Cet article fait suite à celui déposé voici douze ans (à peine, Patrick !) et intitulé : "Ils ont (aussi) traversé le Rhin", qui traite de l'entrée des Alliés en France en 1814, et que vous pouvez retrouver ici :
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LA MANOEUVRE DE BRIENNE
Napoléon prend le commandement
Le 26 janvier 1814, l'armée française n'aligne guère, derniers renforts compris, que 65 000 hommes découragés et dispersés, lorsque l’Empereur arrive à Châlons. Mais comme toujours l'effet de sa seule présence change aussitôt les choses du tout au tout. Le moral de la troupe, qui se sent enfin commandée, remonte en flèche, et bientôt une offensive vigoureuse ramènera l'espoir perdu sous les maréchaux.
Pour ce miracle en gestation Napoléon réorganise son armée. Macdonald (10 000 h des Ve et XIe corps d’armée, 2e et 3e corps de cavalerie) forme la gauche à Mézières. Mortier (15 000 h de la vieille garde impériale et de la brigade de ligne Bourmont) commande à la droite près de Troyes. Au centre Napoléon en personne tient dans sa main 40 000 h sous les maréchaux Victor (IIe corps d’armée, 5e corps de cavalerie), Marmont (VIe corps d’armée, 1er corps de cavalerie), Ney (deux divisions de jeune garde) et Oudinot (une division de jeune garde et la cavalerie de la garde amenée par Lefebvre-Desnoëttes.
Avec tout ce qu'il pourra réunir de ces braves demain il compte se jeter à l'improviste sur le premier corps ennemi qu'il rencontrera. Un succès initial est essentiel pour le moral de l'armée comme pour rappeler les Coalisés à davantage de circonspection qu'ils n'en ont manifestée jusque là, eu égard à l'absence totale de résistance déployée par les maréchaux.
Hélas la surprise sera éventée. Les Cosaques interceptent un message de Napoléon à Mortier, que le maréchal ne recevra pas, privant l'Empereur de sa garde pour les journées de Brienne et de La Rothière, mais informant Blücher du péril mortel qui le menace. Le Prussien rappelle incontinent le corps de Sacken qui allait se trouver coupé et perdu, et se prépare à le recueillir à Brienne qui, relevant de l'Armée de Bohême et non de celle de Silésie, n'aurait jamais dû le voir. Mais "le maréchal Vörwarts" ("en avant") n'en a cure qui "aggrave son cas" en attirant à lui la cavalerie de Pahlen, dont il prive le corps de Wittgenstein qui s'en trouve paralysé. Quoi qu'il en soit la rencontre entre la petite armée française, qui ne sait pas sur quoi elle va donner, et les troupes de Blücher, qui lui sait ce qui lui arrive dessus, à donc lieu le 29 janvier 1814 à Brienne.
La bataille de Brienne, le 29 janvier 1814
Grouchy, qui arrive le premier vers midi, donne sur les cavaleries de Pahlen et Wassilchikov qui, supérieures en nombre, lui en imposent d'autant qu'il n’a pas d'infanterie avec lui. Dès que celle de Victor est en vue, vers 3 heures de l'après-midi, la cavalerie française attaque celle de l'ennemi qui se dérobe, démasque l'infanterie d'Olsuview, déployée à hauteur de Brienne, et se positionne à sa droite. Mais entre-temps Sacken a pu se rapprocher, et c'est l'essentiel pour Blücher. L'infanterie de Victor attaque à son tour, mais est repoussée. Ney arrive avec ses deux divisions de jeune garde, mais se trouve fixé dans la plaine par la cavalerie ennemie tandis que la française ne sert à rien sur l'autre aile. La nuit tombe sur ces entrefaites, et le corps de Sacken et son artillerie sont sauvés.
Blücher est tranquillement entrain de dîner au château de Brienne lorsque, passant par son parc, la division Huguet-Chataux du corps de Victor, s'en empare de nuit. Le Prussien n'a que le temps de s'enfuir par une fenêtre, laissant sur place son repas encore fumant. Plusieurs retours offensifs de l'infanterie russe échouent à reprendre le château, mais contribuent à disputer la possession du village même. Comme toujours dans ce genre de combats au corps à corps dans les rues, les pertes sont sévères de part et d'autre. Le carnage cesse à minuit. 3.000 hommes sont tués ou blessés dans chaque camp. Les généraux Decouz et Baste sont tombés, Lefebvre-Desnoëttes, arrivé la veille, est blessé et cède sa cavalerie à Guyot. L'ennemi quitte le champ de bataille à la faveur de l'obscurité.
La manoeuvre de Brienne a échoué, grâce surtout au hasard malheureux qui a prévenu Blücher des intentions de l'Empereur, circonstance sans laquelle Napoléon aurait détruits l'un après l'autre les corps d'Olsuview et de Sacken. Au lieu de cela ces deux corps se trouvent le 30 sur l'Aube, réunis de fait à l'Armée de Bohême. "Si j'avais eu de vieilles troupes, il aurait été possible de mieux faire et d'enlever tous les parcs que j'ai vu défiler devant nous... si Brienne avait pu être occupé plus tôt, tout serait en notre pouvoir..." dit l'Empereur, avant de conclure "...mais, dans les circonstances actuelles et avec l'espèce de troupes qu'il faut manier, il faut se tenir heureux de ce qui est arrivé." Et surtout de l'effet moral immense que procure cette victoire, après la litanie de revers antérieurs.
Quant ' à Blücher, il est satisfait d'être parvenu à faire "bouger" Schwarzenberg. Ce dernier, la blessure d'amour propre vite refermée, se félicite de sa lenteur à lui... où de la "précocité" de l'attaque française qui, prononcée quatre jours plus tard eût totalement coupé ses communications avec le Rhin... Mais pour le savoir Napoléon eût de son côté dû être bien mieux renseigné qu'il ne le fût par ses maréchaux qui, non contents de reculer sans résister, le firent aussi sans se préoccuper de connaître les dispositions des ennemis qui pourtant les suivaient assez mollement. Quoi qu'il en soit le feldmarechal autrichien donne l'ordre de reprendre la marche sur Troyes, toujours occupée par Mortier. Mais sur son chemin se trouve la petite armée de Napoléon, au contact des corps de Blücher.
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À suivre ... La bataille de La Rothière ...


