par MANÉ Diégo sur 27 Oct 2026, 15:24
DÉFENSE DES ESPACES NAUTIQUES EN 1793-94 (1/6)
(par Denis Bouttet pour « Planète Napoléon », Octobre 2026)
Partie I – La protection des côtes
La première coalition
Le 20 avril 1792, le gouvernement de Louis XVI en pleine crise s’engage dans un conflit et déclare la guerre à l’Autriche. La Prusse la soutient et intervient à son tour.
En septembre 1792, la République est proclamée et met un terme à la royauté en exécutant le 21 janvier 1793 le roi Louis XVI. À leur tour, dès janvier, le Portugal et l’Espagne se joignent au conflit.
Alors que la France s’empare des Pays-Bas autrichiens, et d’Anvers en particulier, l’Angleterre menacée réagit en renvoyant l’ambassadeur français le 30 janvier. N’attendant que cette provocation, la République déclare la guerre à l’Angleterre et aux Pays-Bas. La première coalition est née. Les états italiens s’y rallieront également. Toutefois, la Russie restera à l’écart du conflit.
La situation de la jeune République devient particulièrement difficile tant à l’extérieur qu’à l’intérieur (le soulèvement vendéen en est en quelque sorte, l’acmé) ; le Comité de Sûreté générale fait place au Comité de Salut Public, le 6 avril 1793.
Les conséquences d’un choix stratégique
L’arrivée de l’Angleterre dans le conflit pose de facto la question des espaces maritimes et leur maîtrise. Malheureusement pour elle, la République aborde la problématique avec de lourds handicaps pour espérer tirer avantage de la situation.
• Tout d’abord, elle est numériquement très inférieure à son adversaire (65 vaisseaux de ligne en février 1793 contre 115 pour les Anglais). Cette situation est d’autant plus prégnante qu’elle est amenée également à affronter les flottes espagnoles et hollandaises. Qui plus est, le vieillissement de la flotte est engagé dans la mesure où les troubles de la Révolution ont considérablement réduit la construction de nouveaux vaisseaux.
• Le corps des officiers est ravagé par l’émigration : en mars 1792, il ne reste que deux amiraux sur les neuf qui existaient, obligeant à un renouvellement profond du commandement.
En janvier 1793 et après promotions au grade supérieur, il comprend seulement 39 capitaines de vaisseau sur les 180 théoriques. La situation est similaire pour les lieutenants et enseignes de vaisseau. Par conséquent, un manque d’expérience flagrant, une désorganisation des services et des problématiques de discipline sévissent au sein des forces navales.
• Enfin le dernier problème est logistique, les vaisseaux manquent de tout : que ce soient les pièces de rechange (mats, voiles, cordages, etc.) ou le ravitaillement (nombre de vaisseaux n’ont qu’un mois de vivres embarquées).
Face à cette situation désespérante, la République réagit : nomme des représentants en mission, puise dans la levée des 300 000 hommes pour combler les manques, réorganise les arsenaux, décide de la construction de nouveaux bâtiments (pourquoi pas un article sur le sujet dans le futur ?).
Focalisons-nous à présent sur la situation sur le théâtre atlantique. Les ports sur l’Atlantique (Brest, Lorient, Rochefort) jouent un rôle majeur vis-à-vis des colonies des Antilles tant dans la protection du commerce que des mouvements de troupes et d’armement.
Or ces dernières sont également affectées par les troubles de la Révolution entre les positions conservatrices des grands propriétaires et la pauvreté d’une population blanche qui a épousé la Révolution et des esclaves tantôt soutiens tantôt insurgés. La situation est explosive et la contre-révolution menaçante. À tel point, que le 9 janvier 1793, l’escadre de l’amiral Rivière, avec comme navire principal le Ferme (74 canons) se livre aux Espagnols (malgré un équipage récalcitrant).
Avec l’entrée en guerre de l’Angleterre, les Antilles ne disposent de quasiment plus aucun moyen maritime pour se défendre ; seulement trois vaisseaux (Jupiter, Eole et America, tous de 74 canons). Le seul renfort notable est la frégate Concorde (40 canons) qui amènera à son bord le nouveau gouverneur, Galbaud.
Du fait des conflits internes, l’escadre finira par quitter les Antilles et se réfugier dans la baie de la Chesapeake en juillet et y restera quasiment un an .
Toutefois, les Anglais mettront du temps à percevoir la vulnérabilité française (globalement à l’été 1793) et ne commenceront à lancer des expéditions vers les colonies qu’à partir de septembre.
Pourquoi cet abandon des Antilles ? Tout simplement pour focaliser les maigres ressources disponibles contre la Vendée insurgée.
« Nos forces sont dans une trop grande disproportion avec celles de nos ennemis réunis pour que nous puissions destiner une armée pour tenter avec eux le sort d’un combat. Toute notre attention, toutes nos dispositions doivent avoir pour but : 1/ de garantir notre territoire d’une invasion, et d’empêcher qu’une descente ne procure des secours aux rebelles qui troublent les départements maritimes, 2/ de protéger notre navigation au long cours, d’assurer par celle du cabotage la communication et la circulation des approvisionnements entre nos différents ports et de faire éprouver au commerce ennemi les plus grands obstacles. » (Dalbarade, ministre de la Marine, 24 juin 1793).
Bref, une stratégie indirecte.
Dès janvier 1793, un embargo est mis en œuvre à l’encontre des puissances ennemies sur tout le littoral français. Cependant, lorsque la marchandise concerne le ravitaillement de la Marine, ce dernier n’est plus aussi étanche que décrété.
La course en mer ne sera autorisée que du 31 janvier au 22 juin 1793 et ne reprendra que deux ans plus tard. En cause deux facteurs : d’une part, la nécessité de préserver des corsaires les navires à pavillon neutre, auxiliaires essentiels de la chaine logistique, et d’autre part, d’éviter une concurrence contre-productive pour les marins de la flotte. Cela étant, la course ne s’arrête pas pour autant, elle l’est du fait des bâtiments de la Marine.
Qui dit blocus dit contrebande. Difficile à déceler, la contrebande directe fut surtout présente sur le littoral de la Manche du fait de la proximité avec l’Angleterre. Avec le temps, se développe une autre forme de contrebande via le commerce autorisé avec les pavillons neutres (américains notamment) .
L’axe Bordeaux - Rochefort - Nantes - Lorient - Brest
Cet axe logistique est critique pour l’approvisionnement des arsenaux en ressources vivrières (farines et vin notamment) mais également en ressources matérielles (bois, canons , métaux, etc.). Cette route maritime est d’autant plus importante que les voies terrestres sont menacées par l’insurrection des Chouans. Qui plus est, compte tenu de l’état des arsenaux en début 1793, il est clair que couper cette route pénaliserait durablement la Marine. Son importance est telle que les moyens disponibles sont alors employés à la conserver opérationnelle.
Pour sécuriser les échanges le long de cette route, les navires de commerce se rassemblent sous forme de convois, escortés par les bâtiments disponibles (frégates notamment). Ainsi quel que soit le port d’accueil, les marchandises du monde entier peuvent circuler. Toutefois, comme souvent en temps de guerre, le flux maritime est durement affecté et les échanges sont toutefois limités :
• Dès le début 1793, la Marine interdit aux navires français de quitter leurs ports afin d’une part de préserver la ressource matérielle (et limiter les prises) et d’autre part, de préserver la ressource humaine (gens de mer). Des exceptions seront octroyées le long de cette route maritime pour le transport de comestibles, de munitions, mais également pour les besoins de la pêche et le petit cabotage être ports locaux.
• Un embargo est décrété dès le 30 janvier pour les navires ennemis (anglais, prussiens, autrichiens, russes et hollandais) puis le 26 février aux espagnols également. De la même manière, les restrictions seront levées pour le commerce des munitions et matériels de construction navale.
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À suivre ...
Une protection des côtes en profondeur.
Principales opérations dans l'Atlantique.