La formation et l'attaque du 1er corps d'Erlon à Waterloo

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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La formation et l'attaque du 1er corps d'Erlon à Waterloo

Messagepar MANÉ Diégo sur 28 Déc 2025, 11:02

Je procède à la re-mel progressive des messages pertinents de ce post de 2020 que j'ai supprimé le 26/07/2025 par sécurité alors qu'il subissait des milliers d'attaques par des robots malfaisants.

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Considérations sur la formation et l’attaque du 1er corps d’Erlon à Waterloo
(par Diégo Mané, Saint-Laurent-de-Mûre, le 1er septembre 2020)

Quand je dis « la formation », je ne fais pas référence à celle de chaque colonne, ni au nom qu'elle aurait pu ou du porter, car cela a déjà fait l’objet d’un post au titre presque éponyme ouvert par Éric Chazottes, et sur lequel bien des choses intéressantes ont été écrites et décrites par le menu et davantage. C’est ici :

https://www.planete-napoleon.com/forum/ ... 29bb8df1ff

Non, «la formation», dans mon titre se comprend au sens (plus) large, celui du corps d’armée, pas de chacune de ses colonnes d’attaque. Rappelons tout-de-même, pour ceux qui n’auraient pas lu le post susdit, que la formation de chacune des quatre colonnes que le 1er corps d’Erlon envoya à l’attaque du chemin d’Ohain était l’étonnante suivante :

Le front des colonnes était formé d’un bataillon déployé en ligne, leur profondeur fonction du nombre de bataillons se succédant à 4 pas de distance les uns derrière les autres. Il y en avait de la sorte quatre à la brigade Bourgeois (de la 1ère division Quiot) qui formait la colonne de gauche, huit à chacune des deux colonnes du centre, formées par les 3e division Marcognet puis 2e division Donzelot, et enfin quatre à la brigade Pégot (de la 4e division Durutte). En tout 24 bataillons. Ces quatre colonnes attaquèrent, la gauche en tête, en échelons refusés à droite et se succédant à la distance de 400 pas (267 mètres).

«Étonnante» est un qualificatif pour le moins mesuré par rapport à beaucoup d’autres qui ont été attribués à ces colonnes. Désastreux définit bien leur résultat, mais le but de ce post n’est pas une recherche en responsabilité, ni l’étude prospective de ce qui aurait pu et dû se faire. Il ne vise qu’à (tenter d’) établir ce qui s’est réellement passé, en s’appuyant sur les témoignages, hélas contradictoires, des participants, mais aussi et surtout la mise en oeuvre à l’échelle 1 mm = 1 pas, du terrain et des troupes, avec la règle de kriegspiel Les Trois Couleurs, qui a souvent (en fait toujours) fait ses preuves en pareille démarche.

Ce pré requis nécessaire et suffisant étant fait je vous convie à suivre, façon feuilleton, le passionnant parcours que j’ai moi-même suivi, découvrant bien des évidences restées tapies dans les blés de juin 1815 qui, il est vrai, étaient paraît-il fort hauts...

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La formation et l'attaque du 1er corps d'Erlon à Waterloo

Messagepar MANÉ Diégo sur 28 Déc 2025, 11:07

La formation et l'attaque du 1er corps d'Erlon à Waterloo
par MANÉ Diégo sur 07 Sep 2020 04:04 pm

Allez voir au lien ci-dessous la présentation d'un essai sur l'artillerie française à Waterloo particulièrement novateur (si, si, c'est possible, et même certain).

https://www.planete-napoleon.com/forum/ ... a7ea0eeca5

Il comprend un lien avec l'ordre de bataille de ladite artillerie, qui se trouve, lui aussi, en partie conséquente, totalement nouveau quant à certaines unités qui sont, à ma connaissance, identifiées correctement pour la toute première fois.

Le destin tragique de la première Grande batterie française à Waterloo est intimement lié à l'échec de l'attaque du 1er corps dont il fut un des "dommages collatéraux" que l'on peut taxer de décisifs.

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Re: La formation et l'attaque du 1er corps d'Erlon à Waterloo

Messagepar MANÉ Diégo sur 01 Jan 2026, 15:44

Considérations sur l’attaque du 1er corps d’Erlon à Waterloo
(par Diégo Mané, Saint-Laurent-de-Mure, août 2020)

Je cherche à mon tour à comprendre ce qui n’a pu l’être auparavant au sujet de la formation et de l’attaque du 1er corps d’Erlon à Waterloo le 18 juin 1815.

En effet, le mauvais positionnement initial des troupes sur tous les plans de tous les auteurs depuis 2,05 siècles les a conduits à expliquer les événements de manière erronée par construction. Il convient donc de les analyser à nouveau en prenant cette fois en compte le fait, passé inaperçu depuis 1815, que les quatre divisions du 1er corps s’alignaient de gauche à droite dans l’ordre 1 - 3 - 2 - 4 (et non 1 - 2 - 3 - 4).

Cette «découverte» est à porter au crédit de Stephen Beckett qui a publié le Journal du 1er corps dans son ouvrage magistral «Operations of the Armée du Nord; 1815».

A gauche du 1er corps, la brigade Quiot de la 1ère division s’est portée contre La Haie-Sainte et n’a pas participé à la première attaque de la position britannique derrière le Chemin d’Ohain. À la droite la 4e division Durutte avait la brigade Brue occupée à masquer Papelotte avec le 95e, et flanquer l’artillerie avec le 85e. Lui restait la brigade Pégot qui se dirigea bien vers le Chemin d’Ohain mais, formant le dernier des échelons refusés de l’attaque, n’eut pas l’occasion de parvenir audit chemin avant l’intervention de la cavalerie britannique. Elle fut d’ailleurs repoussée à son tour par le 12th LD de la brigade Vandeleur.

L’attaque fut donc en pratique prononcée par les trois échelons de gauche, dans l’ordre,

Brigade Bourgeois (de la 1ère DI), 1881 h en 4 bataillons des 105e et 28e de ligne.

3e Division Marcognet, 3902 h en 8 bataillons des 45e et 25e, 46e et 21e de ligne.

2e Division Donzelot, 4507 h en 8 bons des 17e de ligne et 13e léger, 51e et 19e de ligne. Et non 9 bons comme lu partout car un bataillon du 13e léger était détaché en flanc-garde avec le 7e Hussards et une demi-batterie à cheval sous le colonel de Marbot.

Et pour mémoire, la Brigade Pégot (4e DI), 2129 h en 4 bataillons des 29e et 8e de ligne.

La numérotation inversée s’explique par le fait que le 1er corps, attaquant gauche en tête, se forma de même depuis les colonnes par division ayant traversé l’artillerie, elles-mêmes l’ayant fait depuis les lignes des brigades accolées de chaque division au bivouac du 17...

Ont donc mené l’attaque à son terme fatal 12419 h en 24 bataillons, desquels il convient de soustraire 1/6e, soit 2069 h, pour les voltigeurs, tous déployés en avant de leurs échelons respectifs, laissant donc 10350 h en ordre serré. Déduisons encore 20 h par régiment au titre de l‘État-Major, des serre-files et musiciens hors-rangs, pour déterminer un effectif de 10110 h dans les trois rangs des bataillons. Moyenne par bataillon, environ 420 h dont 140 h dans son premier rang, soit, selon l’estimation du général Thiébault (50 cm par homme), environ 70 mètres de front, que j’arrondirai à 100 pas (66,66 m) pour les raisonnements ultérieurs, sans oublier que beaucoup de ces hommes n’atteignirent jamais ni les haies ni leur proximité étant abattus bien avant à gauche, ou étant trop loin à droite !

Du point de vue de la «profondeur», nous avons 1 pas par homme, 1 pied entre chaque rang du bataillon, soit 4 pas «hors-tout» pour les trois rangs du bataillon x 8 bataillons, plus 7 «distances» de 4 pas entre eux, total 60 pas ou 40 mètres pour les échelons du centre, 20 pour ceux des «ailes».

Le front de la position attaquée par les quatre échelons dirigés contre le «chemin creux» s’établit donc à environ 600 mètres/900 pas entre le carrefour de la route de Bruxelles et du Chemin d’Ohain à gauche, et à droite la patte d’oie qui marque la séparation en deux dudit chemin en même temps que la fin de sa partie creuse et bordée d’une double-haie d’épineux, soit précisément la plus forte de toute la position.

Plus à droite se trouvait le point d’attaque initialement prévu et bien plus « facile » d’accès.
Le changement d’attitude relatif de l’Empereur fut donc regrettable pour les Français.
Il peut avoir trouvé ses raisons si Napoléon avait déjà appris la probable intervention des Prussiens sur son flanc droit... Ou plus simplement à cause du retard involontaire de la Division Durutte, qui aurait alors dû prendre la tête de l’attaque avec la brigade Pégot, comme le fit côté opposé la brigade Bourgeois... voire peut-être encore la combinaison des deux, l’urgence à obtenir l’avantage, tout en s’éloignant de la menace prussienne.

Bourgeois, d’abord arrêté par la sablière (sablonnière en belge) est, après un moment de confusion où des bataillons ont fait file à gauche tandis que d’autres faisaient file à droite, passé par la droite (la proximité de la Haie-Sainte interdisant l'autre option, pourtant tentée)... avant de se reporter, au moins pour une partie des troupes, à gauche en direction de la route tout en présentant le flanc à la crête. C’est là que le cueillit en désordre un peloton des Life Guards qui provenait de ladite route et n’avait donc pas franchi les haies (tout ceci d’après Duthilt). Pour les calculs suivants je considère donc, toutes choses restant égales par ailleurs que le 1er échelon avait bien repris son intervalle initial. Mais perdu bien du temps, permettant au 2e échelon de réduire en rapport la distance. Tout ceci vous sera prochainement illustré à l'aide de figurines.

Soustrayant les 266 m/400 pas tenus par les quatre fronts de colonne, il reste 334 mètres/500 pas environ, 166 pour chacun des intervalles entre colonnes, C’est assez pour déployer un bataillon dans chacun, ce qui était peut-être envisagé et fut en tous cas tenté, mais aussi, ce qui ne semble pas du tout avoir été anticipé, pour laisser passer un escadron ennemi...
D’autant que, les échelons progressant à 400 pas de distance, chaque échelon est de fait totalement «en l’air» sur ses deux flancs... et relativement sans défense si on l’y attaque. Amen !
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À suivre... La "prise de terrain" des Anglo-Alliés...

Diégo Mané

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Re: La formation et l'attaque du 1er corps d'Erlon à Waterloo

Messagepar MANÉ Diégo sur 04 Jan 2026, 12:21

par MANÉ Diégo sur 14 Sep 2020 01:56 pm

«Prise de terrain» théorique des Anglo-Alliés

Les brigades d’infanterie Kempt et Pack, de la Division Picton, encadraient la brigade hollando-belge Bijlandt qui, à l’exception du 7e Belge (638 h), n’attendit pas les Français.

Le 7e Belge, ayant au moins 1/6e de son monde en tirailleurs, présentait environ 480 hommes en ordre serré sur deux rangs, occupant donc environ 120 mètre/180 pas de front, soit presque le double que la 2e colonne française (la 3e DI) qui lui donna dessus...

Kempt : 1990 h en 4 bataillons, dont un de 418 Rifles ayant joué un rôle séparé, laissant 1572 h dont au moins 1/10e en tirailleurs, reste 1415 h en ordre serré dont environ 180 h aux 3e rangs, serre-files, tambours, etc... (trois fois plus «fournis» que ceux d’un bataillon français) en laissant 1235 sur deux rangs, soit 412 par bataillon, occupant environ 100 mètres/150 pas chacun, environ 300 mètres/450 pas pour la brigade, sans les Rifles détachés devant le 32nd, et qui passeront derrière après avoir reflué devant l’attaque.

Pack : 1765 h en 4 bataillons, ayant au moins 1/10e des leurs en tirailleurs, laissant environ 1.590 h en ordre serré sur deux rangs, dont environ 240 h aux 3es rangs, en laissant 1350 sur deux rangs, soit 340 h par bataillon, occupant environ 85 m/130 pas chacun, environ 340 m/500 pas pour la brigade.
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Limites atteintes par les quatre échelons français

Le 1er échelon français (la brigade Bourgeois de la 1ère DI Quiot) franchit le chemin creux, dépasse la batterie de RFA Rogers, et se trouve confrontée aux 79th et 28th britanniques... Qui disent l’avoir battue et repoussée... Alors que leurs cavaliers ont une autre version... Voir plus loin.

Le 2e échelon français (la 3e DI Marcognet) semble être parvenu juste devant la haie sans avoir pu la franchir, ayant été contenu par les Belges du 7e jusqu’à être dispersé par les Scots-Greys.

Le 3e échelon français (la 2e DI Donzelot) s’est, lui, arrêté à 300 pas* de la haie, ce qui explique la meilleure contenance qu’il déploiera. N’ayant pas souffert du feu défensif de l’artillerie comme de l’infanterie, et de sa moins longue progression dans la boue, il n’est pas désorganisé.
Son feu, même faible, occasionne donc des pertes aux Britanniques, dont celle de Ponsonby, tué d’une balle devant le chemin creux (et non «homicidé» en plaine par les sept lanciers de la légende). Les Greys iront attaquer plus facile plus loin, l’artillerie attelée !

Le 4e échelon français (la brigade Pégot de la 4e DI Durutte), lui-même bientôt attaqué de face par la cavalerie hollandaise de Ghigny, à quelques 5 ou 600 pas* de la patte d'oie, et dans son flanc gauche par le 12th LD britannique de Vandeleur (donc passé entier entre les 3e et 4e échelons), n’aura pas non plus l’occasion de fouler la position et reculera avec pertes jusqu’au carré du 85e.

* Ces estimations de ma part reposent sur une progression à la vitesse identique de 50 pas/minute tenue par les quatre échelons jusqu'à rencontrer les obstacles (sablière au 1er échelon), haie du chemin creux (2e échelon), où s'arrêter (3e échelon)...
Puis, une estimation forcément plus délicate du temps d'engagement du 2e échelon avant sa rupture qui coïncide avec le débouché des Scots Greys (j'ai estimé 5 mn, mais cela peut fort bien n'être que 3 mn, différence de 2 mn ou 100 pas).
C'est en effet cette circonstance qui fera s'arrêter le 3e échelon français... Qu'un témoignage écossais que je vous donnerai plus tard dit avoir rencontré à 3 ou 400 yards des haies... Ce qui le situerait plus loin (environ 450 pas)... Si toutefois il parle bien du 3e échelon et pas du 4e ? Mais de toutes façons sans changer ni la donne ni le résultat.
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Participation de la cavalerie britannique

Dans le secteur de l’attaque menée par le 1er corps il s’agit de la brigade Ponsonby, savoir le 1st Royal Dragoons, le 6th Inniskillings Dragoons, et le 2nd Royal North British Dragoons ou «Scots Greys», qui sont dans le principe en deuxième ligne. Mais ils y subissent des pertes par les boulets français, et leur chef décide de les porter en avant, prolongeant la ligne des deux autres régiments, quelques 200 m en arrière de l’infanterie.

D’après les OBs «officiels» la brigade aurait compté 1369 cavaliers* en 9 escadrons en ligne sur deux rangs, et occupant donc environ 685 mètres (un par cavalier de front dixit Thiébault), un peu supérieur au front hors-tout des trois échelons français de tête qu’ils engageront (le quatrième l’étant par les cavaleries de Ghigny et Vandeleur.

Le Major Evans dit que les 1123 sabres dont parle le Colonel Gurwood «ne se trouvaient pas sur le champ de bataille», manière de dire qu'il y en avait bien moins.

Le capitaine Kennedy (qui prit l’Aigle du 105e) parle même de «charge réussie effectuée par neuf cents sabres...», ce qui réduirait de plus d’un tiers le front tenu par la brigade, l’amenant, même entièrement déployée, à ne «couvrir» que deux échelons français !

Le même ajoute : «En ce qui concerne l’effectif de la brigade sur le champ de bataille le 18 juin, je n’ai jamais compté plus de 950 sabres, mille tout au plus. Le nombre mentionné dans le bulletin du duc inclut bien sûr, outre les officiers et les hommes, aussi les officiers généraux en service, les chirurgiens et les ambulanciers, les cuisiniers, les maréchaux-ferrants, les trompettes, etc... On peut certainement en dénombrer 120 ou 130 pour les trois corps et probablement davantage encore...», ... ramenant au chiffre de Gurwood !

D’après certains mémorialistes britanniques la brigade s’est portée au combat en ligne, mais ses trois régiments ont «choqué» les trois échelons français successivement, ce qui montre bien que les colonnes françaises n’étaient pas au même niveau lors du choc , mais encore en échelon refusé à droite bien qu’avec une distance moindre que l’initiale entre les échelons, les premiers étant arrêtés tandis que les suivants continuaient à avancer.

D’autres mémorialistes donnent les Scots Greys (au moins en partie) en deuxième ligne derrière les Inniskillings... Et c’est là que certains faits troublants, réétudiés à l’aune du Journal du 1er corps, permettent d’établir un autre scénario que ceux décrits depuis 1815.

Ajoutons, côté cavalerie britannique, comme s'il n'y en avait pas encore assez, que les deux escadrons du 2nd Life Guards débouleront par la route de Bruxelles et viendront participer à la curée qui prendra place du côté gauche (pour eux) de la Haie Sainte.

Ces derniers appartenaient à la 1ère brigade de cavalerie lourde, dite Guards Brigade, de Lord Somerset, qui chargera en même temps que la brigade Ponsonby, mais donc majoritairement de l'autre côté de la Haie Sainte, avec les 1st Life Guards, 1st Dragoon Guards et Royal Horse Guards.

À suivre ... Considérations sur le feu d'artillerie défensif britannique... et hollandais ...

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Re: La formation et l'attaque du 1er corps d'Erlon à Waterloo

Messagepar MANÉ Diégo sur 06 Jan 2026, 11:20

par MANÉ Diégo sur 27 Sep 2020 02:55 pm

Considérations sur le feu d’artillerie défensif britannique... et hollandais

Toujours donné comme "intense", "écrasant", "terrible", etc... Cela ne me semble pas corroboré par le nombre de pièces que je trouve disponibles sur la position à ce moment-là, mais bien plutôt par leur efficacité létale compte tenu du nombre de rangs des cibles. Autrement dit, ce ne sont pas dix malheureuses pièces qui auraient pu justifier de tels qualificatifs si les formations les attaquant avaient été "normales" !

De gauche à droite vu du côté français :

La batterie de RHA Ross à 4 pièces à gauche de la route, et 2 sur la route même, qui ont eu d’autres cibles à «traiter» que la brigade Bourgeois.

À l’autre aile, les 6 pièces de la batterie à pied hanovrienne Rettberg, en outre "courte" en munitions, ont plutôt tiré sur la colonne Pégot.

Je ne vois donc guère que les 6 pièces de Rogers et les 4 de Bijleveld disponibles pour tirer sur la colonne Bourgeois. Les dernières pouvant aussi le faire sur la colonne Marcognet pour soutenir leurs "nationaux" du 7e Belge, une fois que la colonne Bourgeois sera sortie de leur champ de tir (de foire).

Quoi qu’il en soit cela ne fait que 10 pièces utilisées là (où j’ai lu 30 ou 34 !). De ce point de vue l’attaque sur cette aile était plus judicieuse que sur l’autre où dès le principe se trouvaient au moins 30 pièces effectivement déployées, et beaucoup plus disponibles en réserve.

Voyons maintenant l’efficacité relative de ces 10 pièces, tirant à boulets à partir de 700 mètres, puis à mitraille à partir de 400 mètres jusqu’au contact ou peu s’en faut.

On peut supposer une «cadence lente» de 1 coup par minute/pièce au début (il ne faut pas "gâcher", ni décourager l’ennemi de venir plus près).

Puis une "cadence normale" de deux coups par minute/pièce en alternance (pour tester la «détermination» de l’adversaire, qui parfois s’en tient là... Mais pas cette fois).

Enfin la "cadence de crise" de trois coups par minute/pièce (à mitraille, cela va de soi). Ajoutons la possibilité d'une "gâterie" bien britannique à cette portée, la "double charge", constituée à la fois par un boulet et une boîte à mitraille délivrés par le même tir, comme ce fut le cas contre la cavalerie.

Etant donné l’extrême difficulté de la marche de ces milliers d’hommes littéralement entassés dans la boue considérons une progression à 2/3 de la vitesse «normale» du pas ordinaire, soit donc ici environ 50 pas à la minute.

La zone de tir de l’artillerie faisant 700 m, arrondissons à 1000 pas, cela fait 20 minutes de progression sous le feu, dont 12 mn où la brigade Bourgeois est la seule cible éligible avant que la division Marcognet entre à son tour à portée, justifiant dès lors la «sollicitude» de la demi-batterie Bijleveld.

Résumons : la brigade Bourgeois à pu recevoir en 300 m/450 pas sous les boulets des batteries Rogers (6 pièces de 9 RFA) et Bijleveld (4 pièces de 6 à cheval hollandaises), soit en 9 minutes, 9 décharges, soit 90 boulets à travers ses 12 rangs d’hommes.

Puis en 250 m/350 pas, 7 minutes, 14 décharges à boulets de la batterie Rogers x 6 pièces.

Enfin en 150 m/250 pas, 5 mn, 15 décharges à mitraille de la batterie Rogers x 6 pièces.

La demi-batterie Bijleveld aura encore tiré à boulets sur Bourgeois pendant 100 m/150 pas = 3 mn = 6 décharges x 4 pièces, avant de reporter son tir sur la colonne Marcognet entrant à portée.

Elle lui tirera dessus 23 décharges à boulets x 4 pièces = 92 boulets à travers ses 24 rangs, avant de lui délivrer 15 décharges à mitraille x 4 pièces avant de cesser de tirer. Constatons déjà que tous les boulets ne "tuaient" pas, sinon la division eut été annihilée "avant d'arriver au port".

Calculons une estimation de ces pertes d’après la règle de kriegspiel Les Trois Couleurs qui a maintes fois (en fait toujours) fait ses preuves dans ce genre de démarches.

Feux d’artillerie L3C sur les 1er et 2e échelons (je vous fais grâce des calculs) :

Sur la colonne Bourgeois : 680 hommes atteints, sur 1.881, voltigeurs compris, soit 36%, sur les 60% qui seront le «prix» final pour la bataille entière et la déroute qui s’ensuivit. Là c’est l’artillerie, essentiellement la batterie Rogers, qui occasionna le plus de pertes à cette malheureuse brigade, qui fut logiquement refoulée au bas des pentes par l’infanterie des Britanniques... où leur cavalerie selon qui parle, probablement «les deux mon général» !

Sur la colonne Marcognet : 470 hommes atteints, sur 3.902, voltigeurs compris, soit 12%, sur les 65% qui seront le prix final pour la bataille entière et la déroute qui s’ensuivit. On le voit, cette division souffrit davantage de la mousqueterie avec le 7e Belge, et surtout de la charge des cavaliers britanniques, qui lui tuèrent et capturèrent beaucoup de monde.

Quoi qu’il en soit ces deux «échelons» étaient hors de combat pour la suite des opérations et il n’y a donc dès lors rien d’étonnant à constater que ce sont les 3e et 4e échelons, soit la division Donzelot et la brigade Pégot, qui permirent au 1er corps d’exister encore jusqu’au soir.

La Division Donzelot fournira les 13e léger et 17e de Ligne qui prendront la Haie-Sainte.
La brigade Pégot sera «subtilisée» par le maréchal Ney (laissant Durutte sans moyens face aux Prussiens) et participera à son attaque finale. C’est au 95e de ligne de cette brigade que Ney adressera son fameux «Venez voir comment meurt un maréchal de France» !

À suivre... Secteur du 1er échelon français, témoignages et commentaires

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