1815. Armée (anglo-alliée) des Pays-Bas

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

Modérateurs: FONTANEL Patrick, MANÉ John-Alexandre

Re: 1815. Armée (anglo-alliée) des Pays-Bas

Messagepar MASSON Bruno sur 22 Sep 2019, 06:54

Une donnée qui n'est pas forcément évidente au premier abord, mais qui est primordiale pour comprendre la différence à faire entre les témoignages pré et post 1830, c'est l'été révolutionnaire de 1830 en Europe.

Du côté Anglais, les élites et la presse y voient surtout deux souverains remis en place par le Congrès de Vienne chassés (partiellement pour le roi des Pays-Bas) de leurs trônes, et remplacés, l'un par un révolutionnaire régicide (Philippe-Égalité) et l'autre par une autorité révolutionnaire autoproclamée.

L'appel au Duc de Nemours (fils dudit régicide), même si il est sagement refusé par le "Roi des Français", fait monter la peur au plus haut point, après quinze ans de calme, un front potentiellement hostile au Royaume Uni semble se dessiner de l'autre côté du Channel.

De plus, les guerres carlistes et l'instabilité du Portugal rendent la péninsule ibérique au minimum hostile, et au proche orient, la Russie et l'Empire Ottoman sont en conflit plus ou moins ouvert entre les années 20 et la guerre de Crimée. L'Irlande aussi est assez tendue, du fait de la perte localisée à certains comtés de la récolte de pommes de terre.

En même temps, le parlement "apprend" que par la faute des opérations extérieures (Birmanie, Afrique du Sud, Ceylan, Inde,...) mais surtout par la faute de ses "tendres" attentions depuis la paix de 1815, il n'y a pas 4000 soldats disponibles dans toutes les îles britanniques....

Tout cela pour dire qu'en 1830, la peur de l'invasion française reprend encore plus forte qu'avant 1802, "avec la complicité des révolutionnaires belges" certainement, peur qui reviendra (sans les Belges) en 1848 et dans une moindre mesure à la proclamation du 2d empire français.

La nomination de Léopold de Saxe-Cobourg-Gota en tant que roi des Belges, et la conclusion du congrès de Londres établissant la neutralité du nouveau royaume, ne font que diminuer la peur, n'oublions pas non plus que les frontières de la Belgique ne seront fixées qu'en 1839.

les Belges sont donc passés en 1830 de "Nos alliés qui nous ont bien aidés à restaurer la paix en Europe" à "Ce peuple d'indécrottables révolutionnaires qui change d'avis tous les quinze ans, et auquel il est dangereux de faire confiance". Il faudra une génération pour que ce préjugé s'estompe.

Les auteurs et les mémorialistes anglais d'après 1830 sont complètement dans cette mentalité, et tout ce qui est Belge (et par association irrationnelle Néerlandais) ne peut que s'être mal comporté en 1814-15.....
MASSON Bruno
 
Messages: 474
Inscrit le: 17 Sep 2017, 16:29
Localisation: Villeurbanne (69)

Re: 1815. Armée (anglo-alliée) des Pays-Bas

Messagepar MASSON Bruno sur 24 Déc 2019, 09:44

Un dernier message sur cette période, concernant l'incendie des bâtiments d'Hougoumont.

On dit généralement que les Français, incapables de prendre pied dans le château lui-même, décident d'y mettre le feu en tirant dessus à l'obusier. Mais les premiers rapports des généraux de cette nation, voire de Napoléon lui-même, ne font nullement mention d'une habitation à cet endroit; on ne parle que d'un bois, et il serait particulièrement stupide d'essayer d'incendier un bois par projectiles incendiaires, surtout après toute la flotte qui est tombée les jours précédents... Je sais bien que l'état-major français a été d'une bêtise effarante pendant cette campagne, mais là c'est essayer de vider la mer avec une tasse à café, ça n'est pas envisageable. Donc qui a tiré ?

Eh bien, en lisant le compte rendu du Major Mahn (commandant l'artillerie de Brunswick), on apprend que ce sont eux ! Et sur ordre !
Vers 18h30-19h00, un officier d'état-major non identifié vient leur apprendre que les Foot Guards abandonnent les bâtiments, et qu'il faut les incendier pour couvrir leur retraite, ce qui est fait, et dixit le Major, malgré le fait que les toits sont détrempés par toute la pluie des jours précédents, après bien des efforts et un long moment il a la satisfaction de voir de la fumée s'élever de la cible.

Qui est donc cet officier d'état-major devient donc la question. On ne saura jamais, car ce dernier, s'il s'est jamais rendu compte de sa bévue, s'est bien gardé de s'en vanter. Ce qui est sûr c'est que l'ordre ne venait de personne d'autre que lui-même :

-un ordre de soutien pourrait avoir été envoyé par Cooke, voire Byng si la retraite avait été réelle, or il n'en est rien. Leur supérieur direct est le Prince d'Orange, qui est plus près de la Haie Sainte et va être blessé très peu de temps après, donc peu probable car occupé ailleurs. Un ordre suivant la chaîne hiérarchique normale serait passé par Olfermann, et aurait été porté par un AdC de Brunswick. Le Korp n'a aucune envie de prendre des initiatives, et fait partie de la Réserve, sous les ordres de Welley directement, c'est donc peu probable aussi.

Alors un malfaisant, en rapport avec tous les mouvements à contre-temps réalisés par différentes unités sur toute la ligne de bataille et même à l'arrière durant cette journée du 18 ? C'est verser un peu facilement dans le complotisme idiot....

Non, il est plus simple de se rappeler d'où se déroule la bataille, et du précédent de la campagne de 1814 juste un peu plus au nord. Cette campagne avait vu des troupes de dépôt anglaises envoyées sur le continent, suivies comme leur ombre par une marée de "touristes" civils et militaires, au point que les colonnes d'attaque de Bergen-op-Zoom se sont trouvées commandées par plusieurs colonels, avec parfois même des officiers généraux attachés, mais ne commandant pas !...

Une bataille telle que Waterloo, avec le bruit et la fureur déployés de part et d'autre, est de même à faire perdre la tête à un officier de salon, dans son bel uniforme de parade avec ses galons tout beaux tout propres, et persuadé de tout savoir après avoir fait manœuvrer son bataillon de milice quatre fois dans le pré derrière chez lui. Le désordre et le chaos apparent du champ de bataille peut certainement avoir créé des vocations de sauveur de l'armée chez les petits messieurs venu assister à une grande bataille si près de Londres...
MASSON Bruno
 
Messages: 474
Inscrit le: 17 Sep 2017, 16:29
Localisation: Villeurbanne (69)

Re: 1815. Armée (anglo-alliée) des Pays-Bas

Messagepar MASSON Bruno sur 21 Mai 2022, 09:41

deux nouvelles anecdotes tirées de la lecture des "Waterloo Letters" issues des papiers de Siborne. Dans l'immense tas de souvenirs complètement faussés par plus de 20 ans et tout ce qui s'est passé depuis la bataille (les lettres sont datées 1837 à 1843), quelques élément sont intéressants.

-des témoignages rares d'officiers présent rapportant le fait que leur intégration à leur unité ne leur a pas permis de voir grand-chose, ni de savoir exactement où ils se trouvaient à un moment donné.

-un témoignage du général Kempt, commandant la 8th Brigade puis le 5th Division à la mort de Picton, qui explicite les ravages que les années font sur les faits perçus. Il se permet d'affirmer sans rire que la 5th n'a reçu (voir vu) aucun soutien de cavalerie durant toute la journée du 18 juin...

-l'information que la 10th brigade (Général Lambert, 4th+27th+40th line) arrive à côté de Mont St Jean le 18/06 à 11h après 2 jours de marches forcées, "nettoie" la route des chariots de ravitaillement abandonnés (les paysans réquisitionnés ayant détachés leurs bêtes de trait pour aller se cacher dans les bois avec), puis s'installe au bivouac et la majorité de ses soldats s'endorment jusqu'à 15h, même pas dérangés par les quelques boulets français égarés qui tuent ou blessent plusieurs malchanceux.
La formation du 27th en carré est donnée comme ayant le but de pouvoir prendre sous son feu la route de Wavre et celle de Genappe, si jamais l'ennemi s'y pointait. Les 4th et 40th sont dit déployés bien plus en arrière, en recueil. le 1/95th a 4 compagnies déployées sur sa gauche à ce moment (16h).

-pour ce bataillon, au tout début de la bataille, ses deux chirurgiens s'installent derrière un arbre planté seul sur le monticule derrière la sablière, comme étant l'endroit le plus abrité du coin. Manque de bol, un des premiers boulets français frappe cet arbre au milieu du tronc et fait tomber son faite sur les deux officiers de santé, manquant les écraser avec ses branches....
MASSON Bruno
 
Messages: 474
Inscrit le: 17 Sep 2017, 16:29
Localisation: Villeurbanne (69)

Précédent

Retourner vers Histoire Militaire

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant actuellement ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 8 invités

cron