"Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar AUGER Vincent sur 08 Déc 2017, 16:43

compte rendu complémentaire du joueur que le général Sébastiani ne saurait écrire :

La position particulière de la batterie à cheval espagnole (sur le piton à leur gauche, bien neutralisée par les polonais de Werlé) ne lui a jamais permis de soutenir efficacement sa cavalerie.
Si au début, le nombre espagnol leur a permis de tenir et de repousser plusieurs escadrons de dragons, dont certains ont été délibérément sacrifiés, la différence de CCF entre les Français et les Espagnols permit de systématiquement rallier les Français (3 actions de généraux par tour au lieu d'une seule).
Le manque de profondeur du dispositif espagnol ne facilita pas non plus les réorganisations des escadrons espagnols. Même ceux victorieux du premier tour ne reformèrent leurs rangs qu'au 4ème ou 5 tour.

Un point particulier à noter sur les mécanismes de jeu. Les fuites se faisant au PAC alors que les avances ne se font qu'au POR, il est possible, en jouant sur la profondeur pour échanger de l'espace contre du temps, de gagner facilement un ou deux tours de jeu et donc, même pour des troupes aussi peu entraînées que les Espagnols, de réussir à se reformer avant que l'adversaire ne puisse relancer une attaque.
Ludiquement votre




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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar MANÉ Diégo sur 08 Déc 2017, 17:10

Il y a des jours comme çà !

Ce matin mon iPad a "mangé" le rapport de Areizaga que j'avais déposé en exemple pour Thierry.

Ce soir et à l'instant c'est mon Mac qui vient de le re-manger ; alors que je le déposais Vincent mel son message ci-dessus et il "remplaça" le mien qui disparut corps et biens.

Je venais de féliciter Vincent d'un "Bravo, voici un rapport dans le ton". "Mais c'était avant le drame, bien entendu !".

Heureusement cette fois-ci j'en avais copié l'essentiel que je vous pose une troisième fois ci-après.

---------

Sur la forme des rapports espagnols

Tous les généraux en chef espagnols adressaient leurs rapports à leur supérieur hiérarchique, la Junte de Sevilla qui les avait nommés “au nom du Roi”. Et donc leurs écrits, à l’époque qui nous intéresse, étaient destinés à Antonio Cornel, qui présidait ladite Junte, mais leurs demandes éventuelles s’adressaient, pour la forme, à S. M. (Su Majestad, Sa Majesté).

Pas de meilleur exemple que le rapport de Areizaga (un bien petit rapport pour un si grand désastre) au soir d’Ocaña, après 50 km de fuite sans desseller, que je vous traduis en substance ci-après.

“Excelentisimo señor (Votre Excellence),

Ayant prévu l’attaque des ennemis, qui se trouvaient hier après-midi en force à Aranjuez, je me portais ce matin à Ocaña pour y faire prendre position à l’armée, et à peine ces dispositions prises nous fûmes attaqués par l’ennemi sur toute la ligne, mais plus fortement sur notre droite qu’il semblait vouloir tourner. On leur opposa trois heures durant une résistance tenace, mais alors que le brave Brigadier Lacy les repoussait avec sa division, la supériorité de l’artillerie ennemie bouleversa un de ses bataillons, et fit commencer la dispersion, raison pour laquelle je prévins l’avant-garde et la 6° division de soutenir la retraite, appuyées par la cavalerie, de sorte à contenir autant que possible les effets du désordre. Je ne peux rien dire de notre perte, que je crois considérable, et celle de l’ennemi doit l’être, pour avoir été plusieurs fois repoussé par notre infanterie et avoir subi le feu bien dirigé de notre artillerie. La troupe dispersée est régulière et j’espère qu’elle arrivera comme d’autres fois jusqu’aux montagnes, étant donné que j’ai déjà pris pour sa réunion les disposions correspondantes, et jusqu’alors je ne pourrai donner l’information de nos pertes réelles.
Je ne puis conserver ce commandement. S. M. doit nommer un Général en Chef qui puisse inspirer la confiance du soldat, car je n’ai d’autre intérêt que celui de la Nation. J’espère que S. M. entendra cette juste requête.
Dieu garde Votre Excellence. Quartier Général de Turleque le 19 novembre 1809.

Excelentisimo Señor Juan Carlos de Areizaga = Excelentisimo Señor Antonio Cornel.

------------

Maintenant, lorsqu’il s’adressait au “petit peuple”, en l’occurrence les autorités et populations des villages que traversait son armée en retraite (pour ne pas dire déroute) vers la Sierra Morena, Areizaga se présentait comme suit :

“D. Juan Carlos de Areizaga y Alducin, Baron del Sacro roman Imperio, señor de Ojen, Sanona y Macintos, Caballero del Habito de Santiago, Teniente General de los Reales Ejércitos y General en Jefe del Ejército Unido de la Mancha y Extremadura.”

Avant de se plaindre, en substance, que beaucoup de soldats en habits civils (en clair des déserteurs) se cachaient dans la province de la Mancha et le Royaume de Jaen, et de menacer ceux qui les aideraient dans cette attitude de la saisie de tous leurs biens et de 4 à 6 ans de bagne en Afrique...
Ce document est daté de La Carolina 26 novembre 1809.

-------------

La Junte avait alors en quatre mois "usé" deux mauvais généraux en chef dûment nommés par elle, Vénégas, l'homme d'Almonacid, et Areizaga, l'homme d'Ocaña. Elle le conservera jusqu'au désastre suivant, la dispersion par les Français des troupes de la Sierra Morena en janvier 1810, prélude à l'invasion de l'Andalousie, qui tombera comme un fruit mûr, à l'exception d'un pépin appelé Cadix.

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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar KERDAL Thierry sur 08 Déc 2017, 17:58

Vincent,une cavalerie espagnole DES au moral ARRET met 8 points d'action ,donc 3 tours et non pas 2,pour se reformer.
Ce n'est donc pas facile,comme tu le dis.
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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar MARIE Jean-Luc sur 08 Déc 2017, 20:58

Message du Maréchal de camp Giron,
Au général en chef de l'armée espagnole,
Excellence,
Nous avons vaillamment tenu notre position et permis que la retraite se passe dans les meilleures conditions.
Face à une imposante artillerie adverse, bien que démunis, nous avons obligé l'ennemi à battre en retraite avant de devoir nous replier en bon ordre.
Il nous a cependant été permis de constater, durant la bataille, que l'artillerie française à de bonnes capacités à manœuvrer et nous mettons chapeau bas devant tant de maestria à aller et venir, atteler et dételer. Nous nous serions crus au ballet du Roi.
Je pense entrainer nos troupes afin qu'elles atteignent un tel niveau et puissent rivaliser à l'avenir.
Pour le Roi et l'Espagne,. :mrgreen:
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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar AUGER Vincent sur 09 Déc 2017, 01:30

Voici les photos que j'ai prises (toutes prises le dimanche vers midi)

Une vue d'ensemble de la table
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L'artillerie de Sénarmont en position
En haut à droite de la photo, si votre navigateur vous autorise à voir la photo en entier (ce n'est pas le cas du mien), on distingue sur la seconde table au fond une des brigades de cavalerie espagnole qui vient d'effectuer une retraite à vitesse stratégique
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Les dragons de Milhaud que j'ai eu l'honneur de jouer et qui ont bien donné (tous ont au moins un pas de pertes, la plupart 3 à 5)
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La cavalerie de Merlin avant qu'elle ne fonde sur la route de Valence
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Enfin, deux photos des joueurs présents et la table du repas du dimanche midi
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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar MANÉ Diégo sur 09 Déc 2017, 09:08

Je rame un peu, beaucoup, mais pas passionnément, avec le magnifique reportage photos de Christian Juenet. Un peu à cause de mon Mac qui refuse de l'ouvrir, beaucoup à cause de Google dont les multiples sécurités sont autant de barrières infranchissables pour moi, et pas passionnément car mon iPad, qui lui l'ouvre, ne me permets pas de le travailler pour vous le proposer comme je le voudrais.

Alors ? Alors j'essaie de vous le communiquer ici, brut de béton et sans commentaires, comme je suis parvenu à le faire pour Polotsk et Wachau. Don'acte :

https://photos.app.goo.gl/haZMf7jxxES6nsPz2

Alors bien, s'il s'ouvre chez vous, vous y découvrirez de superbes photos de figurines et de joueurs in situ. Certaines valent leur pesant de chocolat (oui, nous sommes dans la période des fêtes, illuminations de Lyon, Noël bientôt, Nouvel An pas loin derrière, et puis la moutarde...).

Certaines situations en sont clairement clarifiées (redondance délibérée), comme le "contentieux" entre Areizaga et son Brigadier Lacy, qui m'a rappelé celui entre Venegas et Vigodet lors d'Almonacid 2017 à Aulnay qui, n'ayant pas bénéficié d'une photo, reste dans la joyeuse mémoire des participants.

Un regret, exprimé maintenant afin de ne pas terminer sur lui. Beaucoup de photos sont irrémédiablement gâchées par l'agencement fautif des figurines, et ne peuvent donc en aucun cas servir, ni esthétiquement pour illustrer quoi que ce soit, ni pédagogiquement pour développer un cas concret à usage d'étude des mécanismes de la règle. Le plus visible concerne l'artillerie que l'on peut voir se déplacer tubes à l'envers de leurs attelages alors que les atteler ne coûte que quelques secondes. Pareil pour des bataillons en déroute, que l'on laisse en ligne par le travers, ce qui rend la situation photographiée inintelligible pour ceux qui n'y étaient pas et moche pour ceux qui y étaient. Un souhait de l'organisateur moi-même ; faire mieux la prochaine fois.

Et donc à contrario, lorsque c'est bien rangé comme il faut et comme y aident les hexagones, c'est très chouette, et comme qui dirait... militaire ! Félicitations particulières donc aux trois lignes déployées de la division Gonzalez Castejon (Jean-Philippe Ernst) que j'ai en mémoire depuis mon "visionnage" d'hier soir, et d'autres belles formations et effets de masse visibles dans ce superbe reportage.

Encore merci pour cela à Christian Juenet qui, je "plussoie" avec Thierry Kerdal, à déployé par ailleurs un fair-play exemplaire devant Ocana, du genre de ceux qui donnent envie de jouer rien que pour çà.

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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar EYNARD Joël sur 10 Déc 2017, 11:31

Je ne regrette vraiment pas ma visite !

C'était joyeux, passionnant et instructif, grâce à la disponibilité des organisateurs et des joueurs. Le remake annuel est vraiment un incontournable.

Une photo de la portion de terrain que j’ai plus particulièrement suivie, et même en y passant la journée, j’ai encore le sentiment d’avoir raté des choses :lol:

- Et sinon ?
- Sinon ? J'adore les hexagones !

Un grand merci à tous.

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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar KERDAL Thierry sur 10 Déc 2017, 17:06

Bonsoir. Voici le rapport du Général AREIZAGA.

Du Général Don Juan Carlos de AREIZAGA
A
Son Excellence Antonio Cornel
Le 20 novembre 1809 sur la route d’Andalousie

J’ai l’honneur de vous rendre compte des événements survenus dans la journée d’hier.
Notre armée était établie dans OCAÑA et ses alentours immédiats.
L’armée du roi intrus JOSEPH arriva devant nos positions à 8h00 et attaqua immédiatement nos forces, faisant porter tout d’abord ses efforts sur notre cavalerie à l’aile droite et la ville d’OCAÑA à l’aile gauche.

Pour ne plus revenir sur la défense d’OCAÑA,il suffit de dire que malgré l’intervention de la garde française, les faubourgs de cette ville restèrent constamment entre nos mains, grâce à l’action énergique des Généraux Zayas et Rivas. Leurs troupes ne refluèrent que sur ordre, de même que celles du brave Général Giron à leur droite qui étaient confrontées à des troupes ennemies soutenues par la réserve d’artillerie française au complet.

Hélas, il n’en fut pas de même du reste du front. Notre cavalerie résistait pendant deux heures aux attaques ennemies quand soudain, en contradiction complète aux ordres reçus, la division du Général LACY, qui formait le flanc gauche de notre magnifique cavalerie, sortit de ses positions défensives et attaqua l’ennemi à un contre deux.

Même si l’action était courageuse, elle n’en fut pas moins catastrophique, car décidant du résultat de la bataille. Une fois la division LACY dispersée, il suffit aux Français de profiter du trou ainsi créé dans notre dispositif.

Je donnai aussitôt l’ordre de repli sur notre voie de communication.
Heureusement, notre retraite put s’opérer sans gros problème, la cavalerie française ne nous cherchant pas sur cet axe.

Les forces actuellement rassemblées sous mes ordres comptent 33000 fantassins, 4644 cavaliers et 47 pièces de canons. Je n’ai aucune nouvelle de la division LACY.

Venant d’éprouver une défaite aussi importante et voyant, de plus, qu’un de mes généraux (dont je demande officiellement le passage en cour martiale, même si je n’ai plus aucun contact avec lui) n’a pas tenu compte de mes ordres, j’estime avoir perdu la confiance de mes troupes. S.M. doit nommer un Général en Chef qui puisse inspirer la confiance du soldat, car je n’ai d’autre intérêt que celui de la Nation. J’espère que S. M. entendra cette juste requête.

Dieu garde Votre Excellence.
KERDAL Thierry
 

Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar FONTANEL Patrick sur 10 Déc 2017, 23:48

Rapport préliminaire du Major-Général de l'armée française du roi JOSEPH Ier d'Espagne, le Maréchal SOULT, Duc de Dalmatie,
envoyé au roi Joseph 1er d'Espagne,
copie à l'Empereur des français Napoléon 1er.


Ocaña, 8 heures de relevée, 19 novembre 1809

Au roi Joseph 1er d'Espagne

Sire,

C'est une nouvelle victoire pour les armes françaises et leurs alliés.
Sous votre haut commandement et selon les ordres que j'ai édictés, votre armée a battu à un contre deux la plus puissante armée espagnole jamais rassemblée dans la péninsule durant ce siècle.

Tous, du plus humble soldat au général en chef, en passant par les braves sous-officiers, les vigoureux officiers mais aussi les courageux généraux de votre armée, tous, dis-je, ont mérité de vous et de notre Empereur !

Le contexte était pourtant fort difficile. A force d'énergie, j'avais réuni sur le lieu de la bataille deux divisions du IVème corps, une seule du Vème, une autre de la garnison de Madrid et je les ai appuyées par 2 maigres divisions de cavalerie. C'est en vain que j'ai espéré le renfort du 1er corps et de la 1ère division de cavalerie tout au long de la journée.
L'ennemi nous supplantait dans tous les domaines : il disposait de 4 divisions de cavalerie, de plus de 7 divisions d'infanterie et avait plus de canons que nous. En outre, il nous attendait sur une forte position, derrière des dépressions, des ruisseaux, sur des hauteurs ou à l'abri d'Ocaña même.

Fort heureusement, l'acuité de mon jugement, la force de notre plan de bataille et la bravoure de nos troupes ont fait merveille. Leur droite a été enfoncée et tournée par notre merveilleuse cavalerie, dragons français en tête, leur centre a été ensuite percé par la division Girard, et leur gauche, appuyée sur Ocaña, a finalement été conquise par la division Desolle. Et c'est sans compter sur les brillantes manœuvres de la grande batterie d'artillerie sous les ordres du général Sénarmont qui a époustouflé tous ceux qui l'ont contemplée. Je complèterai plus tard le détail du déroulé de la bataille, lorsque les rapports de mes généraux me seront tous parvenus. Car je souhaite m'appuyer sur eux pour demander en même temps les récompenses qu'ils ont justement méritées.

Il est trop tôt pour connaître le détail de nos pertes, que j'estime à quelques 2000 hommes dont quelques centaines de cavaliers qui ont fort donné tout au long du combat. Surtout, on m'apprend que le général Milhaud est mort en chargeant à la tête de ses dragons, et que le général Girard a été grièvement blessé.
L'ennemi quant à lui est en complète déroute sur la route d'Andalousie, nous lui avons pris au moins 45 pièces d'artillerie, 20 drapeaux, 8 généraux et 4000 hommes. Sa perte doit atteindre 12000 hommes, tués comme blessés, et la poursuite que j'ai lancée devrait encore accroître tous ces chiffres.
Non seulement Madrid est désormais protégée mais toute menace a été détruite !

Il ne vous reste plus, sire, qu'à ordonner la conquête finale d'un pays dont, décidément, la bravoure de leurs soldats ou officiers ne pourra jamais empêcher la victoire d'une armée française bien commandée.


En espérant asseoir définitivement votre règne, je vous suis, sire, le plus dévoué de vos maréchaux.

Son excellence, le Duc de Dalmatie.
La force d'une armée, comme la quantité de mouvement en mécanique, s'évalue par la masse multipliée par la vitesse.
[Napoléon Bonaparte]
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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar MANÉ Diégo sur 12 Déc 2017, 18:25

Mel à l'instant un sujet connexe et en partie illustré par une situation (durement) vécue par notre ami Thierry Kerdal lors de notre "Ocaña 2017 à Lyon"...

De la désobéissance aux ordres reçus lors des remakes,
et du rôle des généraux en chef dans les miens.

C'est ici :

http://www.planete-napoleon.com/docs/De ... _recus.pdf

J'ai en parallèle adressé par mail à tous les participants et visiteurs un petit article intitulé

Ocaña 2017 à Lyon, "L'affaire Lacy, drame en quatre tableaux"
qui en fait de drame est plutôt une réjouissante comédie, étroitement en rapport avec l'un des sujets de l'article précédent qu'il a par extension motivé dans son entier.

La forme mail m'a été imposée par des problèmes techniques et non par un quelconque secret.

Tous ceux qui souhaitent rigoler avec nous peuvent m'en demander par mail l'envoi de même.

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Re: "Ocaña 2017 à Lyon", les 2 et 3 décembre

Messagepar MANÉ Diégo sur 13 Déc 2017, 10:44

Quelques remarques sur la forme du rapport (ludique) de Soult à “Ocaña 2017 à Lyon”, et au passage quelques précisions historiques suggérées par l’occasion de les faire.

Ce rapport ne s’adressait pas à Joseph, qu’au passage il convient de désigner par S.M.C. (Sa Majesté Catholique), dont Soult était le Major-Général, mais à celui qui l’avait nommé à ce poste, soit l’Empereur Napoléon, qui restait toujours le commandant en chef des armées d’Espagne, Joseph n’étant “que” son Lieutenant-Général.
En tous états de cause on n'adressait jamais de “copie” à l'Empereur, mais des originaux !
Si copie il y avait, c'est toujours aux "subalternes".

Soult, qui donc commande de facto l’armée, présente tous ses faits et gestes comme issus des ordres de S.M.C. qui, étant présente en personne, n’a pas besoin d’être informée. Il va de soi que ni le Maréchal ni l’Empereur, ni Joseph d’ailleurs, n’étaient dupes de ces formulations. En revanche tous les généraux de l’armée adressaient bien leurs rapports à “M. le maréchal duc de Dalmatie, major-général de S.M.C.”

Voici quelques extraits significatifs du rapport du maréchal Soult à l’Empereur :

“... dès lors S.M. (Joseph) eut la certitude de joindre le lendemain l’armée ennemie et de la combattre; elle fit en conséquence ses dispositions” (comprendre donc “je fis en conséquence mes dispositions”).

“... La garde royale fut commandée, sous les ordres directs du roi, par M. le général Merlin, capitaine-général, et par le général Bigarré, aide-de-camp de Sa Majesté.”

C’est l’endroit de souligner ces préséances appuyées à des titres pas toujours recoupés par les faits. Le commandement “direct” du Roi sur sa garde n’était que nominal, d’où la citation des commandants “effectifs”... et encore... car le général Merlin semble avoir commandé la cavalerie légère à l’aile gauche, certes pas officiellement car cela ne correspondait plus à son récent rang de “Capitan General de la Guardia Real”, mais ce cavalier léger qui les commandait encore à Almonacid ne put sans doute pas résister à mener une dernière fois ses chasseurs et hussards au combat...

“M. le général Sénarmont ayant reçu l’ordre de disposer de toute l’artillerie... notre canon porta la mort et la terreur dans les rangs espagnols... l’ennemi se replia et le général Sénarmont reçut l’ordre (sous entendu du Roi, donc en fait de Soult) de prolonger sa ligne de feu sur la gauche en retirant des pièces de la droite” (il s’agit en fait d’une initiative de Sénarmont qui n’avait pas besoin d’ordres pour lui expliquer ce qu’il avait à faire, comme il fit déjà à Friedland sa “charge d’artillerie” victorieuse sans ordre relatif de l’Empereur). Mais cela fait bien de s’attribuer, fut-ce indirectement, tous les succès. Nonobstant attention à ne pas le faire de manière trop ostensible puisque de toutes façons, encore une fois, personne n’est dupe, et Soult était assez fine plume pour cela.

La division Girard suivait en deuxième ligne des Polonais et Allemands. Mortier, qui commandait toute l’infanterie dit (et Soult le reproduit dans son propre rapport) qu’il vit un peu d’hésitation dans la première ligne et ordonna le passage des lignes en avant, qui s’exécuta à la perfection, et qu’ensuite les Espagnols ne purent que céder devant tant de valeur, etc...

En réalité les Espagnols avaient déjà commencé à se déliter devant les Allemands et Polonais qui avaient subi le plus dur. C’est d’ailleurs parce-que ces derniers étaient toujours en ordre et sous contrôle alors que les Espagnols ne l’étaient plus (entre autres aussi par suite des feux d'écharpe de Sénarmont) que le passage de lignes en avant de la division Girard put s’exécuter si parfaitement*, voire même tranquillement si l’on en croit les auteurs espagnols qui disent qu’elle vint faire de la “figuration”. Mais, c’est bien connu, à vaincre sans péril on n’en triomphe pas moins.

* Quelle différence avec celui d’Albuera en 1811, où la même division Girard tenta la même manoeuvre, mais face à des Anglais. Là c’était eux qui étaient encore en ordre (relatif) alors que la ligne amie, écrasée de feux, n’était plus sous contrôle, ayant perdu la majeure partie de ses cadres. Le passage de lignes échoua piteusement et mit en désordre les deux divisions concernées qui furent alors mises en déroute ensemble. Je ne résiste pas à citer Soult à cette occasion : "La journée était à moi ! Cette bête de Girard a tout fait manquer !!".

La bataille d’Ocaña ne dura que deux heures. Soult n’attendit donc pas “toute la journée en vain” l’intervention des troupes de Victor qu’il savait cependant en route pour le rejoindre, et si d’aventure les Espagnols avaient tenu ferme, son intervention dans leur flanc droit leur eut de toutes façons été fatale. Les dragons de La Tour Maubourg arrivèrent juste à point pour lancer la poursuite des vaincus, comme la cavalerie de Murat à Iéna. Ce genre de circonstance est toujours létal à la fin d’une bataille par ailleurs déjà perdue... Waterloo en est aussi un très bon exemple.

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