Mémoires d'outre-tombe

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Mémoires d'outre-tombe

Messagepar MANÉ Diégo sur 11 Mai 2026, 11:37

« Mémoires d’outre-tombe », titre célèbre du célèbre Chateaubriand, ne m’est tombé sous les yeux que par hasard, à la médiathèque parmi les ouvrages destinés au pilon.
Mon regard ne s’est porté dessus que parce-que figure sur sa couverture le tableau de Thévenin montrant Napoléon à la reddition d’Ulm, raison sans laquelle je ne l’aurai pas même ouvert malgré son auteur et titre.

Bon je ne regrette pas l’exercice. La prose du poète, parfois trop poétique pour moi, et surchargée de références à l’Antiquité, m’a fait sauter des paragraphes entiers, mais j’ai découvert sous le poète qui ne m’intéressait pas un politicien dont les témoignages de premier plan valent absolument d’être connus.

Je regrette en revanche de n’avoir pas noté au fil de cette longue et laborieuse lecture plusieurs passages qui le méritaient. Je note cependant l’un des derniers, intitulé
« CHANGEMENT DU MONDE » :

« RETOMBER de Bonaparte et de l’Empire à ce qui les a suivis, c’est tomber de la réalité dans le néant, du sommet d’une montagne dans un gouffre. … Quel personnage peut intéresser en dehors de lui ? De qui et de quoi peut-il être question après un pareil homme ? … »

Un passage antérieur est en partie connu (j'ai passé cette partie en gras) mais mérite d’être plus largement mis en exergue.

Après avoir été conseiller intime du Roi à Gand, et laissé "sottement" passer la chance réelle de devenir le chef de son gouvernement pour couvrir Talleyrand qui avait indisposé le monarque, il est de retour à Paris et s’oppose à la nomination de Fouché.

Par suite il « n’est plus appelé » et fait donc tristement antichambre à Saint-Denis le 7 juillet 1815 vers onze heures du soir quand :

« Tout à coup une porte s’ouvre : entre silencieusement le vice appuyé sur le bras du crime, M. de Talleyrand marchant soutenu par M. Fouché ; la vision infernale passe lentement devant moi, pénètre dans le cabinet du Roi et disparaît. Fouché venait jurer foi et hommage à son seigneur ; le féal régicide à genoux, mit les mains qui firent tomber la tête de Louis XVI entre les mains du frère du roi martyr ; l’évêque apostat fut caution du serment. »

Le Roi reçut ensuite Chateaubriand, et je résume leur échange verbal :

Le Roi : « Eh bien ? »

Chateaubriand : « Eh bien, sire, vous prenez le duc d’Otrante. »

Le Roi : « Il l’a bien fallu : … tous disaient que nous ne pouvions pas faire autrement : qu’en pensez-vous ? »

… / …

Chateaubriand : « Sire … je crois la monarchie finie. »

Le Roi : « … Eh bien, monsieur de Chateaubriand, je suis de votre avis. »

Constatons que quinze ans à peine plus tard ce fut la réalité !

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Accessoirement (quoique) je conseille vivement à ceux qui ne le connaissent pas de voir le film "Le souper" mettant en scène Claude Rich et Claude Brasseur dans les rôles magistralement interprétés de Talleyrand et Fouché lors de leur entrevue précédant immédiatement leur réception par le Roi décrite par Chateaubriand.
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Re: Mémoires d'outre-tombe

Messagepar MANÉ Diégo sur 15 Mai 2026, 09:53

Il était fort ce Chateaubriand, pas seulement en littérature et poésie, en politique aussi car il fut plusieurs fois ministre, ambassadeur, et j'en passe, mais aussi très fin psychologue, jugez-en !

J'ai écrit, dans le message précédent : "La prose du poète, parfois trop poétique pour moi, et surchargée de références à l’Antiquité, m’a fait sauter des paragraphes entiers, ..."

Mais, alors que je faisais l'effort de lire plus assidument certains passages où il développe une sorte de passion platonique pour Madame Récamier qui m'intéresse aussi, je suis tombé sur une considération qui montre bien que l'auteur de ces "Mémoires d'outre-tombe" s'adresse effectivement, par-delà un décès qu'il devine proche, à des lecteurs futurs qu'il avait pleinement conscience de "raser" d'importance à travers les siècles à venir.

Je suis resté confondu devant tant de clairvoyance et partage l'assentiment amusé qui m'en est resté.

Chateaubriand dixit : "Lecteur, si tu t'impatientes de ces citations, de ces récits, songes d'abord que tu n'as peut-être pas lu mes ouvrages, et qu'ensuite je ne t'entends plus ; je dors dans la terre que tu foules ; si tu m'en veux, frappe cette terre, tu n'insulteras que mes os."

Alors effectivement je m'impatientais, et effectivement je n'avais pas lu ses (autres) ouvrages, Mémoires d'outre-tombe étant le premier ; quelle prescience !
En revanche je ne lui en veux même pas, je m'en veux moi-même de ne pas l'avoir "connu" avant.

La fin du même passage fait référence à deux femmes qu'il à connues et que moi-même je viens de découvrir avec intérêt pour avoir lu, avant ma lecture de "Mémoires d'outre-tombe", la biographie de Madame de Staël, qu'il admirait, et Madame Récamier, dont il était, comme beaucoup, amoureux transi.

Il ne nomme bien évidemment pas ces deux amies, ce serait trop "direct", mais cela reste clair :

"L'amie de Corinne" est Madame de Staël, autrice du célèbre roman autobiographique "Corinne".

"La fille du Rhône... la femme réelle de mes délices imaginaires" est Madame Récamier, née à Lyon.

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