Échanges sur les guerres de Vendée

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

Modérateurs: FONTANEL Patrick, MANÉ John-Alexandre

Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 28 Avr 2021, 08:34

Tentative de déposer quelques jolies images des troupes de Thierry Legrand, en intermède entre deux articles.

.../...

Bon, je suis arrivé à les déposer !

Le premier est en travers, mais il est là, c'est déjà çà !

Tous sont tronqués à droite, mais il doit y avoir moyen de voir tout en tripotant je ne sais pas quel bouton de vos claviers.

J'inclus les commentaires qui les accompagnaient.

Diégo Mané
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TL : Une photo de "mon" d'Elbée de Trent, mis sur base ronde avec deux figurines Touller (et le guidon général historique de l'armée d'Anjou et du Haut-Poitou selon Crosefinte dans son ouvrage).

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DM : ici les premiers "sortis" de la Légion du Nord, infanterie et cavalerie...

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DM : Ici un état-major républicain dont j'ai égaré le commentaire d'accompagnement...

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TL : J'ai profité d'un peu de vacances pour finir de peindre ma Légion du Nord (2 photos) ainsi qu'une brigade de hussards (12 figurines en tout; 8e et 9e de hussards).

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... deux photos de mes figurines de 1793 que j'ai déjà peintes: la Légion du nord, éclairée par les 8e et 9e de hussards, va avoir fort affaire face aux Vendéens qui les attendent de pied ferme (il y a pêle-mêle, des soldats de Bonchamps, de Stofflet, de la cavalerie sous Talmont et de l'artillerie sous Marigny).

P.S. :J'ai une table de jeu qui fait 3m sur 2m

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MANÉ Diégo
 
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar LE LAN Bernard sur 28 Avr 2021, 17:14

Très joli!
J'aime beaucoup cette période. :grin:
Seulement on ne peut pas tout faire...
:grin: :grin: :grin:
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 09 Mai 2021, 09:59

Allez, avant de reprendre les combats, Denis Bouttet nous propose un petit intermède interpellant sur ce qui se serait passé après l'un d'eux...

L'affaire des peaux tannées

Tout commence par un fait divers dont l’existence est encore de nos jours soumise à caution. Il est sordide à souhait et nous le tiendrons pour vraisemblable à défaut d’être exact dans ses détails. Il aurait très bien pu tomber dans les oubliettes de l’Histoire, tant la période fut riche en cruautés de toutes sortes, s’il n’avait été exhumé quelques dizaines d’années plus tard (et même assez récemment) par des historiens instruisant un dossier à charge des crimes d’une République honnie.

Plusieurs légendes noires reprennent et exploitent des faits similaires. Nous allons suivre la piste de l’une d’entre elles pour découvrir un des secrets de la jeune République.

Les Ponts de Cé, décembre 1793

Histoire de planter un peu le décor, un petit « rappel » des quelques événements venus affecter ce secteur clé des guerres (un des rares points de passage sur la Loire) :

1er décembre 1793, la commission Félix fait exécuter 124 prisonniers à Juigné-sur-Loire (1).

Les 3 et 4 décembre 1793, l’armée vendéenne cherche à s’échapper et vient assiéger Angers. En vain, elle reflue vers le Mans mais nombre d’hommes et de femmes essaieront malgré tout de traverser la Loire dont les abords sont tenus par de multiples postes bleus.

Fin décembre 1793 (2), pendant trois jours, huit-cents Vendéens sont fusillés aux Ponts de Cé et leurs corps jetés dans la Loire.

C’est très certainement lors de ce dernier événement, que le chirurgien-major du 4ème bataillon des Ardennes, Pequel (ou plutôt Pikelle (3) commit l’atroce. Alors que l’on jetait les cadavres de Vendéens exécutés, aidé de quelques soldats, il écorcha et préleva la peau de trente-deux d’entre eux. Lui et ses acolytes s’en furent ensuite demander aux différents tanneurs de la ville de traiter les peaux. Tous refusèrent sauf un dénommé Langlais. Les peaux traitées localement, probablement par les soldats eux-mêmes, furent probablement envoyées ensuite à Angers auprès d’un certain Prud’homme, fourreur.

Quelles sont les motivations de ces hommes (travail de commande, trophées personnels, appât du gain, etc...) ? Nul ne le sait vraiment. Car l’histoire n’est relatée que quelques mois plus tard (en octobre 1794) par quatre témoins (4) et n’aura guère de suite avant d’être exhumée bien des années après.

Les peaux tannées

L’expression « avoir la peau de son adversaire » prend en l’occurrence une tournure bien singulière. Si de par sa finesse la peau humaine est fragile et beaucoup plus difficile à tanner que celle des animaux, l’événement relaté n’est pas unique :

Un autre officier de santé, Morel, aurait, avec l’aide du bourreau, procédé de même avec la peau de l’abbé Thomas, guillotiné le 11 décembre 1793 à Colmar.

Un soldat blessé et mort lors du siège de Nantes le 29 juin 1793, aurait demandé que sa peau soit tannée afin de servir pour un tambour. Trop fine pour un tel usage, elle est cependant conservée au muséum d’Histoire naturelle de Nantes.

Un exemplaire de la constitution de 1793, relié avec la peau d’un aristocrate, serait conservé au musée Carnavalet.

Une tannerie de peaux humaines aux portes de Paris ?

Le domaine de Meudon, après avoir servi de caserne à la garde constitutionnelle du Roi, puis de dépôt d’armes et de munitions, est en mauvais état, fruit des pillages et dévastations de la soldatesque et de la vente de son mobilier. En septembre 1793, par décision du Comité du Salut Public, il fait l’objet de travaux et de rénovations. Le lieu est alors sévèrement gardé et l’accès y est très limité. De mystérieux convois franchissent ses portes la nuit, des pancartes menaçant de mort quiconque y pénètre sont plantées…

Des corps de guillotinés parisiens détournés y seraient envoyés, le domaine abriterait ainsi une tannerie de peau humaine. La rumeur enfle. D’ailleurs, n’est-il pas vrai que Barrère et Vadier du Comité de Salut Public portent des bottes en peau humaine ? Que d’autres membres du comité revêtent également de semblables culottes de peau lors de la fête de l’Être suprême (8 juin 1794) ?

À priori non, bien sûr.
En fait, le site de Meudon a été transformé en un établissement militaire, notamment dans un premier temps, sous l’impulsion d’un certain Choderlos de Laclos (5). L’établissement dépend dès lors de la commission des Armes et Poudres (6), elle-même placée sous l’autorité directe du Comité de Salut Public. On y fabrique des munitions (boulets incendiaires, fusées, poudres...) mais on y mène également des expérimentations à des fins militaires : c’est là que sont testés les boulets creux à destination de l’artillerie de marine, que seront mis au point et fabriqués les aérostats dont un exemplaire sera déployé à Fleurus (7). Quand on sait que ces ballons étaient gonflés à l’hydrogène et que des explosifs étaient mis au point tout à côté, on comprend d’une part, l’importance stratégique et la dangerosité (8) de ce site si proche de Paris et, d’autre part, la nécessité du secret et d’empêcher espions et autres agents d’y pénétrer.

À noter également que non loin de là, en contrebas, sur une île qui porte encore son nom, un certain Armand Seguin a installé une tannerie qui exploite un procédé révolutionnaire permettant d’écourter le temps requis pour tanner une peau (vingt-cinq jours contre plusieurs mois).

Alors de mystères en amalgames, pas étonnant que des rumeurs se développent au sein d’une société globalement peu instruite et mal informée. Et lorsque lesdites rumeurs sont reprises dans la presse à des fins politiques en 1795, sur fond de contre-révolution, c’est pour accuser et déstabiliser le pouvoir en place. La rumeur se transforme alors en dénonciation, elle s’établit comme un fait que l’on expose au plus grand nombre, elle devient calomnie.

Pour ceux qui auraient envie d’aller plus loin sur ce sujet, voici la source conseillée :
« Un détail inutile ? L’affaire des peaux tannées. Vendée 1794 »,
par Jean Clément Martin, Editions Vendémiaire, 2013.

Notes

1) Localité limitrophe des Ponts de Cé, au sud de la Loire.

2) Pas encore trouvé de date précise de l’événement mais il est relaté dans une lettre en date du 1er janvier 1794.

3) On retrouve la trace d’un Philippe Pikelle (ou Pickelle), né en 1760 à Strasbourg, chirurgien, en 1796 lorsque le 4ème des Ardennes est amalgamé à la 64ème demi-brigade.

4) Les témoins, bourgeois de Ponts-de-Cé, interviennent dans une commission enquêtant sur la commission Félix et le comité révolutionnaire d’Angers à une période où la Terreur n’est plus vraiment à l’ordre du jour (pour reprendre une expression connue). Sont-ils objectifs et sincères ? Telle est la question qui se pose encore, faute d’autres faits venant corroborer leurs témoignages.

5) Vous savez, «Les liaisons dangereuses»…

6) Lointain ancêtre de notre DGA actuelle.

7) Les ballons sont fabriqués à partir de boyaux de bœuf principalement issus des abattoirs parisiens.

8) Le 16 mars 1795, un incendie ravagera la poudrière du vieux château, le 14 juin de la même année, un vase d’hydrogène explosera non sans quelques dégâts.
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 09 Juin 2021, 13:24

La légion germanique à Saumur
(par Denis Bouttet, le 09/06/201)

Faisant suite aux précédentes évocations de la légion germanique, le présent article cherche à établir la force de l’unité lors de la bataille de Saumur et accessoirement son implication.

Créée en septembre 1792 et rattachée à l’Armée de l’Intérieur, la légion s’organisa, s’équipa et fut assez vite employée. En effet, pendant les mois de décembre à janvier 1793, lui furent conférées des missions de maintien de l’ordre public, d’abord à Paris, puis dans les campagnes environnantes et dans la Beauce (Chartres) en vue de prévenir des mouvements induits par l’augmentation du prix du pain. Elle s’en acquitta bien.

Inspectée le 29 janvier par Chalbos (celui-là même qui commandera à Niort quelques mois plus tard), elle est considérée comme étant dans un état des plus satisfaisants.

Le ministère de la guerre jugeant que l’Armée du Nord manquait de cavalerie, l’envoya à Philippeville dont elle devait tenir la garnison et ainsi assurer les arrières de l’armée. Elle y gagna une réputation de troupe bien tenue.

Mais nombre de légionnaires sont d’anciens déserteurs de l’Empire. Or ce dernier offrait amnistie et récompense à qui reviendrait sous ses drapeaux. Entre cette proposition et le risque d’être pris les armes à la main et exécuté, les esprits vacillent. Il devient donc dangereux de maintenir l’unité si près du danger.

Début avril, on décida de l’envoyer plus prudemment à l’Armée des Pyrénées. Mais chemin faisant, on l’emploiera à lutter contre les rebelles de l’Ouest, le temps que les troubles se calment. De ce fait, elle vient renforcer une Armée des côtes de la Rochelle tout juste créée et quasi exsangue de troupes entraînées à la guerre.

Le 5 mai, elle est rassemblée à Tours mais une terrible dissension secoue alors le corps des officiers, le scindant irrémédiablement en deux. L’encadrement est alors profondément renouvelé et une part significative des officiers supérieurs (1), principalement allemands, est arrêtée et emprisonnée. Autant dire que la confiance du soldat de langue allemande est sérieusement perturbée et que le temps passé par les officiers à se déchirer ne l’est pas à établir l’ordre et la discipline.

La légion de la Fraternité

Suite à l’épuration de l’encadrement, la nouvelle légion de la Fraternité est ainsi organisée :

Infanterie – Chef de brigade Burac
1 bataillon d’arquebusiers à 4 compagnies, assimilé à de l’infanterie de ligne,
2 bataillons de chasseurs à 8 compagnies chacun,
1 compagnie de canonniers avec 2 pièces d’artillerie légère (4 livres).

Cavalerie – Chef de brigade Beffroy
1 régiment de cuirassiers légers à 8 compagnies, assimilés à de la cavalerie de ligne,
1 régiment de piconniers à 8 compagnies, assimilés à des dragons.

Le ministre de la marine ayant demandé 1500 h pour les Antilles, Bouchotte donna ordre d’envoyer à Brest 600 h du 77ème RI (allemand) et 900 h de la légion de la Fraternité. L’ordre ne fut pas appliqué (2) : le 77ème RI fut battu et 300 de ses hommes désertèrent (une partie joignit les Vendéens) et les représentants du peuple (3) passant outre l’ordre la maintinrent à Saumur.

Evolution des effectifs (corrige le précédent état)

octobre 1792 : 223 h

novembre 1792 : 482 fantassins, 355 cavaliers

17 décembre 1792 : 1071 h dont 466 cavaliers (533 chevaux)

28 janvier 1793 : 1297 h (626 chevaux)

1er mai 1793 : 1492h (4) dont 880 cavaliers

24 mai 1793 : 1100 h à Saumur (5) (dont seulement 800 h mal équipés sous les armes, les autres errant dans la ville et ses alentours).

Estimation de la force engagée dans la bataille de Saumur

Quelques faits préalables permettent d’éclairer les différentes composantes :
le 4 juin, Leygonier, lors de son offensive vers Cholet, dispose de 620 h de la légion dont 200 cavaliers ;

lors du combat de Doué le 7 juin, la légion perd ses canons et son infanterie est en partie faite prisonnière, notamment les arquebusiers (6) ;

l’état de situation au 21 juin de la division dite « de Saumur » stipule que la légion comporte 302 fantassins et 313 cavaliers, plus 78 cavaliers qui sont à celle de Niort le 26 juin ;
le régiment de cuirassiers comporte 125 h à la veille de la bataille et aura perdu 85 à l’issue.

En tenant compte de l’affirmation de Leygonier du 24 mai d’une légion de 800 h sous les drapeaux, l’infanterie doit être forte d’un peu plus de 400 h (artillerie comprise) et la cavalerie de 400 h.

L’infanterie subit entre les combats de Doué et de Saumur environ 100 pertes, principalement à Doué. Ainsi les 2 bataillons de chasseurs (7) ne totalisent que 300 h.

La cavalerie n’a pas eu à subir de fortes pertes dans les jours précédant la bataille de Saumur, de ce fait, elle est relativement « intacte » avec :
un régiment de cuirassiers légers à 125 h,
un régiment de piconniers à 280 h dont 80 environ avec Salomon.

Bilan des premiers combats

La légion perd 400 h entre le 24 mai et le 26 juin. Parmi ceux-ci une part minime sont des morts et blessés, les prisonniers représentants probablement une centaine d’hommes, et le reste a déserté.
Que certains de ces derniers aient rejoint les rangs vendéens est avéré mais probablement pas un vaste mouvement comme certains ont pu l’écrire ou le déclarer. Quand Marat décrète à la tribune de la Convention que la légion toute entière à déserté à l’ennemi, il est comme souvent dans l’exagération. Cependant en l’espace de deux mois en Vendée, elle perd la moitié des effectifs arrivés début mai et a militairement beaucoup déçu, justifiant bien malgré elle cette opprobre.

La réforme

Un état nominatif de l’éphémère 24ème de chasseurs à cheval, créé pour recueillir les restes de la cavalerie de la légion, daté du 26 juin 1793, recense 322 cavaliers répartis dans 12 compagnies (8), corroborant assez bien l’hypothèse émise (9).

L’infanterie fut versée dans le 22ème régiment d’infanterie légère. Un état faisant référence à un effectif datant probablement d’août 1793 (le régiment avait été passé en revue le 12) donne 874 hommes, le régiment a alors intégré les hommes de 3 compagnies franches et des recrues du district de Saumur (10). Il comporte 2 bataillons de chasseurs à 8 compagnies (11) chacun et une compagnie de canonniers.

Le 09 juin 1793
La question subsidiaire est à présent de savoir où ont combattu les restes de la légion ce 09 juin 1793.
Les cuirassiers furent répartis entre la réserve au centre et l’aile droite républicaine à Bournan, pour moitié sur chaque position (12). Tous donnèrent et furent sévèrement éprouvés dans les combats de la journée.

Les piconniers furent également positionnés avec la réserve au centre (13). Seule une partie de ceux-ci participe à la charge en soutien des cuirassiers.

La position de l’infanterie est plus difficile à cerner car les informations relatives à sa participation sont plutôt succinctes, à savoir une vague tentative de reprise de la ville, après quoi elle retraite jusqu’à Angers (14), puis Le Mans, et enfin jusqu’à Tours. De ce fait, en supposant que la légion combatte regroupée, il est probable que l’infanterie fasse également partie du centre républicain. Plusieurs positions sont toutefois envisageables : soit dans les faubourgs de Saumur, soit entre le pont-Fouchard et Saumur, soit sur la rive droite de la Loire. Par conviction plus que par preuve, nous retiendrons la première option.

Beffroy blessé au ventre quelques jours avant la bataille (15) n’y participa pas. Nommé général de brigade, il commande ensuite à Tours la Réserve de l’armée et assure l’instruction et l’équipement des nouvelles troupes (notamment la cavalerie (16).

Burac «combat » à Saumur et à l’issue de sa retraite est également affecté à la Réserve. Suspendu pour enquête en juillet, il devient en août adjoint de Rey à la « division » de Thouars.

Beffroy et Burac seront définitivement suspendus fin septembre comme anciennement nobles.

Notes

1) 25 officiers dont Augereau et Marceau.

2) Rapport fait au ministre le 24 mai de l’impossibilité d’envoyer les troupes choisies à Brest, invitation à trouver une solution avec la garnison de Brest. Visiblement celle-ci est trop faible au point que le ministre et le comité de salut public demandent le 13 juin à Biron d’envoyer 2 bataillons de gardes nationales à Brest compensés par les 3 derniers bataillons parisiens (8ème, 8ème bis et 10ème de seconde formation).

3) Pour rappel, ils sont investis de tous les pouvoirs (dans la limite de leur mission).

4) C’est le chiffre repris par J. Dupont dans son rapport. Il est peut-être vrai à cette date mais il va rapidement se réduire.

5) Rapport de Leygonier, commandant la division de Saumur. Le dépôt est alors à Tours.

6) Les principaux officiers rallieront les rangs vendéens.

7) Les arquebusiers déjà pas très nombreux (tout au plus une centaine d’hommes) contribuèrent beaucoup au nombre de prisonniers et les canonniers ayant perdu leurs pièces, avaient également perdus leur utilité.

8) Le régiment dispose de 4 escadrons à 3 compagnies chacun (preuve, s’il en est, que la légion ne manquait pas d’officiers). L’effectif d’une compagnie varie de 21 à 28 hommes. Ainsi la force du détachement présent à Niort correspond à celle d’un escadron. Le capitaine Augereau commande alors la 10ème compagnie.

9) Compte tenu des pertes identifiées à Saumur (85 h) pour environ 400 h de cavalerie disponibles, on obtient quasiment le même chiffre, les éventuels déserteurs supplémentaires étant compensés par des hommes au dépôt ou en permission. Le régiment dispose de 4 escadrons à 3 compagnies. 

10) En août, sont intégrées les compagnies franches des Pyrénées (compagnie formée à Paris de 85 h le 21/06), du loir et cher (116 h le 31/07) et de Seine et Marne (100 h le 31/07) soit un potentiel de 300 h auquel s’ajoutent les hommes des réquisitions issus du district de Saumur (une source semble indiquer 600 h mais 450-500 semble plus vraisemblable).
De l’effectif initial de 302 h au 21 juin, il ne resterait au 31/07 que 95 h sous les armes, les combats de Martigné et surtout de Vihiers ayant probablement durement affecté cette unité déjà bien fragile.

11) Les bataillons d’infanterie légère ne comportaient que 8 compagnies, théoriquement de 60 h. Les compagnies de carabiniers ne furent créées qu’à l’occasion de l’amalgame des bataillons en demi-brigades d’infanterie légère dont la composition était réglementairement similaire à celle de la ligne avec des bataillons à 8 compagnies de fusiliers/chasseurs et 1 compagnie de grenadiers/carabiniers.

12) Un témoin oculaire vendéen déclare avoir vu une cinquantaine de cuirassiers charger le Point Fouchard, ce qui, avec le fait que 60 cuirassiers ont été engagés dans le combat des Verchers quelques jours avant (rapport du 28 mai de Leygonier), semble corroborer le fait que cette cavalerie fut scindée en deux.

13) Plusieurs récits font état d’une réserve de cavalerie de 250 h, ce qui semble correspondre à la moitié des cuirassiers et aux 3 escadrons restant des piconniers (hors détachements).

14) Lors de sa retraite, Burac atteint Angers, retrouve la caisse du district (17 millions en assignats) et la ramène à Tours. Pour ce fait d’armes, il obtient le grade de général de brigade à titre provisoire le 14 juin (confirmé ensuite).

15) le 27 mai au combat des Verchers.

16) Deux régiments sont en cours de formation à Tours : le 11ème hussards (anciennement 24ème chasseurs à cheval), le 19ème dragon.
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 19 Juin 2021, 14:25

L'artillerie républicaine à Saumur le 9 juin 1793
(par Denis Bouttet)

En attendant un article plus général sur la situation de l’artillerie républicaine en 1793 en Vendée, il est plutôt question ici d’identifier les éléments d’artillerie ayant participé à la bataille de Saumur du 9 juin 1793.

Aucun état de situation permettant d’établir précisément l’état de l’artillerie lors de la bataille n’a été trouvé, seul le croisement des informations entre différentes sources permet d’identifier les unités concernées avec cependant quelques incertitudes résiduelles. Pour ce faire, la première source d’informations fiables est constituée par les rapports des acteurs de la bataille (officiers et représentants principalement), viennent ensuite les rares ordres de bataille (bien que parcellaires sur le sujet) et les ordres de mouvement du ministère de la guerre, puis quelques travaux d’historiens (Chassin et Hennet notamment) et enfin la base Leonore des membres de la légion d’honneur.

La 13ème compagnie du 2ème Régiment d’artillerie

Partie le 26 février 1793 de Besançon à destination de Brest pour participer à une expédition dans les colonies, elle est déroutée fin mars par les représentants du peuple Tallien et Goupilleau de Fontenay (1) et affectée à l’Armée des côtes de Brest qui ne disposait pas de tels moyens.

La compagnie est sous les ordres du capitaine commandant Humbert (2), du capitaine en second Monmoulin et du lieutenant Bonnetraine. Ces officiers sont identifiés dans le tableau des officiers de l’armée datant de juin (3).

Les états de service de Monmoulin mentionnent sa participation au combat de Doué et qu’il commande l’artillerie sur la position fortifiée de Bournan (4). Or dans le rapport du 11 juin du représentant Delaunay le jeune qui a participé à la bataille, il est écrit que Coustard disposait de six pièces sur sa position de Bournan. Parmi ces six pièces se trouvent probablement deux pièces d’une compagnie de canonniers parisiens. De ce fait, seules quatre pièces du 2ème RA ont pu participer.

Par ailleurs, le rapport de Ronsin du 28 mai sur l’état de l’armée présente un tableau sommaire de la position des forces entre le 15 et le 24 mai et indique que de l’artillerie de ligne (50 h) est présente aux Ponts de Cé. Or de l’artillerie de ligne à cette date, il n’y a que le 2ème RA.

Comme une compagnie est théoriquement de 95 h, force est de supposer que la compagnie fut vraisemblablement scindée en deux, une section aux Ponts de Cé et l’autre à l’avant-garde.

Difficile également de préjuger de la nature des pièces servies mais il est possible de faire l’hypothèse suivante. L’armée ne dispose fin juin que de quatre pièces de 8 et trois de 12 (5). La compagnie étant probablement à plein effectif à l’arrivée et n’ayant pas été sérieusement engagée, elle est la seule apte à manœuvrer ces pièces. En effet, comme il faut dix hommes pour manœuvrer une pièce de 8 et quinze pour une pièce de 12, ces sept pièces nécessitent théoriquement 85 h auxquels s’ajoutent les officiers (au nombre de 3) et autres (6).

Par conséquent, on peut considérer que les quatre pièces de 8 sont à Bournan (dans les redoutes) et les trois pièces de 12 aux ponts de Cé, verrou stratégique sur la Loire (7).

La compagnie participe à l’offensive de juillet au sein de l’avant-garde. Toutefois, reste à savoir si cette composition atypique et insoupçonnée a perduré (8).


Les compagnies de canonniers de la garde nationale

Les compagnies de canonniers des départements de l’Ouest

Les gardes nationales des principales villes sont pour la plupart dotées (9) de compagnies de canonniers, à savoir Nantes, Angers, Saumur, Chinon, Tours, Niort, Poitiers, etc… Ces compagnies contribuent à la défense de leur ville.

De la même manière que les bataillons de gardes nationaux affluent des départements limitrophes pour tenter de contrer l’insurrection, les compagnies d’artillerie sont mobilisées pour défendre les villes menacées. C’est pour faire face à l’insuffisance des ressources locales que furent envoyées des compagnies issues de la garde nationale de Paris.

Saumur, forte de sa citadelle et d’une garnison, devait disposer d’une compagnie de canonniers pour assurer une partie du service des nombreuses pièces dont disposait l’arsenal de la ville (10). Il n'est pas sûr que la ville ait les moyens d’en entretenir plus.

Par ailleurs, les villes limitrophes étant également menacées, il est peu probable qu’elles se délestèrent de leurs canonniers.

Les compagnies parisiennes

Paris fut un réservoir de troupes, pour l’infanterie tout d’abord, mais également pour l’artillerie. Chacune des soixante sections parisiennes disposait théoriquement d’au moins une compagnie de canonniers (11). Ces compagnies sont destinées à servir soit au sein des bataillons d’infanterie soit de manière indépendante à la défense des villes et places fortes (12).

Parmi ces dernières, plusieurs furent prélevées de la garde de Paris pour être envoyées dans l’Ouest combattre l’insurrection. Petit récapitulatif des affectations en juin.

Armée des côtes de la Rochelle

Saumur
• 2ème (13) et 4ème de la section de la Sorbonne
• 1ère de la 17ème division
• 1ère de la section de la Fontaine Grenelle (arrivée le 05 juin à Tours)

Niort
• 1ère de la section des Arcis
• 1ère de la section de la Maison commune

La Rochelle
• 4ème de la section des Tuileries (arrivée le 19 juin)
• 1ère de la section de la Nouvelle-France (14) (arrivée le 19 juin)

Armée des côtes de Brest

Nantes
• 2ème et 3ème de la section des Quinze-Vingts
• 2ème de la section Beaurepaire

Belle-Ile
• 1ère de la section Fontaine et Molière

Rennes
• 2ème de la section des Halles aux blés

St Malo
• 4ème de la section des Quinze-Vingts

D’autres compagnies seront envoyées ultérieurement (en août et en octobre).
À priori, sur les quatre compagnies envoyées à Tours, au maximum trois compagnies combattirent le 9 juin devant Saumur car vraisemblablement l’une d’entre elles faisait partie de la colonne de Salomon devant occuper Thouars.

De l’influence d’une illustration

L’illustration ci-dessous pose question. En effet, on y voit un épisode héroïque de la bataille. Il s’agit du moment où les cuirassiers légers chargent afin de refouler au-delà du pont Fouchard les Vendéens qui menaçaient de prendre à revers l’aile droite républicaine.

Image

On y voit au premier plan des artilleurs équipés comme de l’artillerie à cheval. Or, de l’artillerie à cheval à cette date dans l’Ouest, il n’y en a pas beaucoup. C’est simple, il n’y en a qu’une compagnie. D’autres arriveront plus tard, notamment avec l’Armée de Mayence.

Petite mise au point donc, sur la 8ème compagnie d’artillerie à cheval.
Initialement présente à l’Armée de Belgique, elle est dépêchée en Vendée et part de Douai le 12 mai à destination de Tours avec une arrivée prévue le 29 mai. Rien ne laisse supposer définitivement son affectation mais un faisceau de présomptions laisse penser qu’elle fut envoyée directement à Niort :

• la division de Saumur dispose de sa compagnie d’artillerie de ligne alors que celle de Niort en est démunie et au vu de la nature du théâtre d’opération et des distances à couvrir, l’artillerie volante est potentiellement plus utile au sud qu’au nord ;

• si la compagnie était à Saumur, pour qu’elle retraite jusqu’à Niort, il aurait fallu qu’elle soit avec l’avant-garde mais on a vu que la place est prise par la 13ème du 2ème RA, ou, deuxième hypothèse, qu’elle soit avec la colonne de Thouars, mais cette dernière ne dispose que de six pièces de 4 et aucune de 8 ;

• les états de service de Jean-Baptiste Cuny, capitaine commandant en remplacement de A. Barrois de Sarigny qui a émigré début 1793, n’indiquent comme premier engagement en Vendée que celui de Luçon le 14 août (15), et rien avant.

L’état du 1er juillet de l’artillerie à Niort indique que la force de la compagnie est de 50 h (dont 3 officiers) avec 3 pièces de 8 et 1 obusier.

Les positions d’artillerie lors de la bataille du 9 juin 1793

L’artillerie républicaine est répartie ainsi :
• les redoutes de Bournan - 6 pièces,
• la redoute de Nantilly - 2 pièces de position (8 livres ou plus),
• au niveau de Notre Dame des Ardilliers - 2 pièces,
• au château de Saumur - 9 pièces (16),
• à l’est du château, sur la route de Champigny, au niveau des moulins - 2 pièces (17).

Le parc d’artillerie est a priori positionné sous les halles, place St Pierre (18) à Saumur.
Hormis le fait que la position de Bournan soit tenue par quatre pièces de 8 du 2ème RA et deux pièces légères d’une compagnie de l’Université (Sorbonne), la répartition des compagnies n’est pas explicitée dans les sources pour les autres positions. Toutefois, les formations de canonniers qui servent ces pièces sont peu ou prou qualitativement équivalentes, cela n’a pas fondamentalement d’importance.

Notes

1) Le 20 mars les représentants Goupilleau° de Fontenay et Tallien réquisitionnent la compagnie du 2e Régiment d'artillerie et l'appellent à Tours, ils préviennent le ministre de la Guerre qui approuve.

2) Jean Nicolas Humbert dit de Fercourt.

3) Non daté mais compte tenu des informations contenues, il est probablement établi fin juin lors de la réorganisation de l’aile droite après la reprise de Saumur.

4) Il se fait remarquer pour avoir sauvé Coustard de la vindicte des soldats du 5ème bataillon de Paris refusant de marcher à l’ennemi.

5) Le tableau récapitulatif des officiers mentionne pour l’artillerie une division de trois pièces de 12 et quatre de 8, une autre de huit pièces de 4 et enfin une 3ème de douze pièces de 12. Le courrier de Hanicque commandant l’artillerie du 29 juin stipule que seules sept pièces de position (8 livres, 12 livres et obusiers) sont présentes.
Les douze pièces de 12 sont issues d’un convoi de pièces expédié par le Ministère le 16 juin de Paris et qui n’arrivera que fin juin/début juillet (courrier de Bouchotte du 18 juin).

6) L’état de situation du 21 juin indique deux « compagnies » d’artillerie, une de 58 h et l’autre de 40 h, correspondant peu ou prou à la décomposition par nature des pièces.

7) La largeur de la Loire à cet endroit (voire la capacité à endommager les ponts) expliquerait probablement l’emploi de telles pièces.

8) Si tel est était le cas, il est probable que les trois pièces de 12 retrouvèrent leurs positions aux Ponts de Cé et que seule une partie prend part à la désastreuse campagne de juillet. L’hypothèse sera à étudier ultérieurement.

9) Le service de la garde nationale est assez proche de celui des milices dont elle prend la succession.

10) Les vendéens en capturèrent quelques dizaines, toutes n’étant pas forcément montées sur affut, dont une partie assez ancienne. Ils trouvèrent une jumelle de leur « Marie-Jeanne », une couleuvrine de 18 livres du milieu du 17ème siècle qu’ils surnommèrent alors « Marie-Antoinette ».

11) Au vu du nombre des sections, on comprend aisément la création d’une forge à l’Arsenal. Cette dernière produira nombre de pièces à destination de la Vendée.

12) Par conséquent, elles ne sont pas embrigadées et ne combattent qu’en de très rares occasions en rase campagne.

13) Sera envoyée à Niort. L’équité sera respectée : trois compagnies de canonniers parisiens à Saumur ainsi qu’à Niort.

14) Sera ensuite envoyée à l’ile d’Aix.

15) Où il gagna ses galons de chef de bataillon. Il fut des combats de la colonne dite de « Luçon » (des Herbiers à Cholet, où il est blessé), puis à la défense d’Angers jusqu’au Mans et Laval. La 8ème compagnie ne semble pas participer à la virée de Galerne puisqu’on la retrouve en novembre à Saumur, comme celle du 2ème RA.

16) D’après Savary : cinq pièces de 4, deux de 18 et deux de 36. La citadelle devait en contenir davantage au regard des prises faites par les Vendéens (46 pièces dont 16 de 18) mais probablement positionnées soit en réserve soit dans les positions de tir fixes ne couvrant pas les zones de combats (qui ont lieu au sud et à l’ouest de la ville).

17) Probablement issues du Château, elles durent y retraiter ensuite.

18) Située au pied du château, en plein centre de la ville. Un dénommé François y fut pris sur le fait, au début des combats, en train d’enclouer des canons (il en avait déjà neutralisé trois). Agent vendéen infiltré, il sera jugé ultérieurement mais son sort était déjà scellé
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 06 Juil 2021, 10:16

Dans l'attente du prochain article de Denis Bouttet, je vous ai trouvé* une petite (mais jolie) chose en rapport étroit et, ne boudons pas notre plaisir, illustrée par JOB (excusez du peu), que je vous livre ci-après.

* Grâce aussi à Thierry Melchior et ses liens magiques déposés sur les FJH (CQFD).

-----------

Donc voici, extraite de l'oeuvre monumentale de JOB publiée par la Sabretache au début du XXe siècle, ma photo maladroite (pas su faire autrement) de sa planche 29, intitulée :

Cavalier Vendéen et piconnier ou piqueur à cheval de la Légion germanique, 1793.

Ce "piconnier ou piqueur" est de fait un lancier. Du coup, préciser qu'il est "à cheval" est... piquant !

Image

Puis le texte d'accompagnement que j'ai saisi avec mes petites mains :

Comment était vêtue la Cavalerie Vendéenne ? C’est une question presque impossible à résoudre, aucun contemporain n’ayant donné de détails bien précis sur l’organisation intérieure et l’aspect réel des armées de la Vendée. Chacun paraît s’y être vêtu et armé à sa guise, ou suivant ce qu’il trouvait, bien qu’à certains indices il soit probable que certains chefs et tout au moins quelques compagnies permanente ont eu des signes distinctifs et probablement un uniforme.

Pour le cavalier représenté ici, nous nous sommes servis d’une eau-forte ancienne très rare et qui paraît vraisemblable, d’autant plus qu’elle est conforme à une autre eau-forte, celle-ci coloriée, que nous avons eue quelques instants sous les yeux, et dont nous avons noté le coloris.

Il devait y avoir les bariolages les plus étranges dans cette cavalerie, alimentée par des déserteurs des armées républicaines, et dans les rangs de laquelle combattit, longtemps, avec la plus grande bravoure, une femme, Renée Bordereau, qui avait à venger le massacre des siens. Le cavalier que nous donnons a un semblant d’uniforme curieux à constater.

Son adversaire, le piconnier ou piqueur à cheval fait partie d’une des armes de la Légion germanique qui les renfermait toutes et qui, sauf les Cuirassiers-légers où Marceau était officier, était un ramassis de gens racolés parmi la multitude sans aveu que la Révolution avait attirée et retenue à Paris. Il s’y trouvait surtout dans l’infanterie des Allemands en assez grand nombre. Après une longue période d’organisation, cette légion fut menée en Vendée, où elle se battit mollement et se montra pillarde et indisciplinée. Les Cuirassiers-légers, recrutés, croit-on, parmi d’anciens cavaliers de la Maréchaussée, se firent hacher. Madame de la Rochejaquelein, dans ses mémoires, témoigne de leur héroïsme ; quant aux autres fractions, au bout de quelque mois de séjour dans l’Ouest, l’infanterie passa en grande majorité aux Vendéens ; officiers en tête ; le reste fut dissous en juin 1793, et la légion disparut comme suspecte d’aristocratie. C’est du moins le motif que rapporte le général Turreau dans ses mémoires.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que ces mêmes hommes qui, mal commandés du reste, refusaient presque d’aller au feu ou s’y comportaient mal quand ils étaient dans les rangs républicains, se montrèrent intrépides lorsqu’ils furent passés aux royalistes. Leur amour du pillage et leur cruauté furent d’ailleurs légendaires dans les deux partis, et les mémoires des témoins oculaires, les rapports officiels également parlent avec une grande unanimité et avec indignation des excès de tous genres commis par les Allemands.

Beaucoup d’entre eux furent tués dans les guerres de Vendée ; on ignore ce que devinrent les autres.

Au licenciement de la légion, ce qui restait des Cuirassiers-légers, ou tout au moins leur dépôt concourut avec d’autres éléments à la formation du 11e hussards, devenu 29e dragons en l’an XII. C’est la seule troupe qui ait une filiation quelconque avec la Légion germanique.


Voilà, c'est tout, mais j'ai cependant beaucoup appris de ces détails dans lesquels, dit-on, le Diable se cache, j'espère donc qu'il en va de même pour beaucoup d'entre vous.

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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 17 Aoû 2021, 07:38

Denis Bouttet est de retour !

Voici un extrait pertinent de son dernier message personnel :

"Vous trouverez ci-joint l'article promis sur la composition de l'aile droite de l'armée des côtes de la Rochelle à la veille des batailles de Saumur et Montreuil-Bellay. L'absence de sources explicites a rendu le travail particulièrement difficile et laborieux mais le résultat proposé me semble tout à fait acceptable et peut servir de base si d'autres sources venaient à éclairer des points particuliers."

Et la partie 1/3 du travail qu'il annonçait :

L’armée républicaine à Saumur le 8 juin 1793
(par Denis Bouttet, Brest, 2021)

Introduction
L’insurrection vendéenne se développe à partir de mi-mars 1793 et cumule les succès militaires face à une Armée de Réserve constituée essentiellement de gardes nationales mobilisées pour l’occasion.
Face au danger, est créée le 30 avril, l’Armée des côtes de la Rochelle dont la vocation est de lutter spécifiquement contre ce mouvement contre-révolutionnaire et d’assurer de ce fait, la protection des côtes face un envahisseur anglais craint.

Son nouveau général en chef est Biron qui commandait alors l’Armée d’Italie et ne ralliera Niort que le 28 mai. En attendant, l’intérim est assuré par le GD Leîgonyer qui assure le commandement de l’aile droite (d’Ingrandes sur la Loire jusqu’à Thouars, avec Saumur pour QG (1). L’aile gauche commandée par le GB Beaufranchet d’Ayat (2) couvre tout le front sud (des Sables à Parthenay).

Des renforts (3) sont envoyés vers la Vendée et arrivent en masse courant mai dans une armée qui ne dispose pas encore de tous les moyens nécessaires (officiers supérieurs et état-major, armement et logistique de guerre). Par conséquent, l’armée est plutôt sur la défensive pendant le mois de mai subissant tout de même deux revers importants mais sans conséquence stratégique (4) : prise de Thouars le 5 mai et de Fontenay le 25.

Il faut noter l’importance stratégique de Tours car c’est le carrefour logistique principal puisqu’il permet d’alimenter les deux ailes de l’armée en ressources (hommes, armes, munitions, équipements et nourriture) et communique directement avec Paris.

L’aile droite de l’Armée des côtes de la Rochelle début juin 1793

Positions occupées
La division des bords de Loire couvre la rive droite de la Loire contre les incursions vendéennes en s’établissant sur deux positions: celle des Ponts-de-Cé qui protège Angers et celle face à l’ile Chalonnes. Sa mission est avant tout défensive.

La division principale est établie à Doué et à Saumur. Elle a une vocation offensive, notamment sur l’axe Saumur-Cholet.

Enfin, une dernière division tient Thouars abandonné par les Vendéens et couvre la rive droite du Thouet et la gauche de la division principale.

Les renforts
Les principales unités envoyées renforcer à l’armée sont :
• les légions germanique, des Ardennes et de Rosenthal,
• les compagnies franches des Pyrénées, de la Nièvre et du Loir et Cher,
• les 35ème et 36ème divisions de gendarmerie,
• 4 bataillons de la formation d’Orléans (2ème, 4ème, 5ème, 14ème),
• 5 bataillons de volontaires (8ème de la Somme, 14ème de la Charente, 5ème, 6èmebis et 8ème du Calvados),
• 1,5 bataillon parisien de première formation (12ème, 14ème),
• 3 bataillons parisiens de la seconde formation (3ème, 5ème, 6ème),
• 2 escadrons du 8ème hussards,
• 19ème dragons,
• 1 compagnie d’artillerie à pied (13ème du 2ème RA)
• 4 compagnies de canonniers volontaires parisiens.

Les autres unités sont principalement des forces locales (gardes nationales ou assimilées, réquisition des 300 000).
Sont arrivés également fin mai le GD Coustard de St Lô et le GB Santerre mais ils ne prendront leurs fonctions que le jour même de la bataille de Saumur. Sont présents également le GD Duhoux de Hauterive (blessé) et le GB Surreau de Calbecq (en transit pour l’Armée des côtes de Brest). A quitté l’armée, le GD Berruyer (5) commandant précédemment l’Armée de l’Intérieur.

Résumé des opérations précédentes
Peu de temps après leur victoire à Fontenay, les Vendéens se rassemblent de nouveau dans les alentours de Cholet. En cible, les forces positionnées à Doué. Leîgonyer n’est pas pour autant ignorant de la manœuvre (6).

Le 1er juin, les avant-postes républicains à Trémont, sur la route entre Vihiers et Doué sont attaqués, leurs adversaires sont repoussés à l’issue d’une courte escarmouche.

Le 4 juin, l’armée vendéenne réunie s’empare de Vihiers. Les troupes positionnées préalablement à Trémont sont mises en déroute (7). L’armée vendéenne progresse en direction de Doué.

Le 6 juin, des reconnaissances républicaines sur Martigné-Briand et Aubigné rencontrent 5 à 600 Vendéens qu’elles repoussent.

Le 7 juin, l’armée vendéenne attaque les positions de Doué et met en déroute les troupes qui s’y défendaient. Ces dernières ne s’arrêteront qu’une fois la position de Bournan au Sud Ouest de Saumur atteinte.

Le 8 juin, la division Salomon qui est rappelée d’urgence à Saumur menacée est à son tour attaquée par la force principale vendéenne à Montreuil Bellay. Bien que laissant le terrain à son adversaire, elle retraite en relativement bon ordre en direction de Loudun et Parthenay. Les forces devant Saumur sont à présent seules.

Le 8 au soir, Leîgonyer est destitué (8) par les représentants et remplacé à la tête de la division par Menou.

Notes

1) Avant que Saumur prenne de l’importance, le QG de l’armée était à Angers. Les communications étant bloquées par la Loire (à cette époque il n’y a que deux ponts pour la franchir : Ponts-de Cé et Saumur), les Vendéens en maîtrisant la rive gauche, il est vite apparu nécessaire de le déplacer à Saumur.

2) Il sera remplacé par Chalbos nommé fin mai général de division. Toujours présent à l’armée en juin, son rôle n’est alors pas très clair d’autant que les deux ailes disposent alors de leur propre chef d’état-major (Menou puis Berthier à Saumur, Nouvion à Niort).

3) Sont envoyées des légions, des garnisons qui ne peuvent porter les armes contre les autres nations et des nouvelles levées (y-compris des surplus d’hommes dont Paris regorge), des gardes nationales et des réquisitions. En finale, très peu d’unités d’expérience. Il faudra attendre l’arrivée de l’Armée de Mayence pour améliorer le niveau martial des forces mobilisées contre les Vendéens.

4) L’armée vendéenne prend des villes mais ne les conserve pas. Pour une raison simple : ce n’est pas une armée permanente et elle ne dispose pas de logistique de guerre adaptée. Qui plus est, ses chefs étant plus capitaines que stratèges, elle est dans l’incapacité à développer d’autre vision stratégique que celle désespérée consistant à gagner des batailles en attendant que les Émigrés et les Anglais interviennent.

5) Il sera suivi par beaucoup d’autres et notamment Leîgonyer, Coustard de St Lô, Biron, Beaufranchet d’Ayat, Berthier (juin/juillet) puis Duhoux, Menou, Salomon, Santerre, Rey, Gauvillier, Ronsin (septembre).

6) Le 31 mai, il écrit que Bonchamps avait mobilisé 4000 h, 5 pièces d’artillerie (1p8, 2p4, 2p2), une dizaine de pierriers et 2 caissons de munitions et poudre.

7) Principalement légion des Ardennes et légion germanique qui y perd ses deux pièces d’artillerie.

8) Il avait déjà demandé à rejoindre l’Armée des Pyrénées orientales quelques jours auparavant (c’était son affectation première avant d’être requis par les représentants alors qu’il inspectait, chemin faisant, le nouveau 19ème dragons) mais avait été maintenu en place par ces mêmes représentants. À noter que le GD Leîgonyer est avant tout un général de cavalerie.

À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 25 Aoû 2021, 22:43

L’armée républicaine à Saumur le 8 juin 1793
(par Denis Bouttet, Brest, 2021)

Partie 2/3

Ordre de bataille

En l’absence d’états précis, ces ordres de bataille ont été reconstitués sur la base des informations collectées et mises en cohérence. Ils ne tiennent compte que des unités qui ont été opérationnellement impliquées dans les événements. En conséquence, sont exclues les troupes en mouvement (d’autres renforts arrivent), les forces présentes à Tours et Orléans, les autres gardes nationales réparties sur les territoires avoisinants.

Situation de l’aile droite avant les combats

« Division » de Saumur : GD Menou, 6 865 h, 21p

Droite : GD Coustard (9), 3 440 h, 6p
• Cie franche des Pyrénées, 85 h
• I&II/Légion des Ardennes, 100 h
• XXXI/Réserve (2 cies), 200 h
• XIV/Charente, 600 h
• III/Paris de seconde formation, 500 h
• V/Paris de seconde formation « l’Unité », 800 h
• VI/Paris de seconde formation « du Luxembourg », 800 h
• Cuirassiers légers de la légion germanique (2 esc.), 60 h
• 8ème hussards (2 esc.), 200 h
• XIII/2ème RA, 45 h, 4p8
• canonniers de la garde nationale (redoutes Bournan), 50h, 2p4

Centre : GB Santerre (10), 2 075 h, 13p
• II/2ème de ligne (3 cies), 150 h
• I&II/Chasseurs de la légion germanique, 300 h
• XII/Paris de première formation, 250 h
• Garde nationale de Saumur, 50 h, 2p4
• Grenadiers garde nationale de Saumur et de Montreuil (11), 150 h
• IV bis/Maine et Loire, bataillon de St Georges (12), 400 h
• Volontaires de Loches, 150 h
• Cuirassiers légers de la légion germanique (2 esc.), 65 h
• Piconniers de la légion germanique (3esc.), 190 h
• 19ème dragons (1 esc.), 80 h
• Canonniers de la garde nationale (citadelle), 40 h, 9p (13)
• Canonniers de la garde nationale (redoute Nantilly), 50 h, 2p8

Gauche : Adj. général Berthier, 1 350 h, 2p
• 36ème division de gendarmerie (2 cies), 200 h
• II/Formation d’Orléans, 500 h
• IV/Formation d’Orléans, 600 h
• Canonniers de la garde nationale, 50 h, 2p4

Autres unités non engagées (y-c. gendarmerie, absents (14), dépôt, hôpitaux) : env. 1 000 h

« Division » de Thouars : GB Salomon, 4 270 h, 10p

Colonne principale : Adj. général provisoire Rossignol, 2 650 h, 6p
• Chasseurs nationaux de la Nièvre (15)(1 cie), 80 h
• Compagnie franche du Loir et Cher (16)(1 cie), 120 h
• Chasseurs de la Légion de Rosenthal (1 cie), 70 h
• 35ème division de gendarmerie (6 cies), 500 h, 2p4
• V/Formation d’Orléans, 480 h
• XV/Formation d’Orléans, 500 h
• V/Calvados (17), 600 h, 2p4
• Piconniers de la légion germanique (1 esc.), 80 h
• Légion de Rosenthal à cheval (1 esc.), 70 h
• 19ème dragons (1 esc.), 100 h
• Canonniers de la garde nationale (18), 50 h, 2p4

Garnisons de Thouars et de Loudun : Adj. général Rey, 1 620 h, 4p
• I/Garde nationale d’Indre et Loire (Chinon), 800 h, 2p4
• II/Garde nationale d’Indre et Loire (Chinon), 800 h, 2p4
• Gendarmerie départementale, 20 h

« Division » des bords de Loire (19) : GB Barabazan (20), 5 980 h, 22p

Protection d’Angers (21) : Adj. général Talot, 3 550 h, 15p
• VI/Chasseurs du Nord, 400 h
• II/Garde nationale d’Angers, 800 h, 2p4
• VI bis/Calvados, 620 h, 2p4
• VIII/Calvados, 650 h, 2p4
• Garde nationale du Maine et Loire (22), 300 h
• ?/Réquisitions du Maine et Loire, 500 h
• 16ème dragons (1 esc.), 100 h
• XIII/2ème RA, 50 h, 3p12
• Canonniers volontaires (3Cies)(23), 130 h, 6p4

Protection de la Loire (24) : Adj. général Gauvilliers (25), 2 430 h, 7p
• Cie franche Bardon (26), 400 h
• XIV/Paris de première formation « des Piquiers », 560 h, 2p4
• I bis/ Maine et Loire, 160 h, 2p4
• I/Garde nationale de Maine et Loire (Angers) dit « bataillon soldé d’Angers », 570 h, 1p4
• Garde nationale de la Sarthe (Ségré), 320 h, 1p4
• Garde nationale d’Indre et Loire (Tours), 210 h, 1p4
• Cavalerie volontaire de la Sarthe, 160 h
• Gendarmerie départementale et volontaire (27), 50 h

Notes

9) Prendra son commandement le 9 juin au matin.

10) Prendra son commandement le 9 juin à midi.

11) Cette unité a connu une curieuse mésaventure. Le 19 avril 1793, elle est engagée dans la bataille de Vezins où elle tient le château de Bois-Grolleau (à proximité de Cholet). Isolée du reste de la division en fuite, elle résiste une journée entière avant de se rendre. Les prisonniers seront cependant libérés fin mai en perdant au passage leur chef de bataillon Tribert, retenu dans les geôles vendéennes.

12) Appelé également bataillon des pères de famille de St Georges sur Loire.
Source de l’identification : historique des bataillons de Maine et Loire par le Lt Joüon.

13) 5p4 + 2p16 + 2p18. Savary cite 2p36 au lieu de 2p16 mais l’état des captures vendéennes ne cite aucune pièce de 36 mais plusieurs de 16.

14) Les lacunes disciplinaires de cette armée laissent à penser que tous les hommes n’étaient pas sous les armes et que les cabarets de la ville en accueillaient bien d’autres.

15) Cette unité (Cne Frossard) est arrivée à l’armée fin avril. Elle est clairement identifiée dans le rapport du département d’Indre et Loire du 3 juin mais semble disparaître par la suite (en tout cas des ordres de bataille). Comme une autre source indique la présence d’une compagnie de chasseurs à l’armée, choix est fait de procéder à ce rapprochement à défaut d’autres ou de preuves suffisantes.

16) Cette compagnie commandée par le Cne Cheron rejoindra le 22ème régiment de chasseurs dès le 27 juin.

17) Effectifs au 24 mai. Mi-juin une partie du bataillon (200 h et les 2p4) feront défection et rallieront les fédéralistes de Caen.

18) Probablement une compagnie parisienne (présence de tels canonniers à Chinon début juin).

19) Entre Angers et Ingrandes. Etabli sur la base de l’état de situation élaboré par Ronsin entre les 15 et 24 mai.

20) Nommé le 6 juin. Général de cavalerie, c’est l’ancien colonel du 16ème dragons.

21) Positionnée à Angers, Ponts-de-Cé, Erigné, Brissac.

22) À priori, il s’agit des gardes nationales des districts et canton occupés/disputés par les insurgés sur la rive gauche de la Loire (Cholet, Beaupréau, Brissac, etc...).

23) Provenance non identifiée, probablement issus du département ou des départements voisins.

24) Positionnée entre Ingrandes et St-Georges-sur-Loire.

25) Chef de légion (colonel) de la garde nationale d’Angers.

26) Originaire du Maine et Loire, cette compagnie connait un véritable succès dans son recrutement puisqu’elle atteint 340 h en octobre 1792 et augmente encore par la suite. De la taille d’un demi-bataillon, il est même envisagée de la renforcer de volontaires jusqu’à 800 h (lettre des administrateurs du Maine et Loire du 8 mai 1793). Envoyée à Granville dès novembre 1792, à la demande des administrateurs du Maine et Loire, elle est envoyée par le ministère de la guerre à Angers. Fin mai, elle stationne à St Georges sur Loire et protège les bords de Loire des incursions vendéennes.

27) Aux forces de gendarmerie à cheval du département (14 h), leur sont adjointes une compagnie de cavalerie de Segré dite « de gendarmerie volontaire » (36 h). Autorisée par le département, elle est composée de jeunes hommes parmi les plus riches familles du département (31 noms connus).

À suivre...
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Re: Échanges sur les guerres de Vendée

Messagepar MANÉ Diégo sur 02 Sep 2021, 09:11

L’armée républicaine à Saumur le 8 juin 1793
(par Denis Bouttet, Brest, 2021)

Partie 3/3

Commentaires particuliers

Bataillons de la formation d’Orléans

Les quatre bataillons de la formation d’Orléans ont été scindés en deux pour renforcer les divisions de Saumur et de Thouars. Ceux de la division de Saumur sont arrivés avec 400 h (28) que Leîgonyer a fait compléter par des volontaires locaux. Les bataillons ont été sérieusement engagés à Saumur et très peu à Montreuil-Bellay : l’estimation des effectifs est rendue plus fiable grâce aux OdB des 13 et 21 juin.

14ème bataillon de la Charente
Le 14ème de la Charente est arrivé à 500 h puis a également été complété par des volontaires locaux.

Bataillons de Paris de seconde formation
Sur les trois bataillons de Paris (seconde formation), les 5ème et 6ème sont arrivés respectivement les 7 et 8 juin et sont donc quasi à l’effectif complet (29) . Le 3ème est arrivé plus tôt et a participé au combat de Doué. Au regard de son effectif ultérieur, il a été davantage éprouvé que les autres. Ces trois bataillons sont bien équipés et disposent d’une compagnie de canonniers mais sans canons. Le 7ème qui ne devait partir de Tours que le 10 juin disposait à priori de ses canons.

14ème bataillon de Paris de première formation
Le nom du 14ème bataillon de Paris dit « des piquiers » vient de l’idée de former le 4 septembre 1792 un corps de piquiers selon le principe que « la pique est l’arme la plus redoutable qu’on connaisse, quand elle est confiée à une troupe courageuse, et dont la valeur est guidée par une sagesse intrépide ». Rien que cela ! L’organisation prévue pour un tel bataillon repose sur une base de 8 compagnies à 77 hommes dont 48 piquiers et 12 chasseurs, soit environ 620 h.

Le 14ème fut le premier bataillon créé sur ce modèle et il lui fut adjoint le 10 décembre 1792, une compagnie de canonniers issue de la section Molière et la Fontaine. Unité atypique, nous n’avons cependant aucune certitude quant au fait qu’elle ait conservé la pique en Vendée et en absence d’élément probant permettant de juger du contraire, nous supposerons qu’elle conserva cette particularité. Au moins jusqu’en février 1794, où elle fut re-complétée avec des bataillons de la garde nationale de la Sarthe.

En mai, le bataillon est avec l’ « Armée de Chinon » mais un conflit entre ce bataillon et les deux du Calvados également présents amène à l’écarter rapidement et à l’envoyer ailleurs. Le 22 mai il part donc pour Angers puis pour Ingrandes, où il accompagne un convoi. Le 8 juin, il s’y trouve encore.

Bataillons du Calvados
Si l’on se fie au rapport du 15 juin des administrateurs du Maine et Loire concernant la défense d’Angers après la défaite de Saumur « … il n’y avait à Angers qu’un bataillon de 800 gardes nationales de la ville et 300 hommes des gardes nationales des cantons et districts occupés par les révoltés, avec plusieurs divisions de différents bataillons des nouvelles levées de Paris ; qu’en faisant replier à Angers les deux bataillons du Calvados et des chasseurs du Nord, avec un bataillon de nouvelles recrues qui formaient la garnison des Ponts-de-Cé, … ». L’identification de ces deux bataillons du Calvados n’est pas simple et nous amène à faire un bilan des différents bataillons de volontaires que ce département a organisés.

Début juin, il y a 10 bataillons :
• les 1er, 2ème, 3ème et 10ème sont sur les frontières du Nord,
• les 4ème et 6ème dit « de Falaise » défendent Mayence,
• les 5ème et 6ème bis dit « de Bayeux » ont été envoyés en Vendée mi-mai,
• le 7ème est à Brest,
• le 8ème est réputé être à l’Armée des côtes de Cherbourg.

Or le 5ème est avec la colonne Salomon et sera identifié à Niort le 26 juin. La seule possibilité envisagée est que le 8ème bataillon ait été appelé en renfort aux Ponts-de-Cé et qu’à l’issue de la retraite, il rejoindra l’Armée des côtes de Cherbourg (30).

Bataillons d’Indre et Loire
Les deux bataillons d’Indre et Loire issus des réquisitions ont été mis sur pied par Rey, commandant de ce qui fut appelé un temps « l’Armée de Chinon ». Portés à plein effectifs, ils ont chacun 950 h dans le rapport du 24 mai. Une partie de leur encadrement est tiré des 5ème et 6ème bis du Calvados stationnant alors à Chinon. Nul doute que depuis, le nombre d’hommes a diminué (les réquisitionnaires ne sont pas tous volontaires…). Peu d’informations sur leur devenir ultérieur ; on en trouve trace dans l’état de situation de l’Armée de Niort au 26 juin et c’est à peu près tout. Comme nombre de ces unités de réquisitions, elles sont provisoires et serviront soit à compléter d’autres unités ou soit à en constituer d’autres. Ainsi il est probable que ces deux unités constituèrent le noyau du 4ème bataillon d’Indre et Loire créé en juillet 1793.

Gendarmerie à pied
Simple constat : alors que la 35ème division de gendarmerie est supposée être à deux bataillons, un seul sera présent en Vendée. De même, des 31 et 36ème divisions, seules deux compagnies à pied sur les quatre ont été envoyées. Sans doute le reliquat est-il resté à Paris et ses environs.

19ème régiment de dragons
Le 19ème dragon est créé le 24 février 1793 par la Convention nationale à partir d’un corps de cavalerie volontaire constitué à Angers par le GD Leîgonyer, alors employé au sein de l’armée de l’Intérieur, à former / compléter des régiments de cavalerie. Ce corps commandé par le colonel Boisard, ancien lieutenant-colonel du 16ème dragons, est constitué à quatre escadrons. Son dépôt est à Angers mais sera transféré à partir de juin à Loches (31). Dès les débuts de l’insurrection, il sera engagé dans les combats : une partie (trois compagnies) sera envoyée à la Rochelle tandis que le reste combattra les Vendéens en avril et mai. Le régiment quittera la Vendée en juin 1794.

Tours, le 6 juin 1793
Pour information, le 6 juin à Tours, alors que Biron s’y trouvait, soufflait un vent de révolte sur quelques unités présentes. Les troupes parisiennes (probablement les 3ème, 5ème (32) et 6ème bataillons de seconde formation) réclamaient les canons promis qu’ils n’avaient pas tandis que le 14ème bataillon de la formation d’Orléans et la compagnie de canonniers de la Fontaine Grenelle réclamaient des arriérés de solde. Matériellement ces unités ont eu le temps de rejoindre Saumur et d’arriver la veille de la bataille. Cependant, le 14ème d’Orléans fera route vers Niort, car les quatre bataillons présents à la division de Saumur le sont depuis a priori fin mai (cf. correspondance Leîgonyer du 28 mai).

Estimations
Selon les auteurs, les estimations des forces présentes à Saumur varient entre 7 et 12.000 h. Ceci étant, le chiffre de 8.000 h est le plus souvent repris. De manière similaire, les chiffres concernant la force de Salomon varient entre 3.500 et 5.000 h. Par ailleurs, aucune estimation de la division des bords de Loire pour cette période n’a été identifiée dans les sources consultées.

Notes

28) Théoriquement chacune des 9 compagnies est composée de 54 hommes (6 hommes de chaque compagnie des bataillons originels), ce qui donne des bataillons d’à peine 500 h à plein effectif. Ces bataillons sont parmi les seules unités de cette armée à disposer de cadres expérimentés et de ce fait, ils seront « régulièrement » re-complétés.

29) L’effectif théorique d’un bataillon parisien de seconde levée est de 8 compagnies de 114 h et une compagnie de 72 canonniers soit 984 h.

30) Il semble s’être distingué aux combats de Fougères et d’Ernée lors de la virée de Galerne.

31) Au-delà de l’évacuation d’Angers après la défaite de Saumur, ce sont les administrateurs du département d’Indre et Loire qui contribuent à cette relocalisation. En effet, ces derniers, face à la pénurie de cavalerie dans les environs de Tours, souhaitent disposer d’au moins un dépôt de cavalerie pour se couvrir des incursions vendéennes et en font la demande soutenue auprès de la Commission centrale.

32) Le 5ème bataillon de Paris de seconde formation semblait particulièrement « remonté » car le jour de la bataille il refusera de suivre Coustard et le menacera physiquement. C’est ce bataillon qui fuira le contact et empêchera l’aile droite de venir soutenir Saumur attaquée.

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MANÉ Diégo
 
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