1814 - Napoléon et la manoeuvre sur les derrières

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1814 - Napoléon et la manoeuvre sur les derrières

Messagepar MANÉ Diégo sur 04 Sep 2026, 09:48

DM =>BRH, le 03/09/2026, en réponse à son message de la veille sur Planète Napoléon (Haro sur le colonel Grouard).

J'ouvre ce post car il s'écarte du sujet original sur 1813 alors que là nous dissertons sur 1814 et plus du tout sur les opinions du colonel Grouard.

viewtopic.php?f=1&t=2582&p=17997&sid=709cd60e720ed674a52389fbdd4f48e6#p17997

BRH dixit : Cependant, je ne suis pas certain du succès de la manoeuvre sur les arrières des coalisés en mars 1814. Paris pris, le coeur de l'empire était touché à mort.

Réponse DM : D’abord d’autres extraits de mes articles relatifs dans la Revue de l’Académie Napoléon n° 8.
J’ai souligné ici ce que j’estime pertinent pour la réponse aux doutes de BRH.

« LA MANOEUVRE D’ARCIS-SUR-AUBE (page 19)

Esprit d’exception acculé à des mesures d’exception l’Empereur vient de confirmer les pires craintes de Schwarzenberg en décidant les deux à la fois. D’abord il se portera contre le flanc de l’Autrichien pour l’éloigner, une fois encore, de Paris, puis il se portera en Lorraine pour y couper les communications de l’Armée de Bohême tout en ralliant les garnisons des places fortes. Ainsi porté à 100 000 hommes il compte profiter des opportunités que lui présenteront les colonnes alliées qu’il envisage reculant en désordre sur le Rhin. Ce plan ne pêche que par un point capital, c’est le cas de le dire, puisqu’il découvre la capitale, Paris, laissée en l’hypothèse sans défense.

Ou presque, puisque c’est Marmont qui est chargé de la défendre, sous les ordres de Joseph !
Ce dernier reçoit la consigne, au cas où la capitale serait menacée, d’en évacuer sur la Loire l’Impératrice et le roi de Rome, qu’il préférait « savoir dans la Seine plutôt qu’aux mains des ennemis de la France », ainsi que tous les dignitaires du régime et bien sûr le trésor. Ce qui précède prouve que l’hypothèse de la chute de Paris était bel et bien envisagée, et rend surprenant en rapport le choix d’y revenir à marche forcée à la fin du mois au lieu de mener à terme la manoeuvre sur les derrières en passe de réussir et dont il fut évident après coup qu’elle aurait amené la victoire. »

… / …

« LA MANOEUVRE SUR LES DERRIÈRES (page 23)

Tenu en échec par l’Armée de Silésie à Laon, puis par l’Armée de Bohême à Arcis-sur-Aube, Napoléon n’a plus les moyens de les battre, même prises séparément.
Il lui faut désespérément des renforts, qu’il ne peut tirer que des garnisons des places fortes. Il met donc en oeuvre son plan de manoeuvre sur les derrières qui, tout en coupant les communications des armées alliées et les inquiétant en rapport, lui permettra de monter ses effectifs aux cent mille hommes qu’il estime nécessaires pour se reporter contre l’une ou l’autre des armées alliées, alors supposées en retraite vers le Rhin. »

… / …

« Retour de Napoléon sur Paris (page 24)

Les Alliés vont donc prendre Paris, car ni Marmont, fautes d’effectifs suffisants, et encore moins Joseph, faute de caractère, ne seront capables de les en empêcher, c’est certain.
Mais cela était envisagé, nous l’avons vu plus haut. En quoi cet aléa prévisible et prévu était-il donc de nature à changer la résolution de l’Empereur quant’ à son projet de marche sur les derrières ennemis en passe de réussir ?

Eh bien la réponse est évidente. En rien !

Jusqu’alors la possession de Paris ne lui avait pas donné la victoire faute d’effectifs suffisants. Mener à terme la manoeuvre prévue lui aurait donné lesdits effectifs tout en coupant la source de ceux de l’ennemi qui aurait trouvé dans Paris sa Capoue, comme Napoléon trouva la sienne dans Moscou. Et il le savait, assurément, sinon il n’aurait pas manoeuvré comme il le fit.

On ne peut trouver d’explication à ce revirement si peu conforme à son haut sens militaire que dans l’attitude de son entourage du même métal (militaire), qui se montra en la circonstance, encore plus bas d’âme qu’il s’était déjà montré à Leipzig lorsqu’il fit renoncer le Maître des batailles à la plus belle de toutes ses manoeuvres, qui en le menant victorieux sur l’Elbe au lieu de vaincu sur le Rhin aurait changé la face des affaires et du monde. Tous ces nantis du régime qui en 1813 le firent trébucher dans leur hâte de rentrer en France, le firent en 1814 chuter pour le compte dans leur impatience de rentrer retrouver leurs biens à Paris, la ville fut-elle aux mains de l’ennemi. »

---------

Le succès de la manœuvre sur les derrières était tout ce qu’il y a de plus assuré puisque RIEN ne pouvait s’y opposer, du moins chez l’ennemi, car ce fut l’entourage militaire français de l’Empereur qui le fit renoncer. Ôtons cet impondérable inattendu et honteux, et j’insiste, le succès de la manœuvre était militairement assuré et garant du succès de la campagne.

Les communications des Alliés étant coupées, plus de renforts à attendre pour eux. Les levées en masse des départements libérés étaient déjà en train de rendre à elles seules la vie dure aux colonnes de renforts alliées. 3000 Russes avaient disparu corps et biens dans les bois façon Teutoburg, et ce n’était qu’un début auquel on mit fin en cessant les hostilités au moment où elles allaient devenir favorables. Ce fut la plus grande victoire de Talleyrand !

-----------

Ci-après ce n’est plus de l’Histoire, mais des histoires qu’il me plaît de partager car cela sert aussi à cela, un forum !

Or il n’y avait plus aucune urgence puisque dès lors le temps travaillait pour Napoléon tandis que l’angoisse de se demander ce qu’il allait en faire allait inquiéter les Alliés savourant leur triomphe à Paris.

Tiens, une idée comme une autre ; puisque Augereau qui en avait eu les moyens ne sut pas tendre la main à l’Empereur, pourquoi ne pas imaginer ce dernier descendre vers sa bonne ville de Lyon, future capitale de l’Empire dans ses projets, éliminant au passage l’armée autrichienne du Sud et contraignant le Kaiser à fuir en Allemagne. 60 000 Autrichiens de moins et 30 000 Français d’élite de plus (l’Armée de Lyon), c’était Napoléon vainqueur se portant sur Paris avec non plus 100 000 hommes, mais 130 000, bien assez pour vaincre les quelques 150 000 Alliés dont le moral aurait chuté en rapport des mauvaises nouvelles.

Il est à espérer, puisque nous sommes en pleine prospective, que l’on aura, dans la foulée de la victoire, saisi, sinon Marmont trop bon cavalier, du moins et surtout le plus grand de tous les traîtres (et moins bon cavalier), Talleyrand, rapidement mais justement jugé pour ses crimes, et fusillé dans les fossés de Vincennes, à l’endroit même où fut exécuté sur ordre de Bonaparte mais sur le conseil (écrit paraît-il) de Talleyrand, le malheureux duc d’Enghien.

Rien que l’idée me rend heureux pour la journée !

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Re: 1814 - Napoléon et la manoeuvre sur les derrières

Messagepar ROY-HENRY Bruno sur 04 Sep 2026, 14:43

MANÉ Diégo a écrit:
BRH dixit : Cependant, je ne suis pas certain du succès de la manoeuvre sur les arrières des coalisés en mars 1814. Paris pris, le coeur de l'empire était touché à mort.

Réponse DM : D’abord d’autres extraits de mes articles relatifs dans la Revue de l’Académie Napoléon n° 8.
J’ai souligné ici ce que j’estime pertinent pour la réponse aux doutes de BRH.

« LA MANOEUVRE D’ARCIS-SUR-AUBE (page 19)

Esprit d’exception acculé à des mesures d’exception l’Empereur vient de confirmer les pires craintes de Schwarzenberg en décidant les deux à la fois. D’abord il se portera contre le flanc de l’Autrichien pour l’éloigner, une fois encore, de Paris, puis il se portera en Lorraine pour y couper les communications de l’Armée de Bohême tout en ralliant les garnisons des places fortes. Ainsi porté à 100 000 hommes il compte profiter des opportunités que lui présenteront les colonnes alliées qu’il envisage reculant en désordre sur le Rhin. Ce plan ne pêche que par un point capital, c’est le cas de le dire, puisqu’il découvre la capitale, Paris, laissée en l’hypothèse sans défense.

Ou presque, puisque c’est Marmont qui est chargé de la défendre, sous les ordres de Joseph !
Ce dernier reçoit la consigne, au cas où la capitale serait menacée, d’en évacuer sur la Loire l’Impératrice et le roi de Rome, qu’il préférait « savoir dans la Seine plutôt qu’aux mains des ennemis de la France », ainsi que tous les dignitaires du régime et bien sûr le trésor. Ce qui précède prouve que l’hypothèse de la chute de Paris était bel et bien envisagée, et rend surprenant en rapport le choix d’y revenir à marche forcée à la fin du mois au lieu de mener à terme la manoeuvre sur les derrières en passe de réussir et dont il fut évident après coup qu’elle aurait amené la victoire. »


Il me semble que l'Empereur était persuadé que les coalisés le suivraient dans sa marche vers l'Est et qu'en attendant le ralliement d'au moins 30 000 hommes des places fortes, il aurait l'occasion de leur infliger de fameux coups d'estocs. Il avait certainement fait plus ou moins le deuil de la capitale, mais je crois assuré qu'il ne croyait pas à cette témérité de Schwarzenberg, même aiguillonné par le fougueux Blücher. Car enfin, c'était prendre un gros risque de voir Napoléon intercepter leurs communications, de s'emparer de leurs convois et de leurs bagages, de tailler en pièces leur arrière-garde, alors même que le passage de la Marne à Meaux n'était pas assuré... Certes, on sait bien que Talleyrand et d'autres pendards avaient réussi à convaincre le Czar que Paris était dépourvu de toute défense et ne se défendrait pas autrement que par un simulacre de résistance !

« LA MANOEUVRE SUR LES DERRIÈRES (page 23)

Tenu en échec par l’Armée de Silésie à Laon, puis par l’Armée de Bohême à Arcis-sur-Aube, Napoléon n’a plus les moyens de les battre, même prises séparément.
Il lui faut désespérément des renforts, qu’il ne peut tirer que des garnisons des places fortes. Il met donc en oeuvre son plan de manoeuvre sur les derrières qui, tout en coupant les communications des armées alliées et les inquiétant en rapport, lui permettra de monter ses effectifs aux cent mille hommes qu’il estime nécessaires pour se reporter contre l’une ou l’autre des armées alliées, alors supposées en retraite vers le Rhin. »

… / …

« Retour de Napoléon sur Paris (page 24)

Les Alliés vont donc prendre Paris, car ni Marmont, fautes d’effectifs suffisants, et encore moins Joseph, faute de caractère, ne seront capables de les en empêcher, c’est certain.
Mais cela était envisagé, nous l’avons vu plus haut. En quoi cet aléa prévisible et prévu était-il donc de nature à changer la résolution de l’Empereur quant’ à son projet de marche sur les derrières ennemis en passe de réussir ?

Eh bien la réponse est évidente. En rien !


Je demeure partagé, car c'était une chose de sacrifier Paris en théorie, c'en était une autre d'y consentir en ayant tous les renseignements voulus. L'Empereur devait bien se douter que des traîtres ne manqueraient de précipiter sa chute, en proclamant un nouveau gouvernement stylé, du genre de celui imaginé par Malet.

Jusqu’alors la possession de Paris ne lui avait pas donné la victoire faute d’effectifs suffisants. Mener à terme la manoeuvre prévue lui aurait donné lesdits effectifs tout en coupant la source de ceux de l’ennemi qui aurait trouvé dans Paris sa Capoue, comme Napoléon trouva la sienne dans Moscou. Et il le savait, assurément, sinon il n’aurait pas manoeuvré comme il le fit.

On ne peut trouver d’explication à ce revirement si peu conforme à son haut sens militaire que dans l’attitude de son entourage du même métal (militaire), qui se montra en la circonstance, encore plus bas d’âme qu’il s’était déjà montré à Leipzig lorsqu’il fit renoncer le Maître des batailles à la plus belle de toutes ses manoeuvres, qui en le menant victorieux sur l’Elbe au lieu de vaincu sur le Rhin aurait changé la face des affaires et du monde. Tous ces nantis du régime qui en 1813 le firent trébucher dans leur hâte de rentrer en France, le firent en 1814 chuter pour le compte dans leur impatience de rentrer retrouver leurs biens à Paris, la ville fut-elle aux mains de l’ennemi. »

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Le succès de la manœuvre sur les derrières était tout ce qu’il y a de plus assuré puisque RIEN ne pouvait s’y opposer, du moins chez l’ennemi, car ce fut l’entourage militaire français de l’Empereur qui le fit renoncer. Ôtons cet impondérable inattendu et honteux, et j’insiste, le succès de la manœuvre était militairement assuré et garant du succès de la campagne.

Les communications des Alliés étant coupées, plus de renforts à attendre pour eux. Les levées en masse des départements libérés étaient déjà en train de rendre à elles seules la vie dure aux colonnes de renforts alliées. 3000 Russes avaient disparu corps et biens dans les bois façon Teutoburg, et ce n’était qu’un début auquel on mit fin en cessant les hostilités au moment où elles allaient devenir favorables. Ce fut la plus grande victoire de Talleyrand !


Il est vrai qu'ayant appris la marche des coalisés sur Paris, suite à la bataille de Saint-Dizier, il s'accroche encore à son 1er projet. Que son entourage l'ait enclin à revenir sur Paris, n'est pas douteux. En même temps, il a dû se faire la réflexion que s'il parvenait dans la capitale avant les coalisés, lui présent, il avait de fortes chances de galvaniser les volontés et de terrifier ses adversaires ! C'eût été quand même un embarras d'avoir à compter avec un nouveau gouvernement, tout rebelle qu'il fut, avec des trahisons militaires obligatoires comme celle d'un Dupont, par exemple, sans même penser déjà à Marmont ! Et il faut voir les coalisés qui poussent un soupir de soulagement quand Paris leur est livré, alors qu'ils n'ont plus de munitions que pour une seule bataille et que le Czar, envisage de prendre une nouvelle ligne de communications vers le Nord. Que n'y a-t-il pensé plus tôt ? C'est là certainement que jouent les mines longues de son entourage et il a bien dû se faire la réflexion que si le moral était aussi bas dans son bivouac, qu'en serait-il dans les demeures gagnées au royalisme des beaux quartiers parisiens ?

Ci-après ce n’est plus de l’Histoire, mais des histoires qu’il me plaît de partager car cela sert aussi à cela, un forum !

Or il n’y avait plus aucune urgence puisque dès lors le temps travaillait pour Napoléon tandis que l’angoisse de se demander ce qu’il allait en faire allait inquiéter les Alliés savourant leur triomphe à Paris.

Tiens, une idée comme une autre ; puisque Augereau qui en avait eu les moyens ne sut pas tendre la main à l’Empereur, pourquoi ne pas imaginer ce dernier descendre vers sa bonne ville de Lyon, future capitale de l’Empire dans ses projets, éliminant au passage l’armée autrichienne du Sud et contraignant le Kaiser à fuir en Allemagne. 60 000 Autrichiens de moins et 30 000 Français d’élite de plus (l’Armée de Lyon), c’était Napoléon vainqueur se portant sur Paris avec non plus 100 000 hommes, mais 130 000, bien assez pour vaincre les quelques 150 000 Alliés dont le moral aurait chuté en rapport des mauvaises nouvelles.

Il est à espérer, puisque nous sommes en pleine prospective, que l’on aura, dans la foulée de la victoire, saisi, sinon Marmont trop bon cavalier, du moins et surtout le plus grand de tous les traîtres (et moins bon cavalier), Talleyrand, rapidement mais justement jugé pour ses crimes, et fusillé dans les fossés de Vincennes, à l’endroit même où fut exécuté sur ordre de Bonaparte mais sur le conseil (écrit paraît-il) de Talleyrand, le malheureux duc d’Enghien.

Rien que l’idée me rend heureux pour la journée !

Diégo Mané


Nous sommes en pleine uchronie, mais c'est un genre que je ne déteste pas. Ce projet ne pouvait s'accomplir qu'après avoir recueilli les garnisons de l'Est. A cette date (30 mars), Augereau avait capitulé et livré la bonne ville de Lyon qui ne demandait qu'à se défendre...
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