisses proches de Châtillon et Bressuire, les paysans avaient également repris le chemin des champs. En outre les incendies et pillages que Westermann semait sur sa route les effrayaient. Certes, ils furent obligés de quitter les travaux des champs mais, avant de reprendre les armes, ils voulurent mettre en sécurité, famille, mobiliers et bestiaux. Aussi malgré leur renommée, les deux chefs royalistes présents dans ce secteur, Lescure et La Rochejaquelein, ne purent réunir que quelques milliers d’hommes pour s’opposer à l’incursion de Westermann vers Châtillon.

Le général républicain écrit qu’il combattit 8 à 10.000 hommes, soutenus par 10 canons ; l’abbé Deniau écrit que les Vendéens ne furent que 3.000. Poirier de Beauvais dans ses mémoires écrit que l’armée vendéenne qui fit face à Westermann en avant de Châtillon le 3 juillet était renforcées d’un rassemblement de paroisses non encore aguerries. L’affrontement eut lieu sur une hauteur en avant de Châtillon, sur la route de Bressuire, au lieu-dit le Bois-aux-Chèvres. Les Vendéens s’y étaient déployés, soutenus par des canons, peut-être huit pièces si l’on se rapporte aux mémoires de Poirier de Beauvais.

Dans son rapport au général Biron, Westermann écrit : « j’ai trouvé au milieu de mon chemin, une hauteur occupée par huit ou dix mille brigands avec dix pièces de canons braquées sur nous. La position de l’ennemi était si avantageuse que j’ai hésité un moment. Cependant […] j’ai attaqué l’ennemi d’une si vive force, qu’après un combat de plus de deux heures, quoiqu’il soit parvenu à me cerner entièrement, j’ai fait une trouée et prit l’ennemi par derrière, en enlevant sur-le-champ trois pièces de canon. »

Il semble que les Vendéens utilisèrent en partie leur tactique habituelle : ils tentèrent de fixer les Bleus qui s’avançaient par la route de Bressuire à Châtillon, tandis que par les ailes, ils essayèrent de les déborder. Cependant, peut-être en raison du manque d’effectifs ou du manque d’expérience de beaucoup d’entre eux, ou ne voulant pas quitter la protection des hauteurs, le centre des insurgés ne se porta pas en avant mais demeura sur place. Erreur fatale pour des paysans plus efficaces dans les charges impétueuses que pour tenir une position.

Toujours est-il que la charge de la Légion du Nord mit le désordre dans le centre des insurgés, formé sans doute des troupes les moins aguerries. Bientôt c’est la débandade que ne peuvent arrêter ni Lescure ni La Rochejaquelein. Deux fois cependant, ils arrivent à reformer une mince ligne de défense mais celle-ci est rapidement dissoute par l’impétuosité des hommes de Westermann.

Selon le rapport envoyé à Biron, le général républicain entre à Châtillon le 3 juillet à 19 heures. La ville avait été évacuée dans la précipitation par le conseil supérieur royaliste, laissant la presse de l’imprimerie royale aux mains de l’ennemi. Il libéra six cents prisonniers ainsi que les otages faits par Lescure à Parthenay. Il annonce avoir tués deux mille brigands, avoir fait peu de prisonniers et avoir pris trois canons à l’ennemi et un drapeau blanc fleurdelysé. Il écrit aussi n’avoir souffert qu’une cinquantaine de pertes dans sa Légion, qui était au cœur des combats, les autres unités ayant peu donné.

Les pertes vendéennes sont sûrement exagérées, les combats n’ayant pas duré très longtemps et beaucoup de Vendéens ayant fui assez rapidement. Pour l’anecdote, dans sa lettre à Biron Westermann écrit avoir délivré six cents prisonniers ; dans ses mémoires (« Campagne de la Vendée du général de brigade Westermann ») écrites quelques mois après seulement, le chiffre est monté à deux mille…

Toujours dans sa lettre à Biron, Westermann conclut que « manquant absolument de munitions, tant pour l’artillerie que pour l’infanterie, il m’est impossible de pousser à Cholet, comme je vous l’ai promis. […] Je me contenterai donc demain, au lieu d’aller à Cholet, de brûler le château de Larochejaquelein […] ; et, faute de munitions de guerre et de vivres, qui ne m’arrivent pas, je ferai ma retraite sur Bressuire, où j’attendrai l’ennemi de pied ferme. »

Le soir, il reçoit la lettre de Biron lui annonçant qu’il prévoit de faire appuyer son mouvement au cœur de la Vendée insurgée par des colonnes venant de Saumur et des Sables, pour menacer les flancs de l’ennemi (c’est son plan d’origine auquel il tient toujours). Il lui annonce aussi dans cette lettre qu’avant de partir pour Saumur, il a donné l’ordre d’envoyer 1.200 hommes pour Parthenay et 300 pour Coulonges, en vue de le renforcer.

Chalbos, qui prit le commandement des forces présentes à Niort au départ de Biron, écrivit aussitôt à Westermann lui annonçant que ce sont les meilleures troupes présentes à Niort qu’il a fait partir pour Parthenay. Aussi Westermann décide-t-il de rester à Châtillon en prenant position sur les hauteurs de Château-Gaillard. Le lendemain comme prévu, il envoya un détachement brûler le château de la Durbellière, appartenant à La Rochejaquelein.

À suivre...
MANÉ Diégo
 
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 26 Oct 2020, 17:38

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Les combats de juillet 1793 en Vendée

III- Incursions républicaines dans le Poitou insurgé

B- Première bataille de Châtillon – 5 juillet 1793

C’est le 5, vers dix heures selon Westermann, que lui arrivent deux mille hommes venant de Parthenay : il s’agirait de patriotes de Parthenay et des environs, espérant tirer vengeance du traitement qu’avaient subi leurs maisons de la part des Royalistes. Crétineau-Joly parle, sûrement à tort, de quatre mille hommes, gardes nationaux de Saint-Maixent, de Parthenay et des environs de ces localités. Le général Turreau dans ses mémoires écrit que « lorsque Westermann augmenta le corps d'armée qu'il commandait, pour aller attaquer Châtillon, il fît marcher mille ou douze cents pères de famille, tant de Saint Maixent que de Parthenay, qui périrent presque tous dans l'expédition ».

Il ne semble pas qu’on doive inclure dans ces renforts, les hommes promis et envoyés par Chalbos. En effet, Westermann écrit que, c’est en retraitant sur Parthenay après les combats, qu’il rencontra 1.500 hommes venant de Niort ; ou alors, ces 1.500 hommes seraient d’autres renforts envoyés par Chalbos.

Comme on l’a vu, Westermann a installé une grande partie de ses forces sur les hauteurs au sud-ouest de Châtillon. Il y domine certes toute la région, ses flancs nord et est, protégés par une pente très difficile d’accès ; son flanc ouest aussi mais dans une moindre mesure. De cette hauteur il domine la route de Cholet, d’où il prévoit que viendra l’armée ennemie et il garnit ces hauteurs des canons qu’il possède. Il savait les Blancs en approche et espérait peut-être pouvoir les fixer sur Châtillon tandis que l’armée provenant de Saumur et promise par Biron ne trouverait pas de forces ennemies pouvant s’opposer à son entrée en territoire insurgé. Cependant, Westermann manquait de munitions et, en cas d’attaque massive par l’ouest et la route du Temple, il pourrait se retrouver le dos à une pente très escarpée et à une rivière, rendant toute retraite difficile et hasardeuse.

Il semble bien en outre que Westermann ait manqué à la plus élémentaire prévoyance en ne vérifiant pas que des avant-postes soient installés et que des cavaliers éclairent les routes par lesquels devait arriver l’ennemi.

Pendant ce temps, les Blancs ne sont pas restés inactifs. La prise de leur « capitale », Châtillon, fait l’effet d’un coup de tonnerre. Incapables de tenir tête à l’envahisseur, Lescure et La Rochejaquelein appelèrent les soldats de l’Anjou à la rescousse, envoyant de nombreux courriers expliquant le danger que faisaient courir l’ennemi au cœur de leur pays. Leur appel fut entendu. D’Elbée et Bonchamps convoquèrent à Cholet les soldats qui avaient combattu sous les murs de Nantes, tout juste rentrés chez eux. De même, Stofflet réunit les volontaires des cantons de Vihiers et de Maulévrier, dans ce dernier lieu, avant de se diriger vers Cholet. Bonchamps, toujours convalescent de la blessure reçue le 25 mai à Fontenay semble avoir participé aux combats. A Nantes, le 29 juin, il avait voulu être présent au milieu de ses soldats, mais sans pouvoir combattre.

Dès le 4 au soir, ce sont vingt à vingt-cinq mille hommes qui se trouvent réunis à Cholet. Le 5, au point du jour, cette armée se dirige vers Châtillon.

Les généraux royalistes savent que Westermann s’est installé sur les hauteurs de Château-Gaillard. Alors que Stofflet propose de lancer l’attaque par le nord, les autres chefs présents suivent l’avis de Lescure qui connaît bien le terrain. Arrivé à peu de distance de Châtillon par la route de Cholet, l’armée vendéenne se partage en deux colonnes. L’une oblique à droite et vient déboucher sur le chemin du Temple à Châtillon. L’autre continue sa route directement. En vue du faubourg Saint-Jouin, cette dernière s’arrête, hors de portée de l’artillerie républicaine et attend que la première colonne soit en position d’attaquer le camp retranché ennemi. Cette colonne est sous les ordres de d’Elbée, Lescure, La Rochejaquelein et Bonchamps. Elle est la plus nombreuse, emporte avec elle toute l’artillerie, car elle est chargée de l’attaque principale. Profitant du terrain encaissé, des haies et de l’absence d’avant-postes ennemis, les Vendéens arrivent à se déployer à l’ouest du coteau de Château-Gaillard sans alerter les Bleus. « Les chefs enjoignent à leurs soldats d’élite de ramper presque à plat ventre derrière les blés et d’approcher ainsi le plus près possible de l’ennemi avant d’ouvrir le feu. Ils déploient ensuite leurs tirailleurs sur les ailes, selon leur habitude, placent les canons au centre et la cavalerie en queue pour soutenir la retraite en cas de revers. A dix heures Marie-Jeanne retentit ; alors toute cette première colonne s’élance en avant, et l’infanterie prend le pas de course » (Deniau, Tome 2).

Les Républicains sont pris par surprise et à revers, leur artillerie toujours braquée vers le nord et la route de Cholet. Quelques-uns résistent autant qu’ils le peuvent mais beaucoup ne pensent qu’à fuir par l’unique voie possible, l’est et sa pente escarpée. De plus leur général n’est pas là : Westermann était en effet dans Châtillon, surpris de l’attaque ennemie. Il s’empresse de se rendre dans le camp républicain attaqué mais c’est pour apercevoir la confusion qui règne parmi ses soldats. « Les premiers descendirent ce coteau plutôt en roulant qu’en courant ; mais les canonniers ayant voulu entraîner l’artillerie de ce côté et cette voie étant presque impraticable, les chevaux, les canons, les caissons, ne pouvant résister à leur poids qui les entraînait sur cette pente rapide, culbutèrent tous les uns sur les autres dans le ravin, à quatre-vingts pieds de profondeur, entraînant, dans leur chute, tout ce qui se trouvait sur leur passage. Le ravin se trouva bientôt obstrué : fantassins, cavaliers, chevaux, tous pressés, poussés, étouffés roulaient en désordre et n’offraient plus qu’une masse inerte et pleine de confusion. » (M. Boutillier de Saint-André, Mémoires d’un père de famille) Pour ceux qui réussirent à franchir le ravin et à atteindre la ville de Châtillon, ils furent accueillis par les Vendéens de la deuxième colonne, venant de Saint-Jouin. Les combats ne durèrent qu’une ou deux heures seulement.

Un canonnier de la Légion du Nord prénommé Colson, fait prisonnier et libéré sur parole, le crâne rasé, donnera la déclaration suivante aux autorités de Saumur le 10 juillet : « occupant un terrain couvert de grains prêts à être coupés et étant obligés de manœuvrer dans les champs, le feu a pris dans les grains qui nous entouraient. L’incendie faisant des progrès rapides, n’ayant pas, du reste, de moyens de défense, voyant l’instant où le feu allait gagner nos caissons et les faire sauter ; nous trouvant d’ailleurs assaillis par une mousqueterie qui ne cessait de faire sur nous un feu continuel, nous avons cherché à faire notre retraite. Mais ne pouvant la faire que par une descente très rapide, le premier caisson s’est culbuté, avec les chevaux et les charretiers, du haut en bas de la montagne ; une pièce de quatre a roulé et est tombée dans un étang ; d’autres pièces ont eu le même sort, et le surplus a été abandonné sur le terrain par les canonniers qui, se trouvant atteints par l’incendie des blés, ont été forcé de se sauver. Plusieurs ont péri sur place ; ils ont été brûlés parce qu’ils y étaient retenus par les blessures qu’ils avaient reçues. »

Incapable de rétablir l’ordre dans les rangs républicains, pris dans la déroute, Westermann essaya de rallier sa cavalerie mais ne réussit pas à arrêter la fureur des Vendéens. Il écrit lui-même que « la déroute fut complète ; tout devint la proie de l’ennemi qui me tua au moins deux cents hommes et fit près de mille prisonniers. »

Les débris de sa troupe se réfugièrent à Parthenay, après avoir été harcelés par les paysans le long de la route.

Westermann justifie de son absence dans le camp retranché de Château-Gaillard par le fait qu’il était en train d’essayer d’organiser dans Châtillon, les deux mille patriotes arrivés au même moment. Un témoin oculaire, Mercier du Rocher (in Chassin, La Vendée Patriote, tome II), explique que « le général était occupé à percer lui-même un vieux fût de Bordeaux dans la salle de Locqué, receveur du district, lorsque le canon des révoltés se fit entendre sur Châtillon. C’était le 5 juillet ; il était onze heures et demie du matin. Nos troupes étaient sur les hauteurs de Château-Gaillard ; elles vidaient des bouteilles, les armes en faisceaux. »

Westermann accusera plus tard les 11e et 14e bataillons de la formation d’Orléans d’avoir fui sans combattre et d’avoir ainsi mis le désordre dans les rangs républicains. Voilà le témoignage du lieutenant-colonel Friederichs du 14e bataillon : « le 14e bataillon était composé, dit-il, de quatre cent soixante-neuf hommes, officiers compris ; il a été réduit à dix-sept hommes ; sur ces dix-sept, treize ont été blessés, quatre seulement ne le sont pas. L’armée arrivée à Châtillon fut laissée sans avant-postes sans patrouilles sans vedettes... Un coup de canon, dont le boulet vint frapper à mes pieds, nous avertit que, l’ennemi était là. Je fis battre la générale ; le 14e bataillon réuni au 11e soutint pendant une heure le feu de l’ennemi. Ne voyant paraître ni général, ni porteur d’ordres, accablés par le nombre, nous nous repliâmes. Le premier chef de bataillon avait été tué ; ce bataillon était réduit à une centaine d’hommes ; nous battîmes en retraite et nous fûmes forcés d’abandonner nos canons. C’est ce bataillon qui a péri à peu près tout entier, que Westermann a accusé ! Ce sont nos camarades morts pour la patrie qu’il outrage ! Il dit que le 14e bataillon a, dans sa fuite, entraîné une partie du 11e ; cette inculpation est absurde et atroce. Le 11e était en avant de nous, et c’est en nous portant en avant que nous l’ayons rejoint. Ce 11e bataillon qui s’est battu, saura nous rendre justice et démentira Westermann. Tous les officiers étaient à leur poste, et presque tous ont été tués. Westermann sait que lorsque lui-même fuyait, le 14e bataillon se battait à outrance, il sait que ce bataillon a péri. Il a voulu rejeter son crime sur un mort. »

Le témoignage d’un autre canonnier de la Légion du Nord semble moins favorable à la combativité de ces bataillons d’Orléans (in Chassin, La Vendée Patriote, tome II). Jean Pernot dit Monte-au-Ciel, maréchal des logis d’artillerie de la Légion du Nord explique : « Il y eut un combat au Moulin-aux-Chèvres. Nous entrâmes le soir même à Châtillon. Le général fit occuper les avenues et les hauteurs. Le lendemain, à midi, nous étions attaqués. J’étais entre deux moulins à une portée et demie de fusil de Châtillon, à côté du chemin qui conduit à Mortagne. J’avais une pièce de quatre et neuf artilleurs. Sur ma gauche, à environ trente pas, il y avait une pièce de huit. Un bataillon de la formation d’Orléans était à environ 250 pas. Ce fut là que l’ennemi attaqua. Il venait en troupe et fit un feu de file mal nourri. Le bataillon tira tout au plus 50 à 60 coups et se replia sur ma droite. Il en resta tout au plus 15 à 16 hommes à côté de moi, que je retins pour soutenir ma pièce ; le reste se dispersa. »

Tous les témoins, même royalistes, attestent que les vainqueurs ne firent d’abord aucun prisonnier. Les paysans voulaient se venger des incendies des châteaux de leurs chefs et du bourg d’Amaillou, imitant les soldats de Westermann qui ne firent que peu de prisonniers dans leur offensive vers Châtillon. Cependant le témoignage du maréchal-des-logis Pernot dont on a parlé plus tôt est instructif et montre sans doute que la fureur des Vendéens ne dura pas : il raconte qu’il fut blessé dans la débâcle, fait prisonnier, recueilli généreusement par les vainqueurs et que le général Marigny en personne lui demanda de faire l’instruction aux artilleurs vendéens ; ce qu’il fit jusqu’à son évasion devant Luçon en août.

Le conseil supérieur de l’armée catholique et royale, ayant réintégré Châtillon, fit répandre le lendemain une proclamation annonçant : « l’impétuosité de nos soldats a vaincu les obstacles. Ils se sont portés sur l’ennemi par différents endroits, ont rompu ses rangs, dispersé ses forces, tué trois cents soldats et contraint le reste à chercher son salut dans la fuite. C’est alors que ceux qui, coupés par l’ennemi, n’avaient pu se réunir à nous, se sont ralliés subitement, ils ont suivi avec chaleur et célérité l’ennemi dans sa fuite. Six cents Républicains ont péri sur le chemin de Rorthays ; trois cents vers le Pin, grand nombre d’autres au milieu des champs, des bois et des prairies ; le total se monte à plus de deux mille hommes. La cavalerie ennemie coupée dans sa retraite, à Amaillou que le féroce Westermann avait incendié, a été en partie prise, en partie taillée en pièces. Le nombre des prisonniers se monte à plus de trois mille. […] L’armée républicaine a perdu tant dans le combat que dans la retraite quatorze pièces de canon, toute son artillerie, un plus grand nombre de caissons, trois forges de campagne, toutes ses provisions de bouche, toutes ses munitions de guerre ; en un mot jamais victoire ne fut plus belle, jamais déroute plus complète ; et nous pouvons assurer sans crainte que de cette armée qui paraissait d’abord si formidable, cent hommes à peine se sont sauvés. » Exagération sans aucun doute, mais il semble bien que Westermann perdît tous ses canons ainsi que ceux qu’il avait pris aux Vendéens deux jours auparavant.

Le Convention, instruite de cette défaite, appela le 10 juillet Westermann à s’expliquer à Paris. Il ne reviendra en Vendée que début septembre, blanchi de toute accusation, « attendu que la conduite de ce général, à Châtillon, dans la journée du 5 juillet, est digne des plus grands éloges » (jugement rendu le 4 septembre par la Convention).

Par cette victoire royaliste, le Poitou insurgé était libéré provisoirement de toute menace républicaine. Ce n’était pas le cas de l’Anjou…

À suivre...
MANÉ Diégo
 
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 03 Nov 2020, 14:11

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Les combats de juillet 1793 en Vendée

IV- Incursions républicaines dans l’Anjou insurgé

Revenons un peu en arrière pour suivre maintenant la division de Tours dans sa marche contre les insurgés.

C’est le 3 juillet que Biron apprend par des courriers de Tours et des Sables l’attaque de Nantes par les brigands le 29 juin. Sachant celle-ci toujours menacée, malgré l’échec des Blancs, il envoie son aide-de-camp donner ordre à l’aile droite de se porter sur Angers. Il met Niort en état de défense, décide l’envoi de deux bataillons à Boulard aux Sables et quitte Niort pour se rendre auprès de l’aile droite à Saumur.

En même temps, on l’a vu, il écrit à Westermann qui s’est enfoncé en territoire ennemi : « j’ai écrit à Saumur et aux Sables pour qu’on appuie votre mouvement sur le centre de l’insurrection ; on l’attaquera par les flancs. Canclaux m’écrit de Nantes pour avoir des secours, je vais lui en conduire. Je pars aujourd’hui même pour Angers, afin de prendre la tête de la colonne. Chalbos reste à Niort commandant de la division. Il fait partir 1.200 hommes pour Parthenay et 300 pour Coulonges ; vous serez bien soutenu. »

Il part alors vers 16 heures, rencontre en chemin Berthier, qu’il avait convoqué, et ils arrivent tous les deux d’abord à Saumur dans la nuit.

Ce même 3 juillet, le général La Barolière, commandant effectif de la division de Tours, écrivait au ministre de la Guerre qu’il était à Saumur et lui annonçait qu’il commandait la partie de la division qui pouvait opérer. Duhoux, dont la blessure l’empêchait de monter à cheval, était resté à Tours avec 3.500 hommes dont une partie sans arme écrit-il. Ainsi, à Saumur, La Barolière avait-il sous ses ordres environ 14.000 hommes, dont environ 1.500 à cheval.

Le lendemain, suivant les ordres de Biron, les troupes commandées par La Barolière se portent donc vers Angers. On apprend dans la Vendée de F. Grille, tome 1, que dans l’avant-garde que commande Menou et qui sortit de Saumur le 3 pour se rendre à Angers, il y avait deux bataillons de la milice citoyenne d’Angers. Un commissaire civil et le commandant-en-second de l’un de ces deux bataillons arrivèrent à Angers avec des patrouilles le 4 juillet à 6 heures du matin. Ils arrachèrent le drapeau blanc qui flottait sur la tour de l’Horloge depuis le 18 juin et y remirent le drapeau tricolore.

L’avant-garde ne tarda pas à atteindre Angers. Bientôt le reste des troupes sous les ordres de La Barolière entra dans la ville, hormis 1.500 hommes laissés à Saumur, comme nous l’apprend un mémoire rédigé par Berthier et Dutruy. C’est Biron qui retint ces hommes à Saumur, en raison écrit-il, de l’extrême chaleur qui sévissait alors.

Biron, arrivé à Saumur dans la nuit du 3 au 4 juillet, met à profit la journée du 4 pour organiser la défense du château de Saumur. Ce jour-là, il reçoit le courrier de Westermann lui annonçant sa victoire du Moulin-aux-Chèvres datant de la veille.

Pensant que tout danger était écarté du côté de Niort et Parthenay, Biron partit rejoindre les forces de La Barolière à Angers. Il y arriva le 6 ou le 7 juillet, puis se rendit aux Ponts-de-Cé. De là, il écrivit au général Canclaux pour lui demander de le rejoindre et confia le courrier au général Gauvilliers accompagné de cent hommes. Ce dernier rencontra Canclaux qui s’était avancé jusqu’à Ancenis : il avait précédé la « convocation » de Biron et voulait discuter avec lui des dispositions à prendre, Nantes n’étant plus menacée.

Biron tenait toujours à son plan : rétablir les communications terrestres entre Nantes et La Rochelle et, par ce moyen, interdire aux insurgés l’accès à la mer. Pour ce faire, il préconisait que la division aux ordres de La Barolière continue son mouvement vers Nantes le long de la Loire. Canclaux et les représentants du peuple de Nantes venus avec lui, approuvèrent ce plan. Ceux de la commission d’Angers furent d’un avis contraire : ils voulaient que l’armée attaque depuis les Ponts-de-Cé et qu’on repousse les brigands vers la mer. Ronsin, l’homme de Bouchotte, ministre de la Guerre, ennemi des « ci-devants », responsable des fournitures de l’Armée des Côtes-de-La-Rochelle en profita, avec certains représentants en mission, pour accuser Biron d’incapable et d’ennemi de la Révolution.

Le jour de cette réunion, on apprenait la déroute de Westermann subie le 5 juillet. Une lettre alarmiste des représentants du peuple à Niort réclamait la présence de Biron comme indispensable à Niort pour organiser la défense de la ville. Ce dernier, plein d’amertume que son plan ait été rejeté, confronté à l’échec de Westermann, dont il était en partie responsable, renouvela sa lettre de démission aux autorités parisiennes et partit pour Niort le 11 juillet. Il arrivera à Niort le 13 au matin et recevra le 16 l’ordre d’aller à Paris pour rendre compte de sa conduite…

Malgré l’annonce de la défaite de Westermann, il fut décidé, conformément aux vœux des commissaires nationaux d’Angers, que l’armée aux ordres de La Barolière partirait des Ponts-de-Cé où elle bivouaquait depuis le 10, pour se rendre à Saint-Lambert-du-Lattay, et de là à Chemillé puis Cholet. Mais on apprit que des rassemblements s’organisaient à Vihiers, Doué et Trémont et on pensa Saumur menacé. Il fut alors décidé qu’on se rendrait sur Brissac, et de là, on se porterait, soit sur Vihiers et Trémont, soit sur Chemillé et Cholet.

En fait, après la victoire de Châtillon le 5 juillet, bien que les Républicains se crussent menacés à Saint-Maixent et Niort, les Vendéens n’avaient nulle intention de s’engager plus avant en Poitou. C’était encore une fois la période des travaux des champs et les chefs de l’Anjou et du haut Poitou donnèrent alors quelques jours de repos à leurs soldats.

En outre, les mouvements de la division de La Barolière n’étaient pas passés inaperçus. On savait Saumur repris par les Bleus, des avant-gardes étaient allées jusqu’à Doué. Quelques jours plus tard, les autorités républicaines avaient réintégré Angers sous la protection de l’armée. Comme on l’a vu, il fut décidé que la division de La Barolière entrerait dans la zone insurgée depuis ses campements des Ponts-de-Cé. Les rassemblements organisés du côté de Vihiers furent la réaction des Vendéens à ces mouvements.

La division La Barolière quitta donc les Ponts-de-Cé le 11 juillet, laissant 1.500 hommes sur place, nous apprennent Berthier et Dutruy. Forte d’environ 10 à 12.000 hommes, elle campa la première nuit à la butte d’Erigné. Ensuite « l’armée se porta à Brissac où on laissa un poste pour assurer ses communications ; elle suivit sa route jusqu’à Martigné, où elle prit poste sur le Layon, de manière à inquiéter les points de Vihiers et de Chemillé » écrivirent Berthier et Dutruy dans leur mémoire.

Le général La Barolière se plaindra très rapidement des troupes dont il avait la charge, dénonçant l’indiscipline, les pillages et l’ivrognerie (A.D. 85, SHD B 5/55-91). Deux représentants en mission accompagnaient l’armée, tous deux députés de l’Yonne à la Convention : Pierre Bourbotte et Louis Turreau, cousin du général.

De Brissac, l’armée républicaine s’engagea donc sur la grand-route menant à Martigné, et de là elle comptait rejoindre la grand-route de Saumur à Vihiers. L’armée s’arrêta le 12 juillet en avant de Notre-Dame-d’Alençon car des bandes d’insurgés étaient aussi signalées dans ce secteur. La Barolière fixa son quartier général à la Brosse et plaça ses bataillons entre Les Alleuds et la forêt de Brissac, dans les villages de la Gauterie et de l’Étang-aux-Moines. L’armée s’y maintint deux jours. La Barolière ordonna cependant à Berthier d’éclairer le terrain. Ses soldats s’empressèrent de bousculer les quelques rebelles qu’ils rencontrèrent et les poursuivirent vers Chavagnes et Millé : « Les Brigands nous menaçaient au camp de la Brosse […] Je les ai attaqués, chassés, menés l’épée dans les reins jusque au-delà de Jouannet » (Lettre de Berthier, Martigné-Briand, le 14 juillet 1793).

L’armée suivit le mouvement le lendemain. « Le 14, si les circonstances n’en empêchent pas l’exécution, écrit La Barolière, elle se portera dans ses positions, le long de la rive droite du Leyon (i.e. Layon), dont les ennemis occupent la rive gauche en assez grand nombre ».

À suivre...
MANÉ Diégo
 
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 14 Nov 2020, 20:39

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Les combats de juillet 1793 en Vendée

A- La bataille de Martigné – 15 juillet 1793
Cependant les quelques rassemblements locaux d’insurgés qu’avait pu observer l’avant-garde républicaine, n’étaient que les prémices de l’arrivée de troupes plus aguerries. Les chefs de l’Armée catholique et royale avaient en effet convoqué leurs troupes à Gonnord pour le lundi 15 juillet à l’aube. Ils étaient bien renseignés des mouvements des Bleus et l’arrêt de deux jours de ces derniers près de la forêt de Brissac leur permit de s’organiser.

Quinze à vingt mille hommes répondirent à l’appel de Stofflet, La Rochejaquelein, d’Elbée, Marigny, Lescure et Bonchamps. Les deux derniers étaient à peine remis de leur blessure reçue, pour le premier à Saumur le 9 juin, pour l’autre à Fontenay le 25 mai comme on l’a déjà vu. Bourniseaux avance des effectifs plus élevés que ceux mentionnés plus haut : 9.000 hommes pour La Rochejaquelein et Lescure ; 8.000 pour Bonchamps ; 4.000 pour d’Elbée ; 5.000 pour Stofflet (Bourniseaux, histoire des guerres de la Vendée, tome II). La répartition selon les chefs peut être intéressante bien que l’auteur ait souvent donné des chiffres assez fantaisistes dans son ouvrage.
Nous connaissons quelques écrits de témoins directs des combats, des rapports officiels républicains ainsi que des relations de seconde main, plus ou moins bien documentés. Mais force est de reconnaître qu’ils sont fragmentaires et parfois contradictoires. Essayons d’en tirer une hypothèse crédible des événements de ce 15 juillet 1793. Le général La Barolière ordonna donc à ses troupes de reprendre la marche vers le Layon, dans le but de le traverser aux abords de Vihiers. L’armée ainsi positionnée, surtout si Vihiers était prise, permettrait d’interdire la route de Saumur.
L’avant-garde prit naturellement la tête de la colonne, d’autant qu’elle était déjà avancée sur la route de Martigné-Briant et le passage du Layon à Villeneuve. Cependant, seules les brigades Fabrefonds et Gauvilliers composaient cette avant-garde à ce moment-là. En effet, il semble bien que la brigade Barbazan, qui en faisait aussi normalement partie, se retrouva en queue de colonne, accompagnant la brigade de Santerre. Peut-être voulut-on faire accompagner les bataillons de Paris de Santerre par une troupe plus disciplinée… ?

Pendant ce temps, les Vendéens réunis à Gonnord s’avancèrent vers le flanc de la colonne ennemie, dont ils connaissaient la position, le contraire n’étant pas vrai. Le plus simple et le plus direct pour les Royalistes aurait été de franchir le Layon en face du village des Noyers : cela aurait fait une douzaine de kilomètres à parcourir. L’un des biographes du marquis de Bonchamps (René Blachez, Bonchamps et l’insurrection vendéenne) explique que « malheureusement, on se fia aux avis d'un vieux gentilhomme des environs, le marquis de la-Haie-des-Hommes, qui conseilla de remonter jusqu'au pont de Rablay pour y passer le Layon. C'était […] un détour parfaitement inutile, la rivière étant presque partout guéable. Mais l'auteur de cette proposition avait la réputation d'un militaire expérimenté : il connaissait parfaitement le pays : personne n'osa le contredire. Les Vendéens levèrent donc leur camp, au point du jour, et, après six heures d'une marche pénible, sous une chaleur accablante, rejoignirent enfin, près de Chavagnes, l'arrière-garde de La Barolière. »
En fait, il semble que la distance parcourue par les Vendéens fut d’un peu plus d’une vingtaine de kilomètres, soit environ cinq heures de marche, par des chemins peu larges et peu pratiques pour une troupe de 20.000 hommes ; marche sûrement difficile, d’autant que le soleil, levé à 4h30, commençait déjà à taper dur. Toujours est-il que les Vendéens arrivèrent sur les coteaux est du Layon, à hauteur de Chavagnes, vers midi.

A ce moment-là, les troupes républicaines s’échelonnaient tout au long de la route de Chavagnes à Martigné-Briant sur une dizaine de kilomètres : leur avant-garde avait déjà atteint Aubigné, sur l’autre rive du Layon ; leur centre (sans doute les brigades Joly et Chabot) se trouvait sur la route de Chavagnes à Martigné-Briant, à la hauteur de cette ville, et leur arrière-garde s’échelonnait sur la même route, entre Chavagnes et le ruisseau de Vilaine.
Les Républicains, enfin alertés de la présence d’ennemis en grand nombre sur leur flanc droit, firent un quart de tour et s’établirent en ordre de bataille : Barbazan et Santerre sur la colline de Millé (entre Chavagnes et la Vilaine), à la tête de 4.000 hommes environ ; Joly et Chabot au centre, avec le château de Fline comme pivot et base du quartier-général, avec également 4.000 hommes ; l’avant-garde, en passe d’être alertée, de faire demi-tour et de repasser le Layon, avec 3.000 hommes environ.

L’armée vendéenne se scinda en deux colonnes d’attaque : Bonchamps, dont la division tenait comme d’habitude l’avant-garde, attaqua avec d’Elbée ; Lescure et La Rochejaquelein prirent la tête de la seconde colonne ; il semble que Stofflet resta en réserve ainsi que la cavalerie (au moins 800 cavaliers).
L’une des deux colonnes vendéennes s’avança contre l’arrière-garde ennemie positionnée sur la colline de Millé, en arrière du village du même nom. C’est ce que nous expliquent les commissaires nationaux Damesme et Minier qui étaient présents au moment des combats : « les brigands sont venus nous attaquer au nombre de 15 à 20.000. Ils se sont d’abord présentés à Chavagnes, où ils ont entamé l’action avec la brigade du général Barbazan. La canonnade a duré plus de quatre heures et a été très vive de part et d’autre ». Après cet échange de tirs d’artillerie, petit à petit, les Vendéens repoussèrent les Bleus. La débandade commençait même à se mettre dans les rangs des bataillons de Paris. Cependant quelques unités de Barbazan réussirent à se maintenir aux Fontaines de Jouannet et empêchèrent ainsi que les deux ailes des Républicains ne fussent totalement coupées l’une de l’autre. Comme l’expliquent encore les commissaires nationaux Damesme et Minier, « les brigands occupaient les hauteurs de la Fontaine de Jouannet et nous canonnaient avec avantage ».
 
L’autre colonne vendéenne traversa la Vilaine au village de l’Etang et aborda l’ennemi à la fois de face, par le moulin de Martigné, et de flanc, en suivant le petit vallon au nord du village de Cornue. Cette colonne réussit à prendre le château de Fline, quartier général de La Barolière. Les Bleus refluaient de ce côté-ci du ruisseau de Vilaine également.
Pour nous, une des difficultés non résolues consiste à savoir quelle colonne vendéenne s’est dirigée contre Barbazan et Santerre, et laquelle a attaqué le château de Fline.
Toujours est-il qu’un dernier effort vendéen aurait suffi pour enfoncer l’ennemi. Cet effort ne vint pas. Au contraire, petit à petit les Bleus reprirent le terrain perdu.

Plusieurs raisons à ce revirement. D’abord, au nord du ruisseau de Vilaine, comme l’expliquent à nouveau les commissaires nationaux Damesme et Minier, « nous avons fait porter une de nos colonnes sur les hauteurs de Millé et nous avons tourné les rebelles » ; ce qui montre bien que l’attaque de la colonne au nord de la Vilaine s’essoufflait. Ensuite, l’avant-garde républicaine arriva sur le champ de bataille et elle alla renforcer les brigades Joly et Chabot fort malmenée. Là aussi la ligne des Bleus se stabilisa. Le futur général Hugo (futur père de Victor Hugo), commandant le 8e bataillon du Bas-Rhin (ou bataillon de l’Union), qui appartenait à la brigade d’avant-garde Gauvilliers, raconte l’anecdote suivante : « notre brigade était à près de trois lieues sur la droite de l’armée ennemie, lorsqu’elle reçut l’ordre de rétrograder pour venir prendre part au combat. Dans un mouvement et à la faveur d’un chemin creux, elle arriva par un de ces hasards si rares à la guerre, sur les derrières de l’extrémité de cette aile, que par une belle diversion elle eût pu jeter dans le plus grand désordre, si le général qui nous commandait eût cru devoir prendre sur lui de l’opérer. [… Mais] il acheva son mouvement et alla prendre sa place en ligne ».

Il semble que ce qui décida le plus de la journée fut le mouvement entrepris par les généraux vendéens Marigny et Poirier de Beauvais et comme l’explique ce dernier dans ses mémoires : « nos affaires en étaient au point que l'ennemi se trouvait déjà en pleine déroute, une de ses ailes ayant été culbutée par Bonchamps [il s’agit sans doute des combats autour de Millé]. Les choses ainsi, je crus que je ne pouvais mieux faire que d'enlever les six pièces de canon de Bonchamps pour les porter ailleurs dans une position favorable, celle où elles se trouvaient étant devenue inutile. Je commandai en conséquence une réserve de cavalerie d'environ huit cents hommes, ainsi qu'un corps de deux mille hommes d'infanterie qui étaient à ma portée, pour soutenir les pièces dans le mouvement qu'elles allaient faire. […] Pendant que j'exécutais cette manœuvre, Marigny arriva, me demandant ce que je faisais. Je lui dis que ces pièces devenant inutiles dans cet endroit, je les envoyais sur une hauteur, que je lui montrai [celles du moulin de Martigné ?], où elles feraient beaucoup d'effet. Il me répond que l'infanterie qui était venue suffisait pour les soutenir, et que nous allions charger l'ennemi par son flanc gauche, à la tête de cette réserve de cavalerie dont j'ai parlé. Sur-le-champ nous descendons l'espèce de coteau sur lequel nous étions, traversons un gros ruisseau sur notre droite [la Vilaine ?] ; les hussards que j'avais vus disparaissent, et nous prenons un chemin à gauche, nous éloignant des armées mais les découvrant pleinement à notre gauche et étant parfaitement vus d'elles. Nous fûmes de cette manière jusqu'à un village situé, si je ne me trompe, sur le haut de la colline [Cornue ?]. Là, nous nous apercevons que l'ennemi n'est pas le seul en déroute, voyant les nôtres en faire autant, ce qui nous parut extraordinaire. Des gens d'une métairie qui regardaient la bataille nous dirent que nos gens semblaient ne s'être mis en fuite que depuis qu'ils nous avaient aperçus. Nous retournâmes, ayant les yeux fixés sur eux et tâchant de les avertir avec nos mouchoirs, mais nos mouvements paraissaient les inquiéter davantage. Ce qui leur faisait croire que nous étions des ennemis, c'est qu’ils savaient qu'il y avait quelque cavalerie [i.e. celle de l’avant-garde] où nous nous trouvions. A la fin, nos gens s'aperçurent de leur erreur en nous reconnaissant, mais c'était trop tard ; leur exemple avait donné de l'épouvante à d'autres, qui crurent à un échec et se mirent à fuir aussi pendant quelques moments ; après quoi on ne fut plus en déroute. Nous ne pûmes inspirer assez de confiance au soldat pour le ramener au combat ; il était encore excédé de fatigue et de chaleur. Nous avions déjà pris cinq pièces de canon, mais dans cette espèce de déroute, nous en abandonnâmes trois des nôtres. Il faut avouer que Marigny et moi sommes cause, par ce que je viens de dire, du non-succès de cette journée. »

Ajoutée à cette méprise, une charge de la cavalerie républicaine, du 9e régiment de hussards particulièrement, empêcha les Vendéens de rétablir leur ligne et précipita leur déroute. Dans cette retraite, Bonchamps fut assez grièvement blessé au bas par une décharge de pistolet d’un hussard républicain. Ce fut d’Elbée qui couvrit la déroute, aidé en cela par les compagnies régulières de l’Armée Catholique et Royale. Les Vendéens purent ainsi repasser le Layon et ne furent pas suivis par les soldats républicains. L’extrême chaleur, la durée des combats - six heures selon la lettre des commissaires nationaux Damesme et Minier, empêchèrent toute poursuite. Selon le rapport des généraux Berthier et Dutruy, l’intendance des Bleus se montra déficiente et le pain n’arrivant pas, les troupes restèrent bivouaquer sur place la journée du 16 juillet.

En dépit du nombre d’hommes engagés – entre 25 et 35.000 hommes, les pertes furent relativement limitées. Leur estimation varie selon les sources. D'après Deniau, 400 Vendéens périrent dans cette journée « où la chaleur, plus que les balles, les fit succomber » (abbé Deniau, Histoire de la Vendée, Tome II). Certains républicains, Ronsin et le commissaire national Momoro par exemple, affirmèrent que d’Elbée avait été tué dans cette bataille. Damesme et Minier parlent quant à eux de 600 ennemis tués, et d’une perte d’environ 50 à 60 hommes dans les rangs républicains. Dans son rapport au ministre de la Guerre, La Barolière déclare la perte de 150 blessés. Il écrit ne pas connaître le nombre de morts mais sait que cinq officiers ont été tués.

À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 21 Nov 2020, 13:24

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur...

Les combats de juillet 1793 en Vendée

B. « Le grand choc de Vihiers » – 17-18 juillet 1793

Election du général d’Elbée

Ayant repassé le Layon, les Vendéens ne furent donc pas poursuivis. Aussi s’égaillèrent-ils rapidement afin de reprendre les travaux des champs. Devant l’accalmie qui semblait s’annoncer, leurs chefs ne les empêchèrent pas de s’éloigner ainsi des combats ; d’autant qu’eux-mêmes avaient un rendez-vous important à Châtillon-sur-Sèvre, la « capitale » de l’insurrection, à nouveau sous leur autorité depuis la fuite de Westermann.

En effet, le 14 juillet, le généralissime Jacques Cathelineau mourait de la blessure reçue à Nantes le 29 juin précédent. La nouvelle fut aussitôt connue de tous et les intrigues au sein du conseil supérieur, jusqu’alors restées discrètes tant que Cathelineau était vivant, commencèrent à apparaître au grand jour. L’abbé Jagault, secrétaire de ce conseil supérieur avertit par une lettre le général d’Elbée. Hormis le marquis de Donnissan, beau-père de Lescure, il était le plus ancien général vendéen. Donnissan avait contre lui le fait qu’il n’était pas de la région et inconnu des paysans, contrairement à d’Elbée. Celui-ci s’était replié à Chemillé avec plusieurs autres chefs, après la défaite de Martigné. Sur l’avis de l’abbé Jagault, d'Elbée réunit aussitôt un conseil de guerre : on envoya la convocation suivante aux généraux vendéens :

« En date du 16 juillet, il a été arrêté qu’il serait tenu, à Châtillon, vendredi prochain, 19 du courant, un conseil de guerre, composé d’officiers députés des armées catholiques et royales de tout le pays fidèle au Roi, à raison d’un seul officier député par deux mille hommes de rassemblement, pour procéder à la nomination d’un général en chef pour toutes les différentes armées, lesquelles à l’avenir ne formeront, sous le commandement du général élu, qu’un seul et unique corps d’armée, distribué en autant de divisions qu’il existe maintenant d’armées particulières. Arrêté, en outre, que MM. les commandants, à qui leur position relativement à l’ennemi, ne permettra pas d’envoyer des députés, soient invités à faire passer, sous leurs sceaux privés, au Conseil supérieur, séant provisoirement à Châtillon-sur-Sèvre, un écrit qui contienne leurs intentions et leurs vues sur la nomination du général. Arrêté, que les chefs commandants de corps, au-dessous de deux mille hommes, enverront seulement un seul officier chargé d’exprimer leurs vœux et leur choix. Chaque votant nommera quatre sujets à cette place, et celui qui, sur la totalité des voix, aura réuni le plus de suffrages, sera proclamé général en chef. »

Nous n’entrerons pas dans les détails de cette élection mais ce fut d’Elbée qui fut élu. On nomma, en même temps, quatre généraux divisionnaires : Bonchamps pour l’Anjou, Lescure pour le Poitou, Royrand pour le centre et Donnissan pour la basse Vendée. Ces quatre généraux s’adjoignirent quatre autres généraux en second comme cela avait été préalablement convenu. Lescure choisit La Rochejacquelein, Donnissan prit Charette, voyant qu’on l’oubliait ; Royrand choisit M. de Cumont. Bonchamps ne choisit personne.

René Blachez explique : « En fait, l'élection du 19 juillet ne changea rien aux situations acquises. Chaque division garda ses chefs. Les élus n'eurent pas plus d'autorité, les oubliés, pas moins d'indépendance. Marigny continua de commander l'artillerie ; le prince de Talmont eut la cavalerie ; Stofflet, le rang de major-général. D'Elbée, avec son nouveau titre, n'obtint guère plus d'obéissance » (R. Blachez, Bonchamps et l’insurrection vendéenne).

Escarmouches du 17 juillet

Pour les combats de Vihiers qui intéressent notre propos, cette élection explique l’absence des grands noms des chefs vendéens à cette occasion. En effet, pendant que ceux-ci se rendaient à Châtillon (hormis Bonchamps retenu par ses blessures), La Barolière reprenait l’offensive. Selon le rapport Berthier-Dutruy, « l’avis de la plupart des généraux était de marcher sur Saint-Lambert et Gonnord, pour suivre l’ennemi. Le général La Barolière ordonna la marche sur Vihiers dont l’avant-garde s’empara. L’armée resta à Montilliers, une lieue en deçà. » En fait, le général-en-chef bleu reprenait son plan primitif interrompu par l’intervention des Vendéens le 15 à Martigné : se porter sur Vihiers et ainsi tenir la route de Cholet à Saumur.

Alertés, les Vendéens réagissent en faisant sonner le tocsin. On se réunit en hâte à Coron. Mais, surpris par la reprise de l’offensive des Républicains, les Vendéens ne sont que 600 hommes environ en ce milieu de journée : il s’agirait de 600 Suisses et Allemands, déserteurs des régiments blancs passés dans l’Armée catholique et royale. S’y adjoignent quelques centaines d’hommes appartenant aux compagnies bretonnes de Bonchamps, Les états de service de Jean Terrien dit « Cœur de lion » précisent : « il tint en échec 25.000 hommes avec 400 chasseurs bretons pendant 24 heures, ce qui donna le temps à la grande armée royale de se mettre en mesure. » Les chiffres sont exagérés, surtout pour les effectifs des Républicains, mais la présence de ces bretons de Bonchamps est avérée. Deniau écrit que 1.200 Vendéens vinrent appuyer les Suisses et les Allemands présents à Coron.

A partir de là, il semble qu’une partie de l’avant-garde républicaine se soit portée en avant vers Coron. Elle fut ramenée sur Vihiers par une charge irrésistible des Blancs qui les attendaient de pied ferme dans la ville. Malgré leur faible nombre, ces derniers obligèrent un temps les Bleus à rétrograder. Lors d’un retour offensif de ceux-ci, leur chef, le général Menou fut grièvement blessé par une balle qui lui traversa la poitrine. Le général Danican fut lui aussi blessé d’un coup de feu. Le futur général Hugo (père de Victor Hugo) écrira : « la première bataille de Vihiers, livrée le 17, ne fut engagée que dans l’après-midi : elle dura jusqu’à onze heures du soir. L’engagement fut très vif : c’étaient des Français qui se battaient entre eux. On me chargea d’enlever le château vers trois heures, à la tête de deux compagnies, et j’en restais maître jusqu’à la fin de l’action, ayant alors reçu l’ordre de rentrer à ma brigade. Un bataillon de Paris avait pendant l’affaire fait feu sur mon bataillon, qui, fort heureusement, n’avait eu que des baïonnettes endommagées par cette décharge. »

Selon le rapport Berthier-Dutruy, à l’annonce de l’attaque de l’avant-garde par les Vendéens, « l’armée marcha sur Vihiers, laissant à Montilliers les bagages et le surplus du parc, la seule pièce de position ayant suivi l’armée. Les troupes placées sur les hauteurs de Vihiers, on entendit une explosion terrible du côté de Montilliers, et nous reçûmes l’avis que trois caissons de gargousses et de cartouches venaient de sauter dans le parc d’artillerie. Dans le même moment, l’ennemi attaqua avec audace ; l’avant-garde se battit bien, le reste de l’armée marquait peu d’ardeur. Quatre bataillons de la gauche avaient déjà commencé leur retraite. Deux de nos bataillons s’étaient fusillés (cela rejoint le témoignage d’Hugo). Les généraux Gauvilliers et Berthier ont essuyé leur feu en cherchant à leur faire connaître leur erreur. Enfin les bataillons de la gauche ayant été ralliés, ont soutenu l’avant-garde, et l’ennemi a été chassé avec perte. Les convois de pain s’étaient mis en fuite à l’explosion du parc d’artillerie, et le pain qui devait être distribué le 17 soir, ne put l’être que dans la journée du 18. »

A coup sûr, l’explosion des caissons sur les arrières de l’armée républicaine mit le trouble, voire un début de panique dans les rangs des bataillons, en particulier de ceux les moins aguerris. Selon certains, cette explosion était le fait de traîtres ayant infiltré les convois. Voici ce qu’écrivit l’adjudant-général Talot à Choudieu, représentant du peuple, le 27 juillet 1793 : « Le 16, nous n'avions pas de pain. Le soldat murmurait. Vainqueur à Martigné, il ne demandait qu'à se porter sur Vihiers, mais encore fallait-il qu'il mangeât. On perdit un jour. Le 17 on marche, mais les bataillons de Paris s'amusent à piller ; ils se battent bien, mais ils volent encore mieux. Ce n'est pas là de la troupe ; ils dévastent les maisons des patriotes comme celles des Brigands. Les bataillons, souvent ivres et mêlés, tirent les uns sur les autres. Gauvilliers et Berthier ont été assaillis, et je ne sais à quoi ils doivent de n'avoir pas péri. Les charrois sont abominablement mal organisés ; c'est la poltronnerie et la canaille même : des traîtres s'y glissent ; trois caissons ont sauté par le feu que certainement y ont mis les charretiers. »

Pour beaucoup d’auteurs et de témoins, ces combats du 17 ne furent que des escarmouches. Mais ceux-ci laissèrent le temps aux Vendéens de se réunir pour le lendemain.

Cette journée du 17 juillet montre que malgré la victoire du 15 à Martigné, une grande fébrilité règne dans les troupes républicaines. Le fait d’avoir passé le Layon et d’être en quelque sorte entré en plein cœur du territoire insurgé n’y est pas pour rien ; la destruction d’une assez grande réserve de munitions non plus. Enfin le remplacement du général Menou, blessé, par l’incapable Santerre, va favoriser la déroute du lendemain.

À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 24 Nov 2020, 13:46

Quelques clichés des troupes vendéennes 28 mm de Thierry Legrand.

Comme je ne suis pas doué en informatique certaines vues ne sont pas dans le bon sens ici alors que les originaux le sont. Je n'en peux mais, mais (deux mais d'affilée mais bien placés, et du coup en voici quatre !) les champions du clavier les remettront debout sans peine, j'en suis sûr !

Le personnage en vedette du premier cliché est d'Elbée. Pareil, l'image est tronquée et son nom figure sur la partie cachée ici.

Sinon, même en travers les drapeaux flottent et sont bien beaux, non ?

Quoi qu'il en soit les Républicains (pas encore "habillés") n'ont qu'à bien se tenir !

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar BLANCHONNET Frédéric sur 24 Nov 2020, 15:48

Superbes figurines de Brigands, comme disaient nos braves Bleus. Allez hop, à la lanterne :lol:
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 01 Déc 2020, 15:51

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur...

Les combats de juillet 1793 en Vendée

B. « Le grand choc de Vihiers » – 17-18 juillet 1793 (suite)

Le 18, ce sont environ 10 à 12.000 Vendéens qui sont réunis devant Vihiers, venant des paroisses limitrophes : de Maulévrier au Sud à Saint-Lambert-du-Lattay au Nord, en passant par Chemillé. Aucun des chefs illustres n’est là. Selon Deniau, les soldats paysans crurent cependant que La Rochejacquelein et Stofflet étaient présents.

L’adjudant-général Talot raconte dans sa lettre au représentant Choudieu : « Les Brigands sont venus en bon ordre ; ils étaient recrutés dans les meilleures paroisses, les plus entêtées, les plus braves : Echaubroignes, Maulévrier, Courlay. Je les connais bien ; c'est là que je fus élevé, que je passai mon enfance. Bernier excitait, Piron commandait. Le centre était mené par Marsanges, Villeneuve, Keller (i.e. le commandant des Suisses), la droite par Bonin et la Guérivière, la gauche par Guignard de Tiffauges, Forestier commandait la cavalerie, et Herbauld l'artillerie. Je l'ai su de deux Brigands qu'on m'a amenés blessés et que j'ai mis en pension chez une bonne femme. Ils m'ont juré de ne plus se battre contre nous. Je suis votre proclamation du 6 : pardon à ceux qui se rendent. Tous ces gens-là apprennent le métier, et si la guerre dure ils nous en feront voir de cruelles. Ça commence bien. »
Le matin du 18 juillet, les grosses chaleurs des jours précédents laissèrent la place à des pluies excessivement fortes qui vont durer trois heures et retarder les combats qui débuteront un peu après midi (cf. les Mémoires d’Hugo et le rapport Berthier-Dutruy).

Selon le rapport Berthier-Dutruy, quelques-uns des généraux présents, à la vue de la fébrilité de nombreux bataillons la veille, à l’approche d’une nouvelle attaque des Vendéens, demandèrent que l’armée quitte Vihiers et se replie sur Doué ou Argenton-le-Château. La Barolière décida au contraire de rester à Vihiers et de défendre la ville s’ils étaient attaqués.

Si l’on s’en tient aux indications données par le futur général Hugo dans ses mémoires et par l’abbé Deniau, qui donne beaucoup de détails sur cette bataille dans son livre, les Républicains se déployèrent en trois « divisions ». Voilà ce qu’écrit Deniau dans son tome 2 : « Les généraux républicains échelonnent leurs soldats par divisions, sur les hauteurs qui couronnent Vihiers. Ils placent leur premier corps, en avant de cette ville, sur les buttes des moulins de Galerne, au-delà de l’étang du château, et sur celles qui dominent le pont du Lys, le second, à droite, près la métairie de Jusalem, au-dessus d’une vallée profonde. Et ils établissent le troisième, à gauche, aux abords du cimetière, dans les champs escarpés de la Dauphinerie ; enfin ils placent en batterie quarante pièces de canon entre ces trois masses d’hommes. Leur cavalerie est embusquée dans les rues de la ville et prête à charger où le besoin se manifestera. C’était parfaitement entendu pour la défense, chaque corps était protégé par des ravins encaissés ; mais, pour l’agression, ces positions étaient fâcheuses, car elles les mettaient dans la presque impossibilité de porter en avant leur artillerie et de secourir facilement leurs divers corps, en cas de revers. »

L’artillerie républicaine était nombreuse - Deniau parle de 40 pièces. Elle était composée, pour une bonne part, de canons tout neufs sortis des fonderies et dépourvus encore de leurs affûts. Les charrons de la ville furet obligés d’en confectionner, la veille de la bataille, selon un jeune témoin oculaire Jean Rabin, vivant à Vihiers (Deniau, histoire de la Vendée, tome 2).

L’avant-garde, à priori sous Santerre en remplacement de Menou blessé la veille, fut placée sur la route de Cholet à Vihiers. Elle correspond à la première « division ». Gauvilliers tenait la colline des moulins à gauche de cette ligne ; Barbazan tenait le centre, appuyé sur le pont sur la Lys ; Dutruy tenait la gauche ; Fabrefonds commandait la cavalerie de cette avant-garde et avait placé ses escadrons dans la ville de Vihiers ; la brigade des bataillons de Paris de Santerre se tenait en réserve de cette avant-garde.

Il m’a été impossible de savoir parmi les deux brigades restantes, Joly et Chabot, laquelle correspondait à la deuxième et à la troisième des « divisions ».

L’abbé Deniau cite aussi dans son livre, le dispositif vendéen mis en place par le général Piron ; et là avec encore plus de précisions : « Les volontaires de Saint-Hilaire-du-Bois, de Saint-Paul-du-Bois, de la Plaine, d’Yzernay et tous ceux qui sont accourus de ce côté, forment l’aile droite et sont commandés par La Guérivière et Bonnin ; ils se portent au grand champ de foire, dans les champs voisins, et sont opposés au 3e corps des Républicains, rangé en bataille en avant du cimetière et autour de la métairie de Pique-Boeuf. Ceux de Coron, de la Salle-de-Vihiers, de Vezins, de Chanteloup, de la Tourlandry, des Gardes, de Trémentines, de Cholet, et autres lieux, qui sont au centre, sous la conduite de Piron, de Marsanges, de Villeneuve, tiennent tête au premier corps de Santerre, campé sur les hauteurs des moulins de Galerne et du pont du Lys. Ceux du Voide, de Montilliers, de Gonnord, de Joué, de Chanzeaux, de Melay, de Chemillé, composant l’aile gauche vendéenne, conduits par Forestier et Guignard et soutenus par leurs cavaliers, se portent vers la métairie de Jusalem, où est retranché le second corps ennemi. Les canons sont placés dans des lieux où ils peuvent répondre avantageusement au tir des pièces républicaines. »

Si l’on se réfère à la population des villages cités par l’abbé Deniau, l’aile gauche vendéenne puisa son contingent de combattants dans une population d’environ 12.000 habitants ; le centre, dans une population de 21.000 et la droite, de 10.000 habitants. Sans doute que la mobilisation fut plus forte que pour des combats qui auraient eu lieu loin de leurs lieux de résidence. Habituellement, environ 15 % de la population prenait les armes, mais on peut sans doute monter à 20 % pour cette bataille de Vihiers ; soit environ 2.500 combattants pour l’aile gauche, 4.000 pour le centre et 2.000 pour l’aile droite. A cela, il faut ajouter les « compagnies régulières » qui avaient combattu la veille – environ 1.000 hommes ; peut-être un millier de combattants provenant des villages déjà traversés par les Bleus ; et peut-être aussi cent ou deux cents cavaliers, qui accompagnèrent l’aile gauche. Soit environ 10 à 11.000 combattants en tout.

Sous l’impulsion militaire de Piron, aidé de l’autorité religieuse de l’abbé Bernier, les Vendéens attaquèrent simultanément les trois « divisions » républicaines. Ce fut cependant le centre du dispositif mis en place par le général La Barolière qui fut, avec l’occupation de Vihiers, l’objectif principal des Blancs, comme l’écrit le général Hugo dans ses Mémoires. Piron, monté sur son cheval blanc, se multiplia de tous côtés pendant cette bataille. Ce cheval blanc de Piron le fit remarquer des Bleus qui, rendus à Saumur, répandirent le bruit que les Royalistes étaient commandés par un prince, monté sur un cheval blanc. (Bourniseaux, tome 2)

« En un instant, explique l’abbé Deniau, s’engage sur tous les points un combat terrible. Les compagnies suisse et allemande, qui précèdent leurs camarades, se distinguent par un feu extrêmement meurtrier. La régularité de leurs manœuvres étonne les Patriotes, qui ne peuvent croire à tant de précision de la part des paysans. Ils ne sont pas moins surpris de voir leurs trois corps simultanément attaqués. Malgré cela, ils se battent avec la plus grande vigueur, sans céder un pouce de terrain. »

Les combats se poursuivant sans résultat, Piron décide d’attaquer de front le pont du Lys et de s’en emparer. En même temps, il envoie ses tirailleurs prendre de flanc la brigade Gauvilliers qui tient la colline des moulins au nord de ce pont. Hugo explique que l’artillerie vendéenne se plaça sur la grand-route, « où la gendarmerie perdait du terrain » (la seule gendarmerie présente est la 36e division de gendarmerie de la brigade Barbazan). Les canons vendéens prirent à partie la brigade Gauvilliers à laquelle appartenait le bataillon d’Hugo.

Selon Hugo, « le mouvement de cette division (i.e. celle de Piron) détermina le général en chef à faire replier sa droite (i.e. la brigade Gauvilliers), et je reçus ordre de couvrir le mouvement de ma brigade par un détachement qui s’engagea de suite avec les tirailleurs ennemis. Cet engagement dura de mon côté jusqu’à l’extinction de tous les combattants ; car, à l’exception de quelques blessés qu’on put enlever, tous mes braves camarades périrent à leur poste. Touché dans mes habits par dix-sept coups de mitraille, et par une balle qui m’avait fracassé le pied dans toute sa longueur, on ne m’emporta sur Vihiers qu’au moment où l’ennemi s’en rendait maître. »

Ce récit corrobore plus ou moins le récit que l’abbé Deniau fait des combats à cet endroit, si ce n’est que la retraite de Gauvilliers ressemblerait plus à une déroute selon lui : « Piron fait obliquer en même temps des groupes de tirailleurs par les métairies des Chasseries, de l’Epinasserie, du Coteau, pour les prendre en flanc. Ce mouvement tournant, cette charge directe font fléchir les Patriotes qui, enserrés dans un cercle de feu, tourbillonnent et se retirent sur les bords de l’étang et sur les crêtes du ravin auquel ils sont adossés. Herbault profite de leur position compromise pour diriger habilement sur eux tout le feu de son artillerie. Il en fait un grand carnage. En vain les Républicains ripostent par des feux de mitraille ; les paysans esquivent leurs coups en se jetant à plat ventre ou en se blottissant derrière les arbres et les talus ; ils s’approchent insensiblement de leurs lignes désorganisées et les culbutent dans l’étang et le ravin, à l’arme blanche. Les fuyards se rejettent dans la ville de Vihiers ; mais leur retraite est si précipitée et si confuse que canons, artilleurs, fantassins se bousculent les uns les autres sur la chaussée du moulin voisin, se précipitent pêle-mêle à travers les rochers du vallon, et rompent tous les rangs. »

Le rapport Berthier-Dutruy rapporte qu’une tentative de soutenir l’avant-garde par les bataillons de Paris tourna court : « l’avant-garde se battit avec valeur ; mais tout le reste de l’armée se reploya (i.e. se replia), malgré les ordres contraires. Des bataillons de Paris reployés sans s’être battus, ont menacé les chefs, criant à la trahison. Deux bataillons conduits au secours de l’avant-garde, ont eu la lâcheté de rétrograder à la vue de l’ennemi, disant au général Dutruy, qu’il était un traître, qu’il les menait à la boucherie, qu’il fallait tirer sur lui. »

Un escadron de hussards essaya aussi de charger le centre ennemi, plus par bravade que pour dégager l’avant-garde bousculée : il réussit à traverser le pont du Lys mais fut exterminé, pris au piège au milieu des lignes vendéennes. Seul deux hussards s’échappèrent écrit l’abbé Deniau.

À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 07 Déc 2020, 10:34

Suite de l'essai de Thierry Legrand sur...

Les combats de juillet 1793 en Vendée

B. « Le grand choc de Vihiers » – 17-18 juillet 1793
(suite)

Continuons le récit toujours aussi détaillé de l’abbé Deniau : « Pendant que Piron repoussait ainsi le premier corps républicain, Forestier (i.e. l’aile gauche vendéenne) descendait du bourg du Voide, par le chemin du moulin de la Cave et de la Coulée-Verte, Guignard (idem) traversait rapidement la rivière du Lys, gravissait les coteaux de Jusalem, et lançait ses plus intrépides soldats contre l’artillerie républicaine, établie sur le plateau de cette ferme et s’en emparait. En même temps ses tirailleurs faisaient un circuit par la ferme de Bocé, à l’extrémité des lignes ennemies, se rabattaient sur elles et les rejetaient pêle-mêle dans Vihiers ; tandis que les soldats de Piron, pénétrant dans cette ville, et maîtres du faubourg Saint-Jean, les recevaient par leur flanc, à coups de fusil. Santerre qui, au premier cri de détresse de ses soldats, était pourtant monté à cheval, s’efforçait alors dans les prairies de la Martinière, en dehors de la ville, de rallier les fuyards. […] Ses bataillons fléchissant de nouveau, il est pris d’épouvante, et tourne bride avec d’autant plus de diligence qu’il a appris que les Vendéens ont juré de le renfermer dans une cage de fer, et de le promener ainsi dans toute la Vendée, s’ils peuvent le prendre vif. Forêt, Renou, Loyseau (dit l’Enfer), trois braves entre les braves, l’ont aperçu, ils s’élancent à sa poursuite, gagnent du terrain et sont près de l’atteindre, le sabre de Loyseau déjà le touche, lorsqu’il fait sauter à son cheval un mur de cinq pieds d’élévation et leur échappe. »

Malgré quelques essais sporadiques de résistance par certains officiers et soldats bleus, l’avant-garde, la brigade Santerre, la cavalerie et la brigade qui a été rejetée de la colline de Jusalem fuient Vihiers vers Doué. « Des cris de : Sauve qui peut ! ayant retenti sur plusieurs points, ils se débandent avec une telle confusion que cavaliers, fantassins, se pressent, se bousculent et fuient à toutes jambes dans la direction des métairies de la Loge et de la Carrie » écrit l’abbé Deniau. Une partie des Vendéens, la cavalerie de Forestier en particulier, va poursuivre les fuyards. Mais il reste l’aile gauche républicaine qui tient toujours les champs escarpés de la Dauphinerie au sud-est de Vihiers. Et sous la conduite de Piron, une partie de sa colonne va prendre cette « troisième division » bleue à revers. « Ce corps, depuis deux heures, écrit l’abbé Deniau, se défendait vaillamment contre l’aile droite des Royalistes ; ces derniers, pourtant, s’étaient rapprochés des positions ennemies, à demi-portée de fusil, et un certain nombre même commençaient déjà à occuper les abords du cimetière. […] Insensiblement plusieurs groupes avaient traversé le vallon, gravi le coteau opposé, et serré de près leurs adversaires, mais ne les avaient pas entamés. Piron les attaquant par derrière, en ce moment, ils se trouvent pris entre deux feux, et, ne pouvant soutenir cette double attaque, ils fuient à travers la campagne. Leurs artilleurs tiennent plus longtemps, ils couvrent de mitraille les soldats de La Guérivière et de Bonnin, qui ont envahi le cimetière et qui arrivent sur eux à la baïonnette. » Ces courageux artilleurs seront les derniers à combattre, et sans doute à mourir, sur le champ de bataille de Vihiers.

Comme le rapportent les généraux Berthier et Dutruy, « la retraite a été générale sans qu’on puisse arrêter l’armée à Doué distant de quatre lieues de Vihiers (i.e. environ vingt km) ; on a marché jusqu’à Saumur.

Aucun chiffre n’est donné pour les pertes vendéennes. Pour celles des Républicains, la confusion et l’exagération semblent de mise.

Le rapport de Berthier-Dutruy donne les effectifs à la division de Saumur (ou de Tours), fin juillet 1793, donc après la déroute de Vihiers : « une avant-garde réduite à environ 4.500 hommes. Le corps d’armée est composé de 13 bataillons formant environ 6 à 7.000 hommes, dont 4.000 des bataillons de Paris. » Les deux généraux précisent aussi : « le général La Barolière qui commande l’armée est au-dessous des talents nécessaires. Les généraux de division Duhoux et Menou sont blessés, et ne pourront pas servir de la campagne. Les généraux Fabrefont, Dutruy, Gauvillier et Barbazan restent à l’avant-garde. Fabrefont qui commande, est plus propre à l’organisation des troupes qu’à un commandement en chef. Les trois brigades du corps d’armée sont commandées par Santerre et par les généraux de brigade provisoires Joly et Chabot. Ce dernier n’a aucun des talents nécessaires à ce commandement. Les adjudants généraux sont bons ; mais une grande partie des adjoints est incapable de remplir la fonction. »

En fait, si l’on tient compte des tableaux des effectifs aux dates des 22 à 24 juillet, on dénombre 2.500 hommes présents sous les armes dans l’avant-garde ; 2.500 dans la brigade Santerre ; un peu moins de 1.100 dans celle de Joly et 1.150 dans celle de Chabot ; soit 4.750 pour le corps d’armée (sans l’avant-garde). Parmi les 4.750 hommes du corps principal, la moitié entre dans la composition des bataillons de Paris. On est loin des chiffres donnés par le rapport Berthier-Dutruy. En revanche, ce sont bien treize bataillons qui sont présents dans ce corps principal, comme l’atteste le rapport des deux généraux. Il faut noter aussi que l’on connaît les effectifs de la brigade Gauvilliers à la date du 20 juillet : 267 hommes sont sous les armes ; on arrive à 411 hommes deux jours plus tard…

En fait l’écart entre ces différents chiffres s’explique par les nombreux fuyards qui ne rejoindront leurs unités que tardivement (et qui sont sans doute comptés dans le rapport Berthier-Dutruy). Ainsi, le 21 juillet, il est noté pour le 14e bataillon de la République déjà cité (brigade Joly), qu’il y a 221 hommes sous les armes, 230 sont notés « en fuite » et 80 ont été perdus dans les combats. Le 24 juillet, les effectifs sont déjà remontés à 311 hommes présents sous les armes. Pour le 4e bataillon du Maine-et-Loire, de la même brigade, 149 hommes sont présents le 21 juillet et 450 sont en fuite.

Pour revenir au 14e bataillon de la République, dans son livre « les Volontaires nationaux de Paris » (tome 2), Chassin dénombre uniquement 11 pertes le 18 juillet pour ce bataillon : 6 tués, 1 blessé et 4 prisonniers (dont 3 blessés).

Difficile donc de donner un état des pertes des combattants : Emile Gabory écrit qu’il y eut 1.500 morts et blessés dans les rangs des Républicains, 800 prisonniers et la perte de 22 canons. Le conseil supérieur de Châtillon écrivit dans la proclamation qui fit suite à la victoire qu’on évalue la perte de l’ennemi à « deux mille morts ; plus de trois mille prisonniers, vingt-cinq pièces de canons, autant et même plus de caissons, deux charrettes chargées de fusils, un grand nombre de chevaux d’artillerie, des bœufs, des provisions et munitions de guerre de toutes espèces. »

Bourniseaux écrit, quant à lui : « cinq mille républicains tués, blessés ou prisonniers, vingt-cinq pièces de canon, quatorze caissons, sept mille fusils, cent chevaux d’artillerie, deux cents bœufs, des provisions et munitions de toute espèce, tout le matériel de l’armée, furent le fruit de la victoire de Coron. »

L’abbé Deniau écrit : « Jamais victoire des Vendéens n’avait été plus glorieuse et plus complète. Avec une poignée d’hommes, ils venaient dans l’espace de quelques heures, de repousser une armée formidable (…), de recueillir un butin immense en artillerie, en fusils, en munitions et en effets d’équipage de tout genre. Trente canons tombèrent en leur pouvoir. Leur perte en hommes fut insignifiante, tandis que les cadavres des Républicains couvraient toute la campagne environnante […] Sur la seule métairie de la Bilangerie, on recueillit six grosses charretées de cadavres. Dans la traversée de Vihiers, pour faire circuler les canons et les caissons, on fut obligé d’entasser les morts le long des maisons. Un grand nombre de prisonniers restèrent au pouvoir des vainqueurs… » (Deniau, t. II, pp. 295-296)

Evidemment tous ces chiffres sont excessifs, mais les pertes républicaines furent tout de même fortes. Côté républicain, le rapport Berthier-Dutruy dit que « l’avant-garde a perdu une partie de sa meilleure infanterie. L’armée, ne s’étant pas battu, n’a rien perdu à l’exception de 5 à 6 pièces qui ont été renversés dans les fossés ».

Le général Turreau dans ses Mémoires écrit : « on chercha à rallier l’armée à Chinon, c’est-à-dire à 15 lieues du champ de bataille, et, trois jours après l’action, il ne s’y trouva que 4.000 hommes. Il faut croire que tout le reste avait été pris ou tué ; il y avait des fuyards dans toutes les villes voisines ; il y en eut qui ne s’arrêtèrent qu’à Paris. »

« Les vainqueurs de Martigné sont en déroute, écrit François-Joseph Grille (La Vendée en 1793, tome 1), une nuit a tout changé. Jamais guerre ne fut plus féconde en péripéties. Les armées fondent comme la neige. On ne saurait dire où sont Labérollière, Barbazan, Berthier, Santerre. »

Cette « victoire montra que la Vendée était toujours forte et redoutable » écrit l’abbé Deniau. En effet, l’échec devant Nantes le 29 juin et la perte de Jacques Cathelineau ; la défaite du bois du Moulin-aux-Chèvres et l’incursion de Westermann jusqu’au cœur de la Vendée insurgée le 3 juillet ; la défaite de Martigné-Briant du 15 juillet : tout cela avait fait douter les Vendéens de pouvoir vaincre. Certes Westermann avait été puni le 5 juillet à Châtillon de son imprudence, mais il faudra le choc de Vihiers le 18 juillet pour redonner confiance aux soldats-paysans et leur faire espérer un répit durable.
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À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 12 Déc 2020, 17:55

En petit intermède de textes deux jolies photos communiquées par Thierry Legrand, illustrant son interprétation en figurines 28 mm Perry de la Légion de Westermann.

La partie droite de la photo est masquée, mais ceux qui savent la faire apparaître la verront.

Image

Son commentaire de créateur :

"... à partir de... Landwehr autrichien pour le fantassin et la tête du cavalier, chasseur à cheval français pour cheval et corps du cavalier.

Moyen mais bon... mieux que rien", dit-il.

Image

Moi je les trouve bien sympa (les figurines, parce-que les vrais, moins !).

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