1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Oct 2014, 06:28

Un petit résumé de la relation de Fortescue ("A History of the British Army" Vol X)

La situation

Le corps de Sir Thomas Graham envoyé dans les Flandres est constitué de troupes de dépôt, dont le but initial est la tenue de forteresses "qui seront vite libérées par les insurgés néerlandais" suivant les affirmations des membres de la Maison d'Orange auprès du Gouvernement anglais.

Or celui-ci va vite se rendre compte sur place que si le ressentiment anti-Français est généralisé, si les foyers d'insurrections se multiplient, il n'y a aucune coordination ni plan d'ensemble, ni personne capable de prendre la tête du mouvement. Une grande partie des armes apportées par les navires anglais va donc attendre les refontes successives de l'Armée des Pays-Bas suite la paix de 1814 pour sortir des arsenaux des ports.


La forteresse

De forme ovoïde, datant de 1688 et construite par Cohorn, elle comprend seize bastions, trois portes principales, celle de Breda à l'est, celle d'Anvers au sud et celle de Steenbergen au nord, ainsi que trente six autres points de sortie, dont quatre assez larges pour laisser passer des charrettes à travers les casemates et les fossés.

Les fronts Sud et Est, face à la France, étaient les mieux défendus, entre autres par un grand camp fortifié possédant quatre redoutes devant quatre saillants. Le front Ouest (ou front de l'Eau), était entièrement en terre, et l'inclinaison du rempart était si faible que de la cavalerie pouvait le passer au galop et en ligne. La véritable défense de ce côté était un fossé intérieur large, contenant six pieds d'eau, et un large marais à l'extérieur, parcouru de rigoles et qui recouvert d'eau à marée haute, ne pouvait supporter des tranchées. Le front Nord était aussi entièrement en terre, avec des fossés remplis d'eau mais sans demi-lunes. La défense de ce côté était assurée par un immense camp retranché, appellé les lignes de Streenbergen qui, avec d'autres ouvrages, rassemblait le quadrilatère inégal formé par Steengergen, Bergen-op-Zoom, Klundert et Willemstadt en une gigantesque position fortifiée


Les points forts:
Une enceinte bien bastionnée, encerclée de polders fournissant un glacis admirable (de lapin), et interdisant toute approche régulière par sape (il suffit à l'assiégé de laisser passer le flot à marée haute pour placer tous les travaux de l'assiégeant sous un mètre d'eau saumâtre). La forteresse est bien approvisionnée, sa garnison est constituée de troupes françaises et le commandant et ses officiers sont décidés. L'hiver rigoureux à l'extérieur est un plus appréciable.

Les points faibles:
Une garnison de faible qualité et insuffisante pour garnir toute l'enceinte (2700 hommes), un assaillant ayant des contacts à l'intérieur de la place et communiquant pratiquement librement avec eux.
Une forteresse construite pour résister à une attaque française, donc venant du sud ou de l'est, mais avec de graves défauts pour une garnison pouvant être attaquée de tous côtés. Les lignes de Streenbergen demandaient en effet une véritable armée pour être défendues, et il n'y avait pas de telle armée à disposition. De plus, Streenbergen et Willemstadt sont à ce moment-là aux mains des Coalisés.
La porte de l'Eau, sur le port, était superbement placée pour l'arrivée de renforts par mer, et par là même une invitation à tenter une surprise dans cette zone. Les Français pendant l'hiver vont donc tout faire pour empêcher la prise de la glace dans les fossés, à la hache voire à la scie.
MASSON Bruno
 

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Messagepar MASSON Bruno sur 18 Oct 2014, 06:30

L'assaut est donc décidé pour le 8 mars 1814

Composition donnée des colonnes

Colonne Morice (commandant du 69th): - Centre-Gauche - Attaque de l'angle nord-est près de la Porte de Breda. Effectif: 1200 hommes des 33rd, 55th et 69th.

Colonne Carleton (commandant du 44th)- Droite - assaut prévu en suivant la digue de Tholen qui arrive jusqu'au mur de la forteresse. Effectif: 500 hommes des 21st, 37th, 44th, avec 600 hommes des Royals (4/1st qui sont bien là) en soutien.

Colonne Henry (commandant du 21st): Centre-Droit - Attaque feinte prévue sur la Porte de Streenbergen. Effectif: 650 hommes des 21st, 37th et 91st.

Colonne Lord Proby (Guard)- Extrême-Gauche - Attaque prévue depuis Borguliet sur le Bastion d'Orange, à l'arrière du camp retranché du front sud. Effectif: 1000 hommes des Guards.


Le plan d'attaque

les troupes devaient atteindre leurs positions ("à portée de canon de la place") de départ à 21h et attaquer à 22h30. Il a été distribué trois montres dans chaque colonne pour s'assurer de la synchronisation, et le plus complet silence était demandé. Graham attendait aussi un soutien d'insurgés dans la place ("there is no hope of taking Bergen-op-Zoom by coup-de-main without an understanding within, which I am trying to arrange". Graham to Bunbury, 1er mars 1814). L'attaque du Centre-Gauche devait être la principale, les deux autres devant la rejoindre, et la colonne Henry servir de réserve après avoir rempli son but de diversion...
MASSON Bruno
 

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Messagepar MASSON Bruno sur 18 Oct 2014, 06:34

Le déroulement de l'attaque

Or à 21h30 la colonne Henry attaque les retranchement de la porte de Streenbergen, en expulse les défenseurs, puis passe le fossé en utilisant les échelles d'assaut pour relier les deux parties du pont-levis, et escalade le rempart, arrivant dans la forteresse à environ 400 hommes, mais non-groupés et désorganisés (la fin de la colonne étant repoussée à la baïonnette ou par la mitraille).

La colonne Carleton, en entendant la fusillade, décide de ne pas attendre plus longtemps et attaque, arrivant au port sans tirer un coup de feu. A ce point là, elle se disperse, Carleton entrainant 250 hommes vers les bastions sud, et Skerrett avec le reste (250 hommes donc) tourne à gauche après avoir répété pendant toute l'avance qu'il fallait tourner à droite une fois arrivés. Les Royals restent sans ordres à la Porte de l'Eau, sous les ordres d'un officier "dont il ne fallait pas attendre qu'il agisse de sa propre initiative" (dixit Fortescue). Carleton après avoir pris deux bastions se fait tuer par le 12e de ligne positionné pour le recevoir à la porte de Breda, son groupe fortement réduit par les détachements et les combats est repris en main par Gore, mais ne peut résister à la contre-attaque française du fait de l'absence de la colonne Morrice et se replie jusqu'au bastion juste à l'est de la Porte d'Anvers.

La colonne Morrice est prise au moment de l'assaut d'une panique inexpliquée, et n'est ralliée par Graham qu'après un certain temps, alors qu'elle aurait du arriver à la porte de Breda en même temps que Carleton.

La colonne des Guards arrive devant le fossé et y trouve la glace cassée et infranchissable. Elle tourne alors vers le bastion d'Orange, passe le rempart avec quelques pertes, et s’établit dans les maisons donnant vers les quais. Cooke envoie alors un détachement du 1er Guards sous le Lt-Col Clifton vers la Porte d'Anvers et un autre sous Skerrett (arrivé entretemps avec son détachement depuis la porte de l'Eau) dans l'autre sens, qui s'empare de l'arsenal.

La colonne Morrice revient, mais trouvant le fossé au nord-est libre de glace et infranchissable, se retire après avoir perdu en gros 200 tués et blessés par le feu de la place. La moitié est de la place est donc libre d'assaillants et non menacée.

Les portes prises par les Anglais ne peuvent pas être ouvertes du fait du feu des défenseurs, et parce-que les demi-lunes en défendant l'accès depuis l'extérieur sont toujours tenues par des Français, interdisant l'irruption de renforts ou l'envoi de rapports à Graham sur l'état de l'assaut. Le commandant français a alors la meilleure place, il est seul au commandes, est en position centrale, et son infériorité numérique est mineure.

Du côté anglais, les officiers commandant les détachements ne sont pas en liaisons permanente, la marée montante coupe certains groupes dans le port, et si ils ont une supériorité qualitative très marquée, plus une excellente réserve avec les 600 Royals à la porte de Breda, ils ont perdu l'initiative (mon opinion perso). Graham va alors envoyer la colonne Morrice rejoindre Cooke, mais celui-ci, sans information sur ce qui ce passe ailleurs, va les garder avec lui plutôt que de les envoyer dans l'inconnu.

Les Français récupèrent vite les 3/4 de l'enceinte, ainsi que trois des portes, mais sont bloqués par le feu anglais et les canons lourds retournés. Les combats continuent jusqu'à 3h du matin, où les Français se rendent compte que l'est de la forteresse n'est pas menacé (il y a un grand clair de lune), et en retirent une bonne partie des troupes la garnissant, pour monter des colonnes d'assaut, récupérant d'abord la porte de l'Eau et une grande partie des Anglais positionnés en avant, puis amènent des pièces de campagne pour tirer sur les Royals et une partie du 33rd qui était venu les renforcer (renforts envoyés par Cooke, venant de la colonne Morrice, à la demande du Colonel Muller des Royals), leurs font 120 hommes de pertes, suite à quoi les 500 qui restent se rendent.

Les Guards résistent plus longtemps, une partie s'enfuyant par le bastion d'Orange, mais le reste sous Cooke, apprenant que les autres colonnes anglaises ont été faites prisonnières, et que sa retraite est coupée par la réoccupation d'un bastion proche de celui d'Orange, fait de même.

Graham, à qui les officiers commandant le génie et l'artillerie avaient assuré vers 4h que la place était prise, va s'avancer au lever du jour à la tête de ses troupes pour en prendre possession, et avoir une mauvaise surprise en s’apercevant de la vérité.
MASSON Bruno
 

Re: L'attaque de Bergen-op-Zoom 1814

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Oct 2014, 07:12

Les suites et conséquences

Ou comment 3000 hommes d'excellente qualité, en possession des 3/4 d'une forteresse, peuvent, à cause d'erreurs de leurs officiers, en être éjectés par 2700 troupes de dépôt...

Le siège ou la surprise de la place est présente dans la tête du commandant anglais depuis son arrivée en Flandres, car sa prise raccourcirait sa ligne de communication. Fin février ou début mars, il apprend que son corps va peut-être retiré d'Europe pour être envoyé au Canada qui a fortement besoin de troupes. L'intérêt pour cette forteresse de second ordre augmente, car sa possession donnerai un port intéressant pour le rembarquement. Cet assaut est donc un objectif très secondaire pour lui.

Du côté de la dispersion inexpliquée de la colonne Carleton, une étude plus approfondie de la forteresse donne des réponses, le magasin aux poudres est à 50m de la porte de l'eau, et l'arsenal à moins de 200m de l'autre côté.
La raison initiale du positionnement du 4/1st tombe alors sous le sens, il n'a pas été oublié, il garde l'arsenal!!
De même, l'"erreur" de ce pauvre Skerrett semble alors avoir été une attirance compréhensible pour ledit magasin aux poudres (à gauche en entrant, alors que le début de colonne prend à droite pour se joindre à Lord Proby/Cooke).
l'échec final de l'assaut semble alors venir d'ici; au lieu d'avoir 2000 hommes maîtres de la partie ouest de la ville (sur un front de 150m de large), contenant l'arsenal et le magasin aux poudres, avec une autre colonne de plus de 1000 hommes attaquant l'est (donc prenant la défense à revers), on a 250 hommes au magasin à poudres, 600 à l'arsenal sous un officier incapable d'initiative, un millier d'autres attendant pour avancer à la porte d'Orange une jonction qui n'arrivera jamais, 200 égarés sur le front sud-ouest, ébranlés par la perte de leur chef, et 400 éparpillés en gros au nord-ouest.

j'attire ici l'attention sur la pléthore d'officiers supérieurs ou généraux qui n'ont rien à faire dans l'assaut. Nombre d'unités de dépôt sont commandées par leurs colonels régimentaires (n'oublions pas que dans l'armée anglaise, c'est une distinction, pas un grade). L'excès est encore plus plus flagrant dans la colonne du Lieutenant-Colonel Carleton, qui est accompagné de deux Major-Généraux qui n'ont rien à faire ici (sinon ils seraient aux commandes). L'armée de Graham est pour moi visiblement le dernier endroit touristique à la mode, où des officiers sans emploi peuvent "aller voir la Guerre avant qu'elle se finisse", et sans avoir à faire le long voyage du sud de la France et braver les tempêtes du golfe de Gascogne.

Il va sans dire qu'avec Wellington, ils seraient très très mal reçus et verraient leurs espoirs d'avancement malmenés (il a largement plus d'appuis politiques qu'aucun général hors famille royale). Graham est plus malléable et moins bien soutenu.

Pour les Anglais, cet échec est mauvais pour la cote du général anglais, mais Whitehall rejette la faute sur les exécutants et pas sur Graham et lui garde sa confiance. Le général Bizanet est distingué par Napoléon pour sa défense énergique.

Les Français, ayant fait énormément de prisonniers qui sont autant de bouches inutiles à nourrir, vont négocier avec les Anglais un traité d'échange "sous réserve de ne pas servir en Europe avant la fin de la guerre", qui sera accepté, d'autant plus qu'ils semblent promis à aller en Amérique du Nord.

Mais leur rembarquement sera interrompu par l'abdication de Napoléon en avril. Ils resteront en Flandres, et participeront à la campagne des Cent jours en 1815.
MASSON Bruno
 

Re: 1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Messagepar MASSON Bruno sur 04 Déc 2020, 14:31

Bonjour,
Je remonte ce message pour le compléter, grâce essentiellement à un opus imprimé en 2013 en Angleterre, de titre "A Bold and Ambitious Entreprise" de Andrew Bamford, sur cette campagne atypique, reprenant le Fortescue et plein d'autres sources, ignorées ou pas disponibles à cet auteur au moment de l'écriture de sa somme. Franchement, si cette campagne vous intéresse, c'est le livre qu'il vous faut, c'est bien écrit, argumenté et complet (mais en anglais bien sûr).

En premier lieu, la carte de Fortescue, qui est disponible partout sur internet.

Image

On y voit bien le dessin des fortifications, la présence du fossé humide entre le corps de la forteresse et les demi-lunes, le trajet des colonnes, et l'endroit où les assaillants auraient dû s'arrêter pour se regrouper, entre la fausse porte et la porte de Steenbeergen, au lieu de tenter de conquérir la place par petits paquets, et de se faire repousser aussi par petits paquets.

Le front Ouest est plus escarpé que ce que voudrait nous faire croire Fortescue, mais de toutes façon sa vraie force réside dans son morcellement, coupé ainsi partout par au moins deux fossés humides de grande profondeur (puisqu'il s'agit des accès au port intérieur depuis la Zoom). Donc le régiment de cavalerie qui l'escaladerait (en ligne ou pas) a intérêt à posséder de bons fers à crampons, et à bien savoir nager ensuite!

Les pertes anglaises données par Fortescue sont de 2550, sur les 3950 engagés, soit plus de 64% de pertes, répartis en 400 morts, 500 blessés et 1600 prisonniers indemnes.
Une précision sur la colonne de Lord Proby (qui est Bvt Colonel/Lt Colonel du 1st Foot Guard), elle est composée de 8 compagnies du 1st FG, 4 du 2nd et 4 du 3rd, pour un effectif initial estimé à 1200 plutôt que 1000. Lors de leur reddition, ils ne sont plus que 350 indemnes...

Le 2/44th, qui engage 350 hommes dans l'assaut, et subit 200 tués/blessés, est l'unité la plus touchée, mais les 21st, 2/37t et 33rd de la colonne Morice sont aussi très diminués. Les Français prennent 4 drapeaux, dont 1 des Guards, je ne sais pas si une moisson aussi importante a déjà été réalisée.
Leurs pertes sont estimées à environ 500 hommes, soit un petit quart de leur effectif.

les deux Major-General présents en touristes auprès de la colonne Carleton sont les Brigadier-General Gore (tué lors de l'assaut), et le MG Skerret, qui mourra prisonnier de ses blessures reçues ici. Comme quoi le tourisme militaire, c'est dangereux!
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Re: 1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Messagepar MASSON Bruno sur 10 Déc 2020, 14:58

En codicille, les effectifs (estimés) des forces en présence le 8 mars 1814.

Tout d'abord les Français:
Forces de la place de Bergen-op-Zoom
GB Bizanet
III/12e de ligne 700 (1 Bn)
III/17e de ligne 300 (3 Co)
VI/21e de ligne 200 (1 Bn)
IV/51e de ligne 600 (1 Bn)
V/4e de Marine 200
Des 4e et 6e Bataillons de Vétérans 200
Marins 400
Canonniers 30
Gendarmes 30

Toute l'infanterie est de très mauvaise qualité, dépôts pas forcément armés, très jeunes, ou très vieux pour les vétérans, qu'on pourrait assimiler à des invalides, car plus enrégimentés en cette fin de 1814, où ça fait longtemps qu'on a fini de racler les fonds de tiroirs, pour commencer à débiter lesdits tiroirs pour faire du nombre.
Les marins (pas le 4e de Marine, attention, lui est comme l'infanterie) ne sont sans doute pas dans cet état, mais eux, n'ont jamais manœuvré, et s'ils savent peut-être tirer, sans doute plus avec un canon qu'avec un mousquet, il est absurde de chercher à leur demander un feu régulier.
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Re: 1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Messagepar MASSON Bruno sur 13 Déc 2020, 07:05

Voyons maintenant les troupes anglaises.

Colonne de gauche, Colonel Lord Proby
-compagnies d'élite des 3 bataillons, et détachements des compagnies du centre (colonne d'assaut) 600 hommes
-reste des bataillons de garde (soutien) 400 hommes

Attaque du centre, Lt-Colonel Charles Morrice - 2/69th
-55th line 250 hommes, Colonne d'assaut
-2/69th line 350 hommes, Colonne d'assaut
-33rd line 600 hommes, soutien

Attaque de droite, Lt-Colonel The Hon. Georges Carleton (2/44th)
-2/44th 300 hommes, Colonne d'assaut
-compagnies d'élite des 2/21st et 2/37th 200 hommes, Colonne d'asssaut
-4/1st 600 hommes, soutien

Fausse attaque Lt-Colonel Benjamin Ottley (2/91st)
-2/21st 100 hommes
-2/37th 150 hommes
-2/91st 400 hommes


Les 200 hommes manquants de la colonne de guards ne sont pas mis en réserve, ce sont simplement des soldats estimés incapables de faire la campagne (malades, blessés des assauts contre Anvers, soldats trop jeunes ou trop vieux).

Le reste des 2/91st, 2/21st, 2/37th, 55th, 2/69th, et le 2/35th sont placés en réserve à l'extérieur de la forteresse, seront renvoyés à leurs tentes vers 2h du matin, avant d'être rappelés et d'être mis en ligne entre le camp et ladite forteresse à 9h, avec ordre de se défendre sur place jusqu'au dernier homme contre la sortie que Graham craint voir se mettre en place pour profiter de son affaiblissement. Le général Bizanet serait bien en peine de monter une telle opération, ses prisonniers étant plus nombreux que ses soldats disponibles pour les garder.
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Re: 1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Messagepar MASSON Bruno sur 18 Déc 2020, 16:57

Un autre message pour revenir sur le rôle du MG Skerrett dans l'échec de l'attaque.
Il semble que Graham l'ai en fait nommé aux commandes de la partie nord de l'attaque (fausse attaque et colonne Carleton). Il arrive sur place avec la volonté de racheter à tout prix ses errements passés, à savoir:
-En 1812, il emporte les troupes anglaises présentes à Cadix lorsque Soult décide enfin d'abandonner sa "vice-royauté" d'Andalousie, et est chargé de garder le contact dans l'hypothèse où les corps français se dirigeraient vers Madrid. Il perd très vite le contact, et est finalement rappelé sur la capitale espagnole par Ciudad Real et Toledo. Rien ne lui est vraiment reproché, mais il lui semble qu'on lui attribue un manque d'allant dans cette campagne.

-Fin 1813, c'est lui qui, en refusant de faire avancer la Light Division qui est à ce moment sous ses ordres, et en ordonnant formellement à la compagnie du capitaine Cadoux d'abandonner son poste qui interdisait le pont de Vera, provoque la perte presque totale de ladite compagnie, et ne capture pas quatre brigades d'infanterie françaises qui auraient dû l'être le lendemain de la bataille de San Marcial. Pour couronner le tout, jusqu'au début mars, étant malade, il n'a pas pu se mettre en campagne aux côtés de Graham. Tout cela fait qu'il ressent le besoin impérieux de montrer qu'il n'est pas un couard, et il va être blessé mortellement à l'intérieur des murs de Bergen-op-Zoom.

Son courage personnel n'est donc pas en cause, mais il va encore une fois démontrer, durant la préparation et l'assaut, qu'il est parfaitement inapte au commandement.

-Tout d'abord, la fausse attaque. Son point d'attaque est peut-être mal choisi, mais rien ne dit que ce soit lui qui l'ai choisi. En effet, la porte de Steenbergen est très proche du point d'entrée donné à Carleton, et cette diversion a pu, ou aurait pu, donner l'alerte aux défenseurs proches de la porte de l'Eau que Carleton vise. C'est pour cette raison que ledit colonel s'élance dès qu'il entend le feu de la diversion, plutôt que de risquer de se trouver confronté à des fortifications occupées.
Les ordres donnés par Skerrett aux deux officiers commandant cette fausse attaque sont aussi déficients par rapport au plan décidé par Graham. Il semble qu'il se soit contenté de leur signaler "un ouvrage détaché défendant ladite porte, qu'ils devaient prendre, et par leur feu attirer l'attention de la garnison à cet endroit". Mais il ne leur dit pas de prendre garde à ne pas trop s'engager, et d'être prêts à soutenir l'autre colonne attaquant du nord (Carleton), contrairement à ce qui était prévu. Pour couronner le tout, et sans que ce soit la faute dudit MG, la fausse attaque va réussir à prendre la demi-lune, en s'engageant à fond va prendre la porte et réussir à l'ouvrir, mais les troupes encore dans l'ouvrage avancé ne pourront rejoindre leurs camarades dans la place, le pont passant au dessus du fossé étant balayé par la mitraille et le feu d'infanterie venant du bastion voisin. La colonne va subir de nombreuses pertes, les troupes isolées autour de la portes vont finir par se rendre une fois sans munitions, le reste reculant en désordre dans la nuit peu de temps avant que Skerrett arrive pour les aider. Il est à noter que les deux officiers ayant été mis au courant du plan d'attaque, même si c'est imparfaitement, vont être blessés sérieusement très vite, et le commandement de ces forces va revenir à un troisième officier à qui sans doute personne n'a dit qu'il commandait une diversion...

-Sur la colonne Carleton, il est aussi fautif dans la décision de lancer immédiatement la tête de colonne en direction du bastion d'Orange, alors que les 2/3 de sa force d'attaque sont entrain de patauger dans le cours de la Zoom, en pleine vue des défenseurs du bastion juste à côté qui finissent par se réveiller et interdire le passage. C'est aussi une autre raison pour sa bifurcation à gauche, il faut prendre ledit bastion pour éteindre son feu et permettre à la queue de colonne de rentrer dans la place. Mais avoir laissé environ 300 hommes partir dans l'inconnu, avec les seuls guides connaissant la ville, était une erreur, car cette tête de colonne, poussée vers le magasin à poudre et la porte de Steenbergen, aurait fait la jonction avec la fausse attaque avant que cette fausse attaque reflue en désordre suite aux pertes. Une fois le contact perdu, la majorité des troupes de Carleton va se trouver de nuit dans une ville ennemie inconnue, et ne bougeront plus avant la contre-attaque française.
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Re: 1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Messagepar MASSON Bruno sur 24 Déc 2020, 04:49

Toujours au sujet de la colonne Carleton, au moment de la retraite, le 4/1st se retrouve sur le port, incapable de rebrousser chemin , car la marée montante a rendu le gué à travers la Zoom impassable, il recule donc vers le Fort de l'Eau dont il croit qu'il a été capturé (par qui? c'est un fort maçonné, et sa garnison, bien que faible, ne fait pas partie des buts assignés aux différentes colonnes). Comme ce n'est pas le cas, il se retrouve sur la jetée sous le feu du fort, avec la contre-attaque française qui va arriver dans son dos.

Le lieutenant-colonel commandant l'unité n'a alors d'autre solution que de se rendre; mais avant cela, il va prendre la décision très bien pensée de jeter ses deux drapeaux dans la Zoom, en espérant ainsi éviter qu'ils soient capturés. Malheureusement, il va se tromper de côté de digue (une fois la marée montée, de nuit, allez distinguer une zone de rivage couverte d'eau de mer d'un bras de rivière soumis à l'estran...). Il va donc les jeter à gauche (en regardant le fort), plutôt qu'à droite; et à la prochaine marée basse, les Français ne vont avoir aucun mal à les récupérer dans la vase !

À propos des quatre ou cinq drapeaux capturés (un, peut-être deux, du 2/1st Foot Guard, le "Regimental" du 2/69th et donc les deux du 4/1st), il est dit dans l'ouvrage d'Andrew Bramford qu'ils ont été capturés tellement peu de temps avant la première abdication, qu'ils n'auront pas le temps d'être transportés aux Invalides avant que l'endroit ne soit abandonné par les Français, et donc qu'ils n'ont pas été brûlés avec tous les autres trophées des guerres napoléoniennes. Ils n'auraient pas non plus été rendus lors des deux restaurations (après tout, c'est des drapeaux anglais, notre "ennemi héréditaire" de la période), et y auraient survécu jusqu'à aujourd'hui. N'étant pas Parisien, et n'étant jamais allé aux Invalides (j'aime pas Paris de toutes façons...), pas la moindre idée de la véracité, mais c'est possible.
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Re: 1814. L'attaque de Bergen-op-Zoom

Messagepar MANÉ Diégo sur 24 Déc 2020, 11:45

Salut Bruno,

En matière de drapeaux pris sous l'Empire il n'y en a que cinq aux Invalides, quatre autrichiens pris en 1805 (parce-qu'ils se trouvaient en 1814 au Palais du Luxembourg) et 1 napolitain pris en 1806 (parce-qu'il se trouvait en 1814 au Palais Bourbon). Les près de 1500 drapeaux qui se trouvaient aux Invalides ont été brûlés avant l'entrée des Alliés dans Paris, et leurs cendres et débris jetés dans la Seine.

Donc pas de drapeaux anglais présents aux Invalides, et "l'Entente Cordiale" n'y est pour rien. Ceux pris à Berg-op-Zoom ont dû finir comme drap de lit (ils en avaient la taille) de l'un ou l'autre de ceux qui les avaient pris, histoire d'adoucir leur rancoeur d'être récompensés de leur victoire par la demi-solde.

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