Prise de trophées par la cavalerie française à Medellin.

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Prise de trophées par la cavalerie française à Medellin.

Messagepar JOUBERT Marc sur 10 Oct 2026, 08:50

Bonjour à tous. Mon sujet concerne la victoire de Medellin (28 mars 1809). Sauf erreur de ma part, la cavalerie française comprenait un escadron du 2eme dragons, le 14eme dragons et le 26ème dragons (soit cinq escadrons de la division Latour-Maubourg), ainsi que le 2eme hussards, le 5eme chasseurs à cheval et le 10eme chasseurs à cheval (division Lasalle). Or l'armée espagnole de La Cuesta a perdu 9 drapeaux et 19 ou 20 canons. Je souhaiterais donc savoir quels régiments de cavalerie française ont pris des drapeaux à Medellin (et si possible à quelles unités espagnoles ces drapeaux appartenaient) et éventuellement de l'artillerie (nombre de pièces). Merci d'avance.
Marc Joubert
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Re: Prise de trophées par la cavalerie française à Medellin.

Messagepar MANÉ Diégo sur 26 Oct 2026, 17:24

Pour Marc Joubert,

N'ayant pas de réponse toute faite à trouver dans mes travaux finis antérieurs j'ai pressenti quelques amis historiens, Français comme Espagnols, susceptibles d'avoir des éléments de réponse.

Pour l'heure, un Espagnol, pourtant "capé" en drapeaux ibères, a botté en touche, disant qu'à sa connaissance les drapeaux pris aux Espagnols sous l'Empire (et même avant) avaient été déposés aux Invalides, ce qui est vrai, mais ne dit pas desquels on parle.

Et comme l'autodafé du 30 mars 1814 détruisit plus de 1500 emblèmes il est devenu difficile de tirer des conclusions à partir de ceux qui y échappèrent (probablement ceux alors déposés au Sénat).

Il y en a forcément eu puisque j'ai lu voici longtemps un article relatif dans une revue spécialisée (peut-être la Revue Historique des Armées, ou la Sabretache, ou ???) mais ne me souviens pas de laquelle.

L'expert des experts espagnols, le Colonel Sañudo, a écrit sur Medellin, mais son ordre de bataille, très fouillé comme à l'habitude, ne renseigne pas sur le nom des drapeaux perdus, ce qu'il aurait fait si l'information lui était parvenue. Je ne rappelle pas le chaos intégral qui conclut cette bataille et finit par un véritable massacre, à tel point que certaines unités furent purement et simplement annihilées.

Quelques éléments de réponse m'ont cependant été fournis par José Luis Arcon, le talentueux auteur de "Sagunto, la batalla pour Valencia", dont j'ai parlé ici :

viewtopic.php?f=1&t=855

Et je vous traduis sa réponse, en substance ci-dessous :

"Plusieurs auteurs espagnols confirment la perte de 9 drapeaux et 20 canons, bien que Belmas dise qu'il ne fut perdu que 6 drapeaux. Malheureusement les rapports de pertes des différentes inspections de l'armée espagnole indiquent la perte de canons mais pas des drapeaux.

La seule certitude est la capture par la Division Villatte du drapeau du bataillon léger des "Voluntarios de Valencia y Alburquerque". Villatte captura en outre un drapeau colonel d'infanterie, mais qui, malheureusement, a perdu les inscriptions figurant dans les coins, rendant impossible l'identification du régiment.
Ces deux drapeaux furent donnés par la famille Villatte aux Invalides en 1863, comme pris à Medellin.

Je ne sais rien de plus sur quels furent les "preneurs de trophées" à Medellin, sauf que dans l'Historique du 14e de Dragons il est dit que le régiment s'empara d'un drapeau à la bataille.

Au Musée de l'Armée sont conservés quatre drapeaux qui furent rendus par la France en 1941, et leur catalogue spécifie qu'ils ont pu avoir été pris à Medellin :

3º bon de Jaén, à Medellín ou à Ocaña
Rgto. Irlanda (drapeau colonel) à Medellín ou à Uclés
3º bon del 1.º de Badajoz, à Medellín (où il déplora 400 pertes) ou à Badajoz
3º bon de Voluntarios de Sevilla, à Uclés ou à Medellín

Mais en examinant les états de pertes par corps, nous pouvons déduire quelles unités peuvent avoir perdu leur drapeau. Par exemple, les Guardias Walonas furent annihilées (à la fin du jour il ne restait que 42 hommes dans les rangs) de telle sorte qu'ils durent perdre plusieurs drapeaux. Deux autres bataillons littéralement annihilés furent le Ligero de Campo Mayor et le 2e Bon du 2e Régiment de Mallorca. Par ailleurs, les Tiradores de Cádiz perdirent 80% de leurs forces, et le Provincial de Córdoba 70%.

Malheureusement le Arteche
(j'avais demandé de le consulter) ne donne pas ce genre de détails sur Medellin."

Bien, que déduire déjà de tout cela ? Nous avons effectivement neuf bataillons d'infanterie "nominés" pour avoir (potentiellement) pu perdre leur drapeau à Medellin. Nous savons que deux emblèmes ont été pris par la Division Villatte, et un par le 14e Dragons. Les unités annihilées ont été "finies" à la baïonnette par l'infanterie qui a du logiquement s'emparer de leurs drapeaux. Si d'autres emblèmes ont été pris par la cavalerie ce serait logiquement parmi les unités "abimées mais pas finies" citées plus haut, mais il ne s'agit que de logique, et la logique, un soir de massacre, peut s'avérer… illogique !

Diégo Mané

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À suivre ...
Quelques éléments communiqués par "L'Internaute Généreux".
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Re: Prise de trophées par la cavalerie française à Medellin.

Messagepar JOUBERT Marc sur 26 Oct 2026, 18:32

Merci pour votre réponse.
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Re: Prise de trophées par la cavalerie française à Medellin.

Messagepar MANÉ Diégo sur 27 Oct 2026, 21:33

L’internaute généreux m’a communiqué deux extraits de documents :

1. Tiré de la Sabretache et dissertant, entre autres, sur les opérations du maréchal Victor en 1809, qui parle de 27 drapeaux pris à Uclés et portés à Paris par son aide-de-camp (et gendre !) Huguet-Chataux, qui, à force d’être mis en avant de la sorte, finira général (et tué à Montereau en 1814).

Les Espagnols contestent ce chiffre et disent que la plupart de ces emblèmes furent en fait pris dans une église … Ce qui toutefois ne change pas un autre fait ; ils furent exposés aux Invalides, et probablement détruits avec les autres le 30 mars 1814.

Le passage concernant Medellin confirme 9 drapeaux pris selon Oman qui s’étonne de si peu alors que les 23 régiments présents* arboraient selon lui 46 emblèmes. Le texte mentionne aussi la circonstance du don de la famille Villatte en 1863, mais le porte à trois drapeaux, le troisième étant donné comme un « emblème indéterminé de volontaires ».

* J'en trouve 32. Par ailleurs considérer que chaque régiment à deux drapeaux est au moins aventuré.

2. Tiré de l’Historique du 14e de Dragons, l’information claire, nette et précise, de la prise par ce régiment de l’étendard des Husares de Maria Luisa.

L’internaute Généreux a également poussé ses investigations à la recherche des autres historiques régimentaires de cavalerie et voici sa conclusion :

Les historiques des 5e Chasseurs et 2e Dragons ne mentionnent pas de drapeaux pris.

Il ne dispose pas des Historiques des 26e Dragons et 2e Hussards.

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Pour ce dernier régiment je sais avoir quelque chose quelque part dans mon « fatras » et vais tenter de le retrouver. Notamment une sorte de cursus du Capitaine Drazdianski qui naquit, vécut, et mourut, au régiment. Cet officier commandait le 4e et dernier escadron du régiment, et, après plusieurs manoeuvres en retraite, en eut assez de reculer et chargea la malheureuse et mauvaise (à moins que cela ne soit l’inverse) unité de cavalerie espagnole qui le talonnait, la rejetant en désordre sur la suivante, qui, … nous connaissons la suite !

… … …

À force de chercher j’ai trouvé ce qui suit :

Extrait de l’Historique du 2e de Hussards en Espagne
« Toujours vaillants en selle, les Chamborant furent pour leurs ennemis de terribles adversaires.
Mal vêtus, car les magasins de l’Empereur commençaient à s’épuiser, montés sur des chevaux misérables, car la remonte lui faisait défaut, ils inspiraient néanmoins la terreur et l’admiration, même à leur adversaire.
« Quand je vois, disait Wellington, ce misérable à côté de sa rosse, j’ai pour lui le plus souverain mépris. Quand je vois ce misérable monté sur sa rosse, je suis inquiet et regarde avec la plus grande attention ce qu’il va faire. Mais quand je vois ce misérable charger sur sa rosse, j’ai pour lui la plus grande admiration ».

Parmi les nombreux faits d’armes de cette guerre, il convient de citer le suivant, où l’on voit combien le sang-froid et l’énergie d’un simple capitaine eurent une large part au gain de la Bataille de Medellin, le 27 mars 1809 (en fait le 28, mais bon, la gloire resta).
D’après de Rocca, Lieutenant au 4e escadron du 2e Hussards et participant à l’action.

« Le 4ème escadron, alors commandé par le Capitaine Drazdianski, était à l’arrière- garde de la division Lasalle et se retirait par échelons. Six escadrons de lanciers espagnols prennent le trot pour charger. Sans s’émouvoir le Capitaine Drazdianski fait faire demi-tour au pas à ses quatre pelotons, fort ensemble de 120 hommes, puis il commande et rectifie l’alignement, aussi tranquillement que sur le terrain des manœuvres.
Frappés d’étonnement devant une telle fermeté, les cavaliers espagnols ralentissent involontairement l’allure. Drazdianski saisit le moment, fait sonner la charge ; le 2ème Hussards s’élance comme un fou, les lanciers espagnols, pris de panique, se renversent sur les escadrons qui les suivent. Leur masse, tout à l’heure arrogante, ne forme plus qu’une cohue de fuyards qui se laissent sabrer sans se défendre. Le Général Lasalle, qui commande en chef, en profite pour lancer toute sa division sur les traces de Drazdianski ; la déroute de la cavalerie paralyse l’infanterie espagnole qui s’enfuit à son tour, en jetant bas les armes. Le combat est rétabli, la victoire devait suivre.

Plus tard, on retrouve le régiment aux ordres du colonel Gilbert-Louis Vinot au défilé de Torrejos (26 juillet 1809) où il détruit complètement le Régiment de Dragons Villa-Viciosa ; on le cite encore à Campillos (14 mars 1810) et à la Gébora (19 février 1811) où le Colonel Vinot fut mis à l’ordre pour sa brillante conduite, et où le brave Drazdianski trouva la mort glorieuse qu’il méritait.
»

Conclusion, le 2e de Hussards, s’il fut à la base de la victoire de Medellin sur l’aile gauche, ne prit pas de drapeau pour autant.

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Trouvé sur le net :

" 1809: Le 28 mars à Medellin le 26e dragons charge un carré de 6000 fantassins espagnols. "

6000 c’est vraiment beaucoup, mais beaucoup trop ! 600 est en revanche parfaitement possible. Il convient aussi de se rappeler que le règlement de l’armée espagnole ne prévoit pas la formation en carré et qu’il doit plutôt s’agir de pauvres bougres pelotonnés en masse, fixés par la cavalerie dans l’attente d’être exécutés par l’infanterie.

Mes recherches indiquent l’existence d’un historique du régiment, rédigé en 1894 par le Capitaine de Lassuchette, mais qui semble épuisé et donc relativement introuvable.

J’ai toutefois trouvé dans l’ouvrage de Natalia Griffon de Pleineville, CHARGEZ, page 200, la mention d’une lettre du colonel du 26e, Chamorin, qui dit :

« Nous avons eu une affaire très brillante. J’ai fait plusieurs charges ; le 26e régiment s’est couvert de gloire, l’infanterie en a été émerveillée ; tout le monde m’a félicité. J’espère que le régiment ne sera pas oublié. Nous leur avons tué plus de 10000 hommes, tous sabrés par la cavalerie ; je n’exagère pas, nous avions mal au poignet. »

J’en déduis que si le 26e avait pris un drapeau le colonel l’aurait à coup sûr indiqué.

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À suivre ...
Faisons le point.
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Re: Prise de trophées par la cavalerie française à Medellin.

Messagepar JOUBERT Marc sur 28 Oct 2026, 04:06

L'infanterie espagnole n'était sans doute pas formée en carrés : ces informations disponibles sur le net sont souvent approximatives, parfois même erronées. L'absence de mention de prise de drapeau sur internet ou dans une lettre (qui n'est pas un rapport officiel) ne constirue pas une preuve. Conclusion : on ne peut rien en conclure.
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