L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Tous les sujets relatifs aux guerres de la Révolution et de l'Empire (1792-1815) ont leur place ici. Le but est qu'il en soit débattu de manière sérieuse, voire studieuse. Les questions amenant des développements importants ou nouveaux pourront voir ces derniers se transformer en articles "permanents" sur le site.

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L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 23 Mai 2020, 08:52

Bonjour,
Suite à l'acquisition, pas tout à fait malheureuse de l'ouvrage sur les Italiens de L'Empereur aux Editions Heimdal (l'ouvrage est incomplet et assez mal foutu malgré de très beau dessins), j'ai repris toutes les infos que j'avais sur cette armée (on se rend pas compte de ce que l'on accumule :!: :cry: ) et une discussion avec Frédéric Blanchonnet, j'ai réécris un article (à partir en particulier de celui du site Histofig de 2010 que l'on ne trouve pas sur le net sauf en allant sur un site américain Web archive en y mettant des documents images et en corrigeant certaines données .
Si cela vous intéresse, je peux vous le faire parvenir par fichier compressé .zip

Amicalement
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 27 Déc 2021, 10:41

Suite à la lecture d'un livre assez complet sur l'influence française dans le royaume de Naples, j'ai gratté un peu ce que je pouvais trouver sur ce domaine :
J'ai trouvé des données en italiens (Crociani) et en anglais sur cette armée en particulier l'infanterie. C'est beaucoup plus difficile sur les autres armes, et les écoles militaires napolitaines.
Je pense qu'il y a beaucoup de choses à revoir sur notre considération de l'armée napolitaine, qui certes n'était pas très aimée, mais la troupe s'est bien comportée tout au long des conflits. Ce sont plutôt le commandement qui est à revoir, surtout en 1815.

On va donc commencer par le début :
Lorsque les Français arrivent en 1806, l'armée napolitaine royale des Bourbons est dans une situation assez étrange : elle dispose d'un équipement de bonne qualité notamment l'artillerie (identique aux Français car c'est les système Gribeauval qui est en application, comme en Espagne, mais avec des moyens supplémentaires) mais par contre tant le commandement que la troupe est mal entraînée, peu motivée. Ce manque de motivation vient en particulier des épurations faites par les Bourbons après leur retour en 1799 et 1800 et de la gestion politique faite par le couple royal, surtout la reine. En effet, le pays est ruiné et l'aide de l'Autriche et du Royaume-Uni est uniquement orientée sur le côté quantitatif de l'armée.
Face à l'armée d'Italie très motivée, l'armée s'effondre et disparaît alors que le couple royal fuit en Sicile.
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 05 Fév 2022, 09:10

L’avant-Révolution ; les Bourbon-Sicile

Le royaume de Naples et Sicile, appelé Des Deux-Siciles, était à la fin du XVIIIe siècle un état qui n’attirait plus autant qu’avant pour sa culture et ses réformes, mais qui restait une puissance certaine et avec une économie brillante. La dynastie des Bourbons-Sicile issue des Bourbons d’Espagne était beaucoup plus réformatrice, tant militairement qu’administrativement, que l’Espagne de Charles IV, mais se heurtait souvent à un peuple encore très conservateur.

Lorsque la Révolution éclatait en France, la reine des Deux-Siciles, Marie-Caroline de Habsbourg, sœur de la reine de France Marie-Antoinette, régnait avec son mari Ferdinand IV de Naples. Elle avait fait nommer en 1780 un italo-anglais, Giovanni Acton, ancien officier de la marine royale française, comme chef de l’armée. Il devenait en 1789 ministre d’état et faisait pencher le couple royal vers l’Angleterre. Il avait modernisé l’armée et surtout créé des écoles, dont la plus célèbre, l’Académie Royale Militaire qui, en s’installant à la Nunziatella, en prendra le nom et reste encore de nos jours une des principales écoles militaires de l’armée italienne.

Il avait aussi, dès 1786, fait venir de l’étranger de nombreux officiers et sous-officiers en tant qu’instructeurs et organisateurs. Certains avaient une expérience de la guerre d’indépendance américaine et mettaient en place la notion de troupes légères. Les personnes chargées de superviser les réformes étaient le Suisse de Salis, maréchal de camp au service français, assisté de deux autres Suisses, de Gambs et de Burckardt, et du Suédois Rosenheim pour l’infanterie. Un Français, le brigadier Oreille, était chargé de la réorganisation de la cavalerie tandis qu'un autre Français, de Pommereul, élève du célèbre Gribeauval, se voyait confier les armes savantes, soit le génie et l’artillerie. Il est à noter qu’un certain sergent Augereau, futur maréchal de Napoléon, y fut soldat instructeur.

Leur travail fut important, mais deux obstacles vinrent ralentir l’effet de leurs réformes : le Roi s’opposait à la création d’un état-major général permanent, empêchant de gérer l’armée sur le long terme. À cela s’ajoutait le conservatisme des élites, qui n' alla qu’en augmentant avec la dissolution de la Garde royale et du corps des Volontaires de la Marine. Ensuite, les intrigues de cour ralentissaient le travail de réformes. La seule arme qui n’était pas exposée à ces freins était, comme dans beaucoup de pays, l’artillerie et le génie.

En 1788, l’armée comptait 20 régiments d’infanterie, 8 de cavalerie de ligne (les dragons avaient été supprimés cette année-là) et deux régiments d’artillerie (qui fournissaient les officiers d’état-major) et une marine conséquente et bien instruite. L’armée comptait alors 57587 hommes en temps de paix et 61543 en temps de guerre. Le modèle était l’armée espagnole d’alors. C’était particulièrement visible pour les unités provinciales (120 compagnies) et la marine. Le vrai problème était cependant la logistique : le train n’était recruté qu’en cas de guerre, d’où de vraies difficultés surtout pour l’artillerie.

Chaque régiment d’infanterie comptait deux bataillons de guerre (deux drapeaux chacun) à quatre compagnies de fusiliers et un troisième bataillon dit de réserve à deux compagnies. En sus chaque régiment avait deux compagnies de grenadiers qui formaient, avec celles d'un autre régiment, un bataillon. Chaque compagnie de fusiliers disposait de 12 chasseurs armés de carabines.
Chaque régiment de cavalerie devait compter quatre escadrons et un de réserve. Chaque escadron se divisait en deux pelotons. L’escadron de réserve était chargé de la formation des nouvelles recrues. Dans chaque peloton, il y avait douze hommes chargés de la reconnaissance.

La réorganisation de l’artillerie en 1788 mettait en place un corps royal d’artillerie complètement calqué sur le modèle français de l’époque. Ce corps était extrêmement bien encadré et tout tourné vers la formation de ses membres et l’amélioration des matériels. Deux régiments (Re et Regina) composaient ce corps. Chacun disposait théoriquement de 20 compagnies dont deux de mineurs-sapeurs. Dans la réalité, chacun ne dépassait pas les 6 compagnies dont deux de mineurs-sapeurs. Cet écart était causé par l’importance accordé à la formation des officiers et sous-officiers. Cette arme disposait aussi d’arsenaux qui servaient à la marine, permettant de disposer de ses propres fonderies et constructeurs. Il est important de noter que les artilleurs côtiers étaient formés sur les mêmes bases techniques que l’artillerie de ligne.

À cela, il fallait ajouter des unités de régiments provinciaux issues des milices dans les trois armes, chargées de garder les côtes et disposant d’un entraînement régulier sous la direction d’officiers de l’armée en réserve. Ils étaient organisés comme les unités de ligne. Même sans état-major général, l’armée disposait de matériels de qualité faits sur place et l’artillerie voyait son nouveau système d’armes type Gribeauval (y compris les fonderies) diffusé.

Malgré de nombreux efforts, le plein effectif n’était jamais atteint tant en raison de difficultés de recrutements (manque de personnel, paiement de taxes pour remplacer le service…) que de capacité à gérer les effectifs. L’infanterie était plus faible en effectifs et la cavalerie n’était qu’à moitié de l’effectif théorique, suite à la difficulté de trouver des chevaux de bataille.

La marine napolitaine était une des plus importante de l’Europe du sud et surtout disposait de grandes qualités d’entraînement et de matériels, même si elle n’a pas combattu en masse. Elle disposait de solides bases et d’arsenaux de haut niveau. Elle était vue comme la gardienne de la Méditerranée contre les Ottomans et les Barbaresques. Elle disposait en 1788 de 39 navires (4 navires deux-ponts, 6 frégates, 12 chebecs, et le reste en plus petits navires) d’un corps de marins et d’un régiment d’infanterie de marine.


L’impact révolutionnaire

La Révolution française et ses premiers éclats avait pour conséquences le départ des Suisses et de très nombreux Français, mais aussi le lancement de programmes d’armement dont en particulier l’équipement complet de 12000 miliciens, la construction de défenses côtières et de navires. L’armée restait cependant loin de France. L’incursion dans la baie de Naples de l’escadre française de l’amiral La Touche en décembre 1792 provoquait uniquement une réaction politique et un fort ressentiment anti-français. Le gouvernement napolitain ne réagit pas militairement car la reine Marie-Caroline craignait des représailles sur sa sœur. Mais en juillet 1793, les Napolitains s’engagent dans la Première Coalition aux côtés de l’Autriche, et un nouveau chef de l’armée est nommé : le maréchal autrichien Von Zehender.

La première intervention de l’armée au sein de la Coalition se situe à Toulon, sous la forme d’un corps expéditionnaire d’infanterie et d’artillerie embarqué sur des navires napolitains. Mais la première marque du manque de structuration de l’armée apparaît : les déficiences organisationnelles font qu’aucune unité organique au-dessus du bataillon ou de la batterie ne peut être convoyée. Par contre l’armée montre la grande qualité des soldats, des officiers et de l’artillerie. Dans cette bataille de deux mois (entre octobre et décembre 1793), les Napolitains perdirent 200 tués ou blessés et 400 prisonniers.

La contribution napolitaine à la Première coalition était l’envoi sur la frontière de cinq régiments d’infanterie et de six escadrons pendant plus d’un an. Chaque régiment de cavalerie était sur le pied de guerre avec deux escadrons de guerre et un de réserve resté en garnison. Ce furent ces troupes qui allèrent en 1795 vers le nord par bateau via Livourne puis Lodi. D’ailleurs, tous les futurs officiers supérieurs de l’armée des Bourbons et de Murat étaient présents dans les engagements des deux années qui allaient suivre. La cavalerie était engagée en Ligurie. Dans le même temps, les unités provinciales se militarisaient alors que de nouvelles unités de milices apparaissaient (urbaines autour de Naples et provinciales ailleurs).

Suite à l’offensive de Bonaparte et la capitulation sarde, les Napolitains levaient 16000 hommes dans toutes les couches de la population. Les très importants problèmes financiers obligeaient le recrutement dans l’armée de condamnés en échange de réductions de peine.

Dans les capitales, Palerme et Naples, se nouaient de nombreuses conspirations jacobines liées à des intrigues royalistes, ce qui amenait le Roi à dissoudre la garde royale, groupe très infiltré.
L’année 1796 voyait engager à la suite des Autrichiens la seule brigade de cavalerie (Re, Regina et Principe). Elle se distingua brillamment, sauvant par exemple le général Baulieu de la capture à Valenza, puis en repoussant les Français à Plaisance lors du franchissement du Pô, provoquant la mort du général La Harpe. À Lodi, les Napolitains perdaient 271 hommes du régiment Principe en bloquant la poursuite française, sauvant ainsi les Autrichiens. Le régiment Ré fera la même chose le 12 mai sur le Mincio, aidé par un nouveau régiment, le Napoli.

Lors de l’armistice avec les Autrichiens, Bonaparte réussissait à mettre les Napolitains hors de cause par l’armistice de Brescia et à les faire rentrer chez eux après un internement chez les Vénitiens.
Mais tout le monde pensait que cet armistice était en fait une simple trêve, et cela se manifestait en juin 1796 par la levée de nouvelles troupes, mais surtout par des changements organisationnels.

Une sixième compagnie de chasseurs était, à base des volontaires, agrégée à chaque bataillon.
Dans les 20 régiments en place, l’équivalent de 60 bataillons de volontaires issus des régiments provinciaux était intégré dans les compagnies du centre des régiments d’infanterie.
Le train d’artillerie était militarisé ainsi que les hôpitaux de l’armée. L’artillerie intégrait des miliciens du corps des artilleurs côtiers pour former quatre compagnies d’artillerie auxiliaire, destinées à former les batteries régimentaires.
Les unités de cavalerie furent dotées de carabiniers chargés de faire les reconnaissances.
Création d’un corps de vélites à pied et à cheval à partir d’effectif de volontaires nobles.
Création d’un corps de pontonniers.
Un corps albanais était créé avec des éléments balkaniques et ioniens.
Six régiments de chasseurs furent créés.
La réquisition de 2400 chevaux et de nombreuses armes personnelles redonnait des moyens à l’armée. Cependant une épidémie de peste frappait le pays au début de 1797 alors que les Français entraient dans Rome et y proclamait la République.

En 1798, alors que les tensions avec la France augmentaient, un nouveau chef était nommé à la tête de l'armée napolitaine, le général autrichien Mack, mais qui n’apparut qu’en octobre. En juillet 1798, le premier règlement militaire napolitain était mis en place pour chaque arme alors que les Français prennaient Malte (Infanterie : règlement prussien, Cavalerie : Autrichien, Artillerie : Français). Cependant, le roi de Naples et de Sicile n’esquissait que l’ébauche de la constitution d’un état-major sous le général Parisi. Le vrai problème résidait dans le fait que les membres de cet état-major n’avaient aucune expérience de la guerre, n'étant que des instructeurs. Il fut aussi levé des unités de volontaires des montagnes et un corps mixte de protection de l’état-major.
Les tensions durant, de nouvelles levées étaient faites et chaque bataillon se vit attribuer une compagnie supplémentaire de chasseurs volontaires et des compagnies de milices. Les compagnies de grenadiers furent regroupées en bataillons.

Le 23 novembre 1798, les 15000 Franco-Italo-Romains en présence sont attaqués par 50000 Napolitains, mais dont les deux tiers sont insuffisamment formés et, sauf dans l'artillerie et la cavalerie, manquent de cadres. Leur moral s’effondre rapidement car l'armée manque de tout tandis que de nombreux Jacobins travaillent l'opinion en faveur d’un gouvernement révolutionnaire.

Le 28 novembre l’armée lancée en trois colonnes voit la colonne centrale battue à Terni, puis à Porto di Fermo, entraînant la déroute et la dispersion de l’armée. Dans ces batailles, seule la cavalerie et l’artillerie se battirent, mais furent emportées. Les Napolitains se repliaient alors sur Naples, mais la déroute a pris une telle ampleur que les forteresses sensées garder l’état napolitain se rendent les unes après les autres. Les Français du général Championnet entrent dans Naples le 23 janvier 1799 et y proclament la République tandis que la moitié de la flotte napolitaine est brûlée sur l'ordre du roi Ferdinand qui s'enfuit sur le reste des navires et passe en Sicile avec quelques troupes.

Malgré le ralliement de nombreux nobles, la révolte éclate contre les occupants, surtout chez les habitants pauvres de Naples, les Lazzari, et dans les montagnes. La première est écrasée mais l’autre prend une ampleur considérable. Elle finit en juin, sous la direction du cardinal Ruffo, par chasser les Français de tout le territoire napolitain et permettre le retour du couple royal.

En Sicile, le Roi réorganise sa petite armée sicilienne : les unités d’infanterie passent à trois régiments de trois bataillons de 8 compagnies de fusiliers et deux de grenadiers, et trois régiments de cavalerie à quatre escadrons. L’artillerie forme 17 compagnies de 72 hommes, dont une d’artisans. Il réussit en quelques mois, grâce aux très bons arsenaux maritimes et aux fonderies napolitaines, à construire six frégates et onze navires de transport.
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 19 Fév 2022, 08:56

La 1ere Restauration napolitaine
Le retour des Bourbons
A l’issue du retour royal, une première épuration, qui sera sanglante, a lieu dans tous le pays continental. La Sicile, qui disposait d’un modèle constitutionnel à part, tant pour les affaires militaires que pour les affaires civiles. Cependant, le pays était pauvre et ne formait que trois régiments d’infanterie, trois de cavalerie et une compagnie d’artillerie. Avec le retour du contrôle de Naples, le roi chercha aussitôt à reformer une armée mais cette fois épurée des éléments jacobins. Malgré l’envie, il ne put construire que cinq régiments d’infanterie, vingt escadrons de cavalerie, cinq bataillons de chasseurs régionaux et un bataillon léger albanais. Les purges eurent un impact très profond car elles touchèrent beaucoup plus les officiers éduqués et tous les spécialistes.
A la fin de 1799, malgré tout, les Napolitains réoccupent Rome et la paix générale de 1801 montre une armée de 28 109 h se répartissant comme suit :
Nom unité.............................. Nombre d’hommes
Garde royale
Régiment de Grenadiers............ 394
Compagnie d’Hallebardiers Royaux 56
Infanterie de ligne
régiment Re Ferdinando ................960
régiment Real Principe I ...............1428
régiment Real Prince I ...............1084
régiment Regina. Carolina I...............1043
régiment Regina Carolina II................995
régiment Real Princessa....................1133
Régiment de Calabresi......................1106
Régiment des Abruzzes......................1084
Régiment de Sanniti..........................775,
Régiment de Montefusco....................981
Régiment d'Albanais (étrangers sicilien) 696,
Régiment d'Alemagna (étrangers)...........975
Régiment de Toscana Presidium (puis Reali Presidi) 914
Régiment de Valdinoto (sicilien).............508
Bataillon de Grenadiers de Valdemone (sicilien) 295
Bataillon de grenadiers de Valdimazzara (sicilien 367
Bataillon de volontaires de Longone ........407
Bataillon de volontaires d'Orbetello .........370
Compagnie naturelle d'Ischia ................155
Bataillon d'invalides 2107
Infanterie légère
corps de chasseurs royaux..............56
bataillon de chasseurs de Campani 489
bataillon de chasseurs Appuli .......504
bataillon de chasseurs calabrais .......406
bataillon de chasseurs Aprutini .......557
bataillon de chasseurs albanais ........475
bataillon de chasseurs samnites I 698
bataillon de chasseurs Samnite II 578
corps franc de Cavanni .............117
Cavalerie
Régiment Re ..........................560
Régiment Regina ....................552
Régiment Principe I ....................552
régiment Principe II ....................254
régiment Princessa ....................282
régiment Valdinoto (Sicilien) .......578
régiment Valdimazzara (Sicilien) 578
corps des Dragons légers (état-major) dissous en 1801 intégré au régiment Principe II 332
corps du Mojanari........................46
En vertu des choix réglementaires et de l'unicité du modèle de cavalerie, le modèle des chevau-légers autrichiens est retenu, c'est à dire une cavalerie de bataille mais en les chevaux sont typiquement napolitains, les "coursiers napolitains" (comme en 1788), jugés plus lourd que les dragons et cuirassiers autrichiens. Cependant, tous les cavaliers ont une formation de cavaliers de police.
Artillerie et Génie
4 brigades d'artillerie....................1112
compagnie d'artillerie sicilienne 127
Artilleurs côtiers..........................860
brigade de pionniers 360
compagnie de pontonniers 57
compagnie de constructeurs 66
train et bagages 905
corps d’ingénieurs du génie 28

Il est à noter qu’en octobre 1799, le corps royal d’artillerie est remplacé par l’artillerie royale et le Génie. De plus, face à la rareté d’artilleurs restant, car beaucoup sont partis avec les Français, on forme des volontaires des unités d’infanterie à ce métier MAIS en respectant les critères des écoles d'artillerie, même si ces dernières n'ont plus les mêmes moyens. Dans le même temps, les pontonniers sont rassemblés et en 1800 forme une compagnie de pontonniers.

En 1800, après la restauration, 14 régiments d’infanterie (à deux bataillons de huit compagnies (le règlement Autrichien est adopté) et 4 de dragons provinciaux (à quatre escadrons) sont reconstitués, alors que les milices urbaines. Le manque de chevaux à disposition de l’Etat fit que nombre de réquisitions sur les riches propriétaires fut fait. L’encadrement de ces cavaliers provinciaux était fourni soit par des officiers en attente ou en retraite. Ces troupes avaient un entraînement à la fois de police et militaire mais souvent elles avaient une tenue de civil.
Le Roi lance aussi un nouveau programme équestre qui n'est en fait que celui lancé en 1757 et basé sur les deux races du "Coursier Napolitains". Les riches familles terriennes sont mises à contribution et d'ailleurs en profitent allègrement. En raison du temps nécessaires, cela sera surtout les Français qui en profiteront.

Cependant le traité de paix avec les Français obligeait la perte de terres frontalières et de payer des frais de garnisons françaises dans les comtés adriatiques et ioniens (les plus riches et fertiles du royaume).
La charge financière induite par cette occupation grevait terriblement les ressources napolitaines et l’effort que faisait le pays pour maintenir une armée digne de ce nom fit qu’en 1803, l’armée comptait 33 040 hommes entraînés, mais démotivés par les blocages d’avancements et les problèmes de règlement des soldes, y compris celles des officiers. Seules la Marine et l'Artillerie choyées par le régime ne sont pas touchées par ces difficultés.
De plus, les interventions françaises soit par l’ambassadeur soit par le général en chef français, le général Gouvion Saint-Cyr firent que le premier ministre Acton dû quitter le gouvernement et l’état-major dissous. Cependant un émigré français fut choisi, le général Damas, avec le titre d’inspecteur et recréa une direction fantôme de l’armée. Il insista sur la formation des troupes… ce qui alla servir Joseph Bonaparte, et remit de de l’ordre dans les écoles militaires avec l’état de nombreux administrateurs napolitains.
Il est a noté deux nouveautés :
-l’infanterie est maintenant sans exception formée aux combats en terrain difficile ;
- chaque brigade et division dispose aussi d’un état-major en propre.

En 1802, le gouvernement est restructuré par le roi Ferdinand IV qui oriente sa politique vers la préparation à la guerre. Un état-major permanent est institué et est surtout chargé de faire de la géographie. L’armée fut réduite à 25000 hommes dont seulement la moitié était opérationnelle hors du territoire napolitain, faute de logistique. Par contre, les magasins étaient pleins. La marine voit tous les programmes de constructions de navires stoppés, mais son budget de fonctionnement est maintenu. Cependant, les effets de ces problèmes politiques et financiers se font ressentir surtout sur les écoles :
-les enseignements sont ralentis et le nombre d’élèves diminue et ils ont moins de moyens. Cela se voit surtout pour les écoles d’artillerie et navales.
-les familles sont mises à contribution pour payer certaines actions ( trousseau, matériel de cours)
Dernière édition par REMY Nicolas-Denis le 17 Mar 2022, 11:11, édité 1 fois au total.
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 17 Mar 2022, 10:48

La Campagne de 1805-1808 et le partage du royaume

En janvier 1805, pour des raisons politiques Napoléon retira le corps de Gouvion Saint-Cyr pour l’affecter sur Rome. Malgré des démonstrations d’amitiés auprès de l’ambassadeur, un traité de neutralité est même signé le 21 septembre entre Naples et la France. Dans le même temps, le gouvernement napolitains prenait des contacts tant avec les Russes qu’avec les Britanniques et signé un traité secret d’alliance le 10 septembre 1805. Il prévoit une aide financière et l’aide du corps expéditionnaire anglo-russe. Cependant, malgré tout, l’armée napolitaine ne pouvait mettre en opération que 14000 hommes. Le 14 octobre, les Français quittent le territoire napolitain. A la fin novembre, le corps expéditionnaire coalisé débarque à Naples. Le 5 décembre, le général Damas et son état-major sont officiellement nommés à la tête de l’armée napolitaine. C’est le général russe Lascy qui par contre prend le commandement en chef de ce front. Cependant, les nouvelles d’Autriche et de l’armistice stoppent toutes les opérations. Les anglo-russes réembarquèrent laissant les faibles troupes napolitaines seules devant les Français. Suite au traité de Schönbrunn, Napoléon ordonna au maréchal Masséna d’installer sur le trône de Naples son frère, promu général de division et lieutenant de l’empereur le 6 janvier 1806.
La famille royale lança dès le début janvier 1806 un appel au peuple qui ne fut pas entendu et fuyait sans même attendre le résultat vers la Sicile. Seule la reine Marie-Caroline resta plus longtemps. Le roi Ferdinand ordonna de tenir les forteresses et replia son armée en Calabre. Le Roi ordonna, juste avant son départ, la dissolution des unités de milice et provinciales napolitaines et surtout, à contre-cœur, sous l’action de son ministre Acton, de brûler sa flotte. Des vingt-cinq navires seuls quelqu’un échappent aux flammes grâce ou à cause de l’action de marins napolitains. Ces navires seront la base de la future flotte napolitaine.
Le 15 février, Naples tombe sans coup de feu ou révolte et Joseph Bonaparte défile sous les acclamations et sous l’escorte de la garde civile locale. Seules deux forteresses tiennent : Gaète et Civitella del Tronto. Joseph Bonaparte est nommé roi de Naples le 15 mars.

Pendant ce temps, l’armée des Bourbons-Sicile se reformait après une terrible retraite en Calabre qui l’a réduite à trois régiments d’infanterie, un régiment de cavalerie et un régiment léger. A cela venait s’ajouter les deux bataillons du Reali Presidi et deux du Real Principe I, un du Real Carolina II, du bataillon de chasseurs Apprutini, trois compagnies d’artillerie et deux corps francs constitués de prisonniers volontaires, soit 5918 hommes à Gaète.
Les forces en Sicile se montaient alors, à cette époque, à deux régiments d’infanterie, le régiment albanais, le bataillon léger albanais, des unités survivantes évacuées par mer, une compagnie d’artillerie et deux régiments de cavalerie et une petite flotte.
Les Britanniques s’engageaient en prenant des îles le long des côtes , et débarquaient à Maida où ils battirent le 4 juillet les troupes du général Reynier. Cette victoire déclenchait une révolte généralisée en Calabre. Ce n’était qu’après la chute de Gaète, que Masséna commençait à pacifier le reste de ce qui était officiellement devenu le royaume de Naples. Il fallu attendre le 7 février 1808 pour ne plus voir de troupes des Bourbons sur le sol continental. La pacification se terminait officiellement l'année suivante mais les opérations de police en montagne duraient jusqu'à la fin de 1810 en raison de nombreuses tentatives bourboniennes de lever des paysans.

Le royaume était donc partagé en deux parties antagonistes :
-la Sicile, sous l'oppressante domination britannique, même si le roi Ferdinand IV de Bourbon exerçait le pouvoir.
- la partie continentale, sous domination française, avec un roi français, d’abord Joseph (Guiseppe en Italien) puis Joachim Murat (Gioacchino en Italien) qui seront en perpétuel négociation avec Napoléon pour alléger le poids français.
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 26 Avr 2022, 08:12

Le règne court mais important de Joseph Bonaparte

Alors que Gaète tient toujours, Joseph Bonaparte, devenu Guiseppe Ier de Naples, par volonté de Napoléon installait son gouvernement composé de Pierre-Louis Roederer, le maréchal de Pérignon et Pierre Ferinoe et Critoforo Saliceti dans le château de Naples. Celui-ci venait juste d'être évacué par les Bourbons-Siciles dont les forces battues à Campo Tenese le 9 mars 1806 disparaissaient complètement.
Concernant le frère aîné de Napoléon Bonaparte, il est important de rappeler qu’il avait refusé le trône italien en 1805 pour se concentrer le sauvetage des finances de l’état impérial. Sa démarche, qui sera la même qu’en Espagne, est de réformer dans tous les domaines ses états. L’esprit des Lumière marquait beaucoup Joseph. Pour cela, et malgré les avis de son frère, il veut aussi se rapprocher des Napolitains d’où un voyage dans les régions pacifiées dès le début de son règne. Il reste cependant un roi sans constitution, alors que lui-même est très influencé par les idées de la Révolution.
Il est important de noter que c’est lui qui amène un certain Pierre-Joseph Briot, adepte de la Charbonnerie. C’est une sorte de franc-maçonnerie plus ou moins secrète dont le but est l’égalité entre les personnes et un régime politique de type libéral (attention au sens ancien du mot : liberté, participation de toute personne aux décisions politiques. C’est le sens donné par les philosophes des Lumières). En Italie, ce mouvement va se développer considérablement sous le terme Carbonarisme (dont sera un membre Louis-Napoléon Bonaparte, futur Napoléon III) en particulier dans l’armée.

Joseph, dès son arrivée, doit faire face à deux obligations : régir un état sans argent (le trésor local est vide) et payer une armée étrangère sur son sol (l’armée française dite de Naples). Il essaye donc de créer une armée nationale afin de permettre de se libérer de ce poids financier. Joseph ne pouvait pas imposer la conscription en raison de la lutte en Calabre contre les forces bourboniennes (y compris les révoltes paysannes) et britanniques si bien que l’armée napolitaine se limite aux forces suivantes :
- une garde (régiment de grenadiers de la Garde, un régiment de vélites à pied napolitains, un régiment à deux escadrons de chevau-légers (constitué d’un escadron de chevau-légers et d’un escadron de dragons de la garde civile de Naples) et un escadron de gendarmes d’élite). Tous sont Français, sauf les Vélites et les Dragons.
- deux régiments de ligne à deux bataillons,
- deux régiments de chasseurs à cheval.
Les troupes hors gardes étaient issues soit des unités bourboniennes qui s’étaient autodissoutes, soit faites prisonnières, notamment à Campo Tenese.
A cela étaient détaché au Royaume de Naples des unités françaises comme la légion corse et le régiment des pionniers noirs.
Enfin, un régiment d’artillerie à quatre puis vingt compagnies. Cette dernière arme comprend au début beaucoup de Français, surtout dans les cadres, mais au fur et à mesure du temps deviendra majoritairement napolitain. La raison vient de l’énorme effort réalisé en matière éducative de la part de Joseph. Un régiment du génie et un autre du train sont créés dès l’installation du gouvernement, mais ne disposant que de quatre compagnies chacun.
L’uniforme de ces troupes était une copie pure et simple des unités françaises, sauf les unités d’infanterie de ligne napolitaines qui étaient en blanc, mais structurées à la française. Les drapeaux sont d’inspirations française modèle 1804, mais le noir remplace le bleu et les inscriptions sont en italien.

Pour faire face aux nombreuses rebellions sans dépasser son budget, Joseph encourageait la mise en place de nombreuses unités régionales, comme les chasseurs calabrais, les chasseurs des Abruzzes et autres milices, en s’appuyant sur l’aristocratie et la bourgeoisie locale qui soldaient ces troupes. L'appui de minorités locales, comme les Albanais de Calabre, sont aussi utilisés mais de façons plus discrètes. Les uniformes s’inspiraient beaucoup des anciennes troupes bourbonniennes mis à part à la couleur de l’uniforme. Leurs actions, bien que vue avec beaucoup de scepticisme par les militaires français, Reynier et Masséna en premiers, étaient très importantes pour combattre les rebelles, assurer les arrières et les communications, et pour pacifier les zones conquises. Le leader de la rébellion initiale, le "Fra Diabolo" sera capturé puis remis au général Hugo par des forces locales de la région "Principauté citérieure" à l'automne 1806. Joseph réussit à cause de (ou grâce à ) cela éteindre la rébellion en 1808 avant de partir pour l’Espagne.

L’action principale de Joseph Bonaparte était beaucoup plus importante hors du champ militaire. Il se reconnaissait n’avoir aucune compétence en ce domaine. Elle sera continuée par Joachim Murat et allait marquer tout le pays pendant tout le XIXe siècle. Après l’unification italienne, la marque tendra à disparaître en raison des efforts du gouvernements italiens pour développer le pays.
-Le premier axe sera très vite la mise en place d’une politique sanitaire (la vaccination contre la variole devient obligatoire pour prétendre à un poste dans la fonction publique ou pour entrer à l’école). Avec une politique qui s’asseyait sur des notions de propretés- on ne parlait pas encore d’hygiène- notamment à la Cour, car le monarque cherche à faire entrer avec ces ministres la notion de luttes contre les maladies qui ravageaient le pays. Outre la variole, qui va s’effondrer pendant la « décennie française », la malaria fait des ravages. Les élites et bourgeois allaient très vite prendre ce modèle car c’était une garantie de pouvoir avoir accès à des postes. Par contre, la paysannerie restait très fortement reluctante à cette démarche, d’où une fracture sociale forte qui se réduira grâce à l’appui du clergé. Cela se marquera par le fait qu’en 1815, tous les Napolitains étaient vaccinés contre la variole. La malaria sera elle toujours aussi marquante et fera des ravages en 1814 dans l’armée notamment, mais le nombre des morts sera beaucoup plus faibles que les épidémies précédentes.
Le deuxième axe sera la politique éducative. Le nouveau monarque suivait avec attention la remise en place des écoles militaires napolitaines dont les plus célèbres étaient la « Nunziatella » de Naples et l’école d’artillerie de Gaète. Cette relance était aussi accentuée par le refus de Napoléon d’autoriser des Napolitains à rejoindre l’école d’application de l’artillerie de Metz ou de Saint-Cyr. L’encadrement et les élèves de ces écoles napolitaines était entièrement napolitains et issus des anciennes structures bourbonniennes avec des professeurs qui avaient fui en 1799 vers Pavie ou Lyon pour pouvoir exercer leur savoir. Cependant le manque de finances obligeait le roi à limiter le nombre de d’élèves la première année, soit 244, à la "Nunziatella". L’école de Gaète était plus longue à être remise en place, plus pour des raisons de contenu de formation que pour des manques de financements. Ce n’est qu’en décembre 1807, que par l’intermédiaire d’un concours de tirs organisés par le gouvernement que le Roi comprenait son importance. Dès l’année suivante, l’école recommençait avec des professeurs napolitains ayant émigré en 1799 pour des raisons politiques. Les premiers élèves officiers artilleurs sortaient dès juin 1811. Cela explique la forte croissance de l’artillerie. Cependant, la qualité restera moindre que l’armée française, mais bien supérieure à de nombreux pays. Cela donnera à cette arme une force personnelle mais qui n’aura pas la reconnaissance qu’avait par exemple l’artillerie ou le génie français en particulier à cause du fait que Murat ou son épouse n’étaient pas issus du monde technique. On peut situer l’artillerie napolitaine au niveau de l’artillerie espagnole d’avant l’invasion française ou de l’artillerie autrichienne ou de l’artillerie italienne. Les deux grandes forces de la péninsule échangeaient beaucoup de professeurs.
Outre cet aspect militaire, le roi Joseph, continué par le roi Joachim, mettait en place les écoles primaires, secondaires et les lycées. A la fin du règne de ce dernier, et malgré nombre de résistance, la quasi-totalité des jeunes napolitains avaient un minimum de capacité de lecture et d’écriture.
Joseph relançait aussi les fonderies et essayait de relancer dans les zones pacifiées l’économie, notamment l’agriculture tant nécessaire pour la survie de la population.

Joseph ne sera pas, par contre, un développeur de la marine. La raison est surtout un manque de moyens financiers. Cela aura pour conséquence une permanente menace sur les côtes, en particulier sur les pêcheurs, et une liberté d’action anglo-sicilienne sur les îles de la côte. Cependant, il rétablira l’Académie de la Marine, dès juillet 1806, surtout pour disposer d’une artillerie côtière de qualité mais suivra les ordres de son frère à ce sujet : la marine napolitaine était une annexe de la marine française. Elle suivra les mêmes cursus que l’artillerie terrestre. Il y aura cependant un bataillon de marins attaché à la Garde à la fin du règne et un début d'activité navale mais vraiment très faible.
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 27 Juin 2022, 10:16

Le règne de Joachim Murat

Avec l’occupation de l’Espagne et surtout la répression du 3 mai 1808, le Grand-Duc de Berg, titre que Caroline Bonaparte considérait mal, ne pouvait plus être aux yeux de Napoléon, roi d’Espagne, il lui proposa « le royaume de Naples ou celui du Portugal. Répondez-moi sur-le-champ sur ce que vous en pensez, car il faut que cela soit fait en un jour ». Joachim Murat n’apprécia pas le choix, d’autant qu’il s’accompagne d’un cadeau « empoisonné » : l’obligation d’appliquer une constitution accordée par Joseph pas encore roi d’Espagne : celle dite de Bayonne . C’est la même que la charte octroyée aux Espagnols. Elle déboussola nombre de Napolitains surtout surpris par la manière. Elle fut surtout un moteur de la contestation politique qui se fit par le développement de la Charbonnerie (Cela va inquiéter Murat mais surtout les Bourbons qui seront en 1820 obligé de demander à l’Autriche l’aide puis de dissoudre l’armée complètement). A côté de cela Caroline s’inquiétait de la pauvreté du royaume napolitain, cela d’autant que Napoléon exigea la restitution des biens acquis grâce au Trésor impérial ! Finalement, Joachim Murat accepta le royaume de Naples et faisait son entrée avec Caroline Bonaparte à Naples le 25 septembre 1808. De ce règne, on peut distinguer deux périodes : de 1808 à 1811 et de 1811 à 1815.

De 1808 à 1811 : De la subordination totale à l’Empereur au doute
Joachim Murat a un style très différent de son prédécesseur. D’abord, c’est un militaire. Ensuite, c’est un personnage très charismatique et très flamboyant. Cela a beaucoup plu aux Napolitains. Le nouveau roi suit les directives impériales complètement. Il continue l’œuvre éducative et sociale lancée par son prédécesseur, d’autant qu’il est rarement absent pour des longues périodes.

Du point de vue militaire, les premières charges furent l’obligation d’envoyer quatre bataillons de ligne, deux de légère et quatre escadrons combattre en Espagne avec la nouvelle organisation des bataillons (6 compagnies avec 2 d’élites à la place des 9 dont 2 d’élites). Ces soldats même vétérans ne sont pas ou peu adaptés à une guerre qui leur est complètement étrangère à la fois dans les méthodes de combats (guérilla, barbarie des méthodes de combats…). Les chevaux, par exemple, du régiment de chasseurs à cheval ont les caractéristiques des montures de cuirassiers. Ils ne sont pas faits pour suivre les guérillos espagnols dans des terrains difficiles ni pour des charges longues. Les unités subiront une forte usure, la désertion et le découragement. Cela atteindra un tel niveau que le général Suchet demandera leur rapatriement en 1811. Ils laisseront alors une réputation très mauvaise pour les forces napolitaines. Des six bataillons, les Napolitains n’en formeront que deux faibles numériquement mais entièrement entraînés au combat en terrain difficile. Des quatre escadrons, on en retirera qu’un seul.


A l’intérieur, l’armée et la marine sont réorganisées pour se renforcer. Avec la fin des rebellions et les premiers bons résultats des élèves sortis des écoles, l’objectif n’est plus seulement d’équiper des supplétifs mais d’organiser une véritable armée au sein d’un état. D’ailleurs, à peine arrivé, le nouveau roi dissolvait les unités de supplétifs qui foisonnaient. A la place, le régime de conscription était appliqué (le décret date de 1807). Cela permettait de mettre en place pour les habitants une incorporation soit dans l’armée de de terre, soit dans la marine. A l’issue de la période de deux ans, les personnels servaient dans la garde nationale. Rappelons que la conscription était à l’époque pas celle que toutes les nations connurent à la fin du XIXe et au XXe siècle, mais un tirage au sort des hommes non mariés. Ceux en âge et non tirés au sort, dans la limite d’un homme par famille, étaient engagés dans la garde nationale sous l’encadrement des plus anciens. Cela donnait cependant une réserve et un entraînement à tous les recrutés. Deux exceptions existaient pour cela :
-l’engagement volontaire, assez répandu pour disposer de revenus et facilitait pour la famille l'accès au poste de la fonction publique.
-l’intégration au sein d’une unité de vélites ou d’élites de la garde nationale. Cette intégration dépendait des moyens que l’on pouvait mettre dans l’achat de ce poste, qui amenait souvent un prestige certain mais surtout des avantages familiaux. Ces derniers étaient pour les postes publics. L’engagement dans ces unités remplaçaient le tirage au sort. La contrepartie était un rôle de police, de mobilisation immédiate en cas de débarquement ennemi et de soutien aux instances publiques (en particulier les impôts et les médecins). Il n’était pas prévu pour ces troupes une sortie du territoire national, mais cela se fera régulièrement. Cela posera de grave déception pour les familles qui ont engagé un membre de leur famille dans les vélites à cheval.

Le résultat de cette conscription se fit sentir rapidement : les trois régiments d’infanterie de ligne (un quatrième intègre la garde de Naples mais plus pour des raisons politiques que de nombre. Le régiment n’était plus très efficace dans sa mission de police sauf si les intérêts personnels intervenaient, d’où la décision royale). Une autre conséquence étaient que les régiments prévus à deux bataillons plus un de dépôt sont en fait à quatre bataillons de guerre (y compris les légers et les bataillons partis en Espagne) plus un de dépôt. Pour la cavalerie, l’artillerie et les gardes nationales les effectifs sont grossis mais le nombre d’unités n'était pas développé. Des unités de sapeurs, pontonniers et autres mineurs étaient mises en place avec les élèves plus éduqués et spécialisés.
C’est aussi une « nationalisation » des troupes provinciales, qui prennent le vert à la place du bleu impérial, même si l’organisation reste très française.

Concernant la marine, le recrutement était plus difficile en raison des risques que faisait peser la Royal Navy sur tous les bateaux, y compris civils, qui naviguaient ou cabotaient. Cependant après l’échec du passage du détroit de Messine, des échanges de prisonniers et d’autres échanges de bons procédés, la marine napolitaine se renforçait et malgré quelques échecs et des matchs nuls (pour les Napolitains ce sont des victoires, car les navires britanniques abandonnaient le combat), finissait par faire croire à un potentiel renouveau. Cependant, le manque d’argent bloquera le développement.
En sus, l’engagement du Roi, et surtout de la Reine et des ministres pour améliorer la situation économique (développement de la culture et du traitement du coton), juridique, sociale et sanitaire de leur royaume , malgré les obstacles posés par Napoléon, font que la famille royale était très populaire. Cela l'était d’autant que tous les membres s’exprimaient publiquement en Napolitain et non en Français.
Ce travail de fond organisé surtout sous le contrôle de la Reine pendant la période de régence et malgré l’opposition de Joachim Murat, jaloux de son pouvoir, avait certaines conséquences.
-La première était une acceptation de la conscription qui faisait que les régiment 5 à 8 ont jusqu’à cinq bataillons chacun. Les autres restaient à deux plus un dépôt en raison de leurs pertes ou de leur constitution.
-La seconde était qu’en 1815, qu’il y avait une trace profonde laissée sur le long terme dans la société napolitaine suite aux actions civiles (codes juridiques, égalité juridique, diffusion des écoles primaires, des collèges, des lycées et universités). Un des rares échecs sera celui de l’école royale polytechnique et militaire (qui remplacera dès 1811 la Nunziatella dans la forme), car elle n’atteindra pas ses objectifs numériques faute de temps. Elle se voulait la transposition napolitaine de l’école militaire polytechnique française.
Du point de vue militaire, Murat demandait à développer l’entraînement et se basait sur ce qui était fait en France mais surtout en Italie pour améliorer ses troupes tant qualitativement que quantitativement. L’encadrement finissait par être correct jusqu’au niveau régimentaire, mais les généraux, à quelques exceptions près, péchaient par un manque d’initiative et une peur de perdre leur statut social en étant militairement battu. Ce qui était plus remarquable, c’est que cet effort touchait aussi bien l’armée de terre, la marine que les unités de garde nationale. La trace de cette transformation sera conservé jusqu'à la dissolution totale de l'armée napolitaine par le roi Ferdinand II en 1820, suite à la révolte libérale qui amena l'Autriche à intervenir.
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 08 Juil 2022, 10:45

De 1811 à 1815 : une volonté d’indépendance qui mènera à la chute.

A partir de 1810, les interventions répétées de Napoléon dans les affaires napolitaines finissent par blesser sa sœur et son beau-frère. A la différence du vice-roi d’Italie, Murat et Caroline le font remarquer et le manifestent dans certaines attitudes:
- Au niveau napolitain, cela se manifeste par exemple par le remplacement d’une cocarde nationale française à une cocarde propre à Naples : le blanc et l’amarante.
-En 1811, le décret de « nationalisation » des cadres et le contre décret de Napoléon exacerbe encore plus les tensions, d’autant que celui-ci refuse les demandes de formations pour des officiers napolitains malgré les remarques désobligeantes de Napoléon sur le comportement des troupes napolitaines en Espagne et leur renvoi en Italie en 1811.
-Autre exemple, le changement des drapeaux : il passe du modèle français 1804 à un drapeau bleu céleste avec un bandeau en damier blanc et amarante. Pour les unités, l’avers avait les petites armes du royaume et le revers avec le nom du régiment surmonté du monogramme royal (la garde n’a pas le monogramme royal).
- Du point de vue extérieur, ce sont des contacts réguliers mais à petites doses avec l'Autriche et l'Angleterre, d'abord pour régler des problèmes administratifs (frontières, échanges de prisonniers...) , puis pour des libertés économiques (pêches, passages de navires) et politiques.

En 1812, l’armée napolitaine a appris de ses échecs (tentative du passage du détroit de Messine en 1810, débarquements ennemis en Calabre, combats navals) mais aussi de ses réussites (prise d’îles côtières, combats navals, victoire sur des rebellions locales). Elle était devenue une force valable militairement. Il y avait un mixage des officiers français et napolitains dans toutes les unités et à tout niveau. Toutes les unités étaient « nationalisées », comme le « Real Corso » (la moitié des effectifs étaient corses) ou le « Real Africano » (l’ancien régiment des Pionniers Noirs n’a plus qu’un tiers de ses effectifs d’origine antillaise ou africaine). Elles étaient ensuite intégrées dans l’armée napolitaine alors que précédemment elles n’étaient que des troupes françaises détachées et sous paye napolitaine. Cependant, toutes les unités napolitaines pêchaient encore par un problème de gestion de la logistique et le combat en grandes unités. La formation d’une division pour la campagne de Russie, qui sera surtout en fait surtout allemande, puis celles de 1813 va montrer les limites des capacités logistiques. Un des exemples de cette difficulté était la création de l’artillerie régimentaire en avril 1813. Elle se heurtait à un manque criant de chevaux et de matériels de train, si bien qu’elle ne semble ne pas être appliquée, car aucun canon régimentaire n’apparaît sur les ordres de batailles.
Forces envoyées dans le cadre de la campagne de Russie.
Les unités iront du Niémen à Wilna puis repasseront le Niémen. Cela se fera entre le 18 novembre et le 11 décembre 1812.
XI Corps Maréchal Augereau – chef d’état-major : Général de Brigade Menard
33e Division - Général de Division Destrees - chef d’état-major Général Pepe
• 1e Brigade - Général de Brigade Rossarol
5e de ligne (colonel Lebon) (2 bataillons : 49 officiers et 1859 hommes)
6e de ligne (colonel Digennaro)(2 bataillons : 47 officiers et 1791 hommes)
Marins de la Garde ((2 compagnies : 8 officiers et 203 hommes)
• 2e Brigade - Général de Brigade D’Ambrosio
7e de ligne (colonel Macdonald)(2 bataillons : 44 officiers et 1700 hommes) (aucun des hommes n'est issu des Pionniers Noirs, ce sont tous des Napolitains d'origines)
Vélites à pied de la Garde (2 bataillons : 49 officiers et 1479 hommes)
• Brigade de cavalerie - Général de Brigade Franceschi
Vélites à cheval de la Garde (2 escadrons : 22 officiers et 320 hommes)
Gardes d’Honneur (3 escadrons : 31 officiers et 395 hommes)
Batterie d’Artillerie à cheval de la Garde (6 officiers et 75 hommes, 4 canons de 6 livres et 2 obusiers)

Dès la fin de la marche, Les 5e (33 officiers et 1055 hommes), 6e (35 officiers et 1059 hommes) et 7e régiments d'infanterie (21 officiers et 964 hommes) et 59 marins étaient intégrés à la garnison de Dantzig par détachement du corps sous le commandement du Maréchal de camp Pepe. Ces unités défendront la forteresse jusqu'à sa capitulation. L'effectif au 1er janvier 1814 sera alors de respectivement 29 officiers, 517 hommes, 25 officiers et 597 hommes et 22 officiers et 542 hommes. Les données montrent les 59 marins toujours présents. Ils seront rapatriés, non sans difficultés à Naples pour former un régiment, le 12e, qui sera aussitôt transformé en 1er Voltigeurs de la Garde. Cette intégration viendra sur la connaissance du comportement des unités pendant le siège et des rapports tant alliés que français à leurs sujets.
Les compagnies d'élites de ces trois régiments ( 12 compagnies, 35 officiers, 1326 hommes) étaient détachées avec le reste des Marins (3 officiers , 116 hommes) et l'artillerie de la garde (6 officiers, 58 hommes et 29 hommes du train, sans perte de matériel) à la 1ere division (Général de division Gérard) du Corps d'observation d'Eugène (qui deviendra le XIe corps).

les gardes d'honneur ont perdu la moitié de leur hommes en escortant Napoléon en décembre 1812 et surtout tous leurs chevaux en l'escortant jusqu'au Rhin. Ils sont récompensés à ce moment-là par Napoléon puis renvoyer à Naples.

Les Vélites à pied et à cheval étaient renvoyés à Naples. Les effectifs perdus sont inconnus mais étaient d'au moins de la moitié des effectifs. Cela allait profondément affecter les familles mais pas le nombre de volontaires, car les Vélites en tiraient un très grand prestige personnel. Le gouvernement va faire des promesses, notamment de ne pas servir en dehors des frontières, mais qui ne seront pas tenues, à la fois pour des raisons militaires mais aussi de demandes des vélites !

La marine reste une petite marine (elle n’a qu’un deux ponts et quelques frégates) mais énormément de petits navires, qui certes ne faisaient pas le poids devant les imposants navires britanniques mais assuraient une certaine tranquillité aux travailleurs de la mer. Cela était accentué par les progrès en efficacité de l’artillerie tant côtière que navale. L'effet des écoles de tirs terrestres et navales et à un entraînement répété et suivi était dans ce domaine certain. Cela a aussi aidé dans les négociations avec l'Angleterre !
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 20 Sep 2022, 16:34

Le changement de camp et ses conséquences.

Ce changement de camp, convenu dès octobre 1813 suite à de longues négociations commencées dès 1812 mais affiché seulement en janvier 1814 (ordre du jour du général Millet le 6 janvier et notification officielle de la rupture le 30 janvier et la déclaration de guerre officielle ne viendra que le 15 février), rompait complètement l’équilibre militaire de la Péninsule, même si les Napolitains ne montraient pas une agressivité forte vis-à-vis de leurs anciens alliés. Ce fait, fortement reproché par les Autrichiens, était en grande partie la résultante des démissions et refus de combattre d’une grande majorité des Français et Italiens, malgré souvent des avantages offerts par le roi Joachim. Celui-ci n’était aussi pas vraiment enthousiaste dans sa démarche car son seul but était la conservation de son territoire.

La conséquence de ce revirement était la démission du service napolitain de la plupart des troupes françaises (le « Real Corso », les grenadiers à pied de la garde) et beaucoup officiers français ,surtout d’état-major, (le premier était le maréchal Pérignon, commandant de la gendarmerie napolitaine et de ce fait responsable de la répression du brigandage et des rebellions dans le royaume, dès le 14 janvier), même si d’autres resteront faute d’avoir été mis au courant du revirement avant l’annonce de l’abdication impériale. Tous les démissionnaires étaient transportés soit par bateau de Naples à un port français (Toulon, Marseille ou Livourne), soit libérés avec passeport entre décembre et février. Seulement trois reprendront du service (Chevalier (ex chef du 2e régiment de Vélites et promu colonel du Régiment des Hussards de la garde la veille de la notification officielle de rupture), Carrier et Damond).
La demande de 47 officiers dans la brigade Pepe (2e léger et 1er de ligne) de rejoindre l’armée d’Eugène ne fut pas exécutée et ils resteront en service après la paix. Le régiment des Hussards de la garde perd 8 de ses 12 officiers français dont son chef le colonel Chevalier. C’est à Monteleone (dans les Pouilles) que les 126 officiers qui n’avaient pu partir furent rassemblés. Ils attendront jusqu’à l’armistice leur passeport vers la France. Il est à noter que beaucoup en fait reprenaient en avril leur commandement en raison du retour des Bourbons en France.

Concernant la troupe et les sous-officiers des quatre troupes majoritairement constituées de Français (les grenadiers de la garde, les hussards de la garde et le « Real Corso », le « Real Africano »(pour ses officiers seulement)), leur réelle volonté de ne pas combattre les Franco-Italiens fut très différente :
-Les grenadiers de la garde : l’unité refusait sèchement de combattre et était mise en seconde ligne avant d’être transportée par bateau vers Gênes.
-Le régiment des Hussards de la garde : après la démission de son colonel, le régiment repris normalement son service. La raison avancée pour ce comportement vient de la constitution de ce régiment. Il était issu des Vélites à cheval, mais encadrés par d’anciens Émigrés ou des Allemands qui se trouvaient très bien à Naples.
- Le 1er régiment léger « Real Corso » : Le régiment se révoltait en apprenant la nouvelle du changement de camp (le 10 mars 1814) mais les gardes nationaux contenaient les unités révoltées dans leur caserne sans faire de victime. Le gouvernement leur proposait alors de quitter le service. Les révoltés napolitains obtenaient de ne pas servir hors du royaume. Ils formaient ainsi un seul bataillon de 600 hommes environ avant d’être remonté à son niveau pendant la paix. 59 officiers et 640 soldats corses, dont le lieutenant-colonel d’Ornano, fomenteur de la révolte, quittaient par bateau Naples. 190 officiers corses issus de ce régiment ou dans cette unité restaient au service napolitain après la paix car il n’y avait eu aucun mort dans la répression de la révolte.
- Le 7e régiment de ligne « Real Africano » : les chefs français, sous les ordres du colonel Chabart, refusaient d’ouvrir le feu sur les troupes d’Eugène tenant Ancône. Les officiers français qui s’étaient rebellés (une très faible minorité) étaient envoyés à Naples et transportés par bateau vers la France. Cependant, en raison de son recrutement de plus en plus napolitain, y compris au niveau des cadres, le régiment continua son action au sein de l’armée.
Il y avait aussi beaucoup d’officiers ignorant le changement de camp, malgré les courriers envoyés par le Consul français à Naples et ceux-ci resteront au service de Naples.
Globalement la perte était surtout qualitative et au haut niveau, car le manque d’officiers d’état-major (l’état-major royal au complet par exemple), supérieurs et généraux ne sera jamais vraiment comblé, malgré l’apport des écoles napolitaines, des anciens officiers de l’armée italienne ou d’officiers qui reviendront après la paix. Les nouvelles promotions n’auront pas l’expérience des anciens ni surtout l’agressivité des Français.

L’autre conséquence était la prise de territoires (les « Marches pontificales", le Latium temporairement) avec ou sans garnisons françaises ou italiennes (Rome, Ravenne, Ancône…). Ces territoires serviront de bases pour le recrutement de deux régiments, les 11e et 12e, mais sans vraiment convaincre les habitants. Le Roi proposait donc à des prisonniers de guerre italiens ou des anciens officiers italiens libérés de servir dans ces régiments mais ils n’auront jamais la confiance de l’état-major napolitain. Ils formeront la 4e division de l’armée qui ne verra pas le feu. Des unités de volontaires (légions des officiers italiens…) étaient levées pendant la brève période de paix mais sans vraiment renforcer l’armée de Murat. Elles étaient surtout des unités de « propagande » pour permettre à la déclaration de Rimini appelant à l’union des Italiens contre les Autrichiens (et eux seuls) d'avoir une consistance.

La campagne finale et la chute
Il est important de savoir que cette campagne se déroulait dans un contexte particulier pour Naples : Son seul vrai allié étaient les USA (Naples sert de base arrière pour la marine américaine). Tous les autres coalisés n’attendaient qu’une erreur politique pour se jeter sur Naples (Britanniques, Autrichiens). Les Russes avaient d’autres chats à fouetter ( des Polonais en particulier) et les Français faisaient tout leur possible au Congrès de Vienne pour empêcher les tentatives diplomatiques napolitaines de montrer l'intérêt de l'existence du royaume des Murat.
Prévoyant une attaque, le roi Joachim inquiet, faisait tout son possible pour mobiliser son armée mais oubliait, comme d’habitude, de prévoir une logistique importante. Ses moyens étaient aussi limités tant financièrement qu’humainement suite à une épidémie de paludisme qui ravageait son armée durant l’automne et l’hiver 1814-1815.
Il travaillait aussi fortement son pays, car il avait noter que son seul moyen de continuer à être populaire était de revoir la Constitution de Bayonne [NDLR Constitution de Bayonne : Constitution ou charte rédigée par les constitutionnalistes français le 9 juillet 1808 et instituant une monarchie héréditaire uniquement masculine avec une religion d’état mais respectant les autres religions, les droits civils (importance de la Justice et de son indépendance) et d’une représentation élue mais en ordres (noblesse, clercs et peuple). Le gouvernement entièrement nommé par le Roi ou la régente n’est responsable que devant le souverain. Elle était un préalable à l’acceptation du royaume pour les Murat ]. C’était aussi le seul moyen de contrer la puissance de la Charbonnerie.

Militairement, son armée étaient importante sur le papier car elle comptait 12 régiments d’infanterie de ligne à deux bataillons de guerre et un de dépôt, 4 régiments d’infanterie légère à deux bataillons de guerre et un de dépôt, 4 régiments de chevau-légers de ligne, tous armés de la lance (certains la décrivent de modèle polonais), 2 régiments d’artillerie à pied à vingt compagnies chacun, 2 régiments du génie, 1 régiment du train et 1 bataillon du train des équipages. A cela s’ajoutait une garde royale composée de 3 régiments d’infanterie (2 de vélites, 1 de voltigeurs), 1 régiment de cuirassiers, 2 régiments de lanciers (un de chevau-légers et un de lancier), 1 régiment de Hussards et 1 régiment d’artillerie (deux compagnies à cheval).

A cette force principale s’ajoutait un très grand nombre d’unités territoriales qui formaient 5 régiments d’infanterie et 4 de cavalerie et un nombre considérable de compagnies d’artillerie (une par province mobile et le reste en fortifications côtières). Chaque régiment d’infanterie disposait de deux ou trois bataillons organisés comme les unités de lignes et les régiments de cavalerie se constituait de trois escadrons. Attention, ces forces de seconde ligne sont toutes très compétentes et motivées pour défendre leur territoire, car elles sont bien encadrées, entraînées et en mesures d’intervenir dès qu’il y a une menace dans leur région. La fin de la campagne le montrera. Elles avaient aussi un rôle de police et de lutte contre la contrebande. Il est à noter que théoriquement seules les compagnies d’élites (deux par bataillons) pouvaient agir hors de leur zone, mais dans la pratique, il arrivait souvent que les unités interviennent en fonction des menaces quel que soit le lieu.
C’était une armée bien équipée, sauf pour les légions de volontaires italiens, avec un moral élevé car elle croyait à la déclaration de Rimini du 13 mars 1815 et en son roi, mais qui souffrait de trois problèmes majeurs :
- Un manque de logistique pour soutenir un déplacement de troupes. Cela était dû tant à un manque de véhicule qu'aux conséquences d'une mauvaise récolte de 1814 (comme dans toute l'Europe) à cause d'un excès de pluie. Concernant l'artillerie, Weil (repris par Diégo MANE) que les batteries de lignes ne sont à 5 pièces. Tous les auteurs italiens et napolitains eux indiquent bien que 6 pièces sont à dispositions des batteries au moins au début de mars 1815.
- Les conséquences de l’épidémie de paludisme.
- Les officiers généraux napolitains étaient peu motivés et quelquefois incompétents. Ils ne voulaient pas de guerre, car pour eux l'armée serait battue au bout du compte. Cela provoquait l’absence d’allant, à quelques exceptions près (Pepe, D’Ambrosio et Roccamora) et surtout une potentielle perte de leurs biens propres ou familiaux.
Lorsque Murat lançait son offensive, fin mars 1815, malgré les remarques de Napoléon, de son entourage et de son état-major, son armée était déjà rassemblée dans « les Marches » autour d’Ancône. Comme l’État n’avait pu lever son montant d’impôts, certaines unités, notamment dans la Marine ne recevaient plus leur solde. Cela provoquait à la nouvelle de Tolentino des mutineries (marine en particulier) et des refus de quitter le territoire "national".

Sans revenir sur la campagne en elle-même, les soldats combattirent et montrèrent un certain allant peu commun pour une nation peu habituée à avoir des troupes issues de la conscription. Par contre leurs généraux, sauf les trois cités plus haut, et même Murat ne furent pas à la hauteur. J'affirme qu'ils furent même la cause de l’échec de la campagne. En effet, leurs hésitations et leur trop grande volonté de ne pas être pris en défaut, comme à Tolentino, amènera une défaite de l’armée napolitaine et l’échec de cette tentative d’unification de l’Italie.

Juste avant l’armistice et après la catastrophe de Tolentino, le Roi proposait de lever son peuple en émettant une nouvelle constitution, un copié-collé de celle de Cadix (on reste dans l’esprit espagnol). Elle n'était pas adoptée par les élus napolitains car pour eux le Roi s'était sacrifié sur une idée mais elle servira de modèle pour les révoltes libérales de 1820 et 1848. De plus, le peuple ne l’écoutait plus car les retours sur la campagne étaient désastreux pour lui. Sa famille puis lui-même devaient alors s’exiler sous la protection de la garde nationale. Joachim Murat tentait son débarquement à Pizzo Calabro qui l’amènera à être exécuté le 13 octobre 1815.
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar BRULOIS Jacques sur 21 Sep 2022, 06:11

Salut Nicolas-Denis.
Merci de cette suite intéressante.
Bonne journée.
Jacques.
À mon très grand ami Patrice († 58).
À ma petite belle-fille Gaëlle († 31).



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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar REMY Nicolas-Denis sur 23 Sep 2022, 07:13

Bonjour,
Bonjour Jacques,
Si vous voulez des informations complémentaires, n'hésitez pas à demander !
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Re: L'armée napolitaine de Joseph et Joachim

Messagepar BRULOIS Jacques sur 24 Sep 2022, 07:37

REMY Nicolas-Denis a écrit:Bonjour, Bonjour Jacques, Si vous voulez des informations complémentaires, n'hésitez pas à demander !
Salut Nicolas-Denis.
Toute suite m'intéresse.
Merci d'avance.
Bon "SameDimanche".
Jacques.
À mon très grand ami Patrice († 58).
À ma petite belle-fille Gaëlle († 31).



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