par MANÉ Diégo sur 09 Jan 2026, 09:07
par MANÉ Diégo sur 12 Oct 2020 01:50 pm
Secteur du 1er échelon français, témoignages et commentaires
Attaque de l’infanterie française
Fleury de Chaboulon, secrétaire de Napoléon
«... la seconde brigade du général Alix (Bourgeois). Un corps de cavalerie anglaise lui coupa le passage, la mit en désordre, et se jetant ensuite sur nos batteries, parvint à désorganiser plusieurs pièces.»
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Colonel Gourgaud, 1er officier d’ordonnance de Napoléon
«Le maréchal Ney fait avancer toute sa ligne ; l’artillerie quitte une bonne position pour se porter en avant. ... Les Gardes anglaises (cavalerie)... se jettent en désordre dans l’infanterie d’Erlon... La brigade Quiot (infanterie) se met en désordre, ainsi que l’artillerie, qui prenait position. ...»
C’est à la fois résumé et clair... Ce sont des Life Guards arrivés par la route et qui ont sauté son talus pour fuir les cuirassiers menés par Gourgaud, d’où leur désordre, qui donnent, sans même l’avoir fait exprès, sur les têtes de files du 28e entrain de faire un à gauche et qu’ils stoppent net de face au moment où l’escadron de droite des Royals, surgissant de la haie, les prend de flanc. À peine plus tard le 105e, poussé en désordre dans le chemin creux par les Royals qui en outre le débordent sur ses deux flancs, déroute à son tour dans la pente, perdant son drapeau dans le processus.
Clairement l’artillerie a quitté «une bonne position», sous entendu pour une moins bonne, et est mise en désordre alors qu’elle «prenait position» sur la seconde position. CQFD !
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Capitaine Duthilt, aide de camp du général Bourgeois, 2e brigade, 1ère division
Témoignage très intéressant par les détails précis qu’il donne.
Le soldat était fatigué par le terrain avant même d’être sous le feu (perte de souliers...).
«... les commandements ne pouvaient plus être entendus, couverts comme ils l’étaient par ces milliers de cris répétés, et par le bruit des caisses ; il y eût bientôt un peu de confusion dans les rangs, surtout lorsque la colonne fut parvenue à portée du feu de l’ennemi, sans s’être aperçue qu’elle avait entre elle et lui un ravin tellement profond qu’il était infranchissable.» (la sablière, ou sablonnière en Belge ). ...
«La colonne fut forcée de faire un à gauche (?) pour longer ce ravin jusqu’au terre-plein, distant de quelques cent mètres de là ; mais le commandement n’ayant pas été bien entendu dans toute la colonne, des bataillons firent un à gauche tandis que d’autres firent un à droite ce qui amena une confusion qui fit perdre du temps.
Pendant ce pêle-mêle, l’ennemi fit usage de tous ses moyens : un feu terrible fit explosion sur la colonne ; les balles, les boulets, la mitraille tuèrent en un instant le tiers des hommes de cette brigade ; la cavalerie se porta rapidement au passage que nous voulions atteindre, et par un à gauche elle arriva inopinément sur la colonne, pénétra dans ses intervalles, sabra tout ce que les balles, la mitraille, les boulets avaient épargné. La brigade se mit en retraite, débandée, percée de toutes parts par cette cavalerie, et la terre fut jonchée de morts et de blessés. ... les... lanciers... vinrent... dégager quelques milliers de soldats (des trois échelons) et une batterie de six pièces attelée et attachée à la colonne.»
La "batterie de six pièces attelée et attachée à la colonne" ne semble pouvoir être à cet endroit et ce moment que six des huit pièces de la Réserve d'artillerie du 1er corps, la seule à ne pas avoir été "emportée" par la déroute de l'infanterie. Elle aurait cependant en cette hypothèse perdu une section.
On lit plus haut la confirmation d'un tiers de pertes infligées par l'artillerie et la mousqueterie des britanniques avant même d'atteindre les haies.
«Le terrain redevenu libre, la 1ère brigade de la même division, commandée par le général Quiot, marcha en avant, prit le même chemin, fit la même faute et rencontra le même obstacle...
Il fallut plus d’une heure pour réparer le premier échec et reformer les colonnes d’attaque...
Les 28e et 105e régiments de ligne, formant la 2e brigade de la 1ère division, furent entièrement écharpés et perdus. ..."
Ce "plus d'une heure" permet de "dater" le moment où la deuxième Grande batterie a pu s'établir sur la 2e position (côte 130 et prolongement).
"... ce fut un ravin qui nous obligea à présenter le flanc droit pour le longer pendant quelque cent pas pour aller prendre le terre-plein par où déboucha la cavalerie anglaise, jusque là couverte par une haie ; mais cette cavalerie ne passa pas à travers la haie, ni elle ne la sauta pas pour arriver sur nous, la route était libre et nous l’avions manquée ; et pris à l’improviste, nous n’eûmes pas le temps de former le carré ; il n’y eut que les morts et les blessés qui tombèrent... la colonne fut effectivement traversée, la batterie dépassée...»
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Caporal Canler, 28e de ligne, brigade Bourgeois, 1ère division
«... on nous forma en colonne serrée par bataillon ; je remarquai que l’adjudant-major Hubaut, chargé de former les divisions, vieux soldat ayant fait toutes les campagnes de l’Empire, était préoccupé et d’une pâleur extrême. ..."
Et il y avait de quoi. Ce vétéran chevronné* savait d'avance, semble-t-il mieux que les généraux et même l'Empereur, ce qui allait advenir. Dans cette formation l'attaque ne pouvait qu'échouer et ce brave eut vraisemblablement la prémonition de sa mort prochaine, d'où une très légitime "émotion"...
* C'était le Capitaine-Adjudant-Major Hubault, du 1er bataillon, entré au service en 1793 !
"... les colonnes se dirigèrent vers les canons anglais sans tirer un seul coup de fusil. Alors les batteries ennemies, qui jusque-là n’avaient envoyé que des boulets ou des obus, furent braquées sur nos colonnes qu’elles décimèrent par la mitraille.
À peine avions nous fait cent pas que le commandant de notre deuxième bataillon, M. Marins, était blessé mortellement ; le capitaine de ma compagnie, M. Duzer, était frappé de deux balles ; l’adjudant Hubaut et le porte-drapeau Crosse étaient tués. ..."
La perte de ces officiers est confirmée par le Martinien, dont l'orthographe est différente :
Chef de Bataillon Marrens, qui mourra de sa blessure le 10 juillet 1815.
Capitaine d'Uzer, qui commandait la 2e Cie* du 1er bataillon (y situant Canler).
Capitaine-Adjudant-Major (du 1er bataillon) Hubault.
Sous-Lieutenant Porte-Drapeau Gross* (non mentionné par Martinien !).
* Éléments communiqués par Jean-Marc Boisnard.
"Serrez les rangs ! ...
À la deuxième décharge de la batterie anglaise, le tambour de grenadiers Lecointre eut le bras droit emporté par un biscayen mais cet homme courageux continua de marcher à notre tête en battant la charge de la main gauche... jusqu’à perdre connaissance.
Serrez les rangs ! ...
La troisième décharge réduisit le front de notre bataillon au front de compagnie...
Serrez les rangs ! ... (Quels rangs ?).
"Après une course de vingt minutes, nous arrivâmes près de l’ouvrage en terre où se trouvaient placés les canons anglais, et nous commençâmes à le gravir. ... le sous-pied de ma guêtre droite se cassa et mon talon sortit de mon soulier. Je me baissai vivement pour remettre ce dernier ; mais ... une violente secousse me rejetait mon shako en arrière, ... C’était une balle que je venais de recevoir, et qui, du n° 28 de ma plaque, avait fait un zéro et était sortie par derrière en me rasant la tête.
"Vingt minutes" est donc le temps qui fut nécessaire pour parcourir sous le feu la distance qui permit d'atteindre les haies.
"Toujours l’arme au bras, nous montâmes ainsi jusqu’aux canons qui venaient de vomir contre nous des flots de mitraille. À peine atteignons-nous le sommet du plateau que nous y sommes reçus par les dragons de la reine... La première division qui n’a pas eu le temps de former le carré... se trouve enfoncée ; alors commence un véritable carnage..."
La suite ressemble au déjà lu dix fois... Canler est fait prisonnier et dépouillé, mais sera libéré par la contre-charge de la cavalerie française et rejoindra ses lignes et quelques-uns de ses camarades.
«Lorsque nous étions entrés en campagne, le régiment comptait quatorze cents hommes, deux cents à peine se trouvaient à Laon.»
J’ai dans mes OBs 898 hommes au 10 juin 1815 et 300 hommes au 23-26 juin à Laon.
Peut-être ce régiment là aussi reçut-il des renforts entre le 10 et le 15 juin, comme j’ai pu le constater pour plusieurs autres. Mais si tel fut le cas ils ne servirent qu’à augmenter le nombre des victimes.
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Edit du 09/10/2026 : "CV" de Canler par Jean-Marc Boisnard :
Pierre Louis CANLER
Né le 04/04/1797 à Saint-Omer (Pas-de-Calais), fils de Louis Joseph (vétéran pensionné) et de Marie Anne Généreuse. Il entre au service comme soldat, enrôlé volontaire, au 1er bataillon du 28ème de Ligne le 20/12/1811 et fait les campagnes de 1813 et 1814 en Hollande à la défense de la place d'Anvers, ayant été nommé caporal le 21/08/1813. À la première Restauration, il est maintenu en poste à son régiment le 06/07/1814.
Aux Cent-Jours, il est en fonction comme caporal à la 2ème Cie de fusiliers du 1er bataillon du 28ème de Ligne et fera la campagne de Belgique de juin 1815. À la seconde Restauration, il sera licencié le 29/09/1815 et concourra à la formation de la Légion du Pas-de-Calais.
(N° matricule 132 du GR 21 YC 264-page 26 et matricule 9614 du GR 21 YC 261-page 11. ️️️
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... À suivre... Contre-attaque de la cavalerie britannique
"Veritas Vincit"